Le roi avait jeté un coup d'oeil sur ses chevaux, et les voyant si
vigoureux et si piaffants, il n'avait pas voulu courir seul le risque de
la voiture; en conséquence, après avoir, comme nous l'avons vu, donné
toute raison à Ernauton, il avait fait signe au duc de prendre place dans
son carrosse.
Loignac et Sainte-Maline prirent place à la portière: un seul piqueur
courait en avant.
Le duc était placé seul sur le devant de la massive machine, et le roi,
avec tous ses chiens, s'installa sur le coussin du fond.
Parmi tous ces chiens, il y avait un préféré: c'était celui que nous lui
avons vu à la main dans sa loge de l'Hôtel-de-Ville, et qui avait un
coussin particulier sur lequel il sommeillait doucement.
A la droite du roi était une table dont les pieds étaient pris dans le
plancher du carrosse: cette table était couverte de dessins enluminés que
Sa Majesté découpait avec une adresse merveilleuse, malgré les cahots de
la voiture.
C'étaient, pour la plupart, des sujets de sainteté. Toutefois, comme à
cette époque il se faisait, à l'endroit de la religion, un mélange assez
tolérant des idées païennes, la mythologie n'était pas mal représentée
dans les dessins religieux du roi.
Pour le moment, Henri, toujours méthodique, avait fait un choix parmi tous
ces dessins, et s'occupait à découper la vie de Madeleine la pécheresse.
Le sujet prêtait par lui-même au pittoresque, et l'imagination du peintre
avait encore ajouté aux dispositions naturelles du sujet: on y voyait
Madeleine, belle, jeune et fêtée; les bains somptueux, les bals et les
plaisirs de tous genres figuraient dans la collection.
L'artiste avait eu l'ingénieuse idée, comme Callot devait le faire plus
tard à propos de sa Tentation de saint Antoine, l'artiste, disons-nous,
avait eu l'ingénieuse idée de couvrir les caprices de son burin du manteau
légitime de l'autorité ecclésiastique: ainsi chaque dessin, avec le titre
courant des sept péchés capitaux, était expliqué par une légende
particulière:
« Madeleine succombe au péché de la colère.
Madeleine succombe au péché de la gourmandise.
Madeleine succombe au péché de l'orgueil.