Même impassibilité chez le capitaine qui vient d'avoir un long entretien
avec les officiers.
Conclusion de l'entretien: on verra demain.
A midi, on entend le bruit d'un colloque animé, sur le pont, où Constant
Guignard est de faction avec un Basque.
Les deux marins ont vu arriver à pas lourds, sur la neige, un homme
enveloppé de fourrures et se dirigeant vers la _Gallia_.
Le Normand s'assure que tout le monde est à bord, et que par conséquent
l'homme dont la figure est dissimulée sous un capuchon n'est pas de
l'équipage.
Comme il s'approche encore, Guignard, esclave de la consigne, met
baïonnette au canon et interpelle rudement l'intrus de son organe
camard.
--Halte-là!
«Qui que t'es, toi?
--Ami! répond l'inconnu, qui du reste ne porte pas d'arme apparente.
--Avance au mot de boniment.»
Comme on n'est pas en guerre, il n'y a ni mot d'ordre, ni mot de
ralliement. Mais Guignard monte la garde, et pour lui, cette fonction
est accompagnée d'une formule invariable.
L'autre, un peu interloqué, s'arrête, semble méditer la signification du
«mot de boniment», puis ajoute:
--J'apporte une lettre pour son Excellence Herr commandant de votre
navire.
--Ah!... t'es comme qui dirait vaguemestre...
«Eh ben, pique ton papier au bout de ma baïonnette, fais demi-tour, et
attends à quinze pas la réponse... si y a une réponse.
[Illustration: Eh ben, pique ton papier au bout de ma baïonnette...]
«Toi, Michel, surveille-moi ce cachalot pendant que je vais porter la
chose au capitaine.»
L'étranger, stupéfait du procédé, pique sans observation sa lettre à
l'extrémité de l'arme tendue par-dessus bord, et Guignard, très fier de
sa façon de comprendre la paix armée, se dirige vers la porte.
--Capitaine! c'est censément un particulier de là-bas qui vous apporte
un mot de billet.
--Une lettre?... donne!
D'Ambrieux fait lestement sauter l'enveloppe et en tire un papier
couvert de quelques lignes d'une longue écriture.
Puis, il lit d'un seul coup d'oeil, sans manifester le moindre
étonnement à l'aspect de cette communication inattendue.
«Le soussigné, commandant de l'expédition allemande au pôle Nord, a
l'honneur de solliciter du capitaine commandant la _Gallia_ la faveur
d'un entretien.
«Dans l'intérêt des deux équipages et de leurs chefs, le soussigné
prie instamment le capitaine d'Ambrieux de lui accorder cette
entrevue.
«Avec l'expression de sa plus haute considération, le soussigné
présente au capitaine d'Ambrieux ses hommages les plus empressés.
«_Signé_: JULIUS-A. PREGEL.»
--Tiens, Berchou, dit-il au second, lis-moi donc ce fatras
amphigourique.
«Et vous aussi, Vasseur... et après, vous le docteur.
«Tu es là, Guignard?
--Présent! capitaine.
--Attends!... une minute.
Il prend une feuille de papier, écrit simplement ce qui suit:
«Le capitaine de la _Gallia_ recevra M. Pregel à deux heures.
«D'AMBRIEUX.»
Puis, il ajoute:
--Tiens, Guignard, donne ce mot à l'homme.
Arrivé sur le pont, Guignard toujours très rogue, enfile sur sa
baïonnette la réponse, en hélant le marin allemand.
--Hé!... té... vaguemestre, v'là ton poulet... débroche-le...
«Et puis, bon vent!...»
En principe, le capitaine avait pensé que l'entrevue pourrait avoir lieu
en présence de l'équipage, ou tout au moins de l'état-major. Mais,
ignorant les intentions de son compétiteur, craignant qu'un mot mal
interprété par ses hommes n'occasionnât un conflit, ou une manifestation
hostile, il jugea plus prudent, toutes réflexions faites, de recevoir en
tête à tête le visiteur inattendu.
Il fit, à cet effet, isoler avec une cloison mobile un coin de
l'appartement commun et réunit son personnel au moment où les
chronomètres marquaient une heure et demie.
--Mes amis, dit-il en s'adressant aux matelots, le chef de l'expédition
allemande éprouve aujourd'hui le besoin d'entrer en communication avec
moi.
«Le motif qui le fait sortir de sa... discrète réserve devant être
impérieux, j'ai accepté sa proposition. En présence des événements
douloureux dont il est, comme nous, victime, j'ai pensé qu'il pouvait
être utile de nous concerter en vue de l'avenir.
«Dans une demi-heure il sera ici. Je n'ai pas besoin de vous recommander
le calme absolu, la dignité silencieuse qu'il convient d'observer
vis-à-vis d'un homme dont les circonstances font momentanément notre
hôte.
«Ainsi, pas un mot, pas un signe! Demeurez impassibles, comme si vous
étiez de service, à la réception d'un visiteur étranger auquel on ne
rend pas les honneurs, ou, si vous aimez mieux, d'un parlementaire.
«Voilà qui est compris, et je compte sur vous, n'est-ce pas.»
... A deux heures moins cinq minutes, la vigie signalait un traîneau
arrivant à toute vitesse, monté par trois hommes.
Meinherr Pregel, emmitouflé de fourrures, descendait gravement du
véhicule et disait à ses compagnons, de ce ton rogue de l'allemand quand
il parle à des subalternes:
--Demeurez ici, et attendez mon retour!
Le commandant de la _Gallia_ le recevait sur le pont, conformément aux
usages, et répondait à son salut cérémonieux avec son exquise et un peu
hautaine politesse de grand seigneur.
L'Allemand rompt le premier le silence au moment d'enfiler l'escalier
que le capitaine lui désigne de la main.
--Avant d'entrer en matière, dit-il en s'inclinant de nouveau,
permettez-moi de vous remercier pour votre bienveillant accueil à ma
demande.
«En vérité, je craignais presque un refus.
--Et pourquoi, Monsieur?
«Sommes-nous ennemis, quoique rivaux?
«Du reste, il est mention, dans votre lettre, d'_intérêts communs_...
«A défaut de motifs d'ordre purement moral, ou si vous aimez mieux,
sentimental, cela mérite considération.
--Vos manières d'apprécier ma démarche et d'envisager la question me met
à l'aise, tout en me permettant d'abréger les préliminaires.
--J'allais vous en prier.
Après cet échange de phrases rappelant les premiers froissements de fer
de deux adversaires qui se tâtent, l'Allemand et le Français descendent
dans le poste et s'assoient face à face.
Le géographe reprend, en scandant ses paroles, comme s'il voulait
éliminer tout détail superflu.
--Les circonstances, vous le savez, capitaine, m'ont été d'abord très
favorables, depuis le jour où vous me proposâtes cette lutte courtoise,
dont l'enjeu est la conquête du Pôle.
«J'ai trouvé, dès le premier jour, un équipage, un navire approvisionné
de braves compagnons prêts à m'accompagner... à tel point que j'ai pu,
grâce au concours d'incidents fortuits, gagner sur vous une année
entière.
--Je vous en félicite, Monsieur, et sans arrière-pensée.
Pregel s'incline et continue:
--Ce n'est pas tout: le printemps exceptionnel de 1887 me permit en
outre d'effectuer en chaloupe et en traîneau un voyage sans précédent
jusqu'alors.
«C'est ainsi que, reprenant l'itinéraire de Lockwood, j'ai pu devancer
de beaucoup l'officier du _Signal-Corps_, et remonter jusqu'à 86° 20´,
comme le prouvent les cairns élevés pendant ce voyage.
--Vous avez obtenu là, Monsieur, un résultat magnifique.
«Trois degrés de plus que les expéditions américaine et anglaise!...
c'est admirable!... et je suis heureux, vraiment, d'avoir à combattre un
adversaire tel que vous.
«Je suis loin, quant à moi, de posséder, à mon actif, un tel chiffre de
latitudes...
--Cependant la dérive...
--Voudriez-vous que je fisse entrer en ligne de compte cette translation
fortuite et forcée sur un radeau de glace?
--Ce serait votre droit, et alors nous serions «dead-heat», comme disent
les Anglais, puisque le mouvement de rotation du pack nous a entraînés
au-dessus du 86e parallèle.
--Je me contenterais à peu de frais, si j'assimilais à un voyage de
découvertes, cette course absolument stérile, qui ne m'a demandé ni
risques, ni travail, ni fatigue.
«Je suis en quelque sorte resté immobile et la banquise a évolué pour
moi...
«Donc, à vous, la gloire incontestée d'avoir parcouru et réellement
trouvé des régions inconnues, jusqu'à présent inaccessibles.
«Ceci admis sans conteste, je vous écoute.
--Deux mots encore, je vous prie, sur ce voyage: ils se rattachent au
sujet de ma visite.
«La chance, jusqu'alors si favorable, tourna bientôt contre moi.
«Mon compagnon tomba gravement malade et je fus atteint moi-même
sérieusement; je perdis en outre ma chaloupe à vapeur qui fut broyée
dans les glaces, et je revins à grand'peine, épuisé, mourant, au
rendez-vous où je trouvai, par bonheur, la _Germania_.
«Vint l'hivernage.
«Mes hommes, bien que très vigoureux et professionnellement endurcis au
froid, le supportèrent mal.
«Le navire, suffisamment aménagé pour une campagne de pêche, même très
longue et très pénible, n'offrait pas les ressources d'un bâtiment
construit et agencé en vue d'un séjour prolongé aux régions
circumpolaires.
«Bref, nous souffrîmes rudement, au point qu'il y eut chez nous
plusieurs cas de congélation et de scorbut.
--Mais, interrompt généreusement d'Ambrieux, il fallait si vous manquiez
de médicaments, de vivres ou d'effets d'habillement, vous adresser à
moi.
«Je me fusse fait un devoir de mettre au service de vos malades les
ressources dont je disposais.
--Je n'y ai pas pensé! répond naïvement Pregel, indiquant ainsi que, le
cas échéant, il eût été incapable d'un tel sentiment d'humanité.
«Maintenant, capitaine, veuillez me continuer, quelques minutes encore,
votre bienveillante attention.
«Nous venons d'éprouver tous deux, un terrible désastre.
«Je suis sans navire... vous êtes sans provisions.
--Qu'en savez-vous?
--N'ai-je point assisté à l'engloutissement de vos dépôts?
--Du moins ignorez-vous si je n'ai point à bord de quoi continuer la
lutte.
--Je suis certain du contraire.
«C'est à peine s'il vous reste pour attendre la débâcle et gagner les
établissements danois.
--Peu vous importe, Monsieur.
«Ceci est affaire à moi et me regarde seul.
--J'y suis pourtant intéressé... plus peut-être que vous ne l'imaginez.
--Expliquez-vous.
--Il est bien certain que vous ne pouvez songer, dans de pareilles
circonstances, à continuer votre voyage au Pôle, et que vous comprenez
l'urgence d'un prompt retour en Europe, n'est-ce pas?...
--Veuillez continuer, ajoute froidement le capitaine refusant de
s'expliquer.
--Dans ce cas, reprend l'Allemand, j'ose espérer que vous voudrez bien
nous rapatrier.
--C'est là une obligation à laquelle je n'aurai garde de manquer.
--Capitaine, je suis heureux de vous trouver si bien disposé...
veuillez croire à toute ma gratitude.
«Il est bien entendu que je ferai embarquer à votre bord la quantité de
vivres largement nécessaire à vos hommes et aux miens, dès que la
température sera devenue propice à ce retour.
--Cela me paraît équitable.
«Reste à fixer maintenant l'époque de l'appareillage.
--Mais... aussitôt la débâcle arrivée.
--Permettez: j'ai souscrit jusqu'à présent à toutes vos conditions,
laissez-moi introduire dans la transaction une clause à laquelle je
tiens essentiellement.
«La saison favorable aux explorations polaires commence à peine.
«Or vous devez penser que je ne suis pas venu jusqu'ici pour m'en
retourner... bredouille.
--Je ne comprends pas.
--C'est pourtant bien simple.
«Etant privés, vous de navire, moi de provisions, je ne puis pas
continuer mon exploration sans vous, mais vous ne pouvez pas rentrer en
Europe sans moi.
«Je viens de m'engager à vous rapatrier; à votre tour fournissez-moi des
provisions en quantité suffisante pour me permettre de pousser une
reconnaissance vers l'extrême nord.
«Ces provisions vous seront payées ce que vous voudrez.
--De cette façon, nous serions condamnés à un second hivernage.
--... Que nous passerions ensemble sur la goélette et parfaitement à
l'abri des intempéries.
«Quant à moi, je partirais sans délai pour le Pôle, avec la moitié de
mon équipage, l'autre moitié resterait sur la _Gallia_ dont le second
prendrait le commandement, et vous seriez libre de vous installer de
suite.
--Mais, capitaine, mes hommes sont affaiblis... j'ai des malades...
sous des huttes de neige... sans médicaments, sans médecin.
--Faites-les transporter ici; le docteur Gélin leur donnera ses soins et
l'été achèvera bientôt leur guérison.
--C'est que leur état est bien grave, et j'appréhende qu'un séjour plus
long en pareil lieu ne les fasse infailliblement succomber.
«Capitaine, au nom de l'humanité, modifiez vos intentions... renoncez,
je vous on prie, à votre voyage, et consentez à appareiller aux premiers
beaux jours.
--Je ne puis, Monsieur, m'expliquer une pareille insistance.
«Vos hommes ne sont pas des femmelettes, que diable! et je ne comprends
guère qu'ils soient ainsi déprimés après une seule excursion.
«N'auriez-vous pas un motif beaucoup plus personnel pour me pousser de
la sorte à quitter les régions arctiques?
--Mais...
--Par exemple, la crainte de perdre le bénéfice de votre victoire...
représentée par une marche en avant de trois degrés.
--La question d'humanité... prime... vous pouvez m'en croire... les
autres... celles de... mon intérêt particulier, balbutie Pregel
embarrassé de se voir si parfaitement deviné.
--Eh bien, qu'à cela ne tienne! réplique d'Ambrieux en s'animant tout à
coup.
«Oui, je le répète, ma situation est précaire, mais la vôtre l'est
encore plus... car, si vous avez le gain de la première campagne, il
vous est interdit de profiter de votre triomphe.
«Au lieu d'éterniser un débat stérile et de chercher les petits côtés
d'une grande chose avec une ténacité indigne de gens comme nous, faisons
mieux.
«Renonçons loyalement à nos mutuels avantages, ou plutôt, mettons en
commun les éléments dont nous disposons.
«L'entreprise que nous poursuivons isolément est grandiose; sa réussite
peut suffire à la gloire de deux hommes et de deux pays!
«Puisque les circonstances paraissent en ordonner ainsi, faisons taire
nos rivalités, unissons nos forces, associons nos courages, cherchons en
nous étayant l'un de l'autre la voie mystérieuse jusqu'alors
inaccessible...
«En un mot, qu'une expédition franco-allemande s'en aille à la conquête
du Pôle, et quand aura sonné l'heure du succès, offrons à nos patries
respectives cette gloire issue d'épreuves redoutables, de périls
mortels.»
On croirait volontiers que ces généreuses paroles, toutes vibrantes
d'enthousiasme et de sincérité, pourraient vaguement dégeler le
géographe d'outre-Rhin.
Ce serait une grave erreur.
L'Allemand laisse tranquillement passer la tirade, et fixant sur son
interlocuteur un regard aigu, ajoute, après une pause:
--Capitaine, en l'état présent des choses, je suis venu pour traiter une
affaire dont je crois vous avoir démontré l'urgence.
«Je m'en tiens là!... quelque honorable que puisse être votre
proposition.
«En conséquence, j'ai l'honneur de vous demander si je puis compter sur
un arrangement conclu dans les termes que vous savez.
--C'est-à-dire?...
--Rapatriement immédiat de l'expédition allemande, sans autre condition
que de pourvoir aux besoins de votre personnel jusqu'à la débâcle, et si
les circonstances le demandent, jusqu'au retour en Europe.
--Ah! Monsieur, prenez garde!
«Votre insistance après mes loyales déclarations pourrait devenir
injurieuse.
--Loin de moi la pensée de vous manquer d'égards.
«Mais, voyez-vous, en affaires, il est des occasions dont il faut savoir
profiter.
«Je cherche, moi, à tirer d'une situation le parti le plus avantageux.
--Alors, brisons là!
«Je n'ai pas l'intention de me laisser exploiter, ni rançonner.
--C'est votre dernier mot?
--Oui!
--C'est bien!... j'attendrai.
--Quoi?
--Que, la nécessité aidant, vous deveniez de meilleure composition.
--Vous pourrez attendre longtemps!
--Moins peut-être que vous ne pensez...
«Voyez-vous, il n'est rien de tel que la faim pour amener les gens à
une plus saine appréciation des exigences de la vie...
«Vous êtes menacé à courte échéance de la famine... Je saisirai le
moment...
[Illustration: Vous êtes menacé à courte échéance de la famine...]
--... Psychologique!
«Nous connaissons cela, et vous n'avez pas le bénéfice de l'invention.
«Ah! vous comptez, pour me réduire, sur la famine... cette mauvaise
conseillère des défaillances honteuses... des compromis
déshonorants...
«Le moyen! monsieur l'Allemand, ne réussit pas toujours, et vous vous en
apercevrez.
--Capitaine! vous serez seul responsable devant l'humanité des
souffrances qui vont s'abattre, par votre faute, sur les deux équipages.
--Par ma faute!... Vraiment!
«Quelle étrange logique vous enseignent donc vos philosophes!
«Mais, trêve de discussion!
«Vous prétendez employer vis-à-vis de moi le procédé national cher à vos
tacticiens et qui pourrait se formuler ainsi: J'exige de vous telles,
telles et telles choses, parce que je crois être le plus fort... Je ne
donne rien en retour, parce que mon intérêt passe avant tout, et qu'il
serait absurde d'échanger quand on peut prendre... Allons, cédez de bon
gré... sinon le moment psychologique vous contraindra tôt ou tard et
l'humanité vous reprochera les malheurs occasionnés par votre
résistance...
«Eh bien, non! Monsieur.
«Ici le procédé n'est pas de mise...
«Un navire n'est pas comme une ville qu'on affame... car il n'abrite
pas des bouches inutiles et des êtres débiles qui ne trouvent pas grâce
devant votre hypocrite férocité.
«La ville capitule quand les mères voient agoniser leurs enfants.
«Le navire porte des hommes qui savent souffrir et mourir quand
l'honneur le commande.
«Et puis, nous autres marins, nous avons une tradition.
«On ne se rend pas!
«Adieu! et souvenez-vous de mes dernières paroles.»
X
Logique allemande.--Quelques petits mensonges
diplomatiques.--Indignation généreuse du maître
d'équipage.--Energique résolution.--Derniers préparatifs.--Suprême
ressource.--La flottille halée sur les glaces.--Devant les eaux
libres.--Pillards.--Lugubre besogne.--Occlusion des
panneaux.--Dernier salut.--Pavillon cloué au grand mât.--Encore un
regard.--L'explosion.
Meinherr Pregel s'était retiré très mortifié, sans doute, mais nullement
découragé.
Certes, il n'avait pas compté que le capitaine d'Ambrieux se rendrait de
prime abord à ses raisons, bonnes ou mauvaises, plutôt mauvaises que
bonnes. Et s'il avait accompli cette démarche aussitôt après le
désastre, c'était plutôt par acquit de conscience, pour informer
l'officier de ses intentions et lui faire ainsi pressentir la conduite
qu'il pensait dorénavant tenir à son égard.
Ce dernier, pressé par la disette, n'eût pas manqué, croyait-il, de lui
demander, après un temps plus ou moins long, des vivres et Pregel était
bien aise qu'il connût préalablement la condition «sine quâ non» d'un
approvisionnement.
Sans doute, il avait regimbé. Mais quel homme, dans sa position n'eût
pas protesté de toutes ses forces, à l'idée d'abandonner une lutte à
peine commencée, pour devenir l'humble convoyeur du rival victorieux.
L'essentiel était donc de poser les préliminaires d'une transaction, et
ces préliminaires une fois établis, attendre patiemment que la famine
rendit l'adversaire plus maniable.
--Bah! se disait-il pendant que son traîneau l'emmenait à toute vitesse,
il capitulera!
«Ces belles déclarations, ces phrases sonores, ces ripostes indignées...
tout cela, c'est de la fanfaronnade.
«Un homme, placé devant cette alternative: manger ou crever de faim,
vivre ou mourir, n'hésitera jamais.
«Et je verrai, au moment de la débâcle, mon rodomont de Français, venir
piteusement solliciter ce qu'il vient de refuser.
«Pardieu! je sais attendre, et j'attendrai!...
«Je serai, d'ailleurs, bon prince et je n'abuserai pas de la
situation... ce sera bien assez d'en user.»
Et meinherr Pregel, rasséréné par cette agréable perspective, rallia son
campement où l'attendait, sous les maisons de neige, son personnel à
demi gelé.
Du reste, malgré la rigueur des éléments, on chercherait en vain ces
malades impudemment signalés à la commisération de l'officier français.
On trouverait bien un certain nombre de nez enluminés par d'anciennes
gelures, des mains gonflées par d'énormes abcès; mais les marins de la
_Gallia_ sont dans le même cas.
Pour les congélations graves et le scorbut, néant.
Donc le géographe a sciemment empiré la situation, pour colorer d'un
prétexte humanitaire son ultimatum de voyageur égoïste autant
qu'exigeant.
Pendant ce temps, l'officier français, voyant qu'il ne peut rien espérer
d'un tel personnage qui réprouve à plaisir les généreuses traditions des
marins de tous pays, a rassemblé ses gens.
Il va leur communiquer les termes de l'entretien, leur expliquer les
motifs de son refus, quand le maître d'équipage, Guénic Trégastel, se
lève, retire son bonnet et pousse deux ou trois: hum!... hum!... sonores
pour aider à l'éclosion des paroles.
Ses camarades, très graves, recueillis, l'écoutent, fraternellement
mêlés aux membres de l'état-major qui semblent approuver d'avance.
--Or donc, pardon excuse, capitaine, si je me prends comme ça de filer
mon loch sans que le chef de quart ait commandé la manoeuvre.
«Mais, je parle censément au nom de l'équipage pour vous affirmer que
c't' Allemand de malheur est un rat de cambuse, un gredin de la pus
pire... un pirate étoilé, indigne du nom de matelot.
--C'est un simple géographe, mon cher Guénic, interrompt en souriant le
capitaine.
--Comme qui dirait un terrien de la mauvaise espèce...
«J'en suis heureux pour ceux de la flotte.
«La fin finale de la chose, capitaine, c'est que nous avons entendu,
sans le vouloir, tout ce que vous a raconté ce failli gabier de
poulaine, rapport à la chose de le ramener en Europe lui et toute sa
sacrée séquelle de cancrelats...
«Dont qu'y faudrait renoncer à planter les couleurs là-bas, au pivot du
monde, ousque personne n'a pu arriver.
«Bon sang!... bon Dieu!... ce que ça nous déralinguait la fressure de ne
pas pouvoir lui suiffer ses manoeuvres dormantes.
«Mais, bref là-dessus! Vous lui avez parlé en vrai matelot du pays de
France, et, dame! vos paroles nous ont réchauffé le coeur.
«Foi d'homme et de Breton, capitaine, ça m'a sauté dans la poitrine,
quand vous lui avez dit: «Et puis, nous autres marins, nous avons une
tradition: on ne se rend pas!»
--Non!... jamais!... rugissent d'une seule voix les matelots
enthousiasmés.
--C'est pour ça, capitaine, que moi, le plus ancien du bord, je viens
vous dire au nom de tout un chacun: Ponantais, Mokos, ou Parisiens:
comptez sur nous.
«Qu'y s'agisse d'endurer le froid, la faim, la maladie et tout le
tremblement des misères... de faire sauter ce fier navire que nous
aimons comme la patrie, ou de laisser nos os dans le pays des glaces,
nous vous suivrons partout!...
«Dans une croisière comme celle-ci, il faut plus que de la
discipline... il faut du dévouement.
«Capitaine! le nôtre ne vous manquera jamais...
«Pas vrai, les autres... c'est à la vie, à la mort!...
--A la vie! à la mort!» crient les marins en levant la main, comme pour
attester par un serment ce solennel engagement.
Emu de cette rude et vaillante profession de foi, le capitaine serre la
main du vieux maître et ajoute.
--Merci, Guénic!... merci, matelots... mes camarades... mes amis.
«J'allais vous consulter en vue des mesures à prendre, car l'avenir est
sombre.
«Mais, puisque vous m'offrez spontanément votre concours... puisque
vous repoussez avec indignation tout compromis avec ces gens qui nous
traitent en ennemis, je n'ai qu'un mot à dire:
«J'accepte vos dévouements au nom de la patrie.
«En avant, matelots! En avant pour la France!
«Et maintenant, à l'oeuvre!»
... Il est à peine trois heures après midi. En homme connaissant la
valeur du temps, le capitaine s'empresse de mettre en mouvement
l'équipage dont chaque homme reçoit une tâche bien définie.
Pour commencer, la chaloupe est enlevée de dessus le pont, et placée sur
la banquise. L'hélice et le gouvernail étant retirés, huit hommes
s'attellent aux bricoles crochées par son avant et tirent de toutes
leurs forces. L'embarcation obéit sans peine et glisse avec facilité sur
la couche de neige.
--Bravo! dit le second qui surveille la manoeuvre.
«Capitaine! j'avais raison.
«Nous pourrons la traîner avec l'aide des chiens quand elle sera
approvisionnée et pourvue de son moteur.
Le moteur, c'est la batterie d'accumulateurs enfermée dans la cale et
qui a servi jusqu'alors au transport des forces, et fourni l'éclairage.
Les appareils sont transportés dans la chaloupe et soigneusement arrimés
sous le pont mobile recouvrant la partie basse de la coque.
Les armes, la pharmacie, les instruments de navigation, les cartes,
quelques volumes traitant des régions polaires, la tente, les fourrures,
le tabac, des outils, deux lampes, de l'alcool et quelques provisions de
réserve complètent le chargement de la chaloupe.
Comme elle doit transporter, en outre, l'équipage tout entier, sauf
incidents ou modifications ultérieures, on a ménagé l'emplacement de
façon à éviter l'encombrement.
Pendant que s'accomplissent, avec une hâte fiévreuse tous ces
préparatifs, le capitaine a inspecté, du haut du grand mât resté seul
debout, l'espace environnant.
Satisfait de cet examen, il part avec deux hommes sur la banquise,
parcourt presque en droite ligne douze à quinze cents mètres, et revient
enchanté.
--Docteur, dit-il à voix basse, tout nous favorise aujourd'hui.
[Illustration: Docteur, dit-il, tout nous favorise aujourd'hui]
«Il y a là-bas les eaux libres!
--Pas possible!
--Je vous l'affirme.
Le courant est assez fort, mais grâce à lui la glace ne se forme plus.
--Bravo!
--En outre, l'ancien chenal pratiqué jadis dans le pack, est couvert
d'une glace unie qui va nous faciliter singulièrement le traînage.
--C'est fort heureux, car je me demande s'il eût été possible de haler
la chaloupe aussi pesamment chargée.
--Je suis rassuré sur la facilité relative de cette opération.
«Que font nos hommes?
--Ils travaillent avec acharnement au fractionnement des vivres qui vont
être répartis dans les embarcations.
--A merveille!
«Il faut que tout soit prêt d'ici vingt-quatre heures.
--Oh! nous serons parés avant.»
La _Gallia_ dispose, on s'en souvient, d'embarcations nombreuses,
notamment trois vastes baleinières et un grand bateau plat, long de sept
mètres, léger au point de pouvoir être porté par six hommes, et d'une
stabilité parfaite.
Les baleinières numéro 1 et numéro 2 reçoivent les provisions échappées
au désastre. C'est-à-dire environ quatre mille rations. A peine de quoi
vivre soixante-dix jours, étant donné que l'expédition compte vingt
hommes, y compris Oûgiouk.
La baleinière numéro 3 transportera les traîneaux et l'approvisionnement
de la meute. Du poisson sec apporté de Julianeshaab. La nourriture
habituelle des chiens groenlandais.
Ces derniers prendront place avec le Grand-Phoque dans le bateau plat,
que sa forme rend à peu près insubmersible. Ces passagers un peu
turbulents n'incommoderont pas les hommes d'un voisinage parfois
encombrant, et ne risqueront pas de faire chavirer un des bateaux
contenant la suprême ressource des voyageurs.
Comme l'a fait observer le docteur au capitaine, les marins s'emploient
de si bon coeur, que l'arrimage est terminé au bout de six heures.
--Une économie de vingt rations! pense d'Ambrieux dont l'unique et
poignante préoccupation est d'assurer la vie matérielle de chacun, et de
ménager avec une parcimonie d'avare ces ressources devenues si
précaires.
Enfin, tout est prêt, en prévision d'un départ mystérieux vers l'Océan
libre que l'on entend briser, là-bas, sur les flancs abrupts de la
banquise.
Nul ne soupçonne encore le plan du capitaine, toujours correct et
profondément affable, mais plus grave, plus pensif, presque triste.
On pressent vaguement une résolution désespérée, un de ces terribles
coups de tête habituels à nos marins, quand ils sont acculés à ces
cruelles nécessités si fréquentes dans la carrière des gens de mer.
L'officier erre comme une âme en peine sur le navire offrant le
spectacle d'un désordre inouï. On dirait qu'une horde de forbans s'est
abattue sur la pauvre goélette, jonchée, de la cale au pont de choses
disparates, abandonnées pêle-mêle comme inutiles aux voyageurs, ou trop
encombrantes pour la flottille.
Que de trésors, rassemblés jadis avec tant de prévoyance et de
sollicitude! que d'engins précieux qui furent parfois de si puissants
auxiliaires! que d'objets essentiels dont la privation va devenir si
rude, épars lugubrement dans une promiscuité navrante et désolée.
Les hommes, debout sur la glace, près des embarcations, gardent un
silence attristé, se demandent quelle scène poignante et grandiose ils
vont contempler.
Le capitaine est descendu dans l'intérieur du navire, comme s'il ne
pouvait se résoudre à rejoindre l'équipage, peut-être pour cacher son
émotion.
Il remonte au bout de dix minutes en murmurant:
--Non!... pas encore!
Il enfile l'échelle, larguée pour faciliter le va-et-vient, et s'adresse
au second:
--C'est paré, Berchou?
--Oui, capitaine.
--Eh bien! à votre poste pour le halage de la chaloupe.
Quinze hommes passent la bricole sur leur épaule et portent tout leur
effort sur une autre amarre crochée près de la première.
Le second, le lieutenant et le docteur, armés de pics et de barres,
partent pour débarrasser la voie; le capitaine surveille la manoeuvre.
--Attention!
«Hisse!... oh!... hisse là!...
Le fouet d'Oûgiouk détone comme une carabine, les chiens tendent le cou
et roidissent les pattes, les hommes se cambrent en avant, contractent
leurs muscles et répètent avec un sifflement convulsif:
--Hisse!... oh!... hisse là!...
La chaloupe subitement déhalée, glisse lentement sur les patins de bois
dont sa quille est sagement garnie, et s'avance avec un froissement doux
sur la neige tassée.
En dépit de sa masse énorme, elle se déplace avec une vitesse
relativement considérable, grâce à la vigueur de son moteur animé, grâce
aussi à l'état de l'ancien chenal heureusement exempt d'aspérités.
Au bout de cinq minutes, elle a parcouru cent mètres.
--Halte! Reposez-vous un instant, mes amis.
Allons, cela va mieux qu'on ne l'avait craint au premier abord.
Maintenant, chacun est sûr de réussir. Les pipes sont allumées. Un nuage
odorant enveloppe la petite troupe et fait tousser les chiens, quand
retentit pour la seconde fois le commandement de: Hisse!
Cela va si bien que l'on chantonne entre les dents qui serrent le tuyau,
un de ces petits airs guillerets dont s'accompagnent les marins quand
ils virent au cabestan.
Cinq minutes après, nouvelle halte et ainsi de suite, pendant
soixante-quinze minutes, exactement.
La chaloupe est à quinze cents mètres du navire, et à dix brasses de la
cassure verticale terminant le pack. Au loin, à perte de vue s'étendent
les flots verdâtres, sur lesquels errent comme des fantômes, des
milliers d'icebergs.
Ah! si la goélette n'était pas scellée là-bas, peut-être pour de longs
mois, et qui sait! peut-être pour toujours, comme autrefois le
_Tégetthoff_!...
Mais, pas de récrimination! au travail!
Quatre hommes sont désignés pour garder la chaloupe, en cas d'une
rupture sans doute improbable de la glace, mais enfin, on ne saurait
jamais avoir trop de précautions.
Les autres se débarrassent de la bricole, et retournent au navire,
suivis des chiens qui, mis en haleine par cette course, gambadent avec
des jappements éperdus.
Après le halage de la chaloupe, celui des baleinières n'est plus qu'un
jeu. A tel point qu'il est très facile d'en transporter deux en même
temps; une traînée par les matelots, et l'autre par les chiens.
En outre, ce second voyage ne dure que quarante minutes, au grand
contentement du capitaine, qui semble maintenant avoir hâte de partir.
Deux heures se sont écoulées depuis le premier commandement de hisse!
Au troisième voyage, les matelots arrivés à cinq cents mètres à peine de
la _Gallia_ ne peuvent retenir une exclamation de fureur, à l'aspect de
formes noires, vaguant sur le pont laissé désert.
--Gredins!... pillards!... voleurs!... sales corbeaux de Prusse!... et
autres aménités du même goût échappent aux Français qui bondissent le
revolver au poing.
--Halte! s'écrie d'une voix retentissante le capitaine.
Telle est la force et la discipline chez les gens de mer, que chacun
s'arrête soudain, sans un mot, sans un geste.
Et pourtant, la tentation est vive de traiter comme ils le méritent ces
intrus qui, se croyant déjà en pays conquis, profitent de son abandon
momentané pour violer le fier navire.
Du reste, ils n'attendent pas le châtiment mérité par leur impudence,
car on les voit détaler, à toutes jambes, à l'aspect du peloton dont ils
entendent les malédictions.
Il ne reste plus à haler que le grand canot et la baleinière.
Les hommes vont s'atteler une dernière fois quand d'un geste le
capitaine les arrête.
--Tout le monde à bord, dit-il sourdement et en devenant très pâle.
Puis il ajoute, quand chacun fut rangé au pied du grand mât:
--Viens avec moi, Guénic.
Suivi du maître, il disparaît pendant cinq minutes, et remonte, suivi du
vieux marin portant un marteau et des pointes.
--Maintenant, cloue le panneau... solidement.
Guénic enfonce à tour de bras les tiges de fer dans un lourd madrier qui
bouche complètement l'ouverture.
Interdits malgré leur vaillance éprouvée, les marins frissonnent en
entendant ces coups sourds se répercuter au loin, comme si le maître
fermait pour jamais un immense cercueil.
Quand il eut achevé cette étrange et sinistre besogne, le capitaine lui
dit encore:
--Amène le pavillon.
La grande enseigne avait été hissée le matin même, et était restée
ferlée à la corne.
Le maître saisit la drisse, la frappe d'un coup sec, et soudain
l'étendard national flamboie dans les airs, et se détache sur le ciel
comme une opulente floraison de couleurs.
Subitement les matelots se découvrent avec un respect attendri, fixent
des yeux ardents sur l'emblème sacré, le contemplent avec une émotion
qui contracte leurs mâles figures, et le suivent du regard pendant qu'il
glisse lentement... lentement... comme un oiseau gigantesque frappé à
mort.
Guénic sur la joue hâlée duquel roule une grosse larme, tend
silencieusement un couteau à son chef.
Celui-ci tranche la drisse de deux coups précipités, fébriles, saisit le
pavillon, l'enroule au grand mât, le cloue, se découvre à son tour et le
contemple un instant avec un indicible regard d'amour et de regret.
Puis, incapable de prononcer un mot, craignant de laisser apercevoir
l'angoisse qui l'étreint, il fait un signe rapide aussitôt compris.
Les matelots évacuent tristement le bord, puis Guénic, puis le docteur,
puis le lieutenant, puis le second, et enfin, le capitaine, suivant la
noble et touchante coutume qui veut que le commandant quitte le dernier
son navire.
Les chiens sont attelés au grand canot, les hommes s'amarrent à la
baleinière et les deux embarcations, vigoureusement tirées, glissent
avec vélocité sur la piste.
--A présent, venez le prendre! gronde Guénic en tendant le poing vers le
campement ennemi.
Comme s'ils avaient hâte maintenant de s'éloigner au plus tôt, les
marins précipitent leur marche. Ils allongent le pas... ils en arrivent
à courir.
Chose à peine croyable, les quinze cents mètres les séparant de la
flottille sont franchis en quinze minutes.
Haletants, hors d'haleine, ils rejoignent leurs compagnons demeurés en
sentinelle, et se retournent brusquement vers la _Gallia_ dont l'unique
mât se profile au loin, sous l'enchevêtrement de ses agrès.
Soudain, la glace oscille sous leurs pieds, comme jadis, quand les
convulsions de l'ouragan la désarticulaient, pendant les premiers et les
derniers jours de l'hivernage.
Un nuage immense enveloppe le navire d'où surgit un long jet de
flamme... une épouvantable détonation retentit.
[Illustration: Une épouvantable détonation retentit]
Et quand la masse blanchâtre de vapeurs se fut peu à peu fondue dans
l'atmosphère, on ne vit plus, là-bas, sur le blanc suaire de neige,
qu'une tache glauque, indiquant la place où s'étaient engloutis les
débris de la _Gallia_.
[Illustration]