du Danube les vallées de la grosse et de la petite Laber, les
franchir, descendre en vue des Autrichiens sur la pente opposée, ce
qui conduisait sur le plateau de l'Abens à Abensberg, où Napoléon
s'efforçait d'amener les parties dispersées de son armée. (Voir la
carte nº 46.) Diverses routes s'offraient pour exécuter ce trajet.
À droite du maréchal Davout se présentait la grande chaussée de
Ratisbonne à Ingolstadt, longeant constamment le bord du Danube, et
aboutissant par Abach et Ober-Saal à Abensberg. Elle était large et
belle, mais resserrée entre les hauteurs et le Danube. Le maréchal
Davout aurait pu la suivre, mais s'il avait été surpris par l'ennemi
dans le défilé qu'elle formait, il eût été exposé à un désastre. Il
la réserva pour ses bagages et ses gros charrois d'artillerie, en
la faisant garder par un bataillon d'infanterie qui d'avance était
allé occuper les passages principaux. À gauche se présentait la
chaussée transversale de Ratisbonne à Landshut, passant la grosse
Laber à Eckmühl. C'était encore une large et belle route, mais elle
donnait en plein au milieu de l'ennemi. Il n'eût fallu la prendre
que si on avait désiré une grande bataille, ce qu'on ne voulait
pas, puisqu'on n'avait que la concentration pour but. Le maréchal
Davout y envoya son avant-garde, composée de quatre régiments de
chasseurs et hussards, de deux bataillons du 7e léger, commandés par
le général Montbrun, pour observer les Autrichiens, et les occuper
pendant la marche qu'on allait exécuter. Entre ces deux grandes
chaussées, des chemins de village, passant d'un revers à l'autre des
hauteurs, furent réservés au gros de l'armée. Les deux divisions
Friant et Gudin, formant une première colonne, précédées et suivies
par les cuirassiers Saint-Sulpice, durent marcher par Burg-Weinting,
Wolkering, Saalhaupt, Ober-Feking. Les deux divisions Saint-Hilaire
et Morand, formant une seconde colonne, précédées et suivies par les
chasseurs de Jacquinot, durent marcher par Ober-Isling, Gebraching,
Peising, Tengen, Unter-Feking. Ces deux colonnes cheminant ainsi à
côté l'une de l'autre, devaient parvenir sur le revers des hauteurs
qui séparent la grosse Laber du Danube, rejoindre à la sortie du
défilé d'Abach, vers Ober-Saal, la colonne des bagages, et déboucher
vis-à-vis d'Abensberg, près des Bavarois, avec chance même de n'être
pas aperçues des Autrichiens, tant le pays était boisé, montueux
et obscur. L'avant-garde, engagée sur la grande route d'Eckmühl à
Landshut, exposée par conséquent à donner de front sur la masse des
Autrichiens, qui venaient de Landshut, devait s'avancer avec prudence
et, après avoir servi de rideau aux deux colonnes d'infanterie, se
rabattre à droite, pour regagner le point de rendez-vous assigné à
tout le corps d'armée.
Ces dispositions arrêtées avec autant de fermeté que de prudence,
le maréchal Davout ordonna la marche pour le 19 avril au matin.
Dans la journée du 18 on acheva de traverser Ratisbonne, et le soir
la division Friant elle-même, ayant franchi les ponts de cette
ville, passa la nuit avec le reste de l'armée sur la rive droite.
Le maréchal Davout avait réservé au 65e de ligne le rôle périlleux
de garder Ratisbonne contre les armées nombreuses qui allaient
l'attaquer par la rive gauche et par la rive droite. Il lui avait
prescrit de fermer les portes, de barricader les rues, et de se
défendre à outrance jusqu'à ce qu'on le dégageât, ce qui ne pouvait
manquer d'arriver bientôt.
[Note en marge: Le maréchal Davout part de Ratisbonne le 19 avril au
matin.]
[Note en marge: Mouvement de l'archiduc Charles vers Ratisbonne,
tandis que le maréchal Davout marche vers Abensberg.]
Le 19 au point du jour, les quatre colonnes de l'armée commencèrent
la marche difficile qui leur était ordonnée, les bagages à droite le
long du Danube, deux colonnes d'infanterie au centre par des chemins
de village, l'avant-garde à gauche sur la grande route de Ratisbonne
à Landshut par Eckmühl. Les Français, partis ainsi de grand matin,
et traversant des coteaux boisés, n'aperçurent d'abord aucun ennemi.
