L'avocat prit une automobile et se fit conduire à Nanterre.
Il eut la bonne fortune de rencontrer le négociant dont il avait parlé à
son ami et d'obtenir aussitôt le renseignement désiré.
--Cette maison est boulevard du Nord, 23; suivez ma rue, vous y
arriverez en deux minutes.
M. des Jonchères, s'empressant de mettre à profit l'indication, fut
reçu, boulevard du Nord, par une femme encore jeune, au visage avenant
et à l'accueil aimable. Cependant, quand il exposa sa requête, beaucoup
de défiance perçait dans la question que Mme Cardier lui posa.
--Pourquoi, monsieur, désirez-vous connaître l'adresse de Mlle
Deplémont?
--Je suis avocat, répondit-il en tendant sa carte, et, pour une affaire
très sérieuse, il est nécessaire que je voie Mlle Deplémont, ou plutôt
sa mère.
Mme Cardier connaissait la réputation comme avocat de M. des Jonchères;
elle se rassura, et un léger sourire passa sur son visage.
«Il est amoureux», pensa-t-elle, sans réfléchir que, dans ce cas, il
n'eût pas demandé une adresse qu'il devait connaître.
--Ces dames demeurent rue Vavin, 6. Mlle Deplémont est venue ici ce
matin.
--Ce matin? répéta l'avocat en dissimulant son vif étonnement.
--Oui... elle me rapportait son ouvrage, et venait en chercher pour
quinze jours. Elle et sa mère sont des femmes bien distinguées,
monsieur! C'est triste de les voir dans le malheur. Mlle Gertrude est si
bonne, si courageuse! elle sera un trésor pour l'homme qui l'épousera.
Tout en souriant intérieurement des idées matrimoniales de Mme Cardier,
M. des Jonchères constatait, non sans surprise, qu'elle ignorait le
départ de Mmes Deplémont.
--Je connais l'adresse de la rue Vavin, dit-il; mais ces dames sont
parties aujourd'hui pour un court voyage; elles ont omis de laisser leur
adresse au concierge, et il est urgent qu'elles reçoivent les nouvelles
qui les intéressent.
--Je ne puis rien vous dire, monsieur, répliqua Mme Cardier dont la
défiance s'éveilla de nouveau. Leur voyage ne me regarde pas; si elles
sont parties pour deux ou trois jours, elles n'avaient pas besoin de
laisser d'adresse. Certainement leur absence sera courte, puisque Mlle
Deplémont ne m'a parlé de rien et a emporté beaucoup d'ouvrage. On ne
travaille pas en voyage.
--Evidemment! mais je désirais leur envoyer une dépêche aujourd'hui
même, c'est pourquoi, sachant que vous les faisiez travailler, je me
suis permis de vous questionner.
--Je regrette, monsieur, de ne pas mieux vous renseigner, répondit assez
froidement Mme Cardier.