SECOND ÉTAGE

L'escalier tourne et monte, du premier au second étage, toujours entre

des dessins de l'école française et des _kakemonos_ japonais.

Le _kakemono_ est une bande longitudinale de gaze peinte à

l'aquarelle[94], collée sur un morceau de soie qui la marge tout autour

d'un dessin de fleurs, généralement tissées en or ou en argent, et

que tient tendu un petit rouleau de bois, terminé par deux rondelles

d'ivoire pendant en bas. C'est le tableau du Japon, la seule peinture

que les amateurs de là-bas[95] et le commun des martyrs accrochent

à ses cloisons. Dans ces aquarelles toujours étroites, mais d'une

longueur qui va d'un à deux, à trois mètres, il est des œuvres

d'art qui font l'ébahissement de nos aquarellistes, en présence de

ces immenses machines peintes à l'eau. Devant un de ces kakemonos, de

Nittis[96], qu'on sait n'être pas un maladroit, déclarait qu'il n'y

avait pas d'Européen capable d'exécuter ces étonnantes décorations.

Dans l'atelier du peintre Hirsch est suspendue une grue parmi les

roseaux d'un marais, la nuit, sous une lune voilée d'un nuage. Dans

le gris perle des ténèbres, c'est un chef-d'œuvre que l'échassier

blanc, en son arrêt suspendu, avec l'interrogation de sa petite tête

dressée et retournée, de son œil qui veille à travers le fouillis

obscur,—l'échevellement des lances de roseaux, d'abord jaunes d'or,

puis noires, puis couleur des choses vues dans le lointain de la

nuit. Un modelage désespérant des détails, d'une science de procédés

incroyable, avec des oppositions singulières, et qu'on n'ose pas en

Europe: ainsi, dans cette aquarelle délavée et sans aucune épaisseur

de couleur, la patte relevée de la grue est empâtée de gouache, et

de toute la peinture seule ressort en relief, absolument comme si

elle était brodée. Chez moi, dans mon escalier, battent contre le

mur des tortues jouant sur une grève à la mer basse, d'un matutineux

extraordinaire[97], et une tige de pavots violets entrelacée dans un

rameau d'arbuste aux fleurs cerise d'un charme tout réjouissant, et

bien encore une demi-douzaine représentant des oiseaux de rivière au

milieu de plantes aquatiques. Toutefois la merveille est une guenon

tenant son petit dans ses bras. Il est vraiment impossible de rendre,

par une coloration plus vraie, le rose violacé de la face et des bouts

de sein de la singesse, de la face et des callosités ischiatiques du

petit, au milieu de l'envolée fauve du pelage, où, çà et là, se voient

des aplatissements, de lumineux versements de poils faits d'un ton

bleuâtre indescriptible. Ce kakemono est signé: _Leï Meï Wan Sossen_.

Sossen, au Japon, est reconnu comme le grand peintre du singe, et ne

peint uniquement que le singe.

[94] Il y en a de peints sur soie, sur papier, il y en a de

brodés, quelques-uns même ne sont qu'un tissage d'or dans la

soie. C'est ainsi que, chez moi, deux kakemonos représentent

des vases de fleurs, encastrés dans des zones où volent des

grues hiératiques aux couleurs qu'on dirait cherchées dans

les mosaïques de Saint-Marc. Mon ami, le poète de Heredia, en

possède dans ce genre deux très supérieurs. C'est un canevas

blanc, entouré d'une première bande amarante sur lequel courent

des branchages d'or, d'une seconde bande réséda sur laquelle

sont jetées également en or des armoiries de prince. Le canevas

blanc est brodé d'une paonne et d'un paon, la queue déployée.

Ces deux broderies, sur cette trame à jour, ont à la fois des

tons assoupis de tapisseries passées et de vieilles orfévreries

émaillées.

[95] Car il faut que l'Europe sache que le Japon a ses curieux

de peinture, et des curieux maniaques comme les nôtres. M.

Réal, l'associé des Sichel, achetant des kakemonos au Japon,

et s'étonnant de la différence du prix entre deux kakemonos,

dont le faire lui paraissait identique, le marchand lui disait:

«Oui, tous les deux sont du même, mais celui-ci est du temps où

sa célébrité était faite.»