Cependant la rencontre ne pouvait tarder, car il était impossible
que, manoeuvrant à trois ou quatre lieues les uns des autres, des
centaines de mille hommes ne finissent point par se joindre et par
se battre. Dans ce moment, en effet, l'archiduc Charles, ayant passé
la journée au camp de Rohr, sur le plateau qui sépare l'Abens de la
grosse Laber, au revers même des hauteurs que les Français étaient
occupés à franchir, avait enfin arrêté ses résolutions. Apprenant à
chaque pas, d'une manière toujours plus positive, que le maréchal
Davout était à Ratisbonne, il avait pris le parti d'y marcher le 19
en faisant les dispositions suivantes: le général Hiller, formant
l'extrême gauche avec son corps et la division Jellachich, avait
ordre de venir de Mainbourg sur Siegenbourg (voir la carte nº 46),
rejoindre l'archiduc Louis, qui avait été laissé devant Abensberg
avec son corps et le deuxième corps de réserve pour garder l'Abens.
L'archiduc Charles, suivi du corps de Hohenzollern, moins quelques
bataillons placés en observation à Kirchdorf sous le général Thierry,
du corps de Rosenberg, du premier corps de réserve et de la brigade
Vecsay, ce qui présentait une masse de 70 mille hommes, devait se
diriger sur Ratisbonne, après en avoir laissé à sa gauche sous le
général Hiller et l'archiduc Louis plus de 60 mille. Ainsi, tandis
que Napoléon faisait les plus grands efforts pour concentrer son
armée, le généralissime autrichien dispersait la sienne de Munich à
Ratisbonne, sur plus de trente lieues.
Il se mit en mouvement le 19 au matin, en même temps que le maréchal
Davout, et dans un ordre de marche à peu près semblable. Deux
colonnes d'infanterie, l'une composée du corps de Hohenzollern,
l'autre du corps de Rosenberg et des grenadiers de la réserve,
devaient quitter le camp de Rohr, et s'avancer à travers les hauteurs
que franchissaient les Français, la première par Gross-Muss, Hausen,
Tengen, la seconde par Lancqwaid, Schneidart, Saalhaupt. La brigade
Vecsay, une brigade empruntée à l'archiduc Louis, la cavalerie
légère, la grosse cavalerie détachée de la réserve, devaient, par la
route de Landshut à Ratisbonne, c'est-à-dire par Eckmühl, marcher sur
Ratisbonne, et probablement avoir affaire à l'avant-garde du général
Montbrun.
[Note en marge: Les deux divisions Morand et Gudin exécutent leur
trajet sans rencontrer l'ennemi.]
Nous étions partis dès la pointe du jour. De nos quatre colonnes,
celle des bagages suivant le bord du Danube, abritée par les hauteurs
et la masse de nos divisions d'infanterie, ne pouvait rencontrer
aucun ennemi. Les deux colonnes d'infanterie, l'une à gauche composée
de Gudin et de Friant, l'autre à droite composée de Morand et de
Saint-Hilaire, toutes deux précédées et suivies de la cavalerie,
cheminèrent assez long-temps sans rien découvrir. À neuf heures du
matin, la tête des deux colonnes franchit les hauteurs, descendit sur
leur revers, et entrevit à peine quelques tirailleurs autrichiens.
La division Gudin, qui formait la tête de notre colonne de gauche,
et qui avait répandu au loin les tirailleurs du 7e léger, fut seule
aux prises avec les tirailleurs autrichiens du prince de Rosenberg.
On se disputa le village de Schneidart assez vivement. Mais nos
troupes, ayant ordre de marcher, ne s'arrêtèrent point, et, tandis
que les tirailleurs du 7e léger s'obstinaient à faire le coup de
feu, Morand et Gudin, qui formaient avec une portion de cavalerie la
tête des deux colonnes, défilèrent, par ordre du maréchal Davout,
accouru au galop pour accélérer la marche de ses troupes. Ces
divisions se hâtèrent de gagner Ober-Feking et Unter-Feking, ce qui
devait les réunir à la colonne des bagages sortie du défilé d'Abach,
très-près du rendez-vous général assigné à l'armée. Les tirailleurs
du 7e suivirent Gudin après s'être vaillamment battus, et cédèrent
Schneidart aux Autrichiens, qui crurent l'avoir conquis[13]. Mais
les Autrichiens continuant à s'avancer, les divisions Saint-Hilaire
et Friant, qui formaient la queue de nos deux colonnes d'infanterie,
ne pouvaient manquer de les rencontrer. Tandis que le corps de
Rosenberg, après avoir eu affaire au 7e léger, traversait Schneidart
et se portait sur Dinzling, le corps de Hohenzollern s'approchait de
Hausen, que les dernières compagnies du 7e léger venaient d'évacuer,
y entrait, et allait occuper une masse de bois qui se dessinait en
fer à cheval vis-à-vis de Tengen. (Voir la carte nº 47.)
