montagne de la Platière; cette route est on ne peut plus intéressante
pour le naturaliste Etc.
«On se trouve fort élevé au-dessus du Rhône quand on est sur le haut de
ce chemin, dont on découvre un de plus singuliers, des plus riches, et
de plus variés passages qu'on puisse imaginer. On voit sous ses pieds le
Rhône serpenter dans le lit qu'il se creuse actuellement, car il change
et tout prouve qu'il en a souvent changé; une quantité prodigieuse de
petites isles le séparent et le coupent en une multitude de canaux et
de bras; ces isles sont couvertes les unes d'arbres, d'arbustes, de
pâturages, de bosquets et de verdure, d'autres de pierres, de sable, et
de débris de rochers; quelques-unes sont formées ou occasionnées par un
amas de troncs d'arbres entassés avec de grands sapins renversés dont
les long tiges hérissées de branches droites et nues représentent des
chevaux de frise, et donnent l'idée de ces abatis destinés à preserver
un pays contre l'approche de l'ennemi. Du côté du bas Vallais, on suit
à perte de vue le fleuve dans ses sinuosités et ses détours, on
l'apperçoit également dans le haut Vallais; des avances de montagne le
cachent quelquefois: il reparoît et diminue insensiblement en approchant
de ces monts élevés ou il prend sa source: le fond du vallon paroît
être de niveau, s'abaisser seulement d'une pente douce du côté du bas
Vallais: des mamelons, des hauteurs des monticules isolés, quelquefois
groupés de différentes manieres, sont répandus dans cet espace, et
rappellent la vue d'une pré dévasté par les taupes; plusieurs de ces
hauteurs sont surmontées des ruines d'antiques châteaux, d'eglises, et
de chapelles; des villages distribués ça et là enrichissent ce fond, qui
d'ailleurs est couvert de pâturages, de champs d'arbres, de bois, et de
bosquets; les enclos des possessions le coupent en mille figure bizarres
et irrégulières. Ces monticules avec leurs fabriques s'élèvent au-dessus
de tous ces objets variés; quelques-unes se distinguent par leur côtés
écroulés qui sont à pic; la blancheur de ces éboulemens contraste
singulièrement avec les verts qui sont les couleurs dominantes du
vallon. Au-de-la des coteaux, des montagnes s'élèvent et vont s'appuyer
et s'adosser à ces masses, à ces colosses énormes de rochers à pic
élevés comme des murailles et d'une hauteur prodigieuse qui forment
cette barrière qui sépare le Vallais de la Savoie. Les contours du
pied de ces monts forment des entrées de vallons et de vallées d'ou
descendent et se précipitent des torrens qui viennent grossir les eaux
du Rhône; la vue cherche à pénétrer et à s'étendre dans ces espaces,
l'imagination cherche vainement des passages dans effrayantes limites,
parmi ces écueils et ces rochers amoncelés, elle est arrêtée partout;
de noires forêts de sapin sont suspendues parmi ces rochers
blancs-jaunâtres, qui se terminent enfin par une multitude d'aiguilles
et de pyramides qu'on voit percer au travers des neiges et des glaces,
s'élancer dans les nues, s'y cacher et s'y perdre.
«En examinant de plus près ces mamelons répandus dans le vallon, on voit
qu'ils sont composés de pierres, de sables, et de débris rapportés et
amoncelés sans ordre depuis des temps dont rien ne peut fixer l'époque:
on voit que les eaux du Rhône ont coulé à leurs pied, qu'il en a
miné plusieurs et a occasionné leurs chutes et leurs ruines. On voit
actuellement quelques mamelons qui subissent ces mêmes dégradations,
et fournissent au Rhône les matériaux dont il va former plus loin ces
atterissemens dont nous avons parlé. La confusion et le désordre qui se
remarque dans la composition intérieure de ces mamelons prouvent
qu'ils ne sont pas le produit de la mer ou des eaux qui ont travaillé
successivement et lentement à la formation de la plupart des terrains;
mais que le fond de ce vallon a été rempli des décombres et des
débris des montagnes supérieures, qu'ils y ont été entraînés par des
inondations et des débordemens subits; que les eaux du Rhône ensuite ont
parcouru ce vallon qu'il a souvent changé de lit; que c'est en tournant
et en circulant dans ce terrain nouvellement formé, qu'il a creusé les
espaces qui sont entre ces mamelons, et que c'est en creusant le terrain
qu'ils se sont élevés; leurs formes et leurs pentes allongées vers le
bas Vallais, sont de nouvelles preuves que ce sont les eaux actuelles
qui ont changé la surface de ce terrain, nous verrons de nouvelles
preuves de ce que nous disons en avançant d'avantage vers le haut
Vallais; il n'y a peut-être point d'endroit plus propre à étudier le
travail des eaux que ce vallon qu'on a la facilité de voir et d'examiner
sous des aspects différentes.»
Another example of the same kind, with regard to the bed of the Rhine,
we have from the same author. (Discours, etc. page 259.)
«_De Richenau à Coire, Troyen, et Saint-Gal._
«Pour aller à Coire on passe le port qui est sur le haut Rhin; en
côtoyant ce fleuve, qui coule dans un fond, on entre dans une plaine de
niveau, qui n'a qu'une pente très insensible de trois quarts de lieue;
le fond du terrain n'est qu'un amas de pierres roulées de toutes
espèces. Les deux côtés sont bordés de montagnes calcaire qui courent
parallèlement entr'elles. Celle de la gauche, au pied de laquelle coule
le Rhine, est très rapide et perpendiculaire à son sommet; celle qui est
à droite de la plaine ou petit vallon, puisqu'il se trouve entre des
montagnes, est moins haute, plus boisée, et couverte de sapins. Le
vallon est aussi couvert, en partie, de très-grands et beaux pins; mais
ce qu'on y voit de plus remarquable, c'est une douzaine de gros mamelons
ou butes, élevées de cinquante à soixante toises, plus ou moins isolée,
et à différentes distances les unes des autres; ces butes sont rondes,
la plupart allongées dans le sens du vallon, et composées de débris
calcaires et de sables; le fond du vallon est mêlé de plus d'espèces de
galets. On ne croit pas se tromper en disant que ce vallon a été rempli
de matières apportées par les eaux jusqu'à la hauteur ou sont encore
actuellement les mamelons; que de nouvelles inondations ont ensuite
creusé et entraîné ce qui manque de terrain à ces mamelons; que c'est en
circulant autour de ces mamelons que les eaux leur ont donné la forme
ronde; et surtout allongée dans le sens du vallon, et que c'est par le
moyen de ces mêmes eaux que le fond actuel de cette plaine a pris ce
niveau et cette pente insensible vers un pays plus ouvert qui est
au-dela. On a déjà fait mention de pareils mamelons qui se trouvent dans
le vallon du Vallais parcouru par le Rhône.»
These examples may also be supported by what this author observes in
another place[25].
[Footnote 25: Discours, etc. page 201.]
«Le vallon où est situé Meiringen, est visiblement formé par le dépôt
des eaux, il est de niveau, et s'étend trois lieues en longueur jusqu'au
lac de Brientz, à la suite duquel est le même terrain nivelé, qui
va jusqu'au lac de Thun, dont on a parlé. Une autre observation
qui concourt à favoriser ce sentiment, c'est que toutes les roches
calcaires, qui entourent le vallon, sont à pic, qu'on y remarque des
cavités circulaires et des enfoncemens à même hauteur et à différents
points, qui constatent la fouille et le mouvement des eaux contre ces
parois.»
Thus we have seen the operation of the atmospheric elements degrading
mountains, and hollowing out the valleys of this earth.
The land which comes from the mineral region in a consolidated state,
in order to endure the injuries of those atmospheric elements, must be
resolved in time for the purposes of fertilising the surface of this
earth. In no station whatever is it to be exempted from the wasting
operations, which are equally necessary, in the system of this world, as
were those by which it had been produced. But with what wisdom is that
destroying power disposed! The summit of the mountain is degraded, and
the materials of this part, which in a manner has become useless from
its excessive height, are employed in order to extend the limits of the
shore, and thus increase the useful basis of our dwellings. It is our
business to trace this operation through all the intermediate steps of
that progress, and thus to understand what we see upon the surface of
this earth, by knowing the principles upon which the system of this
world proceeds.
CHAP. XI.
_Facts and Opinions concerning the Natural Construction
of Mountains and Valleys._
The valley of the Rhône is continued up to the mountain of St. Gothard,
which may be considered as the centre of the Continent, since, from the
different sides of this mountain, the water runs in all directions. To
the German Sea it runs by the Rhine, to the Mediterranean by the Rhone,
and to the Adriatic by the Po. Here it may be proper to take a general
view of this mountainous country, or that great mass of rock or solid
strata which has been either formed originally in its present shape, or
has been excavated by the constant operation of water running from the
summit in all the different directions.
On the one hand, it is supposed that the forming cause which had
produced those mountains, in collecting their materials at the bottom of
the sea, had also determined the shape in which their various ridges are
at present found; on the other hand, it is supposed that the destructive
causes, which operate in degrading mountains, have immediately
contributed to produce their present forms, and that it is only
mediately or more remotely that this shape has been determined by
mineral operations and the constitution of the solid parts, which thus
oppose the wearing operations of the surface with different degrees of
hardness and solidity. Whether natural appearances correspond with the
one or the other of those two different suppositions, every person who
has the opportunity of making such an examination, and has sufficient
knowledge of the subject to judge from his observation, will determine
for himself.
I will here give the opinion of a person who has had great opportunities
for this purpose, who is an intelligent as well as an attentive
observator, and who has had particularly this question in his view. It
is from 'Tableaux de la Suisse'[26].
[Footnote 26: «Discours sur l'Histoire Naturelle de la Suisse.»]
«Quand nous nous sommes trouvé sur ces points élevés, nous avons
toujours considéré le total des montagnes prises ensemble, leurs
situations respectives, les unes par rapport aux autres; afin de
reconnoître, s'il y avoit quelque chose de constant dans leurs position;
rien n'est plus varié. Dans la grande chaîne de montagnes qui sépare
le canton de Berne du Vallais d'un côté, et les Alpes qui séparent le
Vallais de la Savoie de l'autre, en considérant le course du Rhône sous
differens points de vue, on n'a point vu que les angles saillans de ces
très hautes montagnes fussent opposés aux angles rentrans des
montagnes qui sont vis-à-vis; Le fameux vallon qui est sur le haut du
Saint-Gothard, le point le plus élevé de l'Europe, contredit également
cette observation, aussi que les positions de la plus grande partie des
montagnes qui forment son vaste circuit. Le vallon de Scholenen, qui
a plus de huit lieues, et dans lequel la Reusse coule du sommet du
Saint-Gothard jusqu'au lac de Lucerne, offre à peine quelques exemples
d'angles rentrans opposés à des angles saillans. Les nombreux vallons
que nous avons constamment traversés ceux qui conduisent au Grindelwald,
et celui qui mène au pays de Hasli qui sont sous nos yeux, n'établirent
pas d'avantage cette correspondance d'angles saillans et angles
rentrans, qu'on regarde comme si constante. Dans les montagnes basses,
du troisième et quatrième ordre, ou inférieures, on remarque plus
souvent cette correspondance, encore n'est-elle pas constante: les eaux
ordinaires ont formé ces vallons; mais si on veut donner une théorie
générale, c'est assurement dans les plus hautes montagnes qu'il faut
prendre ses exemples. Ce qui se trouve au-dessous de ces points les plus
élevés, a pris sa forme de la disposition même des plus hauts sommets.»
M. de Saussure, in his second volume of _Voyages dans les Alpes_, gives
the strongest confirmation to the theory of the gradual degradation of
mountains by the means of rain.
«§ 920. Je reviens aux observations. Il en est une très importante pour
la théorie de la terre, dont on peut du haut du Cramont apprécier la
valeur, mieux que d'aucun autre site; je veux parler de la fameuse
observation de _Bourguet_ sur la correspondance des angles saillans avec
les angles rentrans des vallées. J'ai a déjà dit un mot dans le 1er.
volume, § 577, mais j'ai renvoyé à ce chapitre les developpemens que je
vais donner.
«Ce qui avoit fait regarder cette observation comme très-importante,
c'est que l'on avoit cru qu'elle pourroit servir à démontrer que les
vallées ont été creusées par des courans de la mer, dans le temps où
elle couvroit encore les montagnes; ou que les montagnes qui bordent ces
vallées avoient été elles-mêmes formées par l'accumulation des dépôts
rejetés sur les bords de ces mêmes courans.
«Mais l'inspection des vallées que l'on découvre du haut du Cramont
démontre pleinement le peu de solidité de ces deux suppositions. En
effet, toutes les vallées que l'on découvre du haut de cette cime sont
fermées, au moins à l'une de leurs extrémités et quelques-unes à leurs
deux extrémités, par des cols élevés, ou même par des montagnes d'une
très-grande hauteur: toutes sont coupées à angles droits par d'autres
vallées, et l'on voit enfin clairement que la plupart d'entr'elles ont
été creusées, non point dans la mer, mais, ou au moment de sa retraite,
ou depuis sa retraite, par les eaux des neiges et des pluies.
«On a d'abord sous ses yeux la grande vallée de l'Allée-Blanche, qui
étant parallèle à la direction général de cette partie des Alpes, est
du nombre de celles que je nomme _longitudinales_; et l'on voit cette
vallée barrée à l'une de ses extrémités par le Col de la Seigne et à
l'autre par le Col Ferret. En se retournant du côté de l'Italie, on voit
plusieurs vallées à-peu-près parallèles à celle-là, comme celle de la
Tuile, celle du Grand Saint Bernard, qui toutes aboutissent, par le
haut, à quelque Col très-élevé, et par le bas, à la Doire, où elles
viennent se jeter vis-à-vis de quelque montagne qui leur correspond de
l'autre côté de cette vallée.
«Si l'on considère ensuite cette même vallée de la Doire, qui descend
de Courmayeur à Yvrée, on la verra barrée par le Mont-Blanc et par
la chaîne centrale, qui la coupent à angles droits dans la partie
supérieure. On verra cette même vallée s'ouvrir, dans un espace de sept
ou huit lieues, deux ou trois inflexions tout-à-fait brusques; et on
la verra enfin coupée à angles droits par une quantité de vallées qui
viennent y verser leurs eaux, et qui sont elles mêmes coupées par
d'autres, dont elles reçoivent aussi le tribut. Or quand on réfléchit à
la largeur et à l'étendue des courans de la mer, peut-on concevoir
que ces sillons étroits, barrés, qui se coupent en échiquier à de
très-petites distances, aient pu être creusés par de semblables courans.
«L'observation de la correspondance des angles, fut-elle aussi
universelle qu'elle l'est peu, ne prouveroit donc autre chose, sinon que
les vallées sont nées de la fissure et de l'écartement des montagnes, ou
qu'elles ont été creusées par les torrens et les rivières qui y coulent
actuellement. On voit un grand nombre de vallées naître, comme je l'ai
fait voir au Bon-Homme, § 767, sur les flancs d'une montagne; on les
voit s'élargir et s'approfondir a proportion des eaux qui y coulent; un
ruisseau qui sort d'une glacier, ou qui sort d'une prairie, creuse un
sillon, petit d'abord, mais qui s'agrandit successivement à mesure
que ses eaux grossissent, par la réunion d'autres sources ou d'autres
torrens.
«Il n'est même pas nécessaire, pour se convaincre de la vérité da ces
faits, de gravir sur le Cramont. Il suffit de jeter les yeux sur
la premiere carte que l'on trouvera sous la main, des Pyrénées, de
l'Apennin, des Alpes, ou de quelqu'autre chaîne de montagnes que ce
puisse être. On y verra toutes les vallées indiquées par le cours des
rivieres; on verra ces rivieres et les vallées dans lesquelles elles
coulent, aboutir par une de leurs extrémités au sommet de quelque
montagne ou de quelque col élevé. Les replis tortueux d'un grand fleuve,
indiqueront une vallée principale, dans laquelle des torrens ou des
rivieres qui indiquent d'autres vallées moins considérables, viennent
aboutir, sous des angles plus ou moins approchans de l'angle droit. Or
ces rivieres qui viennent de droite et de gauche se jeter dans la vallée
principale, ne s'accordent pas pour se jeter par paires dans le
même point du fleuve; elles sont comme les branches d'un arbre qui
s'implantent alternativement sur son tronc, et par conséquent, chaque
petite vallée se jette dans la vallée principale vis-à-vis d'une
montagne. Et de plus on verra aussi sur les cartes que même les plus
grandes vallées ont presque toutes des étranglemens qui forment des
écluses, des fourches, des défilés.
«Je ne prétends cependant pas que l'érosion des eaux pluviales, des
torrens et des rivieres, soit l'unique cause de la formation des
vallées: le redressement des couches des montagnes nous force à en
admettre une autre, dont je parlerai ailleurs; j'ai voulu seulement
prouver, ici que la correspondance des angles, lorsqu'elle a lieu dans
les vallées, ne prouve point que ces vallées soient l'ouvrage des
courans de la mer.»
The place to which M. de Saussure here remits us is where he afterwards,
in describing the _Val d'Aoste_, makes the following observation.
«(§ 960.) Au-dela de Nuz, les montagnes qui bordent au midi la vallée,
et dont on voit d'ici très-bien la structure, sont composées de grandes
couches appliquées les unes contre les autres, et terminées par des
cimes aigues, escarpées contre le midi, elles tournent ainsi le dos à la
vallée, dont la direction est toujours à 10 degrés de l'est par nord.
Celles de la gauche que nous côtoyons, et qui sont de nature schisteuse,
tournent aussi le dos à la vallée en s'élevant contre le nord. Je crois
pouvoir conclure de là, que cette vallée est une de celles dont la
formation tient à celle des montagnes mêmes, et non point à l'érosion
des courans de la mer ou des rivières. Les vallées de ce genre,
paroissent avoir été formées par un affaissement partiel des couches des
montagnes, qui ont consenti, dans la direction qu'ont actuellement ces
vallées.»
Here I would beg leave to differ a little from this opinion of M. de
Saussure, at least from the manner in which it is expressed; for perhaps
at bottom our opinions upon this subject do not differ much.
M. de Saussure says that the formation of this valley depends upon the
mountains themselves, and not upon the erosion of the rivers. I agree
with our author, so far as the mountains may have here determined the
shape and situation of the valley; but, so far as this valley was
hollowed out of the solid mass of our earth, there cannot be the least
doubt that the proper agent was the running water of the rivers. The
question, therefore, comes to this, How far it is reasonable to conclude
that this valley had been hollowed out of the solid mass. Now, according
to the present theory, where the strata consolidated at the bottom of
the sea are supposed to be erected into the place of land, we cannot
suppose any valley formed by another agent than the running water upon
the surface, although the parts which are first to be washed away, and
those which are to remain longest, must be determined by a concurrence
of various circumstances, among which this converging declivity of the
strata in the bordering mountains, doubtless, must be enumerated.
With regard to any other theory which shall better explain the present
shape of the surface of the earth, by giving a cause for the changed
position of the strata originally horizontal, I cannot form a judgment,
as I do not understand by what means strata, which were formed
horizontally, should have been afterwards inclined, unless it be that of
a power acting under those strata, and first erecting them in relation
to the solid globe on which they rested.
Besides, in supposing this valley original, and not formed by the
erosion of the rivers, What effect should we ascribe to the transport
of all those materials of the Alps, which it is demonstrable must have
travelled through this valley? Whether is it more reasonable to
suppose, on the one hand, that the action and attrition of all the hard
materials, running for millions of ages between those two mountains, had
hollowed out that mass which originally intervened; or, on the other,
that this valley had been originally formed in its present shape, while
thousands of other valleys have been hollowed out of the solid mass?
But to put this question out of doubt, with regard to this very valley
of the river _Doire_, M de Saussure has given us the following decisive
fact, § 881: «Immédiatement au-dessus de cette source, est un rocher
qui répond si précisément à un autre rocher de la même nature, situé de
l'autre côté de la vallée de Courmayeur, qu'on ne sauroit douter qu'ils
n'aient été anciennement unis par une montagne intermédiaire, détruite
par les ravages du temps.»
Now, to see how little the situation of the strata influences the shape
of the valleys, I shall transcribe the two paragraphs immediately
following that which has given occasion to the present discussion.
«Un peu au-dela de Nux, la vallée cesse d'être large et plane, comme
elle étoit dans le environs de la cité; elle devient étroite et très
variée; là stérile et sauvage, ici couverte de vergers et de prairies
arrosées par la Doire.
«§ 961. Les couches des montagnes à notre gauche, qui depuis la cité
avoient constamment couru à l'est et monté au nord, paroissent changer
à un quart de lieue du village de Chambaise, qui est à une lieue et un
quart de Nux. Elles montent d'abord au sud-est, et peu plus loin droit
au sud, tandis que l'autre côté de la vallée elles paroissent monter à
l'est.»
In every mountain, and in every valley, the solid parts below have
contributed in some manner to determine the shape of the surface of the
earth; but in no place is the original shape of the earth, such as it
had first appeared above the sea, to be found. Every part of the land is
wasted; even the tops of the mountains, over which no floods of water
run, are degraded. But this wasting operation, which affects the solid
rock upon the summit of the mountain, operates slowly in some places,
compared with that which may be observed in others. Now, it is in the
valleys that this operation is so perceptible; and it is in the valley
that there is such a quick succession of things as must strike the mind
of any diligent observer; but this is the reason why we must conclude,
that at least all the valleys are the operation of running water in
the course of time. If this is granted, we have but to consider the
mountains as formed by the hollowing out of the valleys, and the valleys
as hollowed out by the attrition of hard materials coming from the
mountains. Here is the explanation of the general appearance of
mountain and valley, of hill and dale, of height and hollow; while each
particular shape must have its dependence, consequently its explanation,
upon some local circumstance.
But, besides the general conformation of mountains and valleys, there
may be also, in the forms of mountains, certain characters depending
upon the species of substances or rocks of which they are composed, and
the general manner in which those masses are wasted by the operations of
the surface. Thus there is some character in the external appearance
of a hill, a mountain, or a ridge of hills and mountains; but this
appearance is generally attended with various circumstances, or is so
complicated in its nature, as to be always difficult to read; and it is
but seldom that it affords any very particular information; although,
after knowing all the state and circumstances of the case, I have always
found the appearances most intelligible, and strictly corresponding
with the general principle of atmospheric influence acting upon the
particular structure of the earth below.
M. de Saussure has given us an observation of this kind, in describing
the mountains through which the Rhône has made its way out of the Alps,
at the bottom of the Vallée.
«§. 1061. Plus loin le village de _Juviana_ ou Envionne on voit des
rochers qui ont une forme que je nomme _moutonnée_; car on est tenté
de donner des noms à des modifications qui n'en ont pas, et qui ont
pourtant un caractère propre. Les montagnes que je désigne par cette
expression sont composées d'un assemblage de têtes arrondies, couvertes
quelquefois de bois, mais plus souvent d'herbes, ou tout au plus de
brousailles. Ces rondeurs contiguës et répétées forment en grand l'effet
d'une toison bien fournie, ou de ces perruques que l'on nommé aussi
_moutonnées_. Les montagnes qui se présentent sous cette forme, sont
presque toujours de rochers primitives, ou au moins des stéatites; car
je n'ai jamais vu aucune montagne de pierre à chaux ou d'ardoise revêtir
cette apparence. Les signes qui peuvent donner quelque indice de la
nature des montagnes, à de grandes distances et au travers des plantes
qui le couvrent, sont en petit nombre, et méritent d'être étudiés et
consacrés par des termes propres.»
When philosophers propose vague theories of the earth, theories which
contain no principle for investigating either the general disorder of
strata or the particular form of mountains, such theories can receive no
confirmation from the examination of the earth, nor can they afford any
rule by which the phenomena in question might be explained. This is not
the case when a theory presents both the efficient and final cause of
those disorders in bodies which had been originally formed regular, and
which shows the use as well as means for the formation of our mountains.
Here illustration and confirmation of the theory may be found in
the examination of nature; and natural appearances may receive that
explanation which the generalization of a proper theory affords.
The particular forms of mountains depend upon the compound operation
of two very different causes. One of these consists in those mineral
operations by which the strata of the earth are consolidated and
displaced, or disordered in the production of land above the sea; the
other again consists in those meteorological operations by which this
earth is rendered a habitable world. In the one operation, loose
materials are united, for the purpose of resisting the dissolving powers
which act upon the surface of the earth; in the other, consolidated
masses are again dissolved, for the purpose of serving vegetation
and entertaining animal life. But, in fulfilling those purposes of a
habitable earth, or serving that great end, the land above the level of
the sea is wasted, and the materials are transported to the bottom of
the ocean from whence that consolidated land had come. At present we
only want to see the cause of those particular shapes which are found
among the most elevated places of our earth, those places upon which the
wasting powers of the surface act with greatest energy or force.
In explaining those appearances of degraded mountains variously
shaped, the fact we are now to reason upon is this; first, that in the
consolidated earth we find great inequality in the resisting powers of
the various consolidated bodies, both from the different degrees of
consolidation which had taken place among them, and the different
degrees of solubility which is found in the consolidated substances;
and, secondly, that we find great diversity in the size, form, and
positions of those most durable bodies which, by resisting longer the
effects of the wearing operations of the surface, must determine the
shape of the remaining mass. Now so far as every particular shape upon
the surface of this earth is found to correspond to the effect of those
two causes, the theory which gave those principles must be confirmed in
the examination of the earth; and so far as the theory is admitted to be
just, we have principles for the explanation of every appearance of that
kind, whether from the forming or destroying operations of this earth,
there being no part upon the surface of this earth in which the effect
of both those causes must not more or less appear.
But though the effects of those two causes be evident in the
conformation of every mountainous region, it is not always easy to
analyse those effects so as to see the efficient cause. Without sections
of mountains their internal structure cannot be perceived, if the
surface which we see be covered with soil as is generally the case. It
is true, indeed, that the solid bodies often partially appear through
that covering of soil, and so far discover to us what is to be found
within; but as those solid parts are often in disorder, we cannot, from
a small portion, always judge of the generality. Besides, the solid
parts of mountains is often a compound thing, composed both of
stratified and injected bodies; it is therefore most precarious, from
a portion which is seen, to form a judgment of a whole mass which is
unexplored. Nevertheless, knowing the principles observed by nature
both in the construction and degradation of mountains, and cautiously
inferring nothing farther than the data will admit of, some conclusion
may be formed, in reasoning from what is known to what is still unknown.
It is with this view that we are now to consider the general forms of
mountains, such as they appear to us at a certain distance, when we have
not the opportunity of examining them in a more perfect manner. For,
though we may not thus learn always to understand that which is thus
examined, we shall learn, what is still more interesting, viz. that
those mountains have been formed in the natural operations of the earth,
and according to physical rules that may be investigated.
We are to distinguish mountains as being either on the one hand soft and
smooth, or on the other hand as hard and rocky. If we can understand
those two great divisions by themselves, we shall find it easy to
explain the more complex cases, where these two general appearances
partially prevail. Let us therefore examine this general division which
we have made with regard to the external character of mountains.
The soft and smooth mountains are generally formed of the schisti, when
there is any considerable extent of such alpine or mountainous
region. The substance is sufficiently durable to form a mountain, or
sufficiently strong, in its natural state, to resist the greatest
torrent of water; at the same time this fissible substance generally
decays so completely, when exposed to the atmosphere, as to leave no
salient rock exposed by which to characterise the mountain.
Of this kind are the schisti of Wales, of Cumberland, of the isle of
Man, and of the south of Scotland. I do not say absolutely, that there
is no other kind of material, besides the schisti which gives this
species of mountain, but only that this is generally the case in alpine
situations. It may be also formed of any other substance which has
solidity enough to remain in the form of mountains, and at same time not
enough to form salient rocks. Such, for example, is the chalk hills of
the Isle of Wight and south of England. But these are generally hills of
an inferior height compared with our alpine schisti, and hardly deserve
the term of mountain.
This material of our smooth green mountains may be termed an
argillaceous schistus; it has generally calcareous veins, and is often
fibrous in its structure resembling wood, instead of being slatey, which
it is in general. There is however another species of schistus, forming
also the same sort of mountain; it is the micaceous quartzy schistus
of the north of Scotland. Now it must be evident that the character of
those mountains arises from there being no part of those schisti that
resists the influence of the atmosphere, in exfoliating and breaking
into soil; and this soil is doubtless of different qualities, according
to the nature of those schisti from which the soil is formed.
Such mountains are necessarily composed of rounded masses, and not
formed of angular shapes. They are covered with soil, which is more
or less either stoney or tender, sterile or fertile, according to the
materials which produce that soil. The fertile mountains are green and
covered with grass; the sterile mountains again are black, or covered
with heath in our climates.
Thus we have a general character of smooth and rounded mountains; and
also a distinction in that general character from the produce of the
soil indicating the nature of the solid materials, as containing, either
on the one hand calcareous and argillaceous substances, or, on the
other, as only containing those that are micaceous and siliceous.
With regard again to the other species of mountain, which we have termed
rocky, we must make a subdistinction of those which are regular, and
those in which there is no regularity to be perceived. It must be plain
that it is only of those which have regularity that we can form a
theory. It is this, that the regularity in the shape of those mountains
arises from the rock of the mountain being either on the one hand an
uniform solid mass, or on the other hand a stratified mass, or one
formed upon some regular principle distinguishable in the shape. In the
first of these, we have a conical or pyramidal shape, arising from the
gradual decay of the rock exposed to the destructive causes of the
surface, as already explained in this chapter. In the second, again, we
find the original structure of the mass influencing the present shape in
conjunction with the destructive causes, by which a certain regularity
may be observed. Now, this original shape is no other than that of beds
or strata of solid resisting rock, which may be regularly disposed in a
mountain, either horizontally, vertically, or in an inclined position;
and those solid beds may then affect the shape of the mountain in some
regular or distinguishable manner, besides the other parts of its shape
which it acquires upon the principle of decay.
In distinguishing, at a distance, those regular causes in the form
of mountains, we may not be able to tell, with certainty, what the
substance is of which the mountain is composed; yet, with regard to the
internal structure of that part of the earth, a person of knowledge and
experience in the subject may form a judgment in which, for coming
at truth, there is more than accident; there is even often more than
probable conjecture. Thus, a horizontal bed of rock forms a table
mountain, or such as M. Bouguer found in the valley of the Madelena. An
inclined rock of this kind forms a mountain sloping on the one side, and
having a precipice upon the upper part of the other side, with a slope
of fallen earth at the bottom; such as the ridges observed by M. de
Saussure from the top of the Cramont, having precipices upon one side,
which also had a respect to certain central points, an observation
which draws to more than the simple structure of the mountain. Were it
vertical, again, it would form a rocky ridge extended in length, and
having its sides equally sloped, so far as the other circumstances of
the place would permit.
Therefore, whether we suppose the mountains formed of a rock in mass, or
in that of regular beds, this must have an influence in the form of this
decaying surface of the earth, and may be distinguished in the shape of
mountains. It is but rarely that we find mountains formed altogether of
rock, although we often find them of the other sort, where little or
nothing of rock is to be seen. But often also we find the two cases
variously compounded. This is the source of the difficulty which occurs
in the reading of the external characters of mountains; and this is one
of the causes of irregularity in the form of mountains, by which there
is always some degree of uncertainty in our judgment from external
appearances.
We may form another distinction with regard to the structure of
mountains, a distinction which depends upon a particular cause, and
which will afford an explanation of some other appearance in the surface
of the earth.
Mountains in general may be considered as, being either on the one hand
associated, or on the other insulated; and this forms a distinction
which may be explained in the theory, and afford some ground for judging
of the internal structure from the external appearance.
The associated mountains are formed by the wearing down of the most
decayable, or softer places, by the collected waters of the surface;
consequently there is a certain similarity, or analogy, of the mountains
formed of the same materials, and thus associated. The highest of those
mountains should be near the center of the mass; but, in extensive
masses of this kind, there may also be more than one center. Nor are
all the associated mountains to be of one kind, however, to a certain
extent, similarity may be expected to prevail among them.
It must now be evident, that when we find mountains composed of very
different materials, such as, _e.g._ of granite, and of lime-stone or
marl, and when the shape of those mountains are similar, or formed upon
the same principle, such as, _e.g._ the pyramidal mountains of the Alps,
we are then to conclude, as has already been exemplified (chap. 9. page
306.) that those consolidated masses of this earth had been formed into
the pyramidal mountains in the same manner. We have there also shown
that this principle of formation is no other than the gradual decay of
the solid mass by gravity and the atmospheric influences. Consequently,
those pyramidal mountains, though composed of such different materials,
may, at a certain distance, where smaller characteristic distinctions
may not be perceivable, appear to be of the same kind; and this indeed
they truly are, so far as having their general shape formed upon the
same principle.
We come now to treat of insulated mountains. Here volcanos must be
mentioned as a cause. By means of a volcano, a mountain may be raised
in a plain, and a volcanic mountain might even rise out of the sea.
The formation of this species of mountain requires not the wearing
operations of the earth which we have been considering as the modifier
of our alpine regions. This volcanic mountain has a conical shape,
perhaps more from the manner of its formation which is accretion, than
from the wasting of the surface of the earth. It is not, however, of
this particular specie of mountain that I mean to treat, having had no
opportunity of examining any of that species.
The genus of mountain which we are now considering, is that of the
eruptive kind. But there is much of this eruptive matter in the bowels
of the earth, which, so far as we know, never has produced a volcano. It
is to this species of eruption that I am now to attribute the formation
of many insulated mountains, which rise in what may be termed low
countries, in opposition to the highlands or alpine situations. Such is
Wrekin in Shropshire, which some people have supposed to have been a
volcano. Such are the hundred little mountains in the lowlands of this
country of Scotland, where those insulated hills are often called by the
general term _Law_; as, for example, North Berwick Law.
When masses of fluid matter are erupted in the mineral regions among
strata which are to form our land; and when those elevated strata are,
in the course of time, wasted and washed away, the solid mass of those
erupted substances, being more durable than the surrounding strata,
stand up as eminences in our land. Now these often, almost always, form
the small insulated mountains which are found so frequently breaking out
in the lowlands of Scotland. They appear in various shapes as well as
sizes; and they hold their particular form from the joint operation of
two different causes; one is the extent and casual shape of the erupted
mass; the other is the degradation of that mass, which is wasted by the
influences of the atmosphere, though wasted slower than the strata with
which it was involved.
When the formation of this erupted mass has been determined by the
place in any regular form, which may be distinguished in the shape of a
mountain, it gives a certain character which is often not difficult to
read. Thus, our whin-stone, interjected in flat beds between the
regular strata, often presents its edge upon, or near the summit of our
insolated mountains and eminences. They are commonly in the form of
inclined planes; and, to a person a little conversant in this subject,
they are extremely distinguishable in the external form of the hill.
We have a good example of this in the little mountain of Arthur's Seat,
by this town of Edinburgh. This is a peaked hill of an irregular erupted
mass; but on the south and north sides of this central mass, the
basaltic matters had been forced also in those inclined beds among
the regular strata. On the north side we find remarkable masses of
whin-stone in that regular form among the strata, and lying parallel
with them. The most conspicuous of these basaltic beds forms the summit
of the hill which is called Salisbury Craig. Here the bed of whin-stone,
more than 60 or 80 feet thick, rises to the west at an angle of about 40
degrees; it forms the precipicious summit which looks to the west; and
this is an appearance which is distinguishable upon a hundred other
occasions in the hills and mountains of this country.
Rivers make sections of mountains through which they pass. Therefore,
nothing is more interesting for bringing to our knowledge the former
state of things upon the surface of this earth, than the examination of
those valleys which the rivers have formed by wearing down the solid
parts of alpine countries. We have already seen that the wide extensive
valley of the Rhône, between Loiche and Kolebesche, as well as the whole
extensive circus of the Rosa mountains, has on each side mountains of
the same substances, the strata of which are horizontal; consequently,
here the valley must have been hollowed out of the solid rock; for there
is no natural operation by which those opposite mountains of horizontal
strata could have been formed, except in the continuation of those beds.
We are therefore to conclude, that the solid strata between those ridges
of lofty mountains had been continuous.
The most perfect confirmation which this theory could receive, would
be to find that those ridges of mountains, which the Rhône divides in
issuing from the Alps into the plain, had been also united, in forming
one continued mass of solid rocks. But the observations of M. de
Saussure, who has most carefully examined this subject, will leave no
room to doubt of that fact.
This view of the entry to the valley of the Rhône is too interesting not
to give it here a place. It follows immediately after that which we have
last transcribed.
«Ces montagnes que j'allai sonder au haut des prairies qui les séparent
de la grande route, sont composées d'un mélange très ressemblant au
précédent, et ce sont-là, les derniers rochers primitifs que l'on
rencontre en sortant des Alpes par cette vallée. Le village de Juviana,
dont ils occupent les derrières, est encore à une lieue de St Maurice.
«§ 1062. A l'extrémité de ces rochers, on voit une grande ravine, ou
plutôt une vallée ouverte du nord au midi, dans laquelle coule le
torrent de St. Barthelemi. Cette vallée termine les montagnes primitives
que je viens de décrire: au-delà commencent les montagnes calcaires.
Cependant le pied de la montagne primitive, coupé par le torrent, est
demeuré engagé sous les premières couches de la montagne calcaire.
«Au travers de cette vallée, on voit de hautes montagnes couverte de
neige, situées derriere celles qui bordent notre route. La plus haute et
la plus remarquable de ces montagnes se nomme la _Dent_ ou _l'Aiguille
du Midi_. De l'autre côté du Rhône, on voit une autre cime aussi
très-élevée, qui se nomme la _Dent_ ou _l'Aiguille de la Morele_. Ces
deux hautes cimes ont entr'elles une correspondance de hauteur, de
forme, et même de matière tout-à-fait singulière. L'une et l'autre
présentent leurs escarpemens à la vallée du Rhône. Leurs cimes crénelées
sont de la même couleur brune. Sous ces cimes brunes, on voit de part et
d'autre une bande grise, qui paroît horizontale, et au-dessous de cette
bande grise, le rocher, dans l'une comme dans l'autre, reprend sa
couleur jaunâtre. Ces montagnes sont sûrement secondaires, les bandes
grises paroissent être de pierre à chaux, et les jaunes de schiste
argilleux et de grès, à en juger du moins à cette distance, car je ne
les ai point observées de plus près. Elles paroissent aussi appartenir à
des chaînes secondaires qui passent derrière les chaînes primitives,
que nous avons observées sur les bords du Rhône, et quoique les bandes
jaunes et grises que l'on y observe, semblent horizontales, je ne doute
point que les couches mêmes, dont ces bandes sont les sections, ne
descendent en arriere avec assez de rapidité; le escarpemens de ces
montagnes en font une preuve à-peu-près certaine.
«Ces hautes montagnes auroient-elles été anciennement liées entr'elles
par des intermédiaires de la même nature, que couvroient, et les
primitives que nous avons observées, et toute cette vallée dans laquelle
coule aujourd'hui le Rhône? Je me garderois bien de l'affirmer, mais je
ferois tenté de le croire.
«§ 1063. Depuis la vallée dont je viens de parler, et qui termine au
couchant les montagnes primitives, celles qui suivent jusques à St.
Maurice, sont de nature calcaire à couches épaisses et suivies. Ces
couches s'élèvent contre les primitives que nous avons côtoyées; et
celles qui en sont les plus voisines paroissent fort tourmentées; ici
fléchies, là rompues. Après une interruption, ces rochers sont suivis
d'autres rochers, aussi calcaires, coupés à pic du côté de la vallée,
et composés de grandes assises horizontales. Ces rochers forment une
enceinte demi-circulaire, qui vient presque se joindre à ceux qui
bordent la rive droite du Rhône, et former ainsi l'entrée de cette
vallée, dont le fleuve ne sort que par une issue très-étroite.
«La ville de St. Maurice est ainsi renfermée par cette enceinte de
rochers, dont les bancs épais, bien suivis, séparés par des cordons de
verdure, et couronnés par des forêts, avec un hermitage niché entre ces
bancs, présente une aspect singulier et pittoresque.
«§ 1064. Les rochers correspondans de l'autre côté du Rhône, ou sur la
rive droite de ce fleuve sont aussi calcaires. La montagne qui domine
cette rive, un peu au-dessus de St. Maurice, est composée de couches
contournées, froissées et repliées de la maniere la plus étrange. Ce
qu'il y a encore de remarquable, c'est que ces couches ainsi repliées
en ont d'autres à côté d'elles qui sont planes, presque verticales, et
d'autres sous elles, qui sont horizontales. Il faudroit avoir observé
de près ce singulier rocher, et avoir déterminé comment et jusqu'à quel
point ces couches sont unies entr'elles pour former les conjectures sur
leur origine. Car la vallée est trop large pour que l'on puisse en juger
avec précision d'une rive à l'autre.
«On voit avec peine que cette large vallée soit aussi peu cultivée; elle
est presque partout couverte, ou de marais, ou de débris des montagnes
voisines.
«§ 1065. Avant de quitter cette vallée, je jetterai un coup-d'oeil
général sur la singulière suite de rochers qui composent la chaîne que
nous venons d'observer.
«Les deux extrémités sont calcaires, avec cette différence, que celle
qui est la plus près de Martigny est mêlée de mica, tandis que celle de
St Maurice n'en contient point. Entre ces calcaires sont refermées des
rochers que l'on regarde comme primitives; et au milieu de ces roches on
trouve des ardoises et des poudingues. On fait que ce dernier genre est
ordinairement classé parmi les montagnes tertiaires, ou de la formation
la plus récente. Mais ces poudingues-ci, qui ne contiennent aucun
fragment de pierre calcaire, qui ne sont même point unis par un gluten
calcaire, ne sont vraisemblablement pas postérieures à la formation des
montagnes calcaires, ou du moins ils ne doivent point être confondus
avec ces grès et ces poudingues de formation nouvelle, qui entrent dans
la composition des montagnes du troisième ordre.
«Quant aux ardoises que se trouvent interposées au milieu de ces grès
et de ces poudingues, § 1054, elles sont de nature argilleuse, et dans
l'ordre des pierres que l'on nomme secondaires.
«Ces ardoises, de même que toutes les pierres de ces montagnes, ont
leurs couches dans une situation verticale: mais nous avons vu qu'il y a
lieu de croire qu'elles ont été anciennement horizontales.»
It is singularly fortunate that such remarkable appearances, as are
found in the rocks of this place, had called the attention of M. de
Saussure to investigate a subject so interesting to the present theory;
and it is upon this, as well as on many other occasions, that the value
of those observations of natural history will appear. They are made by a
person eminent for knowledge; and they are recorded with an accuracy and
precision which leaves nothing more to be desired.
From _Martigny_ to _St. Maurice_, about three leagues, there is a most
interesting valley of the Rhône, through which this river makes its way
from the _Vallais_, or great valley above, among those mountains which
seem to have shut up the _Vallais_, and through which the river must
pass in running to the lake. M. de Saussure found some singular masses,
which attracted his attention, in examining the structure of the rocks
on the left side of this little valley. Like a true philosopher, and
accurate naturalist, he desired to compare what was to be observed
in the other side of this valley of the Rhône, which he had found so
singular and so interesting on that which he had examined. Accordingly,
in Spring 1785, he made a journey for that purpose. In this survey he
found the most perfect correspondence between the two sides of this
valley, so far as rocks of the same individual species, and precisely in
the same order, are found upon the one side and upon the other.
This author, after describing those particular appearances, sums up
the evidence which arises from this comparison of the two sides of the
valley; and he here gives an example of just reasoning, of accuracy, and
impartiality, which, independent of the subject, cannot be read without
pleasure and approbation. But when it is considered, that here is a
matter of the highest importance to the present theory, or to any other
system of geology, no less than a demonstration that the rocks, of which
the mountains on both sides of the valley of the Rhône are formed, are
the same, and must have been originally continued in one mass, the
following observations of our author will be most acceptable to every
person who inclines to read upon this subject.
«§ 1079. On voit par cet exposé, que bien que la vallée du Rlione ait
dans ce trajet près d'une lieue de largeur moyenne, les montagnes qui
la bordent sont en general du même genre, et dans la même situation sur
l'une et l'autre rive.
«Il y a cependant trois différences que je dois exposer et apprécier en
peu de mots.
«La plus importante est dans ces couches de pierre calcaire, § 1073,
que j'ai trouvées sur la rive droite, et que je n'ai point vue sur la
gauche. Mais il est possible qu'elles y soient, et qu'elles m'ayent
échappé, masquées par des débris ou par d'autre causes accidentelles;
cette supposition est d'autant plus possible, que l'épaisseur de ces
couches n'est que de quelques pieds. D'ailleurs il arrive souvent, que
des filons, tel que paroît être celui dont je parle, ne s'étendent pas à
de grandes distances, quoique la nature de la montagne demeure la même.
Enfin ce qui diminue l'importance de cette différence, c'est que ces
couches calcaires se trouvent dans le voisinage de l'ardoise qui passe,
comme la pierre calcaire, pour une pierre de nature secondaire, et qui
alterne très-fréquemment avec elle.
«Une autre difference que l'on aura pu remarquer, c'est que sur la rive
droite, je n'ai point trouvé de petrosilex pur et en grandes masses,
comme sur la rive gauche dans les environs de la cascade. Mais cette
différence ne me frappe pas non plus beaucoup; parce qu'au lieu de
petrosilex, j'ai trouvé sur la rive droite des roches composées en
très-grande partie de feldspath. Or je regarde le pétrosilex et
le feldspath comme des pierres de la même nature. Leur dureté est
à-très-peu-près la même; leur densité la même, leur fusibilité la
même; l'analyse chymique démontre dans l'un et dans l'autre les mêmes
principes, la terre siliceuse, la terre argilleuse et le fer; et de plus
ces ingrédiens s'y trouvent à très-peu-près dans les mêmes proportions.
Il ne reste donc de différence que dans la couleur et dans l'agrégation
des élémens. Or on fait que ces qualités accidentelles tiennent souvent
à des causes qui peuvent être purement locales.
«La troisième différence, celle qui se trouve dans la direction de
quelques-unes des couches, je l'ai déjà indiquée, § 1075. et il semble
inutile de répéter, que quand des couches formées originairement dans
une situation horizontale, ont été redressées par des opérations
violentes de la nature, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'elles n'aient
pas exactement la même position dans tout l'espace qu'elles occupent.
«Les différences ne sont donc pas très-significantes, et les
ressemblances sont au contraire du plus grand poids. Ce qui leur donne
à mon gré la plus grande force, c'est la rareté des pierres dont ces
montagnes sont composées, ces espèces de porphyres à base de pétrosilex,
ces rochers feuilletées mélangées de feldspath et de mica; c'est encore
la correspondance de l'ordre dans lequel elles se suivent; ces bancs de
poudingues séparés par des ardoises sur une rive comme sur l'autre; leur
situation également ou à-peu-près telle. Viola de grandes et fortes
analogies et qui ne permettent pas de douter que ces montagnes,
produites dans le même temps et par les mêmes causes, n'aient été
anciennement unies.»
Having thus shown, that the Rhône had in the course of time hollowed
out its way from the central mountain of the _St. Gothard_ through the
extensive valley of the _Vallais_ we may still further trace the marks
of its operation in the more open country towards the lake. It is an
observation which M. de Saussure made in his way from the valley of the
Rhône to Geneva.
«§ 1090. La grande route de Bex à Villeneuve suit toujours le fond de la
vallée du Rhône, en côtoyant les montagnes qui bordent la droite ou le
coté oriental de cette vallée. Ces montagnes sont en général de nature
calcaire, mais on voit à leur pied, jusques auprès de la ville d'Aigle,
située à une lieue et demi de Bex, la continuation des collines de gypse
qui renferment les sources salées.
«§ 1091. A l'opposite de ces collines, au couchant de la grande route,
on voit sortir du fond plat de la vallée deux collines allongées dans
le sens de cette même vallée. Ces collines sont l'une et l'autre d'une
pierre calcaire dure et escarpées presque de tous les côtes. L'une la
plus voisine de Bex, ou la plus méridionale, se nomme _Charpigny_,
l'autre _Saint Tryphon._
«Il paroît évident que ces rochers isolés au milieu de cette large
vallée sont de noyaux plus dures et plus solides qui ont résisté aux
causes destructrices par lesquelles cette vallée à été creusé. Ils ne
sont cependant pas exactement de la même nature, et surtout pas de la
même structure; car celui de _Saint Tryphon_ est composé de couches
régulières, horizontales ou à-peu-près telles, tandis que celui de
_Charpigny_ a les siennes très-inclinées et souvent dans un grand
désordre.»
In M. de Saussure's Journey to the Alps, we have now seen a description
of the shape that had been given to things, by those operations in which
strata had been consolidated and elevated above the sea; nothing but
disorder and confusion seems to have presided in those causes, by which
this mass of continent had been exposed to the sight of men; and nature,
it would appear, had nothing in view besides the induration, the
consolidation, and the elevation of that mass into the snowy regions of
the atmosphere. From the descriptions now given, we see the operation of
the waters upon the surface of the earth; we perceive a regular system
of mountains and valleys, of rivulets and rivers, of fertile hills and
plains, of all that is valuable to the life of man, and that which is
still more valuable to man than life, viz. the knowledge of order in
the works of nature, and the perception of beauty in the objects that
surround him.
Let us now turn our view to distant regions, and see the effect of
causes which, being general, must be every where perceived.
CHAP. XII.
_The Theory illustrated, by adducing examples
from the different Quarters of the Globe_
The system which we investigate is universal on this earth; it hangs
upon, the growth of plants, and life of animals; it cannot have one
rule in Europe, and another in India, although there may be animals
and plants, the constitutions of which are properly adapted to certain
climates, and not to others. The operation of a central fire, in making
solid land on which the breathing animals are placed, and the influences
of the atmosphere, in making of that solid land loose soil for the
service of the vegetable system, are parts in the economy of this world
which must be every where distinguishable. But this the reader is not
to take upon my bare assertion; and I would wish to carry him, by the
observations of other-men, to all the quarters of the globe.
Mr Marsden, without pretending to be a natural historian, gives us a
very good picture of the water-worn surface of Sumatra. History of
Sumatra, page 20.
"Along the western coast of the island, the low country, or space of
land which extends from the sea shore to the foot of the mountains, is
intersected and rendered uneven to a surprising degree, by swamps, whose
irregular and winding course may in some places be traced in a continual
chain for many miles till they discharge themselves either into the sea,
or some neighbouring lake, or the fens that are so commonly found near
the banks of the larger rivers, and receive their over flowings in the
rainy monsoons. The spots of land, which these swamps incompass, become
so many islands and peninsulas, sometimes flat at the top, and often
mere ridges; having in some places, a gentle declivity, and in others
descending almost perpendicularly to the depth of an hundred feet. In
few parts of the country of Bencoolen or of the northern districts
adjacent to it, could a tolerable level space of four hundred yards be
marked out: about Soogey-lamo in particular, there is not a plain to
be met with of the fourth part of that extent. I have often from an
elevated situation, where a wider range was subjected to the eye,
surveyed with admiration the uncommon face which nature assumes, and
made enquiries and attended to conjectures on the causes of those
inequalities. Some chose to attribute them to the successive concussions
of earthquakes, through a course of centuries. But they do not seem to
be the effect of such a cause. There are no abrupt fissures; the hollows
and swellings are for the most part smooth and regularly sloping, so as
to exhibit not unfrequently, the appearance of an amphitheatre, and they
are clothed with verdure from the summit to the edge of the swamp. From
this latter circumstance, it is also evident that they are not, as
others suppose, occasioned by the falls of heavy rains that deluge the
country for one half of the year. The most summary way for accounting
for this extraordinary unevenness of the surface were to conclude, that
in the original construction of our globe, Sumatra was thus formed by
the same hand which spread out the sandy plains of Arabia, and raised up
the Alps and Andes beyond the regions of the clouds." Our author then,
after reprobating this idea, endeavours to explain the appearance here
examined by the constant though imperceptible operation of springs.
The present purpose is not so much concerning the explanation of those
appearances, as to inquire if these be the general appearances of things
over all the surface of the earth.
The general appearance here is that of land washed away upon the surface
by water, which has every where left the marks of its operation in
the shape of the ground. As for any particulars in the shape of this
water-worn surface, this can only be explained in knowing the nature
of the soil and solid parts, and the circumstances of the operation in
which they have been wasted.
If the shape of the land here described by Mr Marsden has been produced
by means of water, it must be by water moving from a higher to a lower
place; and, in that respect, it is the same operation which every where
prevails, in producing similar effects, although it is not every where
that this effect comes to be the object of our notice. It is therefore
so necessary to illustrate, in giving a diversity of cases. But it is
not every case that can be understood as belonging to this rule; for,
though the shape of every part has been modified by the operation of
this cause, it is not every where that this relation of cause and effect
is immediately perceived. There must be a certain regularity in the
parts to be described, and a certain conformity wish those in which we
have no doubt, or in which we certainly acknowledge the efficacy of the
cause.
In America, this system of swamps and savannas are to be found upon a
large scale; but for this very reason, they are not so remarkable to
men. Man only sees a system of things, so far as that system is more
immediately within the reach of his perception; for, without having
prepared _media_, by which he may compare things that are distant either
in their nature or their place, How could he judge those things to be
connected in a system? It is in this manner that, seeing only the small
part of an extended system of things, he sees no system in it, and,
consequently he cannot give any scientifical description of the subject.
There is another case in which men of science, or systematising men,
are apt to fall into delusion: it is not from any deficiency of seeing
effects, and knowing general causes; it is from the misapplication
of known causes to effects which are perceived. We have a remarkable
example of this in the view which M. de Bouguer has taken of a singular
appearance which he met with, perhaps more interesting to the present
Theory than almost any other of which we know. (Voyage au Pérou, page
89.)
«Une particularité qui a attiré souvent mon attention dans toutes ces
contrées, c'est que toutes les montagnes aupres desquelles je
passois, et qui sont au pied et au dehors de la grande Cordelière, me
paroissoient avoir eu une origine toute différente de celles que j'avois
vues auparavant. Les lits de différentes terres et le plus souvent de
rochers dont elles étoient formées, n'étoient pas inclinés de divers
côtés, comme dans les autres: ils étoient parfaitement horizontaux, et
je les voyois quelquefois se répandre fort loin dans les différentes
montagnes. La plupart de celle-ci ont deux ou trois cent toises de
hauteur, et elles sont presque toutes inaccessibles; elles sont souvent
escarpées comme des murailles: c'est ce qui permet de mieux voir leurs
lits horizontaux dont elles présentent l'extrémité. Le spectacle
qu'elles fournissent n'est pas riant, mais il est rare et singulier.
Lorsque le hazard a voulu que quelqu'une fût ronde, et qu'elle se
trouvât absolument détachée des autres; chacun de ses lits est devenu
comme un cylindre très-plat, ou comme un cône tronqué qui n'a que
très-peu de hauteur; et ces différens lits placés les uns au-dessus des
autres, et distingués par leurs couleurs et par les divers talus de leur
contour, ont souvent donné au tout la forme d'ouvrage artificiel et fait
avec la plus grande régularité. Il est une de ces montagnes à environ
une lieue de Honda sur le bord du Guali et sur le chemin de Mariquita,
qui est exposée à la vue de tous les voyageurs; mais je sens que si j'en
donnois ici une représentation, il faudroit que je comptasse sur le
credit que doit naturellement avoir le rapport de quelqu'un qui n'a
aucun intérêt d'altérer la vérité, et qui a en toute sa vie le plus
grand éloignement pour le mensonge. On voit dans ces pays là les
montagnes y prendre continuellement l'aspect d'anciens et somptueux
édifices, de chapelles, de dômes, de châteaux; quelquefois ce sont des
fortifications formées de longues courtines munies de boulevarts. Il est
difficile lorsqu'on observe tous ces objets et la manière dont leurs
couches se répondent, de douter que le terrain ne se soit abaissé tout
autour. Il paroît que ces montagnes dont la base étoit plus solidement
appuyée, sont restées comme des espèces de témoins ou de monumens qui
indiquent la hauteur qu'avoit anciennement le sol.»
