Lorillard, quoique brisé par sa triple infortune, voulut pourtant
lutter. Il essaya d’obtenir du crédit pour tenter d’autres affaires.
Mais l’argent était devenu rare, et les banqueroutiers sans astuce n’en
trouvent, du reste, en aucun temps. Comment aurait-on confiance en un
homme qui ne sait seulement pas faire une faillite avantageuse? Il ne
réussit pas à emprunter même un franc, et ne sut plus comment vivre.
Lorsqu’il fut obligé de quitter son appartement de l’avenue de
l’Observatoire, il se vit sans autre domicile. Cependant, ne consentant
pas encore à dormir sur les bancs ou sous les ponts, il pensa que ses
anciennes maîtresses, naguère si généreusement rétribuées par lui, se
feraient un plaisir de l’héberger à tour de rôle. Il se remémora les
noms de la plupart d’entre elles, et, les ayant inscrits sur un carnet,
il eut la satisfaction d’en compter trente et un, c’est-à-dire autant
que les mois les plus longs contiennent de jours.
--Je vais, pensa-t-il, entreprendre ma tournée. Puisque nous sommes
aujourd’hui le 12 mars, elle me mènera jusqu’au 12 avril. Et puis, je
recommencerai. Il est juste que je profite, dans mon malheur, du bien
que j’ai fait, de la reconnaissance qui m’est due.
S’arrêtant devant des affiches de théâtres, il y lut que,
par extraordinaire, la grosse Flora jouait, ce soir, aux
_Folies-Suggestives_. Il y alla, vers la fin du spectacle, et
l’attendit.
--Tiens, s’écria-t-elle, te revoilà donc! Comme il y a longtemps que
l’on ne s’est vus... Je sais que tu as eu des ennuis. Es-tu un peu
remonté, maintenant?
--Comme ci, comme ça, répondit Lorillard, n’osant encore lui avouer sa
détresse.
--Alors, je t’emmène, n’est-ce pas, mon chéri? proposa Flora, car elle
n’était point engagée pour cette nuit. Arrête un taxi...
--Mais non, répliqua Lorillard, qui n’avait que trente-sept sous sur
lui, mais non. Cela nous fera du bien, de nous promener un peu à pied.
Flora n’y vit point de malice. Elle détestait la marche, que son
embonpoint lui rendait pénible. Mais elle se pliait par habitude, sans
murmure, aux fantaisies de ses clients, et elle s’imaginait que Fortuné,
quoique moins riche, pouvait constituer encore un assez bon client.
Ils dormirent donc ensemble. Au matin Fortuné, prêt à partir, dit à
Flora:
--Au revoir. Tu es bien gentille. Je reviendrai le 12 avril.
Flora était encore au lit. Ces paroles l’étonnèrent tellement qu’elle se
leva, courut à Lorillard, le saisit par l’épaule.
--Dis donc? demanda-t-elle, c’est tout ce que tu me donnes? Qu’est-ce
que tu chantes, avec ton 12 avril?
--Il ne me reste, répondit Lorillard, que trente-sept sous exactement.
Je ne peux t’en donner aucun. Mais il me semble que je t’ai autrefois
assez bien traitée pour que tu me reçoives maintenant en ami.
--En ami! en ami! Non, mais tu rêves? l’amitié! penses-tu que c’est avec
cela que je vais payer mon terme? D’abord, ce n’est pas vrai, tu as
encore beaucoup d’argent...
--Rien, rien, dit Lorillard, je n’ai plus rien, que trente-sept sous.
Alors la grosse Flora, croisant ses bras sur ces seins tremblotants,
prononça ces phrases indignées:
--C’est-il des choses convenables, que de faire travailler le monde pour
rien?--avec tous les frais que j’ai! On me l’a pourtant assez dit, que
tu es un escroc. Mais il faut que tu sois le dernier des derniers, pour
agir ainsi avec une femme! C’est comme si tu m’avais volé cinquante
francs dans mon porte-monnaie...
Lorillard se hâta de quitter la pièce, dont Flora referma furieusement
la porte. Comme il fuyait, Juliette, la bonne, se présenta devant lui,
souriante et dans l’attitude d’une personne qui attend son dû avec
confiance et résolution. L’une de ses mains, déjà, se tendait pour
recevoir la récompense rituelle. Lorillard fut plus intimidé par la
soubrette silencieuse qu’il ne l’avait été par la maîtresse déchaînée.
Il mit la main à la poche, et il donna ses trente-sept sous.
Il sortit donc de chez Flora aussi pauvre qu’au jour de sa naissance, et
commençant de croire à l’ingratitude des femmes. Cependant, sans se
décourager, il s’en fut visiter ses autres amies des beaux jours.
Aucune ne le reçut. Toutes étaient déjà renseignées par Flora, et ne se
souciaient point d’être jouées comme elle. Car, s’il s’élève souvent,
entre les courtisanes, d’âcres dissentiments, fruits inévitables de la
concurrence, elles forment pourtant une sorte de syndicat, non déclaré
mais agissant, et elles ne manquent guère de s’avertir entre elles des
dangers à craindre, dont le plus grand est sans doute de n’être point
payées.
Lorillard, depuis qu’il était redevenu pauvre, réfléchissait un peu,
surtout à l’heure des repas, pour s’occuper. Même, il philosophait. La
conduite des filles lui servit de thème. Il en vint à penser que cette
conduite était raisonnable.
--Du temps que j’étais épicier, songeait-il, je n’aurais donné à
personne, fût-ce à mon propre frère, vingt grammes d’aucune denrée, si
ce n’est contre argent comptant. C’est la loi de tout commerce. Tout
aussi bien, la demoiselle qui met son corps en location doit en
percevoir le loyer, sinon elle peut se dire odieusement filoutée.
Cependant il fallait aviser. Lorillard, comprenant qu’il n’avait rien à
attendre ni des femmes ni des hommes fréquentés par lui au temps de sa
richesse, se rappela les familiers des jours moins reluisants.
--Angèle, se dit-il, est certes mariée avec M. Dujardin. L’un et l’autre
ont trop bon cœur pour me refuser un secours. Leur aide, sans doute, me
permettra d’ouvrir une petite boutique, ou bien d’attendre, sans mourir
de faim, quelque emploi.
Donc, il s’en fut rue Rodier; il éprouva quelque émotion en revoyant ces
maisons modestes, témoins de ses débuts. Le souvenir d’Angèle, surtout,
lui revint avec vivacité. Il se souvint des heures où il s’était laissé
tenter par Gentillot, et de la monstrueuse trahison par laquelle,
lui-même, Lorillard, s’était volontairement planté des cornes au front,
afin de devenir riche.
--Me voilà maintenant bien avancé, pensait-il. J’aurais mieux fait
d’écouter Angèle. Comme nous serions heureux, aujourd’hui, dans notre
petite ferme...
Il soupira, puis ajouta, songeant toujours:
--D’autant plus que l’agriculture, à ce qu’il paraît, rapporte beaucoup
en ce moment.
Tout en réfléchissant ainsi, il arriva devant l’immeuble où M. Dujardin,
autrefois, secourait de sa science les petits animaux. Autrefois, mais
non plus à présent. Car on ne lisait plus le nom du vétérinaire sur la
façade. Le portrait du chien blanc au collier rouge n’y était plus
affiché. De nouveaux locataires habitaient bourgeoisement l’ancien
hôpital des chats, des chiens et des perruches.
Le concierge apprit à Fortuné que M. et Mme Dujardin, depuis un an,
s’étaient retirés à la campagne, très loin de Paris, mais il ne savait
plus où. Il croyait pourtant se rappeler, ce portier, que c’était dans
les Pyrénées, Hautes ou Basses, ou peut-être encore dans les Orientales.