[Note 13: C'est ainsi que le raconte le général Stutterheim dans
son excellent récit de la campagne de 1809. Il semble croire que
Schneidart nous fut enlevé.]
[Note en marge: Combat de Tengen entre le corps de Hohenzollern et
les divisions Saint-Hilaire et Friant.]
Dans ce moment, le général Saint-Hilaire traversant Tengen avec sa
division, aperçut vis-à-vis de lui, à la lisière des bois, les masses
autrichiennes de Hohenzollern, précédées d'une nuée de tirailleurs.
Le 10e léger ayant replié les tirailleurs ennemis, le maréchal
Davout, qui se trouvait dans l'instant près du général Saint-Hilaire,
dirigea le 3e de ligne à droite, le 57e à gauche, pour enlever
ces hauteurs boisées qui décrivaient devant lui un demi-cercle, au
centre duquel se voyait la ferme de Roith. Le 3e s'avança rapidement,
en chargeant ses armes sous le feu. Mais ayant attaqué avec trop
de précipitation, et avant d'avoir eu le temps de se former, il
ne réussit point, et fut obligé sous une pluie de mitraille et de
balles d'opérer un mouvement rétrograde. Sur ces entrefaites, le 57e
ayant formé ses colonnes d'attaque, vint se mettre à la gauche du
3e, et repoussa l'ennemi des mamelons qu'il occupait en avant des
bois. Le 3e, bientôt ramené en ligne, appuya ce mouvement, et ces
deux régiments parvinrent ainsi à refouler les Autrichiens dans les
bois, et à s'établir solidement sur le terrain disputé. Pendant ce
temps, les trois autres régiments de la division, les 10e, 72e et
105e étaient rangés à droite, à gauche, en arrière de Tengen, prêts
à soutenir les deux premiers. Malheureusement l'artillerie, à cause
des mauvais chemins, était en retard, et on n'avait que 6 pièces à
opposer à la masse de l'artillerie ennemie. Le maréchal Davout[14],
voyant le combat bien établi sur ce point, courut aux divisions Gudin
et Morand, qui avaient déjà défilé, pour s'assurer qu'elles étaient
parvenues sans accident à Unter et Ober-Feking, pour les placer à
son extrême droite, et empêcher ainsi que l'ennemi, dont il ignorait
la position, ne vînt par cette extrême droite percer jusqu'au Danube.
[Note 14: J'ai eu souvent beaucoup de peine pour démêler la vérité
entre les assertions contradictoires des témoins qui rapportent
les événements militaires: je n'en ai jamais eu autant qu'en cette
occasion, et notamment pour le combat de Tengen. Nous avons le récit
sage, clair, modeste du général Stutterheim, et en outre beaucoup de
relations allemandes. Nous avons, du côté des Français, le général
Pelet et les relations manuscrites des généraux Saint-Hilaire,
Friant, Montbrun, et ce qui vaut mieux, un récit du maréchal Davout
lui-même. Toutes ces relations se contredisent, quant aux lieux,
aux heures, et aux corps engagés. Après les avoir lues et relues
jusqu'à cinq et six fois chacune, je suis parvenu à établir les faits
tels que je les rapporte, et je crois le récit que j'en donne aussi
rapproché de la vérité que possible. Ce dont je suis certain, c'est
d'avoir conservé à l'événement son vrai caractère, et c'est ce qui
importe surtout à l'histoire. Les notes que j'ai réunies à cet égard
composeraient à elles seules un mémoire comme ceux qu'on rédige pour
l'Académie des inscriptions.]
À l'extrémité opposée, c'est-à-dire à gauche, le général Friant,
ralenti dans sa marche par les mauvais chemins, avait à son tour
débouché sur Saalhaupt entre midi et une heure, et entendant un feu
violent vers Tengen, s'était hâté de venir prendre position à la
gauche de la division Saint-Hilaire, dans l'intention de la soutenir.
Il fit avancer le 15e léger et le 48e de ligne sous les ordres du
général Gilly, pour pénétrer dans les bois, et dégager le flanc de la
division Saint-Hilaire. Il plaça dans la plaine, entre Saalhaupt et
Tengen, la deuxième brigade des cuirassiers Saint-Sulpice, avec les
33e, 108e et 111e, pour garantir l'extrémité de sa ligne. Le général
Piré, qui commandait un régiment de cavalerie légère, fut chargé de
lier la division avec l'avant-garde du général Montbrun vers Dinzling.
À peine à portée du feu, le général Gilly voulut faire évacuer les
bois à la gauche de la division Saint-Hilaire. Le chef de bataillon
Sarraire y pénétra avec quatre compagnies du 15e, et en délogea les
Autrichiens. Le 15e et le 48e prirent ainsi position sur le flanc
de la division Saint-Hilaire, et on fit sortir des régiments toutes
les compagnies de voltigeurs, qui se mirent à échanger avec les
tirailleurs autrichiens un feu épouvantable.
Tandis que ces mouvements s'opéraient sur les ailes de la division
Saint-Hilaire, le combat sur le front de la division elle-même avait
plusieurs fois changé de face. Le 33e à droite, le 57e à gauche du
fer à cheval, au fond duquel on voyait la ferme de Roith, avaient
perdu beaucoup de monde, et épuisé leurs munitions, qu'il n'était
pas facile de renouveler, les transports de l'artillerie n'étant
pas encore arrivés. Le général Saint-Hilaire fit remplacer en ligne
le 33e par le 72e, le 57e par le 105e, et le feu recommença dès
lors avec une extrême violence. Le prince de Hohenzollern porta en
avant les régiments de Manfredini et de Wurzbourg, conduits par le
prince Louis de Liechtenstein. Ces régiments firent, pour déboucher
par les extrémités du fer à cheval dont les Français occupaient le
milieu, des efforts inouïs. Tous les chefs furent blessés dans ces
tentatives. Le maréchal Davout, revenu à la division Saint-Hilaire,
s'était placé au centre avec un bataillon du 33e, et se jetait sur
tout ce qui essayait de déboucher par les extrémités, ramassant des
prisonniers à chaque nouvelle pointe des Autrichiens.
Les généraux ennemis voulurent alors faire un effort sur la gauche de
Saint-Hilaire, vers le point de jonction avec la division Friant. Le
prince Louis de Liechtenstein se mettant à la tête du régiment de
Wurzbourg, et saisissant un drapeau, déboucha en colonne, marchant
droit aux Français. Le général Gilly avec les grenadiers du 15e et un
bataillon du 111e se porta à la rencontre du prince Louis, l'attaqua
à la baïonnette, et le repoussa. Le prince Louis de Liechtenstein
revint à la charge, reçut plusieurs coups de feu, et fut mis hors de
combat. Les Autrichiens furent ramenés. Sur le front de la division
Saint-Hilaire le prince de Hohenzollern essaya un nouvel effort; mais
notre artillerie, arrivée en ce moment, accabla les Autrichiens de
mitraille et parvint à les contenir. Le 10e léger, chargeant alors
à la baïonnette, pénétra dans les bois qui se dessinaient en cercle
devant nous, poussa les Autrichiens sur Hausen, et les obligea à
s'y replier. Notre ligne tout entière appuya ce mouvement, et les
Autrichiens allaient être jetés sur Hausen quand le prince Maurice de
Liechtenstein, à la tête du régiment de Kaunitz, arrêta la poursuite
furieuse des Français. Ce prince fut blessé en sauvant son corps
d'armée.
La journée tendait vers sa fin, et au milieu de la confusion de cette
rencontre, les Français pas plus que les Autrichiens ne voulaient
s'engager tout à fait. Le maréchal Davout, à qui il suffisait
d'avoir accompli sa mission en gagnant sain et sauf les environs
d'Abensberg, et qui avait déjà sa droite, formée par les divisions
Gudin et Morand, arrivée au rendez-vous, et sa gauche, formée par
Saint-Hilaire et Friant, maîtresse du champ de bataille de Tengen,
se contenta d'y coucher en vainqueur, attendant pour les mouvements
ultérieurs les ordres de Napoléon. Partout sa marche s'était
opérée avec succès; car le brave Montbrun, rencontrant le corps de
Rosenberg, lui avait résisté vaillamment, et se repliait à la fin du
jour sur le corps d'armée sans avoir essuyé d'échec.