There are but two ways in which those appearances may be explained; one
of these is that which M. Bouguer has adopted; the other, again, belongs
to the present Theory, which represents the action of running water upon
the surface of the earth as instrumental in producing its particular
forms, and thus forming many natural appearances upon the surface of the
earth. The first of these, viz. that a mass of solid land, in such a
shape as that here described, should remain while all around it sinks,
is an opinion which, however possible it may be, is not supported, I
believe, by any example in nature; the last again, viz. that the parts
around those insulated masses, and those that had intervened between the
corresponding mountains, have been carried away by the natural operation
of the rivers, is not only the most easy to conceive, but is also, so
far as those operations are concerned, conform to every appearance upon
the surface of the globe. It is not necessary to go to South America,
and the rivers of the Cordeliers, for examples to illustrate that which
every one may see performed almost at his own door; but it is there that
an example has occurred, which, though it has imposed upon an eminent
philosopher, cannot properly be employed in support of any other theory
but the present. Our author proceeds:
«Je ne connois les environs de l'Orénoque que par relation, mais je
sçais qu'en plusieurs endroits les montagnes y sont également formées de
couches horizontales, et qu'elles ont souvent en haut des plateformes
qui sont exactement de niveau. On ne trouve à ce que je crois rien de
semblable au Pérou malgré la variété presque infinie qui y est répandue.
Toutes les couches y vont en s'inclinant autour de chaque sommet, en se
conformant à la pente des collines.»
It would appear that it is a rare thing to find a great extent of
indurated strata in a horizontal position. Now, this circumstance is
necessary in affording the appearances here considered; those particular
appearances, therefore, are only to be found more partially in other
places, where the strata are inclined. If here, therefore, where the
strata are horizontal, and where the spaces between the summits of those
mountains had evidently been as solid as the masses which remain, we
find mountains formed by the waste of land, and a system of rivers
forming valleys amidst these mountains, Have we not reason to conclude,
that in other mountainous regions, where the regular position of the
strata has been broken and confounded, and where the same system of
river and valley universally is found, the form of the surface has been
produced upon no other principle than that of the natural waste of the
solid mass, and the washing down of the heights for the formation of the
fertile plains?
Nothing can tend more to illustrate the Theory than a proper comparison
of the Old World with that which is called the New. It is not that we
are to expect to see the operation of a longer time, upon the one of
those continents, compared with the other; we equally lose all measure
of time, in tracing the operations of nature on either continent. But in
those operations there is rule to be observed; and the question is, If
the same order of things may be perceived in all the quarters of the
globe?
This is a question which the learned, even, in their closet, may be able
to decide. They have but to look at the maps to be convinced that every
where the process of nature, in forming habitable countries, is uniform;
and that the system of what is called the watering those countries with
rivers, is universally the same; a system which is now considered as
giving us a view of the operations of water wearing down the land which
it has fertilized, and shaping the surface of the earth so as to make it
on the whole most useful.
There cannot be a doubt of the effects of those natural operations which
belong to the surface of the earth, and which affect more powerfully
the surfaces of the mountains; the only question is with regard to the
general amount of those operations, and to the particular occasions
which may have concurred in producing those effects. These questions can
only be resolved in making particular observations. A general theory may
thus be formed, of those operations by which the surface of the earth
above the level of the sea has been changed, and will continue to be so
as long as it remains a surface exposed to the influence of those agents
which must be acknowledged in this place.
Naturalists, who have examined the various parts of the earth, almost
all agree in this, that great effects have been produced by water moving
upon the surface of the earth; but they often differ with respect to the
cause of that motion, and also as to the time or manner in which the
effect is brought about. Some suppose great catastrophes to have
occasioned sudden changes upon the surface, in having removed immense
quantities of the solid body, and in having deposited parts of the
removed mass at great distances from their original beds. Others again,
in acknowledging the natural operations which we see upon the surface of
the earth, have only supposed certain occasions in which the consequence
of those natural operations have been extremely violent, in order to
explain to themselves appearances which they know not how to reconcile
with the ordinary effects of those destructive causes.
The theory of the earth which I would here illustrate is founded upon
the greatest catastrophes which can happen to the earth, that is, in
being raised from the bottom of the sea, and elevated to the summits of
a continent, and in being again sunk from its elevated station to be
buried under that mass of water from whence it had originally come. But
the changes which we are now investigating have no farther relation to
those great catastrophes, except in so far as these great operations of
the globe have put the solid land in such a situation as to be affected
by the atmospheric influences and operations of the surface.
The water from the atmosphere, collected upon the surface of the earth,
forms channels to itself in running towards the sea or lower ground; and
it is these channels, increasing in their size as they are diminished in
number by the uniting of their waters, that give so clear a prospect of
the operations of time past, and prove the theory of the land being in a
continual state of decay, and necessarily wasted for the purpose of this
world. Every description, therefore, of a river and its valleys, from
its sources in the mountains to its mouth where it delivers those
waters to the sea, is interesting to the present theory, which is the
generalization of those facts by which the end or intention of nature is
to be observed. M. Reboul, in a Memoir read to the Academy of Sciences
at Paris in 1788, has given a very distinct view of the _Vallée du Gave
Béarnois dans les Pyrénées_; there are many things interesting in this
memoir; and I shall now endeavour to avail myself of it.
«Le torrent qui porte le nom de Gave de Pau parcourt depuis sa source
près des limites de l'Espagne, jusqu'à la petite ville de Lourde, une
vallée qui se dirige du sud au nord sur une longueur d'environ dix
lieues. Cet espace, qui forme son lit dans l'intérieur des Pyrénées,
ressemble moins à une vallée dans la majeure partie de son étendue, qu'à
une entaille étroite et profonde, dont les flancs sont souvent coupés à
pic d'une hauteur effrayante, et dont le fond est toujours couvert d'une
eau écumeuse. Cette long coupure se termine, ainsi que plusieurs de ses
branches, aux sommets les plus élevés des Pyrénées, et elle reçoit les
eaux qui distillent sans cesse de leur neiges durcies. Sa division
géographique est en deux vallées, dont l'une plus voisine de la plain
est appelée Lavedan, et dont l'autre ne fait que partie de la contrée
qui porte le nom de Barèges.»
From the summit of that ridge of mountains which run from the Atlantic
to the Mediterranean, the vallies of the principal rivers run from the
south northward towards the plain of France; from this again they turn
westward in order to find their way to the sea. The mountains, which
then separate these rivers from the plain, are composed of schistus and
great collections of water-worn gravel which had come from the mountains
of the Pyrénées.
Upon this occasion Mr Reboul observes: «Les ruines amoncelées et la
grand quantité de cailloux roulés qui forment ces digues naturelles,
invitent sans doute à penser que ce sont les torrens eux-mêmes qui ont
comblé leur lit et obstrué leur passage, mais on ne peut concevoir que
cet effet ait pu avoir lieu que dans des tems très-reculés, et avant
l'entière excavation des vallées. Peut-être paroîtra-t-il naturel
d'imaginer que les masses out été produites par le conflit des eaux
qui se précipitoient des montagnes et des flots de la mer, lorsqu'elle
recouvroit encore les plaines, etc.
«Je ne fatiguerai point le lecteur du dénombrement inutile de tous les
bancs pierreux de ces substances qui se succèdent le long de la vallée,
et prenant seulement le résultat de mes observations, je me bornerai
à dire que depuis Lourde jusqu'à Luz, les parois de la gorge sont
alternativement composées de matières argilleuses et calcaires,
quelquefois sous la forme de couches diversement inclinées, mais plus
souvent fissiles, montrant de feuillets de différentes grandeurs et d'un
tissu plus ou moins compacte. Ces schistes hétérogènes sont presque
toujours entassés et superposés dans la même montagne, mais en plusieurs
endroits un seul genre prédomine, etc. L'espèce d'uniformité qui semble
exister dans la composition de ces masses, ne se trouve nullement
dans leurs disposition; on chercheroit en vain dans leurs couches une
direction et une inclinaison générale et constante, on pourroit tout
au plus hazarder à ce sujet de légères conjectures; mais si l'ordre
primitif de ces montagnes est dérobé à l'oeil de l'observateur, on
trouve à chaque pas des indices certains, des marques évidentes de la
manière dont il a été altéré ou détruit.
«Je reconnus d'abord que les mêmes cailloux, les mêmes débris de marbre
et d'ardoise qui couvraient le fond de la vallée, et que le Gave
entraîne et remplace sans cesse, se trouvent aussi à plusieurs toises
au-dessus de son niveau. Je voyois quelquefois les sédimens fluviatiles
recouverts et ensevelis sous des grandes masses de pierre feuilletée
adhérente à la montagne; levant ensuite les yeux, j'observai que de l'un
ou de l'autre côté du torrent, les flancs des montagnes étoient souvent
couverts et comme plaqués de semblables masses de schiste, dont les
couches et les feuillets offroient toujours des directions contraires à
celles des schistes de même nature, auxquels ils étoient adossés.
Les eaux du torrent, qui ont sans doute renversé ces couches sur
elles-mêmes, y ont déposé des marques de leur passage; elles ont
abandonné, engagé sous ces débris mêmes, à des grandes hauteurs, des
blocs énormes de granit que le voyageur surpris voit pendre sur sa tête;
de pareils blocs arrondis et usés couvrent le fond de la vallée, et
opposent quelquefois au torrent une digue qui le fait jaillir et
retomber en écume; enfin j'ai suivi les traces de ce courant aux
différentes hauteurs des parois du canal où il coule aujourd'hui à
plusieurs centaines de toises de profondeur. Il a dû les parcourir
toutes successivement en creusant et rétrécissant sont lit et augmentant
sa vitesse.
«Les crêtes des sommités qui forment les bords les plus élevés de
la gorge, sont escarpées dans la direction du courant. J'ai aperçu
quelquefois des portions de montagnes séparées de la crête, ou du sommet
principal, et dont les eaux semblent en avoir fait des espèces d'îles,
en creusant autour d'elles un fossé profond, où l'on voit fort bien
les angles saillans de l'île correspondre aux angles rentrans de la
montagne, etc.
«Dans la partie de la vallée où s'observent ces phénomènes, on marche
toujours entre deux montagnes resserrées, dont les nuage dérobent
souvent les cimes, mais par-tout où les eaux de quelque torrent
considérable viennent se réunir à celles du Gave, il s'est formé un
bassin d'une étendue moyenne, qui ne fut d'abord vraisemblablement
qu'une grande mare d'eau semblable à ces lacs qui existent encore dans
le sein des Pyrénées et des Alpes. Ainsi on voit, à une lieu avant
Argelès, les montagnes s'écarter, se replier en un vaste circuit,
et entourer, comme d'une muraille stérile et ruineuse, des prairies
arrosées par mille canaux et par le brouillard des cascades; des
coteaux, où l'on voit s'élever, parmi les vergers et les bois, des
villages ornés de marbre, des châteaux majestueux et les délicieuses
habitations de quelques moines fortunés.
«Le penchant qui borde ce vallon du côté de l'est n'est creusé que par
quelques ravins très-inclinés, dont les eaux se précipitent en écume et
disparoissent, avant d'arriver au bas de la montagne, sous l'ombre
des bois et d'une foule d'habitations rustiques: mais le penchant de
l'ouest, plus profondément excavé par les torrens, présentent les issues
de trois autres vallées, dont les deux principales vont prendre leurs
origine aux limites de l'Espagne; l'autre, plus voisine de la plaine,
est à-peu-près dirigée de l'est à l'ouest. Elles s'appelle _Estrem de
Sales_, et joint ses eaux à celles du Gave un peu au-dela de l'extrémité
intérieure de ce grand bassin qu'elle a concouru à former. C'est au
centre du bassin, auprès du village d'Argelés, que le Gave d'Azun arrive
avec fracas, et c'est à son extrêmité supérieure que le Gave de Cautrês
s'y précipite en sortant d'une gorge dont l'aspect frappe d'étonnement
et d'horreur. Le cours de ces deux Gaves est auprès de leur embouchure
oblique à celui du Gave principal; mais ils se replient ensuite vers le
centre de la chaîne et deviennent presque parallèles. Auprès de Luz se
découvre un autre bassin où se joignent les eaux du Gave à celles du
torrent de la Lise, qui n'a creusé qu'un ravin, et à celles du Bastan
qui descend d'un vallon très-évasé dans la direction de l'est à l'ouest,
où se trouvent les eaux minérales de Barèges. Ce nouveau bassin n'offre
que le spectacles d'une vaste prairie bordée de montagnes prodigieuses.
Je n'entreprendrai point de rien ajouter ici touchant ces diverses
branches de la vallée du Gave Béarnois; chacune d'elles exigeroit une
description détaillé, soit à cause de son étendue, soit à cause de la
variété de ses phénomènes.
«De Luz à Gavarnie le Gave se trouve de nouveau resserré dans une gorge
étroite où les montagnes paroissent encore s'élever et les abîmes
s'enfoncer; ses eaux ne coulent plus qu'en cascades bruyantes, et
quelquefois le voyageur, qui les voit écumer sous ses pieds du haut du
sentier tracé sur la montagne, entend à peine un murmure lointain. On
y remarque de nouveau les phénomènes, décrit ci-devant, des pierres
feuilletées renversées de leur première direction, des bancs entiers
courbés et brisés dans leur chûte, des débris granitiques arrondis par
les eaux, déposès à de très-grandes hauteurs dans le fond des ravins où
le courant n'existe plus, etc.
«A Gèdre le Gave reçoit les eaux de Héas, lieu devenu célèbre et enrichi
par la dèvotion Espagnole. A peine a-t-on passé le torrent, que le
granit commence à paroître. Le Gave roule ses eaux sur cette base qu'il
entame difficilement: aussi son lit est-il plus large et la gorge
moins profonde: le granit se montre enterré sous de grandes montagnes
calcaires. Du côté de l'ouest il est presque toujours recouvert de ces
masses qu'on distingue de loin à leur teinte grise et blanchâtre mêlée
de sillons d'un rouge peu foncé. A l'est les montagnes calcaires
laissent le granit à découvert, et lui demeurent comme adossées. Celles
qui leur succèdent offrent des marques, effrayantes de décrépitude;
leurs crêtes sont démantelées, et leurs flancs sont lésardés et hérissés
de rochers suspendus. Le fond de la vallée semble enseveli sous les
débris de cette montagne à demi écroulées. On trouve, parmi les ruines,
des blocs de plusieurs milliers de pieds cubes. Le Gave les couvre
quelquefois de ses eaux, se précipite dans les intervalles qu'ils
laissent entr'eux, et renaît comme sous une voûte affaissée. Plusieurs
de ces lambeaux affectent sur leurs plans la forme de parallélogrammes
et de rectangles; mais ceux que l'on voit encore attachés au corps de la
montagne, sont pour la plupart pyramidaux, et sa crête est formée d'une
suite de ces pyramides granitiques. Toutefois on ne peut pas se refuser
à voir que le granit est ici disposé en couches très-distinctes qui
paroissent surmontées dans quelques points des sommités, de bancs
calcaire. La direction de ces couches granitiques n'est pas constante
dans toute la masse; elles semblent s'incliner vers le sud-ouest du
côté de Gavernie, et vers le nord-est du côté de Gèdre. Quoique leurs
substance soit mêlées de plusieurs roches hétérogènes, elle est
généralement composées de quartz, de feld-spath, et de mica; mais ces
deux substances y sont dans un état frappant de décomposition, et
semblent quelquefois réduites en chaux de fer.
«Au-delà de leurs débris, dont l'amas est désigné par le montagnards
sous le nom de _Peyrade_ et sous celui de _Catios_ par les gens du
monde, le granit est de nouveau surmonté de substances calcaires. Il
sort de base aux pics coniques de Caumelie et de Pimené. Cette base
forme elle-même une vaste montagne qu'on appelle _Allans_; ses roches,
d'un granit ferrugineux et sombre, sont entourées d'une couronne
blanchâtre et calcaire, où végètent quelque sapins épars: Gavarnie est à
ses pieds.
«C'est à une légère distance de ce village, que se termine la vallée du
Gave Béarnois, ou plutôt qu'elle prend naissance avec le torrent qui l'a
formée. On apperçoit de loin les vastes sommets et les champs élevés de
neige et de glace d'où ses eaux se précipitent; on reconnoît ensuite
qu'ils ne forment qu'une montagne ou plutôt une masse énorme par sa
hauteur et son volume, composée d'une même matière, et qui, placée sur
une base vers laquelle on n'a cessé de monter pendant l'espace de dix
lieues, s'élève tout-à-coup de sept à huit cens toises, et domine au
loin toutes les montagnes qui l'entourent. Les différens sommets dont
elle est couronnée se présentent sous mille formes bizarres; ce sont des
pyramides irrégulières et de vastes cylindres, ou de cônes tronqués près
de leur base, qui ressemblent assez à des tours écrasées. Les crêtes,
qui sont formées du prolongement de ces sommités, sont autant de
murailles inaccessibles bordées d'un long tas de ruines ou d'un large
fossé de neige glacée, et quelquefois interrompues par de brèches
profondes. On ne peut apercevoir tous ces objets du fond de la vallée,
et il faut s'élever sur quelque hauteur voisine, telle que le sommet de
Bergons, ou celui de Pimené, pour embrasser toutes les parties de ce
vaste tableau. En remontant vers les sources du Gave, qui en occupe le
centre, on pénètre par un coupure peu profonde dans une prairie de forme
ovale assez régulière bordée à l'est et à l'ouest par des hauteurs
plantées de sapins et de hêtres, et au sud par un amas de rochers
écroulés, et par les sommets que je viens de décrire. Le Gave y serpente
sur un lit de sable et de cailloux, et reçoit les eaux qui descendent,
en écumant, des hauteurs voisines; il se fraie un chemin vers cette
prairie parmi les débris entassées qui la bornent au sud, et qui la
séparent d'une autre bassin non moins vaste, où le torrent commence son
cours, et où la montagne s'élève tout autour en un rempart inaccessible.
«On peut prendre une idée légère et imparfaite de cette majestueuse
enceint, en se la figurant comme un amphithéâtre moins remarquable par
la vaste étendue de son arêne que par la hauteur prodigieuse de ses murs
qui, par-tout bordés de parties saillantes, d'échancrures profondes, et
hérissés de rochers dont la ruine est prochaine, se sont entièrement
écroulés du côté du nord; elle-est couronnée vers le sud par deux
sommets cylindriques recouverts d'une croûte épaisse de neige durcie, et
que leur forme a fait nommer tour de marbre. Au-dessous se succèdent, en
forme de gradins, de vastes platte bandes d'une neige qui ne disparoît
jamais, et qui ne cesse point de se fondre insensiblement. Les eaux
produites par cette stillation continuelle se divisent en sept ou huit
petits torrens qui naissant sous ces lits de glace, et roulent sur le
penchant rapide de la montagne ou jaillissent en cascades, quand elle se
trouve coupée a pic. L'un de ces torrens venant du côté de l'est et dont
le volume surpasse celui de tous les autres ensemble, se précipite
du haut d'un rocher qui s'avance en saillie, et tombe avec un bruit
horrible à plus de 1200 pieds de profondeur. Ses eaux, divisées dans les
airs et réduites comme en poussiere, forment autour de la cascade un
brouillard suspendu qui dérobe aux yeux du spectateur tout son volume et
la vitesse de sa chute. L'arène ou se réunissent toutes ces eaux et où
commence le Gave, est de forme irrégulière; sa surface inégale offre
tantôt de grands plateaux de neige, des blocs de rochers écroulés et
d'autre débris atténué et réduits à l'état terreux où végètent de belles
plantes que le soleil éclaire à peine. Le Gave, en tombant sur les amas
de neige, y a creusé un gouffre au fond duquel le soleil avant son
déclin peint le cercle coloré de l'iris. Les eaux disparoissent sous la
neige et renaissent ensuite comme sous un pont étroit ou sou la voûte
d'un aqueduc; elles serpentent, se replient à travers les ruines
amoncelées, et surmontent les obstacles qui s'opposent à leur sortie.
«Si l'aspect magnifique et la beauté sauvage de cette enceinte sont
difficiles à représenter, sa structure n'en est pas moins facile à
saisir; et dans ce lieu, qui semble fait pour le tourment du peintre de
la nature, elle se découvre sans peine au yeux de l'observateur et de
l'historien. _La grande enceinte de la cascade de Gavarnie_, dit
M. d'Arcet, _fut un lac autrefois: l'aspect des lieux fait naître
naturellement cette idée. Dans la suite les rochers qui la fermoient sur
le devant, s'étant détruits, les eaux se sont écoulées et perdues_.
«On ne peut se refuser à croire avec M. d'Arcet, que l'enceinte des
cascades de marbre n'ait été autrefois un lac. Le nombre et l'étendue
de ces amas d'eau diminuent tous les jours dans les Pyrénées comme dans
tout pays de montagnes; les eaux qui viennent s'y rendre en exhaussent
le fond par les cailloux et les débris terreux qu'elles y entraînent, et
celles qui s'écoulent en abaissent le niveau, en creusant insensiblement
le canal par lequel elles sortent. Ainsi la marche lente et progressive
de la nature sans l'intermède des accidens et de révolutions, suffit
pour combler ces vastes creuse où les eaux se sont amassées, ou pour
ouvrir des issues qui ne leur permettent plus d'y séjourner. Le nombre
de ces lacs abandonnés et perdus n'est guère au-dessous de celui de lacs
encore existans. Les naturels du pays ont appris eux-mêmes à distinguer
ces monumens naturel; ils ont saisi leur structure semblable à celle
d'un vaisseau évasé et coupé dans ses parois d'une ou de plusieurs
entailles profondes, et les ont tous désignés par le mot _oule_, qui
dérive du mot Latin _olla_, et signifie chez eux marmite; comparaison
aussi juste que peu noble et bien digne de ces observateurs froids, mais
exacts, également dépourvue de prévention et d'enthousiasme. Ces _oules_
se trouvent souvent placées aux extrêmité supérieurs des vallées, à
l'origine des torrens qui les remplissoient autrefois. En effect,
ceux-ci naissent communément sous quelque vaste amas de neige, ou
s'écoulent d'un réservoir qui rassemble les eaux des hauteurs voisines.
Le nombre de ces lacs augmente à mesure qu'on s'élève, et c'est une
observation générale, que ceux des vallées sont pour la plupart comblés
ou perdus, et que ceux des montagnes, surtout de celle de granit, sont
presque tous conservés. J'ai dit précédemment, d'après l'observation
de M. d'Arcet, que l'enceinte des cascades présentoit la forme d'un
réservoir entr'ouvert et épuisé, et qu'elle étoit précédée d'un autre
bassin dont l'aspect est moins sauvage et la forme plus régulière. Tout
porte à penser que celui-ci a été aussi long-tems rempli d'eau, ou
plutôt il résulte d'un examen détaillé de ces lieux, que le deux bassins
ne faisoient autrefois qu'un seul et immense réservoir, où les eaux
étoient retenues à deux ou trois cens toises d'élévation au-dessus du
sol où elles coulent aujourd'hui. Les rochers qui séparent le premier
bassin de l'enceinte des cascades, ne sont, comme je l'ai déjà remarqué,
qu'un vaste amas de débris; mais ces débris ne ressemblent point à
ceux d'une muraille renversée sur elle-même, ou d'une digue rompue par
l'effort des eaux. Il est au contraire aisé de se convaincre qu'ils ont
été détachés de cette partie de la montagne qui bord l'enceinte du côté
de l'est, et sur laquelle sont les sommets les plus élevés de toute
cette masse. On voit encore sur ses flancs déchirés pendre d'énormes
quartiers de roche prêts à s'écrouler. Ceux qui sont déjà tombés ont
demeuré entassés les uns sur les autres. L'amas qu'ils ont formé est
adossé à la montagne dont ils faisoient jadis partie, et s'incline
jusqu'aux parois opposée de l'enceinte. Le torrent qui la traverse se
trouve ainsi rejeté du côté de l'ouest, et le lit qu'il a creusé suit
les contours de cet amas de débris. Un tems a donc existé auquel les
deux enceintes dont j'ai parlé, étant remplies d'eau, ne formoient qu'un
seul lac vaste et profond; et peut-être la même révolution qui les a
séparées a-t-elle changé tout-à-fait leur forme et causé l'entière
dispersion de leurs eaux; car si l'on considère que l'enceinte du bassin
de la prairie est entièrement détruite du côté du nord et de la vallée,
on doit se convaincre que les eaux ne l'ont point corrodée lentement,
mais qu'elles l'ont entrouverte et emportée par un effort violent et
subit. Or à quelle cause peut-on mieux attribuer le mouvement rapide
et le choc qui dut les agiter, qu'à la chute instantanée de plusieurs
milliers de toises cubes de rocher. Je me représente alors ce lac
paisible et élevé changé en une mer courroucée, ses eaux bouleversées
jusqu'au fond de ses abîmes jaillir au-dessus des sommets voisins, et
retombant sur elles mêmes ébranler de leur poids et de leur chute la
barrière qui les retenoit, cette barrière trop foible enfin renversée et
ses débris transportés au loin.
«M. d'Arcet, dans son discours sur les Pyrénées, a présagé la même
révolution pour le lac d'Escoubons le plus considérable de ceux
qui dominent les bains de Barèges, et on ne peut douter que si
quelqu'éboulement considérable vient hâter et accroître l'effet de cette
débâcle inévitable, ces régions élevées subiront un nouveau déluge dont
les hommes et les troupeaux seront la victime, qui ensevelira plusieurs
villages, et inondera les tanières des bêtes fauves.»
M. Reboul has here imagined to himself the former existence of an
immense deep lake, which, no doubt, is a thing that may have been,
like many others which actually exist. But then he likewise supposes
a particular revolution of things, in which one side of that stony
circuit, forming the bason of the lake, had been destroyed while the
water was discharged. It is this last hypothesis which appears to me to
be a thing altogether inadmissible, according to the natural order of
things.
In order to see this, it must be considered, that the side of the bason,
which has disappeared, must have been either of similar materials to
those which we see now remaining, or it must be supposed as composed of
loose materials, such as had been more soft, or of those that might be
easily dissolved and washed away by the water. If this last had been
the state of things, there would not have been occasion for any violent
catastrophe, as M. Reboul has supposed; the natural overflowing of the
lake had been sufficient to wear the mound by which the water had
been detained, and to carry away those materials so as one side might
disappear. If, again, this mound had been formed of rock, like what
remains of those mountains, in that case, the catastrophe, which this
author has suggested as the cause of that destruction, would have been
ineffectual to procure that end; for, though such a _débacle_ might have
carried away a great mass of loose materials, it could not have moved a
mound of solid rock.
That of which we have here undoubted information, and that which I am
labouring to generalise by comparing similar phenomena, such as are to
be found over all the earth, is this, That the natural operations of
the atmospheric elements decompose the solid rocks, break down the
consolidated strata, waste and wash away those loosened materials of the
mountains, and thus excavate the valleys, as the channels by which an
indefinite quantity of materials are to be transported to the sea for
the construction of future continents. It is this operation of nature
which we see performed, more or less, every day, which some natural
philosophers have such difficulty in admitting at all, and which others
overlook in seeking for some wonderful operation to produce the effect
in a shorter time. The prodigious waste that evidently appears, in
many places, to have been made of the solid land, and the almost
imperceptible effects of the present agents which appear, have given,
occasion to those different opinions concerning that which has already
happened, or that natural history by which we are to learn the system of
this world. The object which I have in view, is to show, first, that
the natural operations of the earth, continued in a sufficient space of
time, would be adequate to the effects which we observe; and, secondly,
that it is necessary, in the system of this world, that these wasting
operations of the land should be extremely slow. In that case, those
different opinions would be reconciled in one which would explain, at
the same time, the apparent permanency of this surface on which we
dwell, and the great changes that appear to have been already made.
Now if, in the indefinite course of time, (which we cannot refuse to
nature, and which is only to be traced in those effects), the chymical
and mechanical operations of the surface are capable of diminishing the
mass of land above the level of the sea, (of which fact the appearances
here so well described by M. Reboul, and those which are every where
else to be observed, leave no room to doubt); and, if the wise system,
of a world sustaining plants and animals, requires the long continuance
of a continent above the surface of the sea, What reason have we to look
out for any other causes, besides those which naturally arise from that
constitution of things? And, Why refuse to see, in this constitution of
things, that wisdom of contrivance, that bountiful provision, which
is so evident, whether we look up into the great expanse of boundless
space, where luminous bodies without number are placed, and where, in
all probability, still more numerous bodies are perpetually moving and
illuminated for some great end; or whether we turn our prospect towards
ourselves, and see the exquisite mechanism and active powers of things,
growing from a state apparently of non-existence, decaying from their
state of natural perfection, and renovating their existence in a
succession of similar beings to which we see no end.
We have been comparing similar operations of nature in different
countries; but at present we have something farther in our view than to
compare the distant regions of the earth. We want to see if it be the
same system that is observed in the higher regions of the globe as in
the lower. We shall thus have investigated the subject as far as we can
go.
The high region of the Andes and Cordeliers affords an opportunity of
deciding that question. It is there that we find a habitable country
raised above the rest of the earth. It is there that nature, in
elevating land, has proceeded upon a larger scale. Here, therefore, in
the operations of water upon the surface of the earth, we are to look
for effects proportioned to the cause.
Let us cast our eye upon the southern continent of the new world; there
is not, from the one end to the other, any great river that flows to the
sea upon the west side. A ridge of mountains, at no great distance from
the coast, divides the water of this continent; a small part runs to the
west; the most part runs to the east; and forms a country which, for
fertile plains and navigable rivers, has not its equal upon the globe.
But let us observe the course of the rivers; while confined by the
ridges of the Andes and Cordeliers; they run either south or north, and
are thus for some time constrained to take a course very different from
that which they are afterwards to pursue. It is while thus retained
within the ridges of the Andes that those rivers water plains which they
had formed; and it is here that we find countries so much elevated above
the rest of the world, that, under the direct rays of the sun, their
inhabitants are made to suffer from the cold.
It is the collection of those waters running from south to north, and
descending from an enormous height, that have formed in the plain those
appearances that struck so much the French philosopher, as to make
him give us a detail, which, though out of his line, is extremely
interesting in the natural history of the earth.
It is in the valley of the Madelena that M. Bouguer found those grand
relicts of the wasted strata; but we are now to take a view of a country
situated high above the level of that valley. It is that of Santa Fée de
Bogota; a fertile plain estimated at 1600 toises, almost about two miles
above the level of the sea; and which pours its water into the valley
of the Madelena about a degree above Honda, which is mentioned by M.
Bouguer as giving so fine an example of those water-worn rocks. The
extreme singularity in the situation of this country, and at the same
time the perfect similarity which is here to be observed of this country
with all the rest of the earth, as the work of water, will excuse my
transcribing from M. le Blond, _(Journal de Physique,_ Mai 1786) what I
judge to be interesting to my readers.
«Si un observateur attentif parcourt les plaines immenses de l'Amérique
méridionale, s'il monte les fleuves rapides et profonds qui les
traversent, et les inondent, et s'il franchit les montagnes prodigieuses
que l'action des eaux détruit, il apercevra bientôt qu'un développement
successif et inévitable de ce nouveau continent tend à l'agrandir dans
tous les sens, et rendra peut-être un jour sa surface égale à celle de
notre hémisphère.
«Il est des sites dans les montagnes des Cordillères ou des obstacles
plus ou moins puissant retardent cette même dégradation: la plaine de
Santa Fée de Bogota est entre ces sites celui qui m'a paru le mieux
caractérisé et le plus frappant. Il sera l'objet de ce Memoire: on
verra avec surprise qu'un pays sain, agréable, abondant, et fertile
aujourd'hui, étoit autrefois le plus dépourvu et le plus misérable du
monde, ou l'Indien malheureux n'avoit pour tout bien que des rivieres
sans poissons, des oiseaux en petit nombre, un quadrupéde ou deux, et
quelques légumes; on sera étonné d'apprendre qu'une temperature froide
environnée d'un climat brûlant, fut une barrière insurmontable pour
presque tous les animaux et les plantes des pays chauds. La nature
agresse et avare de ses dons sembloit en rejeter l'homme, et vouloir y
être en quelque sorte séparée du reste du monde par des rochers
énormes, coupés verticalement, qu'on ne parvient à franchir qu'avec des
difficultés étranges à travers un brouillard humide et ténébreux, qui
persuade au voyageur fatigué qu'il travers la région des nues.
«Arrivé au haut de ces montagnes, un nouveau ciel, un nouvel ordre
de choses se présentent; ce ne sont plus ces insectes degoûtans et
insupportables qui le fatiguoient sans relâche; ces reptiles venimeux,
dont il redoutoit la morsure; ces bêtes féroces toujours prêts à le
dévorer; enfin, cette, chaleur suffocante des lieux bas qu'il vient de
quitter; l'air qu'il respire rafraîchit et le vivifie; il s'arrête, et
ce qui l'environne l'étonné et le ravit; s'il regarde au-dessous de lui,
tout est éclipsé par des nuages, dont la surface égale mouvante lui
représente une mer qu'habite le silence et que termine son horison;
s'il jette la vue sur la plaine qui se perd devant lui, les nues
qu'il croyait sous ses pieds, roulent majestueusement sur sa tête; de
nouvelles montagnes s'élèvent de toutes parts, et forment un nouveau
monde qui paroît indépendant du premier.
«Pour donner une idée exacte de ce pays singulier, j'ai cru devoir
transporter le spectateur à la capitale, où de là comme d'un centre, il
pût observer plus commodément les phénomènes que j'ai à lui presenter.