Paris, le 27 février 1807.
_Réponse de S. M. à une députation de la deuxième classe de l'Institut._
Messieurs les députés de la seconde classe de l'Institut, si la langue
française est devenue une langue universelle, c'est aux hommes de génie
qui ont siégé, ou qui siégent parmi vous, que nous en sommes redevables.
J'attache du prix au succès de vos travaux; ils tendent à éclairer mes
peuples et sont nécessaires à la gloire de ma couronne.
J'ai entendu avec satisfaction le compte que vous venez de me rendre.
Vous pouvez compter sur ma protection.
Paris, le 5 mars 1808.
_Réponse de S. M. à une députation de la quatrième classe de
l'Institut._
Messieurs les président et députés de la quatrième classe de l'Institut,
Athènes et Rome sont encore célèbres par leurs succès dans les arts;
l'Italie dont les peuples me sont chers à tant de titres, s'est
distinguée la première parmi les nations modernes. J'ai à coeur de voir
les artistes français effacer la gloire d'Athènes et de l'Italie. C'est
à vous de réaliser de si belles espérances. Vous pouvez compter sur ma
protection.
Baïonne, le 16 avril 1808.
_Lettre de S. M. l'empereur au prince des Asturies._
Mon frère, j'ai reçu la lettre de votre altesse royale. Elle doit avoir
acquis la preuve, dans les papiers qu'elle a eus du roi son père, de
l'intérêt que je lui ai toujours porté. Elle me permettra, dans la
circonstance actuelle, de lui parler avec franchise et loyauté. En
arrivant à Madrid, j'espérais porter mon illustre ami à quelques
réformes nécessaires dans ses états, et à donner quelque satisfaction
à l'opinion publique. Le renvoi du prince de la Paix me paraissait
nécessaire pour son bonheur, et celui de ses sujets. Les affaires du
Nord ont retardé mon voyage. Les événemens d'Aranjuez ont eu lieu. Je ne
suis point juge de ce qui s'est passé, et de la conduite du prince de la
Paix; mais ce que je sais bien, c'est qu'il est dangereux pour les
rois d'accoutumer les peuples à répandre du sang et à se faire justice
eux-mêmes. Je prie Dieu que V. A. R. n'en fasse pas elle-même un jour
l'expérience. Il n'est pas de l'intérêt de l'Espagne de faire du mal à
un prince qui a épousé une princesse du sang royal et qui a si longtemps
régi le royaume. Il n'a plus d'amis: V. A. R. n'en aura plus, si jamais
elle est malheureuse. Les peuples se vengent volontiers des hommages
qu'ils nous rendent. Comment d'ailleurs pourrait-on faire le procès au
prince de la Paix, sans le faire à la reine et au roi votre père? Ce
procès alimentera les haines et les passions factieuses: le résultat en
sera funeste pour votre couronne. V. A. R. n'y a de droits que ceux que
lui a transmis sa mère. Si le procès la déshonore, V.A.R. déchire par là
ses droits. Qu'elle ferme l'oreille à des conseils faibles et perfides.
Elle n'a pas le droit de juger le prince de la Paix. Ses crimes, si
on lui en reproche, se perdent dans les droits du trône. J'ai souvent
manifesté le désir que le prince de la Paix fût éloigné des affaires;
l'amitié du roi Charles m'a porté souvent à me taire et à détourner
les yeux des faiblesses de son attachement. Misérables hommes que nous
sommes! faiblesse et erreur, c'est notre devise. Mais tout cela peut
se concilier: que le prince de la Paix soit exilé d'Espagne, et je lui
offre un refuge en France. Quant à l'abdication de Charles IV, elle a eu
lieu dans un moment où mes armées couvraient les Espagnes: et aux yeux
de l'Europe et de la postérité, je paraîtrais n'avoir envoyé tant
de troupes que pour précipiter du trône mon allié et mon ami. Comme
souverain voisin, il m'est permis de vouloir en connaître les motifs
avant de reconnaître cette abdication. Je le dis à V.A.R., aux
Espagnols, au monde entier: si l'abdication du roi Charles est de pur
mouvement, s'il n'y a pas été forcé par l'insurrection et l'émeute
d'Aranjuez, je ne fais aucune difficulté de l'admettre, et je reconnais
V.A.R. comme roi d'Espagne. Je désire donc causer avec elle sur cet
objet. La circonspection que je porte depuis un mois dans ces affaires,
doit être garant de l'appui qu'elle trouvera en moi, si, à son tour, des
factions, de quelque nature qu'elles soient, venaient à l'inquiéter
sur son trône. Quand le roi Charles me fit part de l'événement du mois
d'octobre dernier, j'en fus douloureusement affecté; et je pense avoir
contribué par les insinuations que j'ai faites, à la bonne issue de
l'affaire de l'Escurial. V.A.R. avait bien des torts; je n'en veux pour
preuve que la lettre qu'elle m'a écrite, et que j'ai constamment voulu
ignorer. Roi à son tour, elle saura combien les droits du trône sont
sacrés. Toute démarche près d'un souverain étranger de la part d'un
prince héréditaire, est criminelle. V. A. R. doit se défier des écarts,
des émotions populaires. On pourra commettre quelques meurtres sur mes
soldats isolés, mais la ruine de l'Espagne en serait le résultat.
J'ai déjà vu avec peine qu'à Madrid on avait répandu des lettres du
capitaine-général de la Catalogne et fait tout ce qui pouvait donner du
mouvement aux têtes. V. A. R. connaît ma pensée toute entière. Elle voit
que je flotte entre diverses idées qui ont besoin d'être fixées. Elle
peut être certaine que dans tous les cas je me comporterai avec elle,
comme envers le roi son père. Qu'elle croie à mon désir de tout
concilier et de trouver des occasions de lui donner des preuves de mon
affection et de ma parfaite estime. Sur ce, etc., etc.