De son côté l'archiduc Charles, spectateur de ce combat, était
resté immobile sur les hauteurs de Grub avec douze bataillons de
grenadiers, lesquels appartenaient au premier corps de réserve.
Voyant un combat à sa gauche avec Hohenzollern, à sa droite avec
Rosenberg, il avait craint d'avoir devant lui la principale masse
des Français, et voulant rallier toutes ses troupes avant d'engager
une bataille générale, il avait laissé battre sans le secourir le
corps de Hohenzollern. Son intention était de recommencer la lutte
le lendemain, après avoir amené à lui l'archiduc Louis posté devant
l'Abens, et fait prendre au général Hiller la position que laisserait
vacante l'archiduc Louis.
[Note en marge: Pertes réciproques au combat de Tengen.]
[Note en marge: Résultats du combat de Tengen par rapport à la
position des deux armées.]
Cette journée avait été fort sanglante, car on s'était battu
non-seulement à Dinzling entre Montbrun et Rosenberg, à Tengen
entre Saint-Hilaire, Friant et Hohenzollern, mais entre les postes
intermédiaires laissés par les Autrichiens et les Français pour lier
les deux extrémités de leur ligne. Nous avions perdu 200 hommes à
l'avant-garde du général Montbrun, 300 à la division Friant, 1,700 à
la division Saint-Hilaire, quelques hommes seulement à la division
Morand, une ou deux centaines de cavaliers du côté des Bavarois, en
tout 2,500 hommes. Les Autrichiens en avaient perdu 500 à Dinzling,
environ 4,500 à Tengen, quelques centaines à Buch et Arnhofen, en
tout près de 6 mille[15]. Un nombre considérable de leurs soldats
s'étaient dispersés. Le résultat général, pour la position des deux
armées, était bien autrement important, car le maréchal Davout, qu'on
aurait pu arrêter dans sa marche de Ratisbonne vers Abensberg, et
peut-être jeter dans le Danube, s'était heureusement glissé entre
le fleuve et la masse des Autrichiens, avait rejoint par sa droite
les environs d'Abensberg, et heurté victorieusement par sa gauche
le centre des Autrichiens. L'archiduc Charles, s'il avait marché en
masse plus serrée, s'il avait moins hésité, par crainte des lieux
et de Napoléon, aurait pu, en portant sa réserve de grenadiers sur
Friant et Saint-Hilaire, les accabler, ou du moins, leur fermeté
rendant un tel succès difficile, leur causer un grave échec. Mais il
vit uniquement dans toute cette mêlée des raisons d'attendre que les
choses se fussent éclaircies, et que sa gauche se fût rapprochée de
lui.
[Note 15: Ici encore je renouvelle l'avertissement que ces chiffres
ne peuvent être qu'approximatifs. Les bulletins, et les historiens
qui ont copié ces bulletins, parlent avec une assurance singulière
de chiffres bien autrement élevés, mais je les crois tous inexacts.
J'ai pour les divisions Friant et Saint-Hilaire un état authentique
des pertes. Quant aux Autrichiens, les chiffres donnés par le général
Stutterheim sont démentis par les pertes totales avouées à la fin
des opérations qui eurent lieu autour de Ratisbonne. C'est après des
comparaisons multipliées que je suis arrivé à déterminer les nombres
que je présente ici, et je les crois aussi rapprochés que possible
de la vérité. Je ne reviendrai plus sur un tel avertissement, qui
devra servir pour toute la suite de cette histoire. Je me borne à
répéter que dans les récits de guerre, surtout quand il s'agit des
nombres, on ne peut jamais obtenir que la vérité approximative, et
que je n'ai pas la prétention d'en donner une autre. Mais j'ajoute
que je n'ai rien négligé pour ramener le plus possible cette vérité
approximative à la vérité absolue.]
[Note en marge: Arrivée de Napoléon sur le plateau d'Abensberg, où
viennent de déboucher les troupes du maréchal Davout.]
[Note en marge: Dispositions ordonnées par Napoléon à Abensberg pour
la journée du 20.]
