be always able to explain every particular appearance of this kind which
occurs; for example, why upon an eminence, or the summit of a ridge of
land which declines on every side, an enormous mass of travelled soil
appears; or why in other places, where the immediate cause is equally
unseen, the solid strata should be exposed almost naked to our view. We
know the agents which nature has employed for those purposes; we know
the operations in which the solid parts are rendered soil of various
qualities and for different purposes; and when we find the marks of
those natural operations in places where, according to the present
circumstances, the proper agents could not have acted or existed, we are
hereby constrained to believe, that the circumstances of those places
have been changed, while the operations of nature are the same.
It is thus that we shall find reason to conclude an immense period of
time, in those operations which are measured by the depradations of
water acting upon the surface of the earth; a period however which is to
be esteemed a little thing compared with that in which a continent had
taken birth and gone into decay; but a period which interests us the
more to examine, in that it approaches nearer to another period, for the
estimation of which _some data_ may perhaps be found by naturalists and
antiquaries, when their researches shall be turned to this subject. It
is only in this manner that there is any reasonable prospect of forming
some sort of calculation concerning that elapsed time in which the
present earth was formed, a thing which from our present data we have
considered as indefinite.
In this view which we are now taking of the surface of the earth,
nothing is more interesting than the beds of rivers; these take winding
courses around the hills which they cannot surmount; sometimes again
they break through the barrier of rocks opposed to their current; thus
making gaps in places by wearing away the solid rock over which they
formerly had run upon a higher level; and thus leaving traces of their
currents in the furrowed sides of rocky mountains, far from the course
of any water at the present time.
So strongly has M. de Saussure been impressed with this and some other
appearances, that he has imagined a current of water which, however in
the possibility of things, is not in nature; and which moreover could
not have produced the appearances now mentioned, which is the work of
time, and the continued operation of a lesser cause. We are further
obliged to him for the following facts.
Vol. 1. (page 163.) «Les tranches nues et escarpées des grandes couches
du petit et surtout du grande Saleve, présentent presque partout les
traces les plus marquées du passage des eaux, qui les ont rongées et
excavées, on voit sur ces rochers, des sillons à peu près horizontaux,
plus ou moins larges et profonds; il a de 4 à 5 pieds de largeur, et
d'une longueur double ou triple, sur 1 ou 2 pieds de profondeur. Tous
ces sillons ont leur bords terminés des courbures arrondies; telles
que les eaux ont coutume de les tracer. Je dis qu'ils sont à peu près
horizontaux, parce qu'ils sont par fois inclinés de quelques degrés,
en descendant vers le sud-sud-ouest, suivant la pente qu'a du avoir le
courant.» This is evidently the effect of a river running along the side
of a rock of such soft materials as may be worn by the friction of sand
and stones; and such are the materials of the rocks now considered.
Notwithstanding that it is so easy to explain this appearance by the
operation of natural causes, M. de Saussure proceeds in taking it in
another view. «De tels filons ne sauroient avoir été tracés par les eaux
des pluies; car celles-ci forment des excavations, ou perpendiculaires à
l'horizon ou dirigées suivant la plus grande inclinaison des faces des
rochers; au lieu que celles la font tracées presqu'horizontalement sur
de faces tou-à-fait verticales.» Here our author takes it for granted
that things upon the surface of this earth were always the same as at
present; and he reasons justly from these principles. But we are now
tracing a former state of things; and those furrowed rocks testify the
former current of a river by their side.
This operation of rivers undermining the sides of mountains, and causing
scenes of ruin and destruction, may be illustrated by what our author
has described under the title of _Ravage du temps sur les Rochers de
Saleve_, §236. «Là ou ces couches manquent, il est aisé de voir qu'elles
ont été détruites par le tems; les couches même horizontales, contres
lesquelles elles out appuyées, ont souffert en bien des endroits des
altérations considérables.
«Un peintre qui voudroit monter son imagination, et se faire des grandes
idées des ravages du tems sur de grands objects, devroit aller au pied
de Saleve, à l'extrémité des ces grands rochers, au-dessus du coin,
hameau fort élevé de la paroisse de Collonge.
«On voit là des rochers taillés à pic à la hauteur de plusieurs
centaines de pied avec des faces, ici planes et uniformes, là partagées
et sillonnes par les eaux.
«La base de ces rochers est couverte de débris et de fragmens énormes,
confusément entassés; un de ces débris soutenu fortuitement par d'autres
est demeuré, et paroît de près un obélisque quadrangulaire d'une hauteur
prodigieuse; de plus loin on reconnoît que sa sommité est une arrête
tranchante, et qu'il a la forme d'un coin; et c'est peut-être cette
forme qui a donné son nom au hameau qu'il domine.
«L'Angle même de la montagne est partagé par une fente qui le traverse
de part en part. Cette profonde fissure mérite qu'on la voye, et même
qu'on la pénètre. Elle est tortueuse, et dans quelques endroits si
étroite, qu'à peine un homme peut il y passer. Quand vous y êtes engagés
vous trouvez des places ou les sinuosités du rocher vous cache le ciel,
plus loin elles le laissent apercevoir par échappées; ailleurs vous
voyez des blocs de rochers engagés dans la crevasse, et suspendus
au-dessus de votre tête.»
