KILKIZ EN FLAMMES

Nous avançons vers la ville, maintenant en flammes. L'une après l'autre,

les maisons en bois vermoulu, desséché encore par la chaleur de ces

derniers jours, prennent feu. Tout d'abord, on voit une petite fumée

bleuâtre courir sur le toit de tuiles. Cela dure quelques instants,

puis, brusquement, un craquement sinistre, le toit s'affaisse, une

épaisse fumée brune jaillit, pailletée de débris de toutes sortes. Une

gerbe d'étincelles, de grandes flammes. Le toit s'est effondré... Plus

loin, c'est un pan de mur qui s'écroule sur la rue. Et le feu se

communique de maison en maison. Telle qui ne brûle pas encore va

s'enflammer toute, dans quelques instants, au contact de sa voisine à

moitié consumée.

De tous côtés, des détonations. Des débris sifflent à nos oreilles. Ce

sont des munitions ou des bombes qui éclatent, car Kilkiz était un nid à

comitadjis, c'est-à-dire un arsenal toujours bien garni.

Les Bulgares diront: «Ce sont les Grecs qui ont incendié la

ville.»--Voici ce qu'impartialement je dois dire, moi qui ai vu les

choses de près.

Hier soir même, des environs de Baltza, nous avons vu à la jumelle des

obus tomber sur la ville, et déjà quelques fumées d'incendie s'élever,

vers le soir. Ce matin, dès 7 h. 1/2 (les choses ont pu commencer plus

tôt, mais je ne veux dire que ce que j'ai vu), à mesure que de nouveaux

obus tombaient sur la ville, d'autres incendies se produisaient. Vers 9

h. 1/2, les fumées se firent plus nombreuses et plus épaisses. Les

soldats bulgares avaient déjà évacué la ville, qu'avait également

quittée toute la population bulgare, ou peu s'en faut. Des paysans turcs

restèrent les seuls maîtres de Kilkiz jusqu'à son occupation par les

troupes grecques, vers 11 heures. Je tiens donc à certifier, en tant que

témoin, que le feu avait déjà commencé en ville et avec une grande

intensité, une heure et demie au moins avant l'entrée d'un seul soldat

grec, et que, durant que nous étions dans la ville, l'après-midi, nous

n'avons pas vu un seul soldat mettre le feu à une maison.

A Sarikeuy, que nous regagnons le soir, nous trouvons la 2e division et

son état-major, dont nous serons les hôtes pour cette nuit. Demain, nous

rejoindrons l'état-major général du roi.

L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913 · 第 20 / 47 题