Le violet, le _vieux violet_, arrivé au ton chaud, velouté, sans tomber
dans le purpurin brunâtre, le beau violet _aubergine_, est une des
couleurs à la fois les plus triomphantes et les plus rarement réussies
de la céramique chinoise. On le trouve très souvent marié au bleu
turquoise, sur les porcelaines, où le mélange des deux harmoniques
colorations produit les plus heureuses et les plus riches marbrures.
Le dix-huitième siècle payait fort cher ce mélange contrasté, sur
les chimères, les carpes, les perroquets, les singes et même sur des
vaches, à l'affreuse anatomie baroque.
THÉIÈRE en forme de pêche de longévité. Vieux violet. Cette théière
à l'usage des peintres, qui n'a pas de couvercle et se remplit par
un trou-tube placé sous le pied, a un goulot émaillé jaune couleur
bois, et une anse émaillée en turquoise; et du goulot et de l'anse
se projettent, sur la pointe du fruit, des feuilles lancéolées
mi-turquoises, mi-jaunes, reflétées dans l'émail profond du fruit.
Pièce hors ligne du plus puissant violet qui soit.
GRANDE POTICHE au long col élancé, à la panse renflée au-dessous des
anses et finissant en s'amincissant au pied. Fond violet jaspé, sur
laquelle s'épanouit une grande pivoine aux folioles bleu turquoise,
au cœur d'un blanc jaunâtre, une pivoine qui n'est lignée par aucun
contour, et dont le dessin est, comme un accident, le hasard heureux
de couleurs fortuites. Les anses, formées de rinceaux cryptogamiques
teintés en bleu turquoise, sont très originales: au lieu d'être
accolées latéralement au vase, elles tombent, l'une devant, l'autre
derrière, ainsi que des chutes de fleurs poussées en sens contraire.
JARDINIÈRE en forme de petite caisse évasée. Vieux violet mélangé de
bleu turquoise sur lequel il est répandu en coulées épaisses.
PLAT. Fond violet sur lequel sont jetées deux grosses fleurs
ornementales bleu turquoise. La brutalité du décor, l'opacité du bleu
turquoise, le jaspé purpurin du violet, me font supposer que c'est une
fabrication japonaise.