[96] De Nittis a acheté le beau et grand kakemono de

l'Exposition, représentant une vingtaine de pigeons s'ébattant

à la margelle d'une vasque en pierre. Il l'avait acheté pour

le copier et avoue modestement y avoir renoncé devant la

difficulté. Il me faisait toucher, avec l'enthousiasme qui

jaillit de son individu en présence d'une vraie chose d'art,

tous les détails de l'exécution, et ces contours dans l'ombre,

et qui sont faits simplement du balayage et du rebroussage lavé

des teintes de la pleine lumière.

[97] D'après une inscription tracée au pinceau, ce kakemono

ne serait qu'une répétition par un élève d'un célèbre dessin

du dessinateur spécialiste des tortues. Voici l'inscription:

_Copie de Oh-kio_.

Donnons ici un rapide historique des anciens peintres du Japon d'après

la grande encyclopédie, intitulée: WA-KAN-SANZAI DZUYÉ, dont un

fragment a été traduit par M. Dickins dans son livre sur le Fusi-yama.

Mih-Hi (2697 avant Jésus-Christ) dessina, le premier, les diagrammes

au lieu de les écrire. Ce fut l'origine du dessin.

Tsao-fuh-hing, le premier, dessina les choses appartenant aux hommes.

Shi-tao-shih dessina, le premier, des oiseaux et des bêtes.

Quelques-uns des vieux maîtres possédaient une puissance miraculeuse:

l'un ayant dessiné un dragon, aussitôt qu'il eut terminé l'œil, le

dragon s'envola; un autre, nommé Han kan, ayant dessiné un cheval, un

démon l'enfourcha, trompé par la ressemblance.

Les peintres célèbres des époques postérieures sont innombrables. Il y

eut d'abord Kose no Kanaoka, après vint Fujihara no Takayoshi qui fut

suivi par Takuma Temeyuki et Tosa Tsuné taka.

Dans la succession des plus renommés des époques postérieures, se

trouvent Tsunemori, Tosa Mitsunobu, Sesshiu, Josetsu, Oguri Sotan,

Schiubun, Sesson et le plus célèbre de tous, Kano Motonobu.

Tsunemori s'est illustré par ses _oiseaux sur l'aile_, oiseaux volants.

Tosa Mitsunobu, qui a été surintendant de la peinture, est le fondateur

de l'école de Tosa, dont les élèves peignent avec un pinceau fin comme

un cheveu, et affectionnent la feuille d'or.

Sesshiu, qui avait été prêtre dans sa jeunesse, était un disciple des

écoles de Josetsu et de Shiubun. Sa renommée arriva jusqu'à l'empereur

de la dynastie des Ming régnante alors en Chine, qui le décida à se

charger de la décoration du palais impérial. Son début fut celui-ci:

Sesshiu remplissant un balai d'encre de Chine, sans que sa main hésitât

une minute, dessina un dragon, éclaboussant l'encre autour de lui; et

l'admirable vigueur de l'esquisse fit bientôt que son nom et sa gloire

se répandirent dans tout l'Empire du Milieu. Il était habile à retracer

les paysages, les fleurs, les oiseaux, les quadrupèdes, les hommes.

Il travaillait avec une grande rapidité, et, pour ainsi dire, d'un

seul trait courant, avait une préférence marquée pour les tons gris

clair, évitait le rouge et les verts. Il est le fondateur de l'école de

Sesshiu, l'école du noir et du blanc, une école de grisaille distincte

de l'école de Tosa, l'école coloriste du pays, et de l'école éclectique

de Kano, qui cherchait à fondre les deux écoles.

Sesson était un fameux peintre pour les effets de clair de lune en

automne.

Kano Motonobu, le prince des peintres chinois et japonais, a été appelé

aussi souvent Kohôgen.

Les principales couleurs, employées autrefois par les peintres

japonais, étaient pourpre clair, jaune et rouge, gris brun d'écorce

d'arbre, couleur de pêche, bleu vert, jaune vert, gris de thé, gris

de souris, brun jaune, feuille morte. Les matières colorantes servant

à la composition de ces couleurs étaient l'ocre, la terre d'ombre, le

cinabre, l'orpiment, l'airo, sorte de pigment bleu, le _nakuroku_, vert

formé d'un pigment arsénieux, le noir de fumée, le charbon ou la cendre

de laine de coton.