In his route from Contamine to Bonneville, he observes, page 365, «Enfin
vis-a-vis la Bonne-ville, ces mêmes escarpemens des bases du mole,
présentent une grande échancrure, qui paroît être le vuide qu'a laissé
une montagne qui s'est anciennement écroulée; ses débris sont encore
entassés au-dessous de l'échancrure. Il paroît même qu'elle étoit plus
élevée que ses voisines, j'en juge par leur couches qui montent à droite
et à gauche, contre le vuide qu'elle à laissé.
«§ 493. En suivant la route de servez, on voit sur sa gauche la
continuation des rocs escarpés qui couronnent les montagnes situées
au-dessus de Passy. Un de ces rochers est si élevé, et en même tems
si mince que l'on a peine à concevoir qu'il puisse se tenir debout et
résister aux orages.
«C'est auprès de cette sommité élevée qu'étoit située une montagne qui
s'éboula en 1751, avec un fracas si épouvantable, et une poussière si
épaisse et si obscure, que bien de gens crurent que c'étoit la fin du
monde.»
Vitaliano Donati, who was sent from Turin to examine this phenomenon,
says in his letter, which M. de Saussure transcribes, that the great
snows, which fell that year in Savoy, increasing the operation of
some lakes, the waters of which continually undermined this mountain,
occasioned the fall of three millions of cubic toises of rock.
In describing the Saleve, our author proceeds to mention other
appearances equally conclusive with regard to the operations of water,
but such as may be found over all the surface of the globe, to have
been brought about by natural causes. «Ce que l'on nomme le Grottes de
l'Hermitage, ou ces excavations profondes de 30 pieds, et 8 ou 10 fois
aussi longues produites par la destruction totale de plusieurs couches
de rocher.
«La gorge même de Monetier, ou cette grande échancrure qui sépare le
grand Saleve du petit, et dans le fond de laquelle est renfermé le joli
vallon de Monetier, paroît avoir été formée par un courant semblable,
qui descendant des Alpes par la vallée de l'Arve, venoit se jetter dans
notre grand courant; car les couches correspondantes du grand et du
petit Saleve indiquent leur ancienne jonction; et l'on ne comprend pas
quel agent auroit pu détacher et emporter la pièce énorme qui manque en
cet endroit à la montagne.»
Further, in treating of the changes made in the form of the Jura by the
ravages of time, our author observes, page 273, vol. I.
«Le faite de la montagne, battu de tous cotés par les vents, et par les
pluies, a souffert des altérations les plus grandes: ici les couches du
coté du lac ont été detruites, et laissent voir les sommités des couches
opposées, dont les escarpemens paroissent tourner contre ce même lac;
là, ce font les couches du coté de la vallée de Mijoux, qui out été
emportées, et la montagne en pente uniforme de notre coté, est escarpée
du coté de celle vallée; plus loin, le faite entier a été enlevé, et là
on voit des abaissemens ou des gorges comme aux Faucilles, à St. Serge,
etc.
«Les flancs et la base de La montagne ont aussi été dégradés par les
torrens que produisent la pluie et les neiges fondues, qui ont formé de
larges et profondes excavations.»
These ravages of time, or rather of the wasting operations of the
surface of the earth, however great, compared with the little changes
that we find in our experience, or in the most ancient record of our
histories, are little things, considering the softness and solubility of
the materials, and compared with the wasting of the Alps, which we find
in tracing up those same rivers to their sources in the icy valleys. Let
us go up the Arve to the valley of Chamouni. From this fertile valley,
M. de Saussure heads us up the Montanvert, 428 fathoms above the level
of the valley, and consequently 954 above that of the sea.
From this mountain we descend again into the high frozen valley which
runs between the granite mountains, and pours its ice into the valley of
Chamouni.
In this high valley, which communicates with an immensity of the like
kind, we find ourselves among the most hard and durable materials. Here
we must perceive, that most enormous masses of those solid materials
had, in the course of time, been wasted by the flow effects of air and
water, of the sun and frost, in order to hollow out those barren
valleys of immense extent, which have, during an amazing tract of time,
contributed from their solid rocks to the formation of travelled soils
below, but which materials have long ago been travelling in the sea. The
sides of those valleys are solid rock here exposed naked to our view. It
is to such a place as this that we should go to see the operations
of the surface wasting the solid body of the globe, and to read the
unmeasurable course of time that must have flowed during those amazing
operations which the vulgar do not see, and which the learned seem to
see without wonder!
M. de Saussure, in his second volume of _Voyages dans les Alps_, has
given us a most interesting view of this scene, p. 6.
«En montant au Montanvert, on a toujours sous ses pieds la vue de la
vallée de Chamouni, de l'Arve qui l'arrose dans toute la longueur, d'une
soule de villages et de hameaux entourés d'arbres et de champs bien
cultivés. Au moment ou l'on arrive au Montanvert, la scène change; et au
lieu de cette riante et fertile vallée, on se trouve presqu'au bord
d'un précipice, dont le fond est une vallée beaucoup plus large et
plus étendue, remplie de neige et de glace, et bordée de montagnes
colossales, qui étonnent par leur hauteur et par leurs formes, et qui
effraient par leur stérilité et leurs escarpements.»
It is the cause of this appearance, of deep valleys and colossal
mountains, that I would now wish my readers to perceive. This is a
thought which seldom strikes the mind of wondering spectators, viewing
those lofty objects; they are occupied with what they see, and do not
think how little what they see may have been, compared with what had
been removed in the gradual operations of the globe. We have but to
suppose this scene hewn out of the solid mass of country raised above
the level of the valley; and, that this had been the case, must appear
from the examination of all around.
