La duchesse s'empara de la lettre, l'ouvrit et lut avidement, sans même
chercher à dissimuler les impressions qui se succédaient sur sa
physionomie, comme des nuages sur le fond d'un ciel d'ouragan.
Lorsqu'elle eut fini, elle tendit à Mayneville, aussi inquiet qu'elle-
même, la lettre apportée par Ernauton; cette lettre était ainsi conçue:
« Ma soeur, j'ai voulu moi-même faire les affaires d'un capitaine ou
d'un maître d'armes: j'ai été puni.
J'ai reçu un bon coup d'épée du drôle que vous savez, et avec lequel
je suis depuis longtemps en compte. Le pis de tout cela, c'est qu'il
m'a tué cinq hommes, desquels Boularon et Desnoises, c'est-à-dire deux
de mes meilleurs; après quoi il s'est enfui.
Il faut dire qu'il a été fort aidé dans cette victoire par le
porteur de cette présente, jeune homme charmant, comme vous pouvez
voir; je vous le recommande: c'est la discrétion même.
Un mérite qu'il aura auprès de vous, je présume, ma très chère
soeur, c'est d'avoir empêché que mon vainqueur ne me coupât la tête,
lequel vainqueur en avait grande envie, m'ayant arraché mon masque
pendant que j'étais évanoui et m'ayant reconnu.
Ce cavalier si discret, ma soeur, je vous recommande de découvrir son
nom et sa profession; il m'est suspect, tout en m'intéressant. A
toutes mes offres de service, il s'est contenté de répondre que le
maître qu'il sert ne le laisse manquer de rien.
Je ne puis vous en dire davantage sur son compte, car je vous dis tout
ce que j'en sais; il prétend ne pas me connaître. Observez ceci.
Je souffre beaucoup, mais sans danger de la vie, je crois. Envoyez-moi
vite mon chirurgien; je suis, comme un cheval, sur la paille. Le
porteur vous dira l'endroit.
Votre affectionné frère,