Nous voici encore une fois entrés dans l'Automne, saison des nuances et
des désirs discrets, saison des violettes pâles et des chrysanthèmes
couleur de feuilles mortes. Il y a une poésie dans ce mot d'une sonorité
mélancolique, par ce qu'elle évoque de choses finissantes, de sourires
derniers, qu'on l'applique à l'année, qu'on l'applique à la vie. Il y en
a même trop, et qui s'épanche trop facilement. L'automne marche dans les
esprits, entouré d'un cortège de lieux communs, dont il est bien
difficile de le débarrasser. Mais peut-être ce serait-il dommage, car
c'est de cela qu'est faite sa beauté sensible. Il faut longtemps pour
que les hommes aperçoivent, pour qu'ils sentent surtout le charme de
certains vocables. Lentement, les générations les ont entourés de leurs
rêves, et ils ne nous arrivent que serrés dans des bandelettes
aromatiques, telles des momies qu'il ne faut pas démailloter. Comme la
petite chose, lorsqu'on l'ose, apparaît sèche, noire et ridée! L'automne
tout nu, c'est un orme à moitié chauve qui tremble au bord d'une route
que le vent bat. C'est l'herbe qui a déjà des pointes jaunes, c'est la
rudesse des chaumes où divaguent les oies, la haie à demi transparente,
les taches rousses et rouges sur le vert piqué des forêts. C'est la
fougère couleur d'amadou et les vignes couleur de rouille. L'automne nu
c'est la décomposition de la vie qui commence, ce sont nos amours qui se
putréfient et dont la phosphorescence nous fait croire qu'ils sont plus
vivants que jamais. N'importe, je l'aime ainsi, l'automne dépouillé de
tout ce qui ne lui est pas essentiel. Il me plaît par un air éploré
d'agonie. Dis, mon amie, nous irons le voir l'automne nu, dans les
grands bois où il déploie la soie mourante de ses ailes, à l'heure où le
soleil amer sourit, glisse et tombe?