Let us follow our author up those valleys between the solid granite
mountains, valleys which properly are great rivers of ice moving,
grandly but slowly, the ruins of those mountains upon which they were
gathered. It is the Glacier de Bois upon which he is set out, (p. 26.)
«Après une bonne demi-heure de marche sur le glacier, nous traversons
une arrête de glace chargée de terre, de sable et de débris de rocher.
J'ai parlé dans le 1er. vol. de ces arrêtes parallèles à la longueur de
glaciers, que l'on voit souvent dans le milieu de leur largeur, ou à des
distances plus ou moins grandes de leurs bords. J'ai fait voir qu'elles
sont produites par des débris qui du haut des montagnes, roulent sur le
glacier, et qui entraînés par la glace sur laquelle ils reposent suivent
comme elle une direction oblique en descendant tout-à-la-fois vers le
milieu et vers le bas de la vallée.
«Dix minutes après, nous traversâmes une seconde arrête plus haute que
la premiere, et nous jugeâmes que sous ces débris la glace étoit de 20
ou 25 pieds plus élevée que dans les endroits où l'air et les rayons du
soleil agissent librement sur elle. On rencontre une troisième arrête à
vingt minutes de la seconde, et la quatrième, qui est la dernière, la
suit de très-près.
«Ici nous nous trouvons au point où le glacier des bois se divise, comme
je l'ai dit, § 611, en deux grandes branches, dont l'une tourne à droite
vers le Mont-Blanc, et prend le nom de glacier de _Tacul_, et l'autre
à gauche se nomme le glacier de _Lechaud_. Il seroit, sans doute, plus
intéressant de suivre celle de la droite, et de s'approcher ainsi du
Mont-Blanc; ses pentes de neige et de glace, qui se presentent à nous,
semblent même n'être point absolument inaccessibles: mais ce sont des
apparences trompeuses; des glaciers entrecoupés de profondes crevasses
masquées çà et là par des couches minces de neige les approches de cette
redoutable montagne, quoique peut-être en choisissant une année ou il
seroit tombé beaucoup de neige, et en prenant le temps où cette neige
seroit encore ferme, quelque chasseur adroit et courageux pourroit
tenter cette route.
«Comme dans ce moment cette entreprise est absolument impraticable, nous
suivons la branche gauche de la vallée, et après deux heures de marche
sur le glacier des bois, nous en sortons au pied de celui du Taléfre,
c'est-à-dire, à l'endroit où celui-ci vient verser sa glace dans
celui-là qui a changé de nom, et qui s'appelle ici le _glacier de
Léchaud_.
«La vue du glacier du Taléfre est ici majestueuse et terrible. Comme la
pente par laquelle il descend est extrêmement rapide, les glaçons se
pressant mutuellement, se dressent, se relèvent, et présentent des
tours, des pyramides diversement inclinées, qui semblent prêtes à
écraser le voyageur téméraire qui oseroit s'en approcher.
«Pour parvenir au sommet de ce glacier, où il est moins incliné et par
cela même moins inégal, nous gravissons le rocher qui est à la gauche du
côté du couchant. Ce rocher se nomme _le Couvercle_; il est dominé par
une cime inaccessible, qui, suivant l'usage du pays, est décorée du nom
_aiguille_, et, en prenant le nom du glacier le plus proche, s'appelle
_l'aiguille du Taléfre_.
«La pente, par laquelle on gravit le couvercle, est excessivement
rapide; on suit une espèce de sillon creusé dans le roc par la nature;
quelques pointes de roc aux quelles on se cramponne, en montant avec les
mains, autant et plus qu'avec les pieds, ont fait donner à ce passage le
nom _d'égralets_ ou de petits degrés. Ce passage n'est cependant point
dangereux, parce que le roc, qui est un granit très-cohérent, permet
d'assurer toujours solidement les mains et les pieds; mais la rapidité
le rend un peu effrayant à la descente.
«Lorsqu'on est au haut des égralets, on suite un pente beaucoup moins
rapide; on marche tantôt sur du gazon, tantôt sur de grandes tables de
granit, et on arrive ainsi au bord du plan du glacier du Taléfre. On
nomme le _plan_ d'un glacier la partie élevée et à-peu-près horizontale
dans laquelle on peut le traverser.
«Nous avions mis une heure et un quart à monter du glacier de Léchaud au
plan de celui du Taléfre. Nous fumes tentés de nous reposer un moment
avant d'entrer sur celui-ci. Tout nous invitoit à choisir cette place,
un beau gazon arrosé par un ruisseau qui sortoit de dessous la neige et
qui rouloit son eau crystalline sur un sable argenté, et ce qui étoit
plus séduisant encore, une vue d'une étendue et d'une beauté dont une
description ne peut donner qu'une bien foible idée.
«§ 631. En effet comment peindre, à l'imagination des objets qui n'ont
rien de commun avec tout ce que l'on voit dans le reste du monde;
comment faire passer dans l'âme du lecteur cette impression mêlée
d'admiration et de terreur qu'inspirent ces immenses amas de glaces
entourés et surmontés de ces rochers pyramidaux plus immenses encore;
le contraste de la blancheur des neiges avec la couleur obscure des
rochers, mouillés par les eaux que ces neiges distillent, la pureté de
l'air, éclat de la lumière du soleil, qui donne à tous ces objets une
netteté et une vivacité extraordinaires; le profond et majestueux
silence qui regne dans ces vastes solitudes, silence qui n'est troublé
que de loin en loin par le fracas de quelque grand rocher de granit ou
de glace qui s'écroule du haut de quelque montagne; et la nudité même
de ces rochers élevés, où l'on ne découvre ni animaux, ni arbustes, ni
verdure. Et quand on se rappelle la belle végétation, et les charmans
paysages que l'on a vus le jours précédens dans le basses vallées, on
est tenté de croire qu'on a été subitement transporté dans un autre
monde oublié par la nature, ou sur une comète dans son aphélie. La vue
du Montanvert ne donne de celle-ci qu'une idée très-imparfaite; là on ne
voit qu'un seul glacier, au lieu que d'ici vous voyez les trois grands
glaciers des Bois, de Léchaud et du Tacul, sans compter un grand nombre
d'autres moins considérables qui, comme celui du Taléfre, versent leurs
glaces dans les glaciers principaux.
«Les rochers innombrables que l'on voit au-dessus de ces glaciers sont
tous de granit, car s'il y a, comme j'en suis certain, des rochers
feuilletées, interposées entre ces granits, des _gneufs_, par exemple,
ou des roches de corne; comme elles étoient plus tendres que les
granits, leurs parties faillantes ont été détruites par les injures de
l'air, et il ne reste plus que leurs bases, cachés au fond des gorges
qui séparent les hautes pyramides.»
This is a fact which, independent of the good authority we have here,
we would have been naturally led, from the theory, to suppose. For, in
wearing out the solid mass, which had been once continuous among those
mountains, something must have determined the situation of those
valleys; but what so likely as some parts more destructible by the
wasting operations of the surface than others, which are therefore less
impaired, and remain more high.
Now, whatever may be our theory with regard to the origin or formation
of these solid masses of the globe, this must be concluded for
certain,--that what we see remaining is but a specimen of what had been
removed,--and that we actually see the operations by which that great
work had been performed: we only need to join in our imagination that
portion of time which, upon the surest principles, we are forced to
acknowledge in this view of present things.
CHAP. IV.
_The same Subject continued, in giving still farther Views of the
Dissolution of the Earth._
To have an idea of this operation of running water changing the surface
of the earth, one should travel in the Alps; it is there that are to
be seen all the steps of this progression of things, and so closely
connected in the scene which lies before one, that there is not required
any chain of argument, or distant reasoning from effect to cause, in
order to understand the natural operations of the globe, in the state
of things which now appears. So strongly are the operations of nature
marked in those scenes, that even a description is sufficient to give a
lively idea of the process which had been transacted. With this view, I
shall here transcribe, from the _Tableau de la Suisse_, a description of
that remarkable passage by the mountain of St. Gothard, from Switzerland
to Italy, hoping, that, even independent of the illustration hereby
given to the theory, the reader will be pleased to see such a picture
of that country as will either excite new ideas in a person who has not
seen such scenes, or call up those which it is proper for a naturalist
to have[4].
[Footnote 4: Tableaux de la Suisse Discours, etc. p. 113. Route d'Altorf
au St. Gothard.]
«Nous allons donner les observations que nous avons faites, en montant
le Saint Gothard par le côté septentrional, et nous terminerons ce que
nous avons à dire par la description du haut de cette montagne. Il y a
aux environs d'Altorf, chef-lieu du canton d'Uri, de grands terrains
couverts de pierres roulées, dont la plus grande partie est amenée par
le Schechen, torrent qui descend de la vallée du même nom, et l'autre
par la Reuss qui descend du St. Gothard. Sans se donner beaucoup de
peines, on y a la facilite de voir et d'examiner une grande variété de
pierres d'espèces différentes et de connoître d'avance les rochers qui
composent les montagnes qu'on va parcourir; nous répétons ici que toutes
les pierres arrondies ont pris cette forme par le roulis qu'elles ont
essuyées dans les torrens, en se précipitant avec les eaux qui les ont
amenées: plus nous avons parcouru de montagnes, plus nous nous sommes
confirmés que cette observation étoit vraie et exact. Si on a la
constance de suivre une espèce jusqu'au lieu de son origine ou position
premiere, on l'y trouvera anguleuse, et n'ayant subi d'autres changemens
que celui que le tems imprime à toutes les substances qui restent en
place; on verra qu'à mesure qu'elles s'éloignent de leur premiere
position leurs angles et leurs parties saillantes se détruisent, et
qu'elles finissent par prendre la forme ronde ou approchante, en raison
de leurs dureté et du chemin qu'elles auront parcouru. Nous renvoyons à
ce sujet ce qui a été dit vers le commencement de ces observations, en
parlant du Trient. Nous ajoutons seulement qu'il n'y a guère d'espèce
de pierres roulées dans les montagnes, dont nous n'ayons pas trouvé les
rochers analogues, et qu'avec du tems et les courses convenables, en
observant bien les directions des montagnes et des torrents, on les
trouveroit toutes. Altorf est entouré de très-hautes montagnes, des
vallons aboutissent de tous côtes dans ses environs, parce-que c'est le
lieu le plus bas où les eaux vont se jetter dans le lac de Wahlasthall
ou de Lucerne, à l'extrémité duquel Altorf est situé; le vallon est
assez couvert dans le bas, il est cultivé dans quelques parties, et il
y a des arbres fruitiers; c'est sur-tout aux environs de Birglen qu'on
rencontre beaucoup de pierres roulées et des rochers amenés par les
eaux.
«Les rochers sont de pierre calcaire, et continuent jusqu'à Silenen à
deux lieues d'Altorf; les montagnes sont fort hautes et fort escarpées
des deux côtés du vallon, de beaux près sont dans le bas; quelque arbres
fruitiers et sur-tout des noyers sont à mi-côte, et entre les rochers,
des forêts de sapins. Avant d'arriver à Silenen, on apperçoit le glacier
de Tittlis; il est sur le territoire d'Engelberg, et on trouve encore
quelques hêtres; derrière les montagnes boisées il s'en élève d'autre
nues et arides. Des points et des vues admirables par la dégradation des
montagnes et pour le sauvage, s'offrent de toutes parts. Des chalets,
des habitations isolées, sont situés au pied des plus affreux rochers
qui les menacent d'une ruine prochaine. L'habitant y vit sans crainte,
entouré de son pré et de son petit bien dont il est tranquille
possesseur.
«La chaleur concentrée dans ce vallon y fait mûrir différentes
productions peu recherchées; à la verité, ce sont des fruits fort
communs, excellens pour le pays, parce qu'on n'y en connoit pas de
meilleurs. C'est du petit village d'Amsteeg entouré de fort hautes
montagnes, qu'on commence à monter ce qu'on nomme le Saint Gothard
general: le chemin devient plus roide, la Reuss y est plus resserrés et
roule ses eaux dans un lit fort profond et très-escarpé, des torrens des
cascades, tombent de différens endroits des deux côtés de ce vallon
et de belles forêts de sapin, où il y a des arbres prodigieux pour la
hauteur, varient les points de vues; on s'élève beaucoup au-dessus du
fond des vallons par des chemins rapides: l'exposition plus heureuse
fait cultiver du jardinage et des arbres fruitiers; il y a beaucoup de
chanvre dans ces environs. De l'autre côté du vallon, sur la gauche de
la Reuss, est une usine ou on fabriquoit de l'alum et du vitriol, les
travaux ont cessé, ces établissemens et l'exploitation des mines sont
peu connus et peu suivis en Suisse. La Reuss semble toujours s'enfoncer
d'avantage, par-tout elle roule ses flots avec bruit et fracas, elle
s'est creusée un lit à des profondeurs incroyables; il n'y a point
d'endroit ou l'on puisse mieux voir cet étonnant travail des eaux que
sur le pont du Pfaffensprung, à une demi-lieue de Vassen; il est à une
hauteur si effrayante que le premier mouvement, quand on regarde au bas
du pont, est de se tenir au parapet, et le second de le quitter, dans la
crainte qu'il ne manque, ce n'est que par réflexion qu'on y revient, On
voit la progression et le travail successif de l'eau du haut jusqu'en
bas; la roche a des sinuosités où des angles arrondis, rentrans et
faillans, alternativement de chaque côté, et dont saillans sont opposes
aux rentrans, de façon qu'il reste peu d'espace pour apercevoir l'eau,
ce canal ou ce, gouffre n'ayant pas plus de deux toises et demie de
large. Depuis Silenen on ne voit plus de pierres calcaires, les rochers
sont schisteux argileux, mêlé de beaucoup de quartz; le lit de la Reuss
est rempli de granits, mais qui viennent des montagnes supérieures.
Au-dessus du pont, dont nous venons de faire mention, on rencontre un
passage des plus pittoresques, composé de moulins, de scieries, de
chutes d'eau, dominés par le village de Vassen, et entourés de montagnes
fort extraordinaire. Une roche argileuse sur un plan incliné, s'est
détachée de la hauteur, et a emporté un pont et un moulin.
«On monte beaucoup après avoir passé Vassen; ces environs sont d'une
variété étonnante pour la beauté et la singularité des paysages. Des
nappes d'eau, des cascades qui se précipitent de roches en roches,
forment dix et quinze chutes avant de se perdre dans les sapins qui
contrastent avec la blancheur des eaux toutes réduites en écume. Des
maisons d'une construction particulière, placées contre les rochers pour
les mettre à l'abri des avalanches, des poutres jetées sur différentes
masses de rochers pour passer la Reuss et autres torrens dont les eaux
sont bouillonnantes et jaillissantes, des arcades de pierres pour
joindre des rochers suspendus sur ces précipices, rochers de mille
formes bizarres occupent le voyageur, et ne lui donnent plus le tems
d'apercevoir les mauvais pas qu'il franchit. Il y a sans doute des
hommes assez malheureux, qui ne verroient que des dangers, et ne
seroient occupés que de leurs craintes et des terreurs paniques; c'est
en effet une grande privation de ne pas sentir les beautés de la nature,
elle devient un malheur réel quand ce plaisir se trouve remplacé par des
angoisses et de la frayeur. Un tableau d'un autre genre nouveau, et pour
lequel les expressions manquent, est une forêt rasée et abattue par une
avalanche, il y a quelques années, ces sapins de plus de cent pied de
long, ont eu le tems de perdre leurs feuilles et de permettre à la vue
de passer à travers cette énorme quantité de bois et de branches entre
lacées de mille manières bizarres, et d'apercevoir des rocs épars, des
eaux qui circulent autour, et tombent quelque fois en cascades. C'est
une spectacle qui devient effrayant quand on pense à la force et à la
violence du moyen qui a pu occasionner un pareil effet. On recueille
dans ce canton la résine des mélèzes. Quoique Vassen soit déjà fort
élevé, on y cultive encore quelque jardinage, et il y a aussi quelque
cerisiers sauvages. Il y a environ cinq-lieues jusqu'à Altorf.
«Après avoir passé Vassen, on trouve cinq ou six superbes cascades
formées par la Reuss. Elle fait un bruit à étourdir: la chaleur qu'il
faisoit, avoit procuré une abondante fonte de neige, et l'eau avoit
beaucoup augmenté depuis le matin. Des bouleaux, des sapins, et des
mélèzes, groupés ensemble, formoient des contrastes agréables par la
variété et le mélange des différens verts. Les chemins sont faits
à grand frais et avec beaucoup de soin; on a jetté des arcades en
différens endroits pour joindre les rochers, et faire passer les chemins
par-dessus; on entend mugir la Reuss sous ses pieds elle écume par-tout,
il faut être accoutumé à ce spectacle pour n'en pas être effrayé. Les
rochers de droite et de gauche sont par-tout à pic et d'une granit, qui
est jaunâtre dans différens endroits; dans d'autres, il est décomposé,
passant à l'état d'argile; c'est le felds-path qui subit le premiere
ce changement. Des quartiers de rochers des parties de montagnes sont
épars; des chalets, des habitations solitaires sont placé aux environs
des endroits où il y a quelque pâturage. Il y a un de ces rochers qui
est une belle masse de granit, appellée la Pierre du Diable; on n'oublie
pas de la faire remarquer, parce qu'il y a un conte populaire à son
sujet que de graves auteurs nous ont conservé. Le vallon se rétrécit
beaucoup avant d'arriver à Gestinen.
«On a élevé par-tout de murailles à de très-grandes hauteur pour
faire le chemin. Tout ce travail, vu le local, est incroyable pour la
difficulté; de gros blocs de granits sont rangés sur les bords du chemin
pour servir de barrières dans les endroits les plus dangereux. Ces
passages sont si étroit qu'il faut peu de chose pour les interrompre.
Le pont du Diable est d'une seul arche à plein ceintre de quatre toises
d'ouverture deux et demie de large, et de douze toises d'élévation
au-dessus de l'eau; le fracas et la rapidité avec laquelle l'eau passe
sous ce pont, ne permettent gueres qu'on la considère tranquillement de
dessus le pont, on est toujours tenté de s'en éloigner.--La distance
depuis Gestinen jusqu'à Teufelsbruck ou pont du Diable, qui est environ
deux lieues, suffit pour prouver ce que nous disons; cette vallée, qu'on
nomme Schollenen, offre à chaque pas des difficultés vaincues, des
rochers franchis, des intervalles comblés par des murailles, où il a
fallu employer des montagnes de pierres.
«Les chemins sont pavés partout mieux que dans beaucoup de villes; des
chevaux et des mulets chargés les fréquentent toute l'année; et dans
quels pays ces grands travaux ont-ils été exécutes? Dans un véritable
chaos de rochers et montagnes dont partie sont bouleversés, et l'autre
paroît prête à s'écrouler sur le passant, qui ne voit sous ses pieds que
des écueils, des gouffres et des précipices, au fond desquels roule un
torrent écumant et furieux. Si les rochers sont menaçans, les avalanches
sont encore plus dangereuses dans ce redoutable passage; il n'y a point
d'année qu'il ne périsse des hommes et des bêtes de somme; on fait voir
un endroit où une avalanche transporta à plus de cent toises au-dela
de la Reuss, dix-neuf chevaux et mulets chargés ainsi que leurs
conducteurs; dans d'autres endroits des quartiers de rochers prodigieux
qui ont été déplacés et transportés de même.
«Après avoir passé le pont du Diable, le chemin tourne à gauche, puis à
droite, pour monter une rampe assez rapide, très-bien pavée, qui conduit
à une ouverture dans le rocher, c'est le seul passage qui se presente,
nommé Urner-Loch, trou du pays d'Urner ou Urseren; un rocher fort élevé
est sur la gauche, et les cascades de la Reuss à droite; l'entrée du
passage est obscure, c'est une galerie souterraine pratiquée dans le
roc, haute de neuf pieds environ de façon qu'un homme peut y passer
à cheval, de onze pieds de large et trente-deux toises de long; on a
pratiqué dans le milieu une ouverture pour donner du jour; cette roche
est toute de granit, ainsi que celles qui sont autour du pont du Diable;
Il y a environ soixante ans que cette galerie a été ouverte; le chemin
passoit auparavant en dehors sur une espèce de pont qui tournoit le
rocher, et se trouvoit exactement suspendu et fort mal assuré au-dessus
des cascades de la Reuss; de frequens accidens, de grands frais pour
reconstruire et entretenir ce pont, souvent entraîné par les eaux, ont
necessité l'ouverture de ce passage.
«En sortant de ce passage obscur, on est surpris d'entrer dans une
plaine ouverte, riante et couverte de verdure, et de voir couler à côté
de soi une onde limpide et tranquille. Ce tableau est d'autant plus
frappant qu'on vient de voir le contraste le plus effrayant; ce passage
souterrain est comme le rideau qui se lève entre deux décorations,
dont l'une representoit le chaos et le bouleversement de la nature, et
l'autre celle de la nature naissante et parée des premiers et des plus
simples ornemens; cette plaine est unie, de forme ovale, couverte d'un
vaste gazon et de pâturages, entre lesquels serpente doucement la Reuss:
sur ces bords il y a quelques buissons et peu d'arbres, ce sont des
aulnes. Des cabanes de bois, des chalets isolés et solitaires sont
répandus ca et là à l'entrée du vallon: à gauche est le village
d'In-der-Matt bâti en pierres, et à neuf; dans le fond celui de hospital
et situé sur le penchant d'un coteau, il est dominé par une grosse tour:
les montagnes du St. Gothard servent de fond au tableau, elles sont trop
éloignées pour laisser apercevoir leur aridité; des montagnes nues,
couvertes d'une verdure légère sans arbres et sans buissons, bordent les
deux côtés du vallon: enfin tout paroît jeune et d'une création nouvelle
au premier coup d'oeil, qui met le spectateur dans l'état où est un
homme à son réveil après un rêve épouvantable, où il n'a vu que des
objets effrayans; il se trouve heureux et content d'être en sûreté et
hors des dangers qui le menaçoient, tant les impressions de son rêve lui
sont encore présentes.
«Ce vallon offre des remarques intéressantes pour l'histoire naturelle,
sa position, sa forme, et son nivellement ne laissent aucun doute que
cet emplacement n'ait été le séjour des eaux; en examinant les bords
du lit de la Reuss, on reconnoît que le terrain de ce vallon est par
couches horizontales de pierres argileuses; le pied des montagnes qui
entourent le vallon sur la droite est de pierre calcaire grise, à la
même hauteur, et à mi-côte, sur la gauche, on trouve de la pierre
ollaire. Voilà encore une de ces circonstances où il seroit intéressant
de connoître la hauteur exacte de cette pierre calcaire, et de pouvoir
comparer son niveau avec d'autres que nous avons déjà observé être aussi
déposées au pied des montagnes dans de petits vallons fort élevés,
analogues à celui dont il est question. Quelque secousse aura rompu
l'enceinte de rocher qui fermoit ce bassin: l'écoulement des eaux aura
achevé de creuser ce passage, où coule actuellement la Reuss, et le
vallon qui est au-dessous. Quoique les angles rentrans et saillans des
montagnes ayent lieu dans quelque endroits, il s'en faut de beaucoup que
ce soit une règle certaine: le vallon qui descend du Saint Gothard à
Altorff est une de ces exceptions. Une autre chose remarquable dans ce
vallon, c'est qu'au sortir du passage souterrain que nous avons dit être
creusé dans le granit, il y a tout à côté sans interruption, et formant
la même masse de rocher, de la pierre schisteuse micacée, mêlée de
quartz, dont les couches sont perpendiculaire, se fendent et tombent par
morceaux, qui ont la forme de poutres ou de bois équarris. Cette espèce
de roche est aussi haute que celle de granit, et composée, dans des
proportions différentes, des mêmes parties intégrantes que le granit;
n'a-t-elle pas été apposée et formée contre celle de granit, qui
assurément doit être plus ancienne, puisqu'elle est enveloppée par la
roche schisteuse[5]?
[Footnote 5: Here is an example of the junction of the granite with
the schistus; and probably here will be a proper opportunity of
investigating the formation of those two things. Our author here
supposes the granite to be the primary, and the schistus to be the
secondary body; on the contrary, I believe that schistus to be the
primary in relation to the granite, and that the granite had invaded the
schistus, as will be made to appear in its proper place.]
Ce vallon, d'une bonne lieue de longueur sur moitié de largeur, peut
occasionner bien des réflexions; nous avons été obligé de passer
rapidement sur ces objets, nous ne faisons que les indiquer. Au-haut de
la montagne rapide, qui est au-dessus du village d'In-der-Matt, il y a
un petit bois de sapins, auquel il est défendu de toucher sous peine de
la vie. Il est réservé contre les avalanches; ce sont les seules arbres
qu'on voie sur les hauteurs environnantes; derrière ce bois on apperçoit
un glacier d'où descend un torrent qui va se jetter dans la Reuss; il
amène, ainsi que les autres qui descendent de ce coté, des pierres
schisteuses micacées, mêlées de quartz, de même nature que celle qui est
à coté du passage souterrain. On monte par un beau chemin au village de
Hospital, qui dépend aussi du pays d'Urseren: tout ce canton est renommé
pour ces excellens fromages. Il n'y a que des pâturages et point d'autre
culture. Le bois, qui est de première nécessité dans un pays aussi
froid, aussi élevé et toujours entouré de neige, y manque totalement,
on est obligé de l'aller chercher dans la vallée de Schollenen, et on
traine sur la neige le bois de charpente. Le village de Hospital est
situé sur des roches schisteuses mêlées de mica et de quartz, elles sont
bleues, verdâtres, et grises. C'est à Hospital qu'est la rencontre de
différens chemins pour passer le Saint-Gothard; il y en a un qui venant
du Vallais, passe à côté du glacier du Rhône et par la montagne de
Fourk. Un second qui vient des Grisons, passe par Disentis et Chiamut
entre les sources du bas Rhin. Ce sont des sentiers: qu'on juge de ce
qu'ils peuvent être d'après le grand chemin que nous venons de décrire,
qui conduit de la Suisse en Italie.
«Sur la droite du village de Hospital est un vallon que nous avons
visité jusqu'au village de Zum-d'Orff, à une grand demi-lieue. Il y
règne aussi une couche de pierre calcaire à même hauteur, au bas de la
montagne qui renferme le vallon, et nous prions de remarquer qu'elle est
aussi sur la droite, et que sur la gauche il y à de pierre ollaire;
une masse énorme de cette espèce, sous laquelle on travailloit depuis
long-tems pour en tirer de quoi faire des poêles, ayant perdu son
équilibre, est tombée sur le côté. Les rochers qui dominent, sont des
rochers schisteuse micacées avec du quartz. Ce dernier village fait
aussi partie de la vallée d'Urseren, c'est le pays habité le plus élevé
de l'Europe; les habitons sont forts et robustes; les montagnes de
ce canton étant nues, arides, et fort rapide, les avalanches y sont
fréquentes.
«C'est au sortir de Hospital qu'on monte véritablement le Mont Saint
Gothard: le chemin est escarpé, pavé, et bien entretenu. Par un vallon à
droite descend le Garceren, torrent qui vient des glaciers; son eau est
blanchâtre, se jette dans la Reuss, et en trouble la limpidité; les
rochers sont de plus en plus dépouillés, secs et arides, on trouve les
derniers buissons, des aulnes rabougris. La Reuss tombe de rocher en
rocher, des blocs et des quartiers énormes, qui remplissent son lit, lui
barrent souvent le passage; ses eaux s'élancent par-dessus quand elle ne
peut le contourner; on ne voit enfin que des rochers, des abymes et des
précipices; on marche néanmoins en sûreté au milieu de ce désordre de
la nature; les chemins sont bien pavés, et assez larges pour que deux
chevaux ou deux mulets chargés puissent y passer de front. Sur un rocher
à droite, à une lieue de Hospital environ, on trouve taillés dans le roc
les limites entre le pays d'Urseren, et la partie Italienne ou vallée
de Livenen; ainsi tout sommet du St. Gothard appartient à la partie
Italienne, qui est actuellement sujette du canton d'Uri. On parvient
enfin sur un terrain plus uni, et une espèce de plateau, c'est le haut
du Saint Gothard; à une demi-lieue sur la droite, entre des rochers
forts hauts, forts escarpés et à pic, est une espèce d'entonnoir, ou se
rassemblent les eaux des neiges fondues; elles y forment le petit lac de
Luzendro, gelé le trois quarts de l'année, d'ou la Reuss tire sa source
en partie; car le glaciers du mont de la Fourche ou Fourk dans le haut
Vallais, fournissent aussi un torrent qui est regardé comme la seconde
source de la Reuss; le Rhône prend sa source dans la partie opposée du
même glacier. Le haut du Saint Gothard est un vrai vallon, puisque des
cimes, des pyramides, des montagnes prodigieuses, composées toutes de
rochers, s'élèvent au-dessus, et l'entourent de tous côtés. L'espace qui
est entre ces rochers a une forme a-peu-prés circulaire; il paroît avoir
été un fond qui a été élevé et comblé jusqu'au point ou il est par les
débris des montagnes qui le dominent, et qui s'y amoncèlent encore
actuellement sous nos yeux; il a une espéce de niveau qui va un peu
en pente du côté du midi, et du côté du Nord par lesquels se fait
l'écoulement des eaux fournies par la fonte des neiges, dont la Reuss et
le Tessin sont les canaux. Des masses étonnantes de rochers remplissent
la surface de ce vallon: elles y sont placées dans une désordre qui ne
ressemble point aux positions des rochers actuels, et autorise à croire
qu'elles y ont été jetées et culbutées au hazard. Ces masses isolées
sont toutes de granit, composé de quartz, de feldspath, et de mica
verdâtre; le chemin qui traverse ce vallon tourne autour de ces masses.
Il faut que les pics élevés qui bordent ce vallon ayent été beaucoup
plus hauts qu'ils ne le sont actuellement pour avoir pu fournir à
combler cette étendue, qui a une lieue au moins. Il n'est pas douteux
non plus, que les vastes montagnes qui font au pied de toutes celles qui
forment l'enceinte du Gothard, au moyen desquelles on trouve un accès
plus facile, et des rampes moins rapides pour s'élèvent comme par degrés
à cette hauteur, qui composent enfin ces montagnes de seconde et de
troisieme formation, ne doivent leur existence qu'aux débris de ces
colosses qui dominent tout. L'examen de ce qui se passe sous nos yeux
journellement, ne peut nous laisser aucun doute sur l'abaissement de
montagnes. Il n'y a point de torrent, point d'écoulement d'eaux, quelque
petit qu'il soit, qui n'entraîne en descendant des montagnes, des
terres, des graviers, ou des sables, pour les porter plus bas. Les
grands torrens, les fleuves, les rivières, gonflés par les fontes
subites des glaces et des neiges, entraînent des rochers entières,
creusent de vastes et profonds ravins; ces masses de rochers diminuent
par le choc et le frottement qu'elles essuient entre elles, et sur
les rochers sur lesquels elles passent, dont elles occasionnent
reciproquement la destruction; ce sont des débris de cette espéce
de trituration qui troublent les eaux, et dont le dépôt élève
insensiