_Notes contenues dans le Moniteur._
[22] Il est vrai que quarante mille hommes de la dernière conscription
se rendent en Allemagne pour renforcer les cadres de la grande armée,
et remplacer le double de vieilles troupes qui en sont retirées pour
l'Espagne; ainsi la grande armée sera plutôt diminuée qu'augmentée par
l'effet de cette mesure, qui n'indique donc aucun projet hostile.
[23] Jamais le royaume de Naples n'a été plus tranquille. Depuis cent
ans, il n'y a jamais eu moins d'assassinats et de brigandages, les
galériens que des frégates anglaises y ont débarqués, ont été pris
par les gardes du pays et livrés à la justice. La présence de l'armée
anglaise en Sicile ne s'y fait point sentir; elle est retranchée dans
Syracuse et Messine; l'expérience prouvera si elle saura défendre la
Sicile.
[24] Bruits d'agiotage; le comte de Metternich est à Paris, et, qui
mieux est, y est très-bien vu. Le général Andréossi est à Vienne. Les
troupes françaises sont dans leurs cantonnemens, et à plus de cent
lieues de l'Autriche proprement dite.
[25] Il est plaisant de mettre en doute si la France et ses alliés
peuvent à la fois faire la guerre à l'Autriche et à l'Espagne, lorsque,
sans alliés, elle a vaincu quatre coalitions dix fois plus redoutables;
n'importe, les Anglais verraient avec plaisir l'Autriche faire la
guerre dans le même esprit qu'ils ont excité la coalition de la Prusse,
quoiqu'ils prévissent bien ce qui arriverait à la Prusse; mais ils
vivent au jour le jour; une guerre qui ne durerait que six mois, serait
toujours autant de gagné pour eux; ils ne songent pas au résultat qui ne
pourrait qu'empirer leur position.
[Note 22: Les gazettes anglaises annonçaient une concentration de
troupes françaises sur le Rhin.]
[Note 23: Elles parlaient de troubles dans l'Italie.]
[Note 24: Elles donnaient comme certaines la nouvelle du rappel de
l'ambassadeur d'Autriche de Paris.]
[Note 25: Elles parlaient de la détermination qu'avait prise
Napoléon de faire marcher de front la guerre d'Espagne avec celle qu'il
méditait contre l'Autriche.]
[26] L'Angleterre connaît l'étroite union qui existe entre la France et
la Russie; elle sait que ces deux grandes puissances sont résolues
à réunir leurs forces, et à reconnaître pour ennemi tout ami de
l'Angleterre; elle sait que la paix ne sera pas troublée en Allemagne,
et elle ne conserve aucun espoir raisonnable de succès définitifs, en
fomentant des troubles et des désordres en Espagne; elle sait que c'est
du sang et des victimes inutiles; mais cet encens lui est agréable; les
déchiremens du continent sont ses délices; elle sait bien aussi qu'avant
que l'année soit révolue, il n'y aura pas un seul village d'Espagne
insurgé, pas un Anglais sur cette terre: mais qu'importe à l'Angleterre?
elle ne connaît ni honte ni remords; ses armées se rembarqueront et
abandonneront ses dupes; elle traitera les insurgés d'Espagne comme elle
a traité le roi de Suède. Elle a mis les armes à la main à ce souverain,
l'a flatté d'un secours puissant: vingt ou trente mille hommes devaient
le secourir contre le Danemarck et contre la Russie; mais les promesses
sont faciles. Le général Moore et cinq mille hommes sont arrivés et sont
restés deux mois mouillés sur la côte de Suède, pendant que la Finlande
était conquise, et que les Suédois étaient chassés de la Norwège. Il y a
peu de semaines, nous cherchions comment l'Angleterre pourrait se tirer
avec honneur de cette lutte folle du Nord; si elle débarque une armée,
disions-nous, cette armée sera prise pendant l'hiver; nous ne pouvions
nous attendre, quelque mauvaise opinion que nous eussions de la bonne
foi britannique, que cette perfide puissance abandonnerait la Suède à
son malheureux sort, et sortirait de là en donnant de nouvelles preuves
de ce que les alliés de l'Angleterre ont à attendre d'elle; trahison
et abandon. Les insurgés espagnols seront trahis et abandonnés de même
lorsque l'aigle française couvrira de ses ailes toutes les Espagnes.
[Note 26: Le journaliste regardait comme un devoir du gouvernement
anglais de fournir à ses alliés des subsides et des munitions.]
L'ineptie, le défaut de courage d'esprit ont fait essuyer quelques
échecs à nos armes; ils seront promptement réparés, et alors les Anglais
se précipiteront sur leurs vaisseaux; ils abandonneront leurs alliés,
et, comme à Quiberon, tireront sur les malheureux qu'ils auront laissés
sur le rivage.
Quant à l'Autriche, la paix sera maintenue sur le continent, parce que
l'Angleterre y est sans influence. Le mépris et la haine qu'elle inspire
sont communs à toutes les grandes puissances; toutes ont été ses
victimes; M. Adair a été chassé de Vienne, le jour où M. de Staremberg
est revenu de Londres.
Les armemens faits par l'Angleterre sous pavillon américain,
qu'escortaient à Trieste des frégates anglaises, ont été repoussés
et proscrits par un dernier édit de l'empereur François II. La bonne
intelligence n'a pas cessé de régner entre l'Autriche et la France.
Les agens obscurs que l'Angleterre solde, et qui se cachent dans cette
foule d'escrocs que poursuit la police de tous les gouvernemens de
l'Europe, ont dit à Vienne que la France allait faire la guerre à
l'Autriche; et à Paris, que l'Autriche levait de nouvelles armées pour
attaquer la France. Les oisifs avides de nouvelles et d'émotions, ont
pu, sur ces obscures rumeurs, supposer des marches, des contremarches,
et bâtir des plans de campagne aussi frivoles qu'eux; mais les deux
cabinets n'ont pas cessé d'être dans les relations les plus amicales.
Dans l'entrevue que l'empereur Napoléon a eue avec l'empereur Francois
II en Moravie, l'empereur François lui promit qu'il ne lui ferait plus
la guerre. Ce prince a prouvé qu'il tenait sa parole. Il est curieux de
voir que, tandis que le cabinet d'Autriche assure et déclare qu'il est
bien avec la France, que la France publie les mêmes assurances; il est
curieux, disons-nous, de voir que cette faction brouillonne, qui
se nourrit d'agiotage, de calomnies, de libelles, continue à jeter
l'inquiétude parmi les hommes paisibles.
Les affaires d'Espagne sont irrévocablement fixées; elles sont reconnues
par les grandes puissances du continent. Si l'on a été déçu dans
l'espoir de conduire ces peuples à un meilleur ordre de choses, sans
troubles, sans désordres, sans guerre, c'est une victoire qu'a obtenue
le génie du mal sur l'esprit du bien. Du reste et en définitif, cela
ne sera funeste qu'à l'Angleterre et à ses partisans. Ces vérités sont
évidentes, et il n'y a pas un homme de sens à Londres qui n'en soit
pénétré.
Que penser de la politique et de la raison d'un cabinet qui; ayant,
excité la Suède contre la Russie, espérait la soutenir avec une
expédition de cinq mille hommes?
Tant qu'il s'agira de calomnier, de séduire, de suborner, l'Angleterre
aura l'avantage dans ce genre de guerre; mais lorsqu'il verra l'aigle le
suivre de l'oeil, le léopard sentira fuir sous ses pas la terre ferme,
et ne trouvera de refuge que sur ses flottes et dans l'élément des
tempêtes.
La paix est le voeu de l'univers; les événemens qui ont changé la face
du monde depuis la rupture de la paix d'Amiens, c'est à la rupture de
cette paix qu'il faut les attribuer; les événemens si défavorables à
l'Angleterre qui se sont passés depuis la mort de Fox, c'est à sa
mort et à la rupture des négociations qu'il faut les attribuer; les
changemens survenus en Europe depuis la paix de Tilsitt, c'est au refus
d'accepter la médiation de la Russie qu'il faut les attribuer: ce qui
arrivera encore sur le continent, de contraire à la grandeur et
à l'intérêt de l'Angleterre, si la paix n'a pas lieu, il faudra
l'attribuer à cette obstination folle, à cette politique aveugle et
furibonde qui, malgré l'union des grandes puissances, met toujours son
avenir dans les rêves d'une division impossible, et du renouvellement
de coalitions qui ne peuvent exister que contre elle. C'est bien ici le
lieu d'appliquer cette maxime de Cicéron, que le parti le plus politique
est celui qui est le plus conforme à la justice. La continuation de la
paix d'Amiens eût laissé l'Europe dans le même état. La paix que voulait
Fox eût empêché la ruine de la Prusse et l'occupation des villes du
Nord. L'acceptation de la médiation offerte par la Russie eût empêché
les affaires de la Baltique et d'Espagne. Et si la paix n'a pas lieu
dans l'année, qui peut prédire les événemens contraires à l'intérêt de
l'Angleterre qui se se seront passés d'ici à un an?
Saint-Cloud, le 4 septembre 1808.
_Message de S. M. l'empereur et roi au sénat conservateur._
Sénateurs,
Mon ministre des relations extérieures mettra sous vos yeux les
différens traités relatifs à l'Espagne, et les constitutions acceptées
par la junte espagnole.
Mon ministre de la guerre vous fera connaître les besoins et la
situation de mes armées dans les différentes parties du monde.
Je suis résolu à pousser les affaires d'Espagne avec la plus grande
activité et à détruire les armées que l'Angleterre a débarquées dans ce
pays.
La sécurité future de mes peuples, la prospérité du commerce, et la paix
maritime sont également attachées à ces importantes opérations.
Mon alliance avec l'empereur de Russie ne laisse à l'Angleterre aucun
espoir dans ses projets. Je crois à la paix du continent; mais je ne
veux, ni ne dois dépendre des faux calculs et des erreurs des autres
cours; et puisque mes voisins augmentent leurs armées, il est de mon
devoir d'augmenter les miennes.
L'empire de Constantinople est en proie aux plus affreux bouleversemens;
le sultan Sélim, le meilleur empereur qu'aient eu depuis long-temps
les Ottomans, vient de mourir de la main de ses propres neveux; cette
catastrophe m'a été sensible.
J'impose avec confiance de nouveaux sacrifices à mes peuples; ils sont
nécessaires pour leur en épargner de plus considérables et pour nous
conduire au grand résultat de la paix générale, qui doit seul être
regardé comme le moment du repos.
Français, je n'ai dans mes projets qu'un but, le bonheur et la sécurité
de vos enfans, et, si je vous connais bien, vous vous hâterez de
répondre au nouvel appel qu'exige l'intérêt de la patrie. Vous m'avez
dit si souvent que vous m'aimiez! Je reconnaîtrai la vérité de vos
sentimens à l'empressement que vous mettrez à seconder des projets si
intimement liés à vos plus chers intérêts, à l'honneur de l'empire et à
ma gloire.
Paris, le 19 septembre 1808.
_Allocution à l'avant-garde des troupes de la grande armée, réunie à la
parade du 11 septembre 1808, dans la place du Carrousel._
Soldats!
Après avoir triomphé sur les bords du Danube et de la Vistule, vous
avez traversé l'Allemagne à marches forcées; je vous fais aujourd'hui
traverser la France sans vous donner un moment de repos.
Soldats, j'ai besoin de vous; la présence hideuse du léopard souille les
continens d'Espagne et du Portugal. Qu'à votre aspect il fuie épouvanté:
portons nos aigles triomphantes jusqu'aux colonnes d'Hercule: là aussi
nous avons des outrages à venger.
Soldats, vous avez surpassé la renommée des armées modernes; mais
avez-vous égalé la gloire des armées de Rome, qui, dans une même
campagne, triomphèrent sur le Rhin et sur l'Euphrate, en Illyrie et sur
le Tage?
Une longue paix, une prospérité durable seront le prix de vos travaux;
un vrai Français ne peut, ne doit prendre aucun repos jusqu'à ce que les
mers soient ouvertes et affranchies.
Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez encore pour
le bonheur du peuple français et pour ma gloire, sera éternellement dans
mon coeur.
Erfurth, le 12 octobre 1808.
_Lettre de LL. MM. les empereurs de France et de Russie à S. M. le roi
d'Angleterre._
Sire,
Les circonstances actuelles de l'Europe nous ont réunis à Erfurth. Notre
première pensée est de céder au voeu et aux besoins de tous les peuples,
et de chercher, par une prompte pacification avec Votre Majesté, le
remède le plus efficace aux malheurs qui pèsent sur toutes les nations.
Nous en faisons connaître notre sincère désir à Votre Majesté par cette
présente lettre.
La guerre longue et sanglante qui a déchiré le continent est terminée,
sans qu'elle puisse se renouveler. Beaucoup de changemens ont eu lieu
en Europe: beaucoup d'états ont été bouleversés. La cause en est dans
l'état d'agitation et de malheurs où la cessation du commerce maritime a
placé les grands peuples. De plus grands changemens encore peuvent avoir
lieu et tout contraires à la politique de la nation anglaise. La paix
est donc à la fois dans l'intérêt des peuples du continent comme dans
l'intérêt des peuples de la Grande-Bretagne.
Nous nous réunissons pour prier Votre Majesté d'écouter la voix de
l'humanité, en faisant taire celle des passions, de chercher, avec
l'intention d'y parvenir, à concilier tous les intérêts, et par là,
garantir toutes les puissances qui existent, et assurer le bonheur de
l'Europe et de cette génération à la tête de laquelle la Providence nous
à placés.