Wehlau, le 17 juin 1807.
_Soixante-dix-neuvième bulletin de la grande armée._
Les combats de Spanden, de Lomitten, les journées de Guttstadt et de
Heilsberg n'étaient que le prélude de plus grands événemens.
Le 12, à quatre heures du matin, l'armée française entra à Heilsberg. Le
général Latour-Maubourg avec sa division de dragons et les brigades
de cavalerie légère des généraux Durosnel et Wattier, poursuivirent
l'ennemi sur la rive droite de l'Alle dans la direction de Bartenstein,
pendant que les corps d'armée se mettaient en marche dans différentes
directions pour déborder l'ennemi et lui couper sa retraite sur
Koenigsberg, en arrivant avant lui sur ses magasins. La fortune a souri
à ce projet.
Le 12, à cinq heures après-midi, l'empereur porta son quartier-général
à Eylau. Ce n'étaient plus ces champs couverts de glaces et de neige,
c'était le plus beau pays de la nature, coupé de beaux bois, de beaux
lacs, et peuplé de jolis villages.
Le grand-duc de Berg se porta le 13 sur Koenigsberg avec sa cavalerie;
le maréchal Davoust marcha derrière pour le soutenir; le maréchal Soult
se porta sur Creutzbourg; le maréchal Lannes sur Damnau; les maréchaux
Ney et Mortier sur Lampaseh.
Cependant le général Latour-Maubourg écrivait qu'il avait poursuivi
l'arrière-garde ennemie; que les Russes abandonnaient beaucoup de
blessés; qu'ils avaient évacué Bartenstein, et continuaient leur
retraite sur Schippenbeil, par la rive droite de l'Alle. L'empereur se
mit sur-le-champ en marche sur Friedland; il donna ordre au duc de Berg,
aux maréchaux Soult et Davoust de manoeuvrer sur Koenigsberg, et avec
les corps des maréchaux Ney, Lannes, Mortier, avec la garde impériale et
le premier corps commandé par le général Victor, il marcha en personne
sur Friedland.
Le 13, le neuvième de hussards entra à Friedland; mais il en fut chassé
par trois mille hommes de cavalerie.
Le 14, l'ennemi déboucha sur le pont de Friedland. A trois heures du
matin, des coups de canon se firent entendre. «C'est un jour de bonheur,
dit l'empereur, c'est l'anniversaire de Marengo.»
Les maréchaux Lannes et Mortier furent les premiers engagés; ils étaient
soutenus par la division de dragons du général Grouchy et par les
cuirassiers du général Nansouty. Différens mouvemens, différentes
actions eurent lieu. L'ennemi fut contenu, et ne put pas dépasser le
village de Posthenem. Croyant qu'il n'avait devant lui qu'un corps de
quinze mille hommes, l'ennemi continua son mouvement pour filer sur
Koenigsberg. Dans cette occasion, les dragons et les cuirassiers
français et saxons firent les plus belles charges, et prirent quatre
pièces de canon à l'ennemi.
À cinq heures du soir, les différens corps d'armée étaient à leur place.
A la droite, le maréchal Ney; au centre, le maréchal Lannes; à la
gauche, le Maréchal Mortier; à la réserve, le corps du général Victor et
la garde.
La cavalerie, sous les ordres du général Grouchy, soutenait la gauche.
La division de dragons du général Latour-Maubourg était en réserve
derrière la droite, la division de dragons du général Lahoussaye et les
cuirassiers saxons étaient en réserve derrière le centre.
Cependant l'ennemi avait déployé toute son armée; il appuyait sa gauche
à la ville de Friedland et sa droite se prolongeait à une lieue et
demie.
L'empereur, après avoir reconnu la position, décida d'enlever
sur-le-champ la ville de Friedland, en faisant brusquement un changement
de front, la droite en avant, et fit commencer l'attaque par l'extrémité
de sa droite.
