_Est priée de faire l'honneur aux Dames Directrices de la Redoute
et aux Messieurs de la souscription des Bals de venir danser_ à
la Redoute, mardy 22 février.
_A 5 heures._
Cette invitation est une ravissante petite carte, au haut de laquelle
danse un couple, aux sons d'un orchestre mêlé au monde d'un salon,
éclairé _à giorno_. Et tire-t-on un feu d'artifice, place de Grève?
voici un billet dans la valve godronnée et festonnée d'une coquille,
dessinée et gravée par Laurent Cars, le billet d'une place à l'Hôtel
de Ville, _en la Chambre de MM. les Conseillers de Ville pour le feu
qui se tirera le...._ Et un ballon s'enlève-t-il? voilà, de Moreau,
la carte de l'admission dans l'enceinte, au milieu d'un entourage de
nuages où se perd une montgolfière, qui a une nacelle ressemblant
à un char d'Opéra, et au bas duquel on lit: _Expérience du Globe
aérostatique de MM. Charles et Robert_, 1783.
Ce rehaussement de l'imprimerie par l'imagerie, vous le trouverez sur
toutes les lettres de convocation, et aussi bien sur les lettres de
convocation pour des choses sérieuses. Vous le trouverez sur cette
convocation de l'académie de Saint-Luc _pour assister aux premières
vespres qui se diront en la chapelle Saint-Luc, à quatre heures du
soir_, une lettre tout entourée de torses et de têtes antiques que
dessinent des amours, et que domine, en haut d'un chevalet, la
tête penchée d'un bœuf sur la peau duquel est écrite la convocation.
Vous le trouverez même sur des lettres de francs-maçons, sur la lettre
qui invite «Joseph Rulliez à se trouver à dix heures précises, le 8
du mois d'avril 1773, _rue des Cultures Saint-Gervais, au-dessus de
l'égoût de la vieille rue du Temple, entre un marchand de tabac et
le menuisier_, en la L. D. L'AMITIÉ, une lettre où, sous un
triangle rayonnant au fond d'un temple, Marillier a représenté une
vestale, agréablement décolletée, près de la flamme d'un autel.
Enfin le siècle a l'ambition du _joli_ tellement en tout, que j'ai là,
sous la main, un passeport délivré au nom de Louis-Marie-Gabriel-César,
baron de Choiseul, qui commande, au milieu d'une page pareille à la
page d'un livre illustré, _de laisser passer librement M***, sans
donner ni souffrir qu'il soit donné aucun trouble, ni empêchement, mais
au contraire toute l'aide et toute l'assistance dont il aura besoin_.
De ces bouts de papier rarissimes, et échappés, par quelque heureux
hasard, à la mort des riens de la vie journalière, et que froisse et
que rejette et détruit la main de l'homme, sans y faire attention,
je finirai la nomenclature par deux billets de théâtre, un billet
pour la Comédie-Française, un billet pour la Comédie-Italienne;—de
billet pour l'Opéra, jusqu'à présent, on n'en connaît pas. Celui de la
Comédie-Italienne, gravé par Augustin de Saint-Aubin, en 1788, et qui
porte pour exergue: _Sublato jure nocendi, castigat ridendo
mores_, donne à voir sous son écusson fleurdelysé deux groupes
d'amoureux, l'un sous le fantaisiste costume à la Henri IV du temps,
l'autre sous les jolis habits du jour[35].
[35] Je me rappelle avoir vu un autre billet de la
Comédie-Italienne, dont l'illustration était différente, et qui
a dû précéder le billet d'Augustin de Saint-Aubin.
Le billet de la Comédie-Française, d'une vingtaine d'années antérieur,
et dont l'invention et le burinage appartiennent à Lemire, et qu'on
prendrait pour le plus délicieux des Cochin, montre sous un héros
casqué de tragédie, et sous une Muse, la flamme au front, de petits
amours en tricornes de marquis, de petits amours, la seringue de la
cérémonie du «Malade imaginaire» en main, de petits amours, la calotte
ecclésiastique au-dessus de leurs cheveux bouclés, et le manteau d'abbé
flottant sur leurs épaules nues. Au milieu du billet-image on lit: