NAPOLÉON.

Au palais des Tuileries, 1er mars 1810.

_Message de S. M. l'empereur et roi au sénat._

Sénateurs,

Les principes de l'empire s'opposant à ce que le sacerdoce soit réuni à

aucune souveraineté temporelle, nous avons dû regarder comme non avenue

la nomination que le Prince-Primat avait faite du cardinal Fesch pour

son successeur. Ce prélat, si distingué par sa piété et par les vertus

de son état, nous avait d'ailleurs fait connaître la répugnance qu'il

avait à être distrait des soins et de l'administration de ses diocèses.

Nous avons voulu aussi reconnaître les grands services que le

Prince-Primat nous a rendus, et les preuves multipliées que nous avons

reçues de son amitié. Nous avons ajouté à l'étendue de ses états et nous

les avons constitués sous le titre de grand duché de Francfort. Il en

jouira jusqu'au moment marqué pour le terme d'une vie consacrée à faire

le bien.

Nous avons en même temps voulu ne laisser aucune incertitude sur le sort

de ses peuples, et nous avons en conséquence cédé à notre cher fils le

prince Eugène-Napoléon, tous nos droits sur le grand-duché de Francfort.

Nous l'avons appelé à posséder héréditairement cet état après le décès

du Prince-Primat, et conformément à ce qui est établi dans les lettres

d'investiture dont nous chargeons notre cousin le prince archichancelier

de vous donner connaissance.

Il a été doux pour notre coeur de saisir cette occasion de donner un

nouveau témoignage de notre estime et de notre tendre amitié à un jeune

prince dont nous avons dirigé les premiers pas dans la carrière du

gouvernement et des armes, qui, au milieu de tant de circonstances, ne

nous a jamais donné aucun motif du moindre mécontentement. Il nous a,

au contraire, secondé avec une prudence au-dessus de ce qu'on pouvait

attendre de son âge, et dans ces derniers temps, il a montré, à la tête

de nos armées, autant de bravoure que de connaissance de l'art de la

guerre. Il convenait de le fixer d'une manière stable dans le haut rang

où nous l'avons placé.

Élevé au grand duché de Francfort, nos peuples d'Italie ne seront pas

pour cela privés de ses soins et de son administration; notre confiance

en lui sera constante, comme les sentimens qu'il nous porte.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 82 / 96 题