Le _Beau couchant, Au Soleil couchant_(3), tels sont les titres presque
identiques de deux livres qui, chacun avec sa forme et son art
personnels, évoquent le romanesque atténué et tendrement mélancolique
des amours d'automne.
[Note 3: Plon, éditeur, chaque vol. 3 fr. 50.]
Le _Beau couchant_, de M. Georges Delaquys, fut publié par
_L'Illustration_ il y a peu d'années. Nos lecteurs n'ont pas oublié
cette aventure, chastement passionnée, de deux âmes d'élite qui, sur le
tard, entreprennent de rattacher à la réalité leurs illusions
déclinantes sous le couvert de la grave archéologie et se trompent
quelque peu l'une l'autre à l'aide de touchants mensonges épistolaires.
Il se trouve que la correspondante de M. Gérard Landrillon, préhistorien
réputé, engagé au fatal tournant de la cinquantaine, mais peu soucieux
de l'avouer, est elle-même une beauté mûrissante, mais peu encline à
confesser son âge et que le devoir a confinée dans un intérieur
claustral de Provence. Vous devinez que tout s'arrange et qu'il y a pour
dénouer l'idylle une rencontre attendrissante. Mais le tableau de ces
amours attardées conserve la grâce joliment surannée d'un pastel ancien.
Du livre de Mlle Mathilde Alanie: _Au Soleil couchant_, nous ne pouvons
aussi penser que le plus grand bien, puisque deux des sept ou huit
exquis petits romans contenus dans ce volume: «Bal blanc» et «la Soutane
de l'abbé Constantin», ont été publiés par nous en leur inédit. Dans
«Bal blanc», le délicat et charmant écrivain nous explique, avec son
tact amusé, l'épanouissement tardif d'un roman de jeunesse.
--Vous êtes, dit le commandant Lafarède à Mlle Aurore Tiercin, vous êtes
la première femme que j'ai aimée... Il y a vingt-cinq ans, je vous
demandai en mariage. Vous m'auriez accepté si mes intentions vous
avaient été transmises... Reprenons les choses au point où elles en sont
restées... Mademoiselle Aurore, j'ai l'honneur de solliciter votre main.
Et voici que là encore la vie, après un long arrêt, recommence avec
l'amour. Ces amours d'automne, les romanciers trop souvent les ont
cruellement raillées, car l'automne, disent-ils, n'est plus le temps des
amours. Il s'agirait plutôt de s'entendre sur le caractère et la qualité
des amours. Les amours d'automne ne sont point les amours de printemps.
On ne saurait les humilier par une comparaison ni les diminuer en les
soumettant à une mesure. Les amours d'automne sont autre chose, voilà
tout!