Napoléon usa autrement des avantages obtenus par le maréchal
Davout. Descendu d'Ingolstadt à Vohbourg pendant la nuit du 19 au
20 (voir la carte nº 46), il apprit les événements de la journée,
et, montant aussitôt à cheval, il courut à Abensberg pour faire en
personne la reconnaissance des lieux. Du haut même de ce plateau
où il avait appelé les troupes du maréchal Davout, il reconnut que
les Autrichiens n'avaient qu'une chaîne de postes peu nombreux,
mal disposés, pour unir les masses qui avaient combattu à Tengen
avec celles qui étaient répandues le long de l'Abens. Il ne savait
pas précisément où se trouvait l'archiduc Charles avec son corps
d'armée principal, s'il était devant Tengen contre les divisions
Saint-Hilaire et Priant, ou le long de l'Abens devant les Bavarois:
mais il voyait clairement que le généralissime avait singulièrement
étendu sa ligne, et, profitant des avantages de la concentration
qui commençaient à être de son côté depuis l'heureux mouvement du
maréchal Davout, il songea à faire essuyer aux Autrichiens les
conséquences de la dispersion auxquelles ils s'étaient imprudemment
exposés. Il arrêta donc sur-le-champ les dispositions suivantes.
Il prit momentanément au maréchal Davout une partie de son corps,
et lui laissant les divisions victorieuses de Saint-Hilaire et
Friant, avec les troupes légères de Montbrun (en tout 24 mille
hommes), il s'empara des divisions Morand et Gudin bivouaquées entre
Unter et Ober-Feking, des cuirassiers Saint-Sulpice, des chasseurs
de Jacquinot, pour les placer temporairement sous les ordres du
maréchal Lannes, qui venait d'arriver. Il recommanda au maréchal
Davout de tenir ferme à Tengen, d'y résister à toute nouvelle
attaque, quelle qu'elle fût, car l'armée allait pivoter sur ce
point pour enfoncer le centre ennemi et le pousser sur Landshut.
Il ordonna au maréchal Lannes de marcher droit devant lui avec
les vingt-cinq ou vingt-six mille hommes mis à sa disposition, et
d'enlever Rohr, qui semblait former le centre de la position des
Autrichiens. Ayant lui-même sous la main les Wurtembergeois qui
débouchaient en ce moment sur le champ de bataille, il les plaça
vers Arnhofen, entre Lannes et les Bavarois. Il prescrivit à ces
derniers de passer l'Abens à Abensberg, et de venir enlever Arnhofen.
La division de Wrède notamment, établie derrière l'Abens de Bibourg
à Siegenbourg, devait attendre que la ligne ennemie fût ébranlée
pour passer l'Abens de vive force, et déboucher à notre droite sur
le flanc gauche des Autrichiens. Chacune de ces attaques était
dirigée sur l'un des postes détachés des Autrichiens, qui formaient
une longue chaîne de l'Abens à la Laber. Napoléon, tous ces postes
forcés, voulait pousser jusqu'à Landshut, s'y emparer de la ligne
d'opération de l'archiduc, soit en se jetant sur son arrière-garde,
soit en se jetant sur ce prince lui-même s'il se repliait en personne
vers Landshut. Aussi, pour rendre l'opération plus sûre, il se
hâta de modifier la marche de Masséna. Il l'avait fait descendre
sur Pfaffenhofen, perpendiculairement dans le flanc gauche des
Autrichiens, se réservant de ployer sa marche ou sur l'Isar, ou sur
le Danube, suivant les circonstances. Pensant qu'il avait auprès de
lui assez de forces, puisqu'il avait le maréchal Davout qui gardait
Tengen avec 24 mille hommes, le maréchal Lannes qui allait enlever
Rohr avec 25 mille, le maréchal Lefebvre qui se préparait à attaquer
Arnhofen et Offensteten avec 40 mille Wurtembergeois et Bavarois, et
enfin la division Demont et les cuirassiers Nansouty qui arrivaient
sur les derrières, il dirigea Masséna sur Landshut par Freising et
Moosbourg, lui ordonnant d'y être le lendemain 21 de bonne heure,
afin d'interdire aux Autrichiens le retour sur Landshut. Il pouvait
se faire, si Masséna arrivait à temps, qu'on enlevât tout ce qui
était entre le Danube et l'Isar.