Fortuné, redescendant tristement la rue, pensa que Béatrice, à qui deux
fois il avait fait la charité, l’accueillerait probablement avec
affection, lui prouverait une utile gratitude. Plein d’un nouvel espoir,
il se dirigea vers l’épicerie.
Elle offrait sensiblement l’apparence qu’elle avait sous le règne de
Brigontal le père, et les vitrines, à peu de chose près, n’étaient
garnies que de poussière. Mais Fortuné aperçut, dans la boutique, des
acheteurs que Béatrice servait elle-même.
Il entra. Elle le reconnut, mais ne se dérangea point. Tout en
empaquetant une livre de beurre, elle dit avec rudesse à Lorillard:
--Que venez-vous faire ici? Je n’ai pas le temps de m’occuper de vous.
Elle se retourna vers ses clients et prononça, méprisante, écœurée:
--C’est un pauvre.
Car elle savait à quel point Lorillard était ruiné. L’aspect de
celui-ci, du reste, exprimait déjà la misère.
Fortuné patienta, très humble, dans un angle du magasin, jusqu’au moment
où les pratiques s’en allèrent. Alors il s’avança, disant:
--Ma chère Béatrice...
Mais elle l’interrompit.
--Je _vous_ défends de me parler sur ce ton, s’écria-t-elle. Je suis une
femme respectable, et vous, un vaurien. Vous devriez avoir honte, de
vous présenter dans une maison convenable. Cela fait bien, oui, d’y voir
un loqueteux comme vous! Allez, allez, ôtez-vous d’ici...
--J’ai faim, murmura Lorillard, suppliant.
--Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse? Vous n’avez qu’à
travailler, fainéant. Je travaille bien, moi. Je me donne même assez de
mal, mon Dieu! Vous ne pensez pas que je vais vous nourrir? Il y a des
soupes populaires dans tout Paris, et des bureaux de bienfaisance.
Fortuné, désignant une pile de conserves, demanda:
--Est-ce que je peux prendre une boîte de sardines, au moins?
Il se souvenait d’avoir fait un jour semblable largesse à Béatrice. Mais
celle-ci secoua la tête et répondit:
--Je les vends.
--C’est pourtant moi, reprit avec timidité Lorillard, qui vous ai donné
cette épicerie...
--Oui, répliqua Béatrice, pour éviter un scandale, canaille!
--Mais non, je vous jure que c’était pour vous être agréable.
Sans l’écouter, elle le poussait vers la porte. Alors, l’idée vint à
Fortuné qu’il lui restait encore une chance d’attendrir l’ingrate,
l’avare créature se rappelant ce marmot dont elle l’avait obsédé, il
dit, du ton le plus ému:
--Mon fils, je voudrais embrasser mon fils...
Béatrice se mit à ricaner, tordant sa bouche un peu plus que de coutume
et clignant spasmodiquement son œil solitaire.
--Votre fils? exclama-t-elle. Êtes-vous donc devenu fou, par-dessus le
marché? Mais j’aurais préféré m’ouvrir le ventre plutôt que d’y laisser
lever votre sale graine de voyou! Tenez, tenez, le voici justement qui
revient, le père de mon enfant! C’est ce bel homme-là... Il est mon
mari, aujourd’hui, et il ne sera pas long à vous jeter dehors, vous
allez voir cela!
Elle désignait, en parlant ainsi, un robuste garde municipal qui
traversait la rue. Lorillard préféra l’éviter, et s’éclipsa.
* * * * *
Abandonné de tous, sans métier, sans courage, Fortuné Lorillard devint
le vagabond que nous avons aperçu au début de ce récit. Il mendiait aux
grilles des casernes quelque reste de nourriture, ramassait, sur le pavé
des rues et dans les urinoirs, le tabac dont il ne fumait ou chiquait
qu’une partie, car il vendait l’autre à des négociants spécialisés. Il
ouvrait les portières des voitures devant les restaurants et les
théâtres, et, bien des fois, en pareille circonstance, il entrevit
d’anciens amis, ou des filles qu’il avait payées, naguère. Mais, la
plupart du temps, ceux-là ne lui donnaient rien. Peut-être le
reconnaissaient-ils. Peut-être, plutôt, les gens de cette espèce
sont-ils plus rudes que les autres pour les pauvres, dont ils ont
tellement accru le nombre.
Ce fut à ce moment que Fortuné Lorillard se repentit. Il réfléchit sur
sa carrière, et la trouva pleine d’actions atroces. Il se reprocha
l’ignoble ambition, la soif terrible de l’or, dont il avait été possédé.
En cela, il se montra meilleur que ses nombreux semblables, que nous
voyons si orgueilleux de leurs vols, et dont beaucoup, ruinés
aujourd’hui, ne rêvent que de recommencer leurs exactions. Mais
Lorillard, quoiqu’il se fût jadis modelé à leur ressemblance, n’était en
somme qu’un tout petit gredin, en comparaison de ses confrères.
Il arriva qu’un soir, à l’asile de nuit, il se trouva couché près d’un
autre miséreux dont la physionomie le frappa. Elle était celle d’un
certain Martelot, qui, peut-être, avait remué encore plus de millions
que Lorillard. L’un et l’autre se contèrent leurs malheurs.
--Moi, dit Martelot, je me suis _enfoncé_ dans les sucres...
Fortuné parla de son désastre.
--Ah oui! Gentillot, s’écria le voisin avec admiration. Cela ne m’étonne
pas, ce garçon-là est très fort.
Puis, soupirant, il reprit:
--Que veux-tu, nous n’avons pas eu de chance. Mais il faut sortir de là,
nous débrouiller rapidement. A nous deux, nous arriverions à quelque
chose de bien. Vois-tu, ce qui nous manque, c’est une somme importante
pour nous relancer. En cherchant bien, nous la trouverons.
--Non, répondit Lorillard. J’ai demandé de l’argent à tous ceux qui
pouvaient m’en avancer. Ils ont refusé.
L’autre sourit.
--Naturellement, dit-il. On ne prête pas d’argent aux marmiteux comme
nous. Ils le prennent.
Puis il exposa son projet, simple et réalisable. Il ne s’agissait que
d’attendre, à la fin d’un jour d’échéance, certain garçon de recettes,
de le tuer, et de se saisir de sa sacoche. Elle contiendrait, d’après
les supputations de Martelot, environ quatre-vingt mille francs...
--Je n’en suis pas, s’écria Lorillard avec horreur.
L’autre se moqua de lui et persévéra dans son intention. Car il
n’apercevait point pourquoi il serait plus dangereux pour lui, ou même
plus répréhensible au point de vue des lois, d’assassiner un homme que
d’affamer toute une nation. Mais il échoua, fut pris, et connut son
erreur. Il aurait dû savoir, à son âge, qu’il est des crimes permis et
des crimes défendus.
Comme Fortuné avait beaucoup de temps de libre, il se donna le plaisir
d’assister au procès de Martelot. Il ne s’y intéressa que faiblement,
mais, en revanche, il estima qu’on était assez bien, et à l’abri des
courants d’air, dans les salles d’audience du Palais de Justice, de
telle sorte qu’il prit l’habitude d’y passer ses après-midi. Il vit
juger un nombre infini de malfaiteurs, de toutes les catégories, une
seule exceptée.
--Depuis que je viens ici, aimait-il à dire à ses voisins, j’ai vu
condamner des empoisonneurs, des apaches, des marchandes de petites
filles, des faux monnayeurs, des voleurs à la tire, au poivre, et mille
autres, mais pas encore un grand, un véritable _mercanti_.
Les autres mal-vêtus qui fréquentaient aussi, par désœuvrement, le
Palais de Justice, s’esclaffaient de la naïveté de leur compagnon
Lorillard. Ils le tenaient pour un peu simple d’esprit. Car ils ne
savaient pas que Fortuné parlait ainsi, tourmenté par le remords et se
sentant lui-même, sincèrement, plus coupable que tous les accusés qu’il
regardait comparaître.
Lorillard, après quelques mois de cette vie, songea tout à coup qu’il
avait oublié de rendre visite à M. Calandrap. Ce rentier bienveillant,
certes, l’obligerait avec plaisir. Renseignements pris, il n’habitait
plus à Paris, mais assez près, à Chevreuse. Fortuné s’y rendit.
Il trouva M. Calandrap dans son jardin, où il greffait des rosiers.
C’était l’occupation charmante de ses vieux jours, et il y excellait.
Même, il avait su obtenir une nouvelle variété de roses. Il ne l’avait
pas baptisée, à la manière des autres amateurs, du nom orgueilleux d’une
femme ou d’un homme célèbres. Mais l’ancien charcutier avait accroché,
en haut du tuteur, au-dessus de la plante, une pancarte où l’on pouvait
lire de loin: «Rose _Jambon de Prague_». Les pétales de cette fleur
nouvelle se coloraient, effectivement, du ton de la chair pâle, et des
veines blanches s’y dessinaient.
Entendant marcher dans l’allée, derrière lui, M. Calandrap se redressa
et se retourna, son sécateur entre les doigts. Et il vit Fortuné qui
s’avançait, accoutré à la mode des misérables.
--Mon pauvre ami! lui dit-il avec chagrin. En êtes-vous réduit à ce
point de pauvreté? Je vous croyais très riche, au contraire...
--Je ne le suis plus, répondit Lorillard; et il narra ses aventures,
puis demanda un secours.
M. Calandrap écoutait, assez ému, mais regardant autour de lui, car il
craignait d’être aperçu en train de converser avec un homme d’aspect si
lamentable. Pourtant, il donna vingt francs à Fortuné, lui serra la
main. Et, en soupirant, il prononça:
--Je vous plains de tout mon cœur. Mais je vous demande de ne pas
revenir. Nous n’appartenons plus au même monde. Il faut respecter les
conventions sociales. Peut-être, en cherchant bien, pourrais-je vous
procurer un emploi par ici. Mais on saurait tôt ou tard que nous avons
été des amis. Je perdrais alors une bonne partie de la considération
dont je jouis. Ma femme tient énormément au décorum. Elle ne me
pardonnerait pas d’y porter un coup semblable.
Tout en parlant, il reconduisait Fortuné.
--A propos de femme, reprit-il, savez-vous que j’ai rencontré la vôtre,
ces temps-ci?
--Laquelle? demanda Lorillard.
--Angèle, parbleu! Il est vrai que vous êtes divorcé. Elle avait épousé
Dujardin, le vétérinaire. Mais il est mort. Angèle a hérité de tout son
bien...
--De tout son bien! s’écria Fortuné. Oh! mais alors, je vais aller la
retrouver... Où est-elle?
--A Versailles, répondit Calandrap. C’est là que, par hasard, nous nous
sommes vus. Elle m’a longuement causé de vous. Elle ne vous oublie pas,
la brave fille. J’ai même l’impression qu’elle vous regrette. Oui, il
faudrait que vous sachiez où elle demeure...
Il réfléchit, puis, hochant la tête, il ajouta:
--C’est facile. Elle m’a dit qu’elle venait d’acheter une maison, pour y
loger. Je me rends souvent chez mon notaire, à Versailles. Il se
procurera sans peine le renseignement que vous désirez. Dès que je
l’aurai, je vous écrirai. Mais où?
Fortuné indiqua le cabaret où il était le plus connu. Puis il partit,
car il sentait que Calandrap avait hâte de se séparer de lui.
Et voici que, la veille même, Fortuné Lorillard avait reçu la lettre de
Calandrap. Ce dernier, d’abord, le priait affectueusement de ne plus
jamais se montrer à Chevreuse. Ensuite il lui donnait l’adresse
d’Angèle.
C’était cette lettre, cette adresse si précieuse, que Fortuné avait
perdue dans le train, le jour où j’entrai en relations avec lui de la
manière que l’on connaît.