M. l’avocat général.--C’est votre opinion personnelle, M. Mirbeau?

R.--Parfaitement.

M. le président.--Voulez-vous nous dire ce qu’on pense de Jean Grave

dans le monde littéraire?

R.--Ça dépend de ce que vous entendez par monde littéraire, ce monde

qui va depuis l’Académie jusqu’au _Chat Noir_. (Rires).

D.--Mais, dans votre monde littéraire, à vous!

R.--Eh bien! monsieur, dans ce monde, Grave est considéré comme un

honnête homme et un esprit supérieur. J’ajoute qu’il jouit d’une

grande autorité.

M. l’avocat général.--Dans votre préface, et notamment dans ce passage

où vous supposez une conversation avec un de vos amis qui vous dit:

«L’anarchie, c’est très bien; mais ce qui m’inquiète, c’est la

propagande par le fait, le terrorisme», vous répondez: «Qu’importe que

l’ouragan renverse dans la forêt les chênes voraces, pourvu que la

pluie bienfaisante ranime les herbes desséchées!»

R.--Vous prenez une phrase isolée. Il faudrait lire toute la préface.

D’ailleurs, les chênes voraces renversés... c’est, un peu comme ça que

se sont faites toutes les révolutions, 93 par exemple. La Révolution

de 93 a tué, elle aussi, malgré le grand amour de l’humanité qu’elle

affichait. C’est l’histoire de tous les gouvernements. Tous ceux qui

se sont installés y sont arrivés par la mort.

M. PAUL ADAM.--M. Paul Adam est le troisième témoin entendu. Voici ce

qu’il répond aux questions du président:

Je ne connais pas Jean Grave. Je le vois ici pour la première fois.

Mais ce que je puis dire, c’est que je serais très glorieux d’avoir

écrit son livre.

M. BERNARD LAZARE.--M. Bernard Lazare, le dernier témoin, n’est pas

moins bref ni moins crâne:

Je connais, dit-il, Jean Grave depuis quatre ans. Sa loyauté et sa

probité sont au-dessus de toute discussion. C’est un écrivain de très

grand talent. Son livre est un des plus beaux que je connaisse.

L'histoire sociale au Palais de justice. Plaidoyers philosophiques · 第 45 / 66 题