Dans le livre chinois RUI-YEN (Jardin des Miscellanées), on raconte

une curieuse anecdote sur un procédé de peinture japonaise. Nous y

lisons qu'un nommé Sû-Nogh dessina, dans un tableau, un taureau qui

quittait, le jour, la toile, pour aller pâturer, et revenait prendre

sa place dans la peinture le soir. Ce tableau arriva dans les mains de

l'empereur Taï-Tsung (976-998), qui demanda à ses courtisans, mais en

vain, une explication de ce prodige. A la fin, cependant, un certain

prêtre révéla que les Japonais trouvaient une substance nacreuse dans

la chair d'une espèce d'huître qu'ils ramassaient sur les rochers à la

marée basse, et que cette substance broyée en une matière colorante

faisait des tableaux invisibles le jour, visibles la nuit.

Mais il nous a été donné de surprendre un peu du secret de ces

peintures, de ces aquarelles pendant l'année de l'Exposition, aux trois

soirées du commissaire général Matzugata, de l'éditeur Charpentier,

de Burty, ces trois soirées où les japonisants de Paris ont pu

regarder travailler des artistes japonais. Chez Matzugata, nous avons

vu un Japonais, debout devant une table, sans l'aide d'un fusinage,

d'un crayonnage, attaquer du premier coup, et à main levée, avec un

pinceau, des dessins, sur des morceaux de mousseline, retenus par les

deux bougies qui éclairaient le peintre, et les commencer par un bec

d'oiseau, par une queue de poisson; et des extrémités de l'ensemble, de

fragments de dessin se rejoignant à la fin bout à bout, réaliser, dans

l'étonnement de tous, un être de l'air ou de l'eau qui semblait dessiné

d'après nature.

Chez Charpentier, un autre peintre japonais, la joue labourée par une

contraction du muscle zygomatique, sa grosse bouche sérieuse gonflée et

avancée, et le front peinant, comme si sa mémoire cherchait à refaire

identiquement un dessin déjà fait, tenait le pinceau entre la première

phalange du pouce et l'index, et, pour ainsi dire, à pleine main. Je

me rappelle un surprenant dessin de trois corbeaux, et l'adresse avec

laquelle, de son pinceau écrasé et aux poils presque secs, dans une

teinte plate d'encre de Chine encore humide, l'artiste _facsimila_ le

duveteux de la poitrine d'un des noirs oiseaux.

Mais jusque-là, rien que des improvisations, rien que des croquis à

l'encre de Chine; chez Burty, nous avions la représentation dans les

coulisses, de l'élaboration, pleine de _ficelles_, d'un grand panneau

à l'aquarelle, poussé au dernier fini: d'un véritable kakemono. Disons

d'abord qu'un dessin, pour être précieux au Japon, doit être dessiné

sans aucune reprise du trait, sans aucun _repentir_. On attache même

une certaine importance à la rapidité du faire, et le compagnon

du peintre alla regarder l'heure à la pendule, quand il commença.

L'artiste japonais s'était muni cette fois d'un coupon de soie gommée

presque transparent, se fabriquant pour cet usage au Japon seulement,

et le coupon de soie était tendu sur un châssis de bois blanc. Sauf

deux ou trois bâtons de couleur, parmi lesquels il y en avait un de

gomme-gutte et un autre d'un bleu verdâtre, l'aquarelliste se servait

de couleurs au miel, de couleurs européennes. D'abord, pour commencer,

ce fut au milieu du panneau comme toujours un bec d'oiseau devenant un

oiseau, puis encore trois autres becs, trois autres oiseaux: le premier

grisâtre; le second au ventre blanc, aux ailes vertes; un troisième

ayant l'apparence d'une fauvette à tête noire; le quatrième avec du

rouge dans le cou d'un rouge-gorge. Il ajouta à la fin, au haut de son

panneau, un cinquième grimpereau, un calfat au bec de corail. Ces cinq

oiseaux furent exécutés avec le travail le plus précieux, et presque

avec le _froufrou_ révolté de leurs plumes. Et c'était charmant de voir

notre Japonais travailler, tenant deux pinceaux dans la même main: l'un

tout fin, et chargé d'une couleur intense, et filant le trait; l'autre

plus gros et tout aqueux, élargissant la linéature et l'estompant; tout

cela, avec des prestesses d'escamoteur debout devant sa petite table

aux gobelets.

Les oiseaux paraissant terminés, Watanobé Seï Sé a jeté dans un coin

des feuilles, des bouts de branchages, sans le dessin des branches. A

ce moment, d'un gros pinceau sans couleur et trempé d'eau, il a mouillé

le fond resté vierge de toute coloration, en épargnant, autour des

oiseaux, de petites déchiquetures, laissées par lui sèches, dans le

papier mou. Le panneau a été séché, un moment, à la flamme d'un journal

dans la cheminée, et retiré lorsqu'il conservait un rien d'humidité.

Alors brutalement, et comme sans souci de la délicatesse de son dessin,

il a laissé pleuvoir, sur tout son panneau, de gros pâtés d'encre de

Chine, qui, étendus avec un blaireau, ont tout à coup mis la plus douce

demi-teinte autour des branchages et des oiseaux, enfermés dans une

couche de neige faite miraculeusement par les espèces d'archipels,

gardés secs dans le papier. Puis, quand le panneau a été ainsi préparé,

ainsi avancé dans certaines parties, ne voilà-t-il pas que notre

peintre japonais s'est mis à le laver à grandes eaux, donnant, sur la

tête colorée des oiseaux, de petits coups de pouce amortissants et ne

laissant sur le papier que la vision effacée de ce qui y était tout

à l'heure. Et le panneau est encore une fois remis au feu et retiré

mollet, et l'artiste indique le tronc tortueux par un large appuiement,

mais interrompu, mais cassé, et pique avec la plus grande attention,

dans le vide et l'effacement, les petites fleurs rouges d'un cognassier

du Japon, ne plaçant qu'au dernier moment la valeur noire de son

dessin, la tache intense à l'encre de Chine du tronc de l'arbuste. Et

ç'a été encore des lavages, des séchages, des reprises, des relavages,

au bout desquels le lumineux et moelleux dessin était parachevé, tirant

de tout ce travail dans l'humide quelque chose du joli flottement des

contours que l'on voit en un dessin baignant dans l'eau d'une cuvette

de graveur, et sans que,—selon l'expression d'un peintre,—dans cette

chose _soufflée_ se sentît la moindre fatigue.

Je revoyais ces jours-ci ce kakemono, dont Watanobé Seï Sé a fait

cadeau à Burty, et j'admirais l'art doux et délicat de ce dessin noyé

dans un si charmant brouillard gris, et où cependant tout est dessiné,

achevé, fini. La merveille de nature, que ces cinq grimpereaux, et la

perfection et la vie de leur plumage, et l'intelligente opposition,

au milieu de la sautillante allure des quatre bien portants, de la

pose frileuse et ratatinée du petit malade, la tête rentrée dans le

soulèvement de ses plumes en boule. Du reste, le dessin a été enlevé

avec amour: l'artiste japonais était véritablement exalté par le

plaisir admiratif qu'il nous voyait prendre à son travail, et le

lendemain il disait à son compagnon que c'était la seule soirée en

France qui lui eût rappelé une soirée de dessin du Japon.

Sur le palier s'ouvrent des chambres inhabitées, ensevelies dans la

poussière des capharnaüms, où tout bibeloteur emmagasine et entasse

les choses boiteuses et estropiées, les choses achetées les jours

d'erreur, où le goût est _embourgeoisé_, et les choses pour lesquelles

une inexplicable indifférence est venue. Il y a là, pêle-mêle, dans

le fouillis pittoresque d'un grenier du bric-à-brac, des porcelaines

égueulées, des grues de bronze aux frêles et longues pattes cassées

par la trépidation du chemin de fer, des cadres dédorés qui doivent

aller en visite chez le doreur, des dessins chassés de l'entresol et

du premier étage par des acquisitions récentes, des piles de cuirs

japonais destinés à fabriquer des reliures de livres orientaux, des

objets de toutes sortes et de toutes formes, dont la mémoire est

comme perdue, et dont le regard se détourne, ainsi que d'achats dont

on rougit: cela au milieu de paquets intacts de fiches commandées

pour rédiger des catalogues, qui ne seront jamais faits. Et ce sont

des cabinets de laque délabrés, aux ferrures arrachées, dont la

restauration ruineuse est indéfiniment ajournée; des tapis persans qui

ne sont plus que la trame de lumineuses couleurs,—revivront-elles?—Et

à côté de vieilles malles, couchés sur le plancher, de gras amours en

bronze du dix-huitième siècle, qui, le lendemain d'un gain inespéré en

littérature, feront, avec une tablette de marbre bleu turquin, un royal

buffet de salle à manger.

Au milieu de cet amoncellement de choses, disparates et hétéroclites,

des armoires entre-bâillées laissent voir des rangées interminables de

livres modernes.

Et tout d'abord de Chateaubriand, le créateur de la langue littéraire

d'aujourd'hui, l'édition de 1809 d'_Atala_, avec son titre rococo:

ATALA, OU LES AMOURS DE DEUX SAUVAGES DANS LE DÉSERT.—Et de Hugo,

presque toute sa prose et sa poésie dans ces élégants in-octavo

d'Eugène Renduel, et au milieu desquels se trouve la petite édition

de 1829, ornée de son fac-similé, de la complainte en argot du livre

enfanteur, qui a pour titre: LE DERNIER JOUR D'UN CONDAMNÉ.—Et de

Musset et de Mme Sand et de Sainte-Beuve, les éditions originales de

la CONFESSION D'UN ENFANT DU SIÈCLE, de LÉLIA, de VOLUPTÉ: les trois

romans, les trois livres documentaires sur l'état d'âme inassouvi

et splénetique des romantiques de 1830; et encore de Mme Sand, la

romancière si peu réelle, la première et belle édition de l'HISTOIRE

DE MA VIE, où la faiseuse de mémoires rencontre des pages si vraies,

pareilles à la page, où elle raconte la mort de sa mère, cette

Parisienne pur sang, ne voulant pas mourir dans son lit, mais dans un

fiacre qui la roule agonisante parmi le bruit et l'animation joyeuse

de Paris, montant l'avenue des Champs-Élysées.—Et de Mérimée, l'homme

sec, l'auteur sec, la DOUBLE MÉPRISE, le joli volume typographié

par Fournier en 1833, un exemplaire sur chine de la CHAMBRE BLEUE,

et la sceptique notice sur Beyle, publiée à Eleutheropolis en 1854,

avec une figure érotique.—Et de Stendhal, malheureusement un si

pauvre styliste, les éditions originales DE L'AMOUR, et du roman bien

humain: LE ROUGE ET LE NOIR.—Et de Janin, l'habile équilibriste

de phrases impossibles, l'éminent jongleur de mots, peut-être trop

dédaigné à l'heure présente, L'ANE MORT ET LA FEMME GUILLOTINÉE, avec

l'illustration du _Bon Lapin_ par le talent ingénu de Tony Johannot, et

le pimpant et casseur petit volume de DEBURAU, HISTOIRE DU THÉATRE A

QUATRE SOUS.

Mais arrivons aux livres des amis morts ou vivants, donnés par eux, ou

achetés par moi sur des papiers durables.

C'est de Michelet, le sublime visionnaire de l'histoire, l'artiste en

style par excellence, de Michelet qui m'a fait l'honneur de me signer,

dans une de ses préfaces, un brevet d'historien, la vieille édition de

sa monumentale _Histoire de France_, publiée par la librairie classique

de Hachette.—De mon cher _Théo_, indépendamment de presque tous ses

livres dans les premières éditions, l'exemplaire d'ÉMAUX ET CAMÉES, où

Jacquemard l'a gravé en poète olympien, et qui a en tête la dernière

dédicace, que l'écrivain, déjà bien malade et cherchant ses idées et

ses mots, ait écrite:

_Aux graveurs sur pierre fine de la prose,

Edmond et Jules de Goncourt.

Un maintenant, mais toujours double._

_Leur ami_

La maison d'un artiste, Tome 2 · 第 46 / 53 题