A cinq heures et demie, le maréchal Ney se mit en mouvement, quelques
salves d'une batterie de vingt pièces de canon furent le signal. Au même
moment, la division du général Marchand avança, l'arme au bras, sur
l'ennemi, prenant sa direction sur le clocher de la ville. La division
du général Bisson la soutenait sur la gauche. Du moment où l'ennemi
s'aperçut que le maréchal Ney avait quitté le bois où sa droite était
en position, il le fit déborder par des régimens de cavalerie,
précédés d'une nuée de cosaques. La division de dragons du général
Latour-Maubourg se forma sur-le-champ au galop sur la droite, et
repoussa la charge ennemie. Cependant le général Victor fit placer une
batterie de trente pièces de canon en avant de son centre; le général
Sennarmont, qui la commandait, se porta à plus de quatre cents pas en
avant et fit éprouver une horrible perte à l'ennemi. Les différentes
démonstrations que les Russes voulurent faire pour opérer une diversion
furent inutiles. Le maréchal Ney, avec un sang-froid, et avec cette
intrépidité qui lui est particulière, était en avant de ses échelons,
dirigeant lui-même les plus petits détails, et donnait l'exemple à un
corps d'armée, qui toujours s'est fait distinguer, même parmi les
corps de la grande armée. Plusieurs colonnes d'infanterie ennemie, qui
attaquaient la droite du maréchal Ney, furent chargées à la baïonnette
et précipitées dans l'Alle. Plusieurs milliers d'hommes y trouvèrent
la mort; quelques-uns échappèrent à la nage. La gauche du maréchal Ney
arriva sur ces entrefaites au ravin qui entoure la ville de Friedland.
L'ennemi, qui y avait embusqué la garde impériale russe à pied et à
cheval, déboucha avec intrépidité, et fit une charge sur la gauche du
maréchal Ney, qui fut un moment ébranlée; mais la division Dupont, qui
formait la droite de la réserve, marcha sur la garde impériale, la
culbuta et en fit un horrible carnage.
L'ennemi tira de ses réserves et de son centre d'autres corps pour
défendre Friedland. Vains efforts! Friedland fut forcé et ses rues
furent jonchées de morts.
Le centre, que commandait le maréchal Lannes, se trouva dans ce moment
engagé. L'effort que l'ennemi avait fait sur l'extrémité de la droite de
l'armée française ayant échoué, il voulut essayer un semblable effort
sur le centre. Il y fut reçu comme on devait l'attendre des braves
divisions Oudinot et Verdier, et du maréchal qui les commandait.
Des charges d'infanterie et de cavalerie ne purent pas retarder la
marche de nos colonnes. Tous les efforts de la bravoure des Russes
furent inutiles; ils ne purent rien entamer, et vinrent trouver la mort
sur nos baïonnettes.
Le maréchal Mortier, qui pendant toute la journée fit grandes preuves de
sang-froid et d'intrépidité, en maintenant la gauche, marcha alors en
avant, et fut soutenu par les fusiliers de la garde, que commandait le
général Savary. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout le monde s'est
distingué.
La garde impériale à pied et à cheval, et deux divisions de la réserve
du premier corps n'ont pas été engagées. La victoire n'a pas hésité
un seul instant. Le champ de bataille est un des plus horribles qu'on
puisse voir. Ce n'est pas exagérer que de porter le nombre des morts, du
côté des Russes, de quinze à dix-huit mille hommes. Du côté des Français
la perte ne se monte pas à cinq cents morts, ni à plus de trois mille
blessés. Nous avons pris quatre-vingt pièces de canon et une grande
quantité de caissons. Plusieurs drapeaux sont restés en notre pouvoir.
Les Russes ont eu vingt-cinq généraux tués, pris ou blessés. Leur
cavalerie a fait des pertes immenses.
Les carabiniers et les cuirassiers, commandés par le général Nansouty,
et les différentes divisions de dragons se sont fait remarquer. Le
général Grouchy, qui commandait la cavalerie de l'aile gauche, a rendu
des services importans.
Le général Drouet, chef de l'état-major du corps d'armée du maréchal
Lannes; le général Cohorn, le colonel Regaud, du quinzième de ligne; le
colonel Lajonquière, du soixantième de ligne; le colonel Lamotte, du
quatrième de dragons, et le général de brigade Brun, ont été blessés.
Le général de division Latour-Maubourg l'a été à la main. Le colonel
d'artillerie de Forno, et le chef d'escadron Hutin, premier aide-de-camp
du général Oudinot, ont été tués. Les aides-de-camp de l'empereur,
Mouton et Lacoste, ont été légèrement blessés.
La nuit n'a point empêché de poursuivre l'ennemi; on l'a suivi jusqu'à
onze heures du soir. Le reste de la nuit, les colonnes qui avaient été
coupées ont essayé de passer l'Alle, à plusieurs gués. Partout, le
lendemain et à plusieurs lieues, nous avons trouvé des caissons, des
canons et des voitures perdus dans la rivière.
La bataille de Friedland est digne d'être mise à côté de celles de
Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna. L'ennemi était nombreux, avait une
belle et forte cavalerie, et s'est battu avec courage.
Le lendemain 15, pendant que l'ennemi essayait de se rallier, et faisait
sa retraite sur la rive droite de l'Alle, l'armée française continuait,
sur la rive gauche, ses manoeuvres pour le couper de Koenigsberg.
Les têtes des colonnes sont arrivées ensemble à Wehlau, ville située
au confluent de l'Alle et de la Prégel. L'empereur avait son
quartier-général au village de Peterswalde.
Le 16, à la pointe du jour, l'ennemi ayant coupé tous les ponts, mit
à profit cet obstacle pour continuer son mouvement rétrograde sur la
Russie.
A huit heures du matin, l'empereur fit jeter un pont sur la Prégel, et
l'armée s'y mit en position.
Presque tous les magasins que l'ennemi avait sur l'Alle ont été par lui
jetés à l'eau ou brûlés. Par ce qui nous reste, on peut connaître les
pertes immenses qu'il a faites. Partout dans les villages, les Russes
avaient des magasins, et partout, en passant, ils les ont incendiés.
Nous avons cependant trouvé à Wehlau plus de six mille quintaux de blé.
A la nouvelle de la victoire de Friedland, Koenigsberg a été abandonné.
Le maréchal Soult est entré dans cette place, où nous avons trouvé des
richesses immenses, plusieurs centaines de milliers de quintaux de
blé, plus de vingt mille blessés russes et prussiens, tout ce que
l'Angleterre a envoyé de munitions de guerre à la Russie, entr'autres
cent soixante mille fusils encore embarqués. Ainsi la Providence a puni
ceux qui, au lieu de négocier de bonne foi pour arriver à l'oeuvre
salutaire de la paix, s'en sont fait un jeu, prenant pour faiblesse et
pour impuissance la tranquillité du vainqueur.
L'armée occupe ici le plus beau pays possible. Les bords de la Prégel
sont riches. Dans peu les magasins et les caves de Dantzick et
Koenigsberg vont nous apporter de nouveaux moyens d'abondance et de
santé.
Les noms des braves qui se sont distingués, les détails de ce que chaque
corps a fait, passent les bornes d'un simple bulletin, et l'état-major
s'occupe de réunir tous les faits.
Le prince de Neufchâtel a, dans la bataille de Friedland, donné des
preuves particulières de son zèle et de ses talens. Plusieurs fois il
s'est trouvé au fort de la mêlée, et y a fait des dispositions utiles.
L'ennemi avait recommencé les hostilités le 5: on peut évaluer la perte
qu'il a éprouvée en dix jours, et par suite des opérations, à soixante
mille hommes pris, blessés, tués ou hors de combat. Il a perdu une
partie de son artillerie, presque toutes ses munitions, et tous ses
magasins sur une ligne de plus de quarante lieues.
Tilsitt, le 19 juin 1807.
_Quatre-vingtième bulletin de la grande armée_.
Les armées françaises ont rarement obtenu de si grands succès avec moins
de perte.
Pendant le temps que les armées françaises se signalaient sur le
champ de bataille de Friedland, le grand-duc de Berg, arrivé devant
Koenigsberg, prenait en flanc le corps d'armée du général Lestocq.
Le 13, le maréchal Soult trouva à Creutzbourg l'arrière-garde
prussienne; la division de dragons Milhaud exécuta une belle charge,
culbuta la cavalerie prussienne, et enleva plusieurs pièces de canon.
Le 14, l'ennemi fut obligé de s'enfermer dans la place de Koenigsberg.
Vers le milieu de la journée, deux colonnes ennemies coupées se
présentèrent pour entrer dans la place. Six pièces de canon et trois à
quatre mille hommes qui composaient cette troupe furent pris; tous les
faubourgs de Koenigsberg furent enlevés; on y fit un bon nombre de
prisonniers: le général de brigade Buget a eu la main emportée par un
boulet.
En résumé, les résultats de toutes ces affaires sont quatre à cinq mille
prisonniers et quinze pièces de canon.
Le 15 et le 16, le corps d'armée du maréchal Soult fut contenu devant
les retranchemens de Koenigsberg, mais la marche du gros de l'armée sur
Wehlau obligea l'ennemi à évacuer Koenigsberg, et cette place tomba en
notre pouvoir.
Ce qu'on a trouvé à Koenigsberg en subsistances, est immense. Deux cents
gros bâtimens, venant de Russie, sont encore tous chargés dans le port.
Il y a beaucoup plus de vins et d'eaux-de-vie qu'on était dans le cas de
l'espérer.
Une brigade de la division Saint-Hilaire s'est portée devant Pilau pour
en former le siège, et le général Rapp a fait partir de Dantzick une
colonne chargée d'aller, par le Niérung, établir devant Pilau une
batterie qui ferme le Haff. Des bâtimens montés par des marins de la
garde nous rendent maîtres de cette petite mer.
Le 17, l'empereur porta son quartier-général à la métairie de Crucken,
près Klein-Schirau; le 18, il le porta à Sgaisgirren; le 19, à deux
heures après-midi, il entra dans Tilsitt.
Le grand-duc de Berg, à la tête de la plus grande partie de la cavalerie
légère, des divisions de dragons et de cuirassiers, a mené battant
l'ennemi ces trois jours derniers, et lui a fait beaucoup de mal. Le
cinquième régiment de hussards s'est distingué; les cosaques ont été
culbutés plusieurs fois et ont beaucoup souffert dans ces différentes
charges. Nous avons eu peu de tués et de blessés. Au nombre de ces
derniers se trouve le chef d'escadron Piéton, aide-de-camp du grand-duc
de Berg.
Après le passage de la Prégel, vis-à-vis Wehlau, un tambour fut chargé
par un cosaque, et se jeta ventre à terre; le cosaque prend sa lance
pour en percer le tambour; mais celui-ci conserve toute sa présence
d'esprit, tire à lui la lance, désarme le cosaque et le poursuit.
Un fait particulier, qui a excité le rire des soldats, a eu lieu pour la
première fois vers Tilsitt; on a vu une nuée de Kalmoucks se battant à
coup de flèches.
Nous en sommes fâchés pour ceux qui donnent l'avantage aux armes
anciennes sur les modernes; mais rien n'est plus risible que le jeu de
ces armes contre nos fusils.
Le maréchal Davoust, à la tête du troisième corps, a débouché par
Labiau, est tombé sur l'arrière-garde ennemie, et lui a fait deux mille
cinq cents prisonniers.
De son côté, le maréchal Ney est arrivé le 17 à Insterbourg, y a pris
un millier de blessés et a enlevé à l'ennemi des magasins assez
considérables.
Les bois, les villages sont pleins de Russes isolés, ou blessés ou
malades.
Les pertes de l'armée russe sont énormes; elle n'a ramené avec elle
qu'une soixantaine de pièces de canon.
La rapidité des marches empêche de connaître encore toutes les pièces
qu'on a prises à la bataille de Friedland; on croit que le nombre
passera cent vingt.
A la hauteur de Tilsitt, deux billets ont été remis au grand-duc de
Berg, et par suite le prince russe, lieutenant-général Labanoff a passé
le Niémen, et a conféré une heure avec le prince de Neufchâtel.
L'ennemi a brûlé en grande hâte le pont de Tilsitt sur le Niémen, et
parait continuer sa retraite sur la Russie. Nous sommes sur les confins
de cet empire.
Le Niémen, vis-à-vis Tilsitt, est un peu plus large que la Seine.
L'on voit, de la rive gauche, une nuée de cosaques qui forment
l'arrière-garde ennemie sur la rive droite.
Déjà l'on ne commet aucune hostilité.
Ce qui restait au roi de Prusse est conquis. Cet infortuné prince n'a
plus en son pouvoir que le pays situé entre le Niémen et Mémel.
La plus grande partie de son armée on plutôt de la division de ses
troupes, déserte ne voulant pas aller en Russie.
L'empereur de Russie est resté trois semaines à Tilsitt avec le roi de
Prusse.
A la nouvelle de la bataille de Friedland, l'un et l'autre sont partis
en toute hâte.
Tilsitt, le 21 juin 1807.
_Quatre-vingt-unième bulletin de la grande armée_.
A la journée d'Heilsberg, le grand-duc de Berg passa sur la ligne de la
troisième division de cuirassiers, au moment où le sixième régiment de
cuirassiers venait de faire une charge. Le colonel d'Avenay, commandant
ce régiment, son sabre dégouttant de sang, lui dit: «Prince, faites la
revue de mon régiment, vous verrez qu'il n'est aucun soldat dont le
sabre ne soit comme le mien.»
Les colonels Colbert, du septième de hussards, Léry, du cinquième, se
sont fait également remarquer par la plus brillante intrépidité. Le
colonel Borde-Soult, du vingt-deuxième de chasseurs, a été blessé. M.
Gueheneuc, aide-de-camp du maréchal Lannes, a été blessé d'une balle au
bras.
Les généraux aides-de-camp de l'empereur, Reille et Bertrand, ont
rendu des services importans. Les officiers d'ordonnance de l'empereur
Bongars, Montesquiou, Labiffe, ont mérité des éloges pour leur conduite.
Les aides-de-camp du prince de Neufchâtel Louis de Périgord, capitaine,
et Piré, chef d'escadron, se sont fait remarquer.
Le colonel Curial, commandant les fusiliers de la garde, a été nommé
général de brigade.
Le général de division Dupas, commandant une division sous les ordres du
maréchal Mortier, a rendu d'importans Les fils des sénateurs Pérignon,
Clément de Ris et Garran de Coulon, sont morts avec honneur sur le champ
de bataille.
Le maréchal Ney s'étant porté sur Gumbinnen, a arrêté quelques parcs
d'artillerie ennemie, beaucoup de convois de blessés, et fait un grand
nombre de prisonniers.
Tilsitt, le 22 juin 1807.
_Quatre-vingt-deuxième bulletin de la grande armée._
En conséquence de la proposition qui a été faite par le commandant de
l'armée russe, un armistice a été conclu.
L'armée française occupe tout le thalweg du Niémen, de sorte qu'il ne
reste plus au roi de Prusse que la petite ville et le territoire de
Mémel.
Au camp de Tilsitt, le 22 juin 1807.
_Proclamation de S. M. à la grande armée._
Soldats!
Le 5 juin nous avons été attaqués dans nos cantonnemens par l'armée
russe. L'ennemi s'est mépris sur les causes de notre inactivité. Il
s'est aperçu trop tard que notre repos était celui du lion: il se repent
de l'avoir oublié.
Dans les journées de Guttstadt, de Heilsberg, dans celle, à jamais
mémorable, de Friedland, dans dix jours de campagne enfin, nous avons
pris cent vingt pièces de canon, sept drapeaux; tué, blessé, ou fait
prisonniers soixante mille Russes; enlevé à l'armée ennemie tous ses
magasins, ses hôpitaux, ses ambulances, la place de Koenigsberg, les
trois cents bâtimens qui étaient dans ce port, chargés de toute espèce
de munitions, cent soixante mille fusils que l'Angleterre envoyait pour
armer nos ennemis.
Des bords de la Vistule, nous sommes arrivés sur ceux du Niémen avec
la rapidité de l'aigle. Vous célébrâtes à Austerlitz l'anniversaire du
couronnement; vous avez cette année célébré celui de la bataille de
Marengo, qui mit fin à la guerre de la seconde coalition.
Français! vous avez été dignes de vous et de moi. Vous rentrerez en
France couverts de tous vos lauriers, après avoir obtenu une paix
glorieuse qui porte avec elle la garantie de sa durée. Il est temps
que notre patrie vive en repos, à l'abri de la maligne influence de
l'Angleterre. Mes bienfaits vous prouveront ma reconnaissance et toute
l'étendue de l'amour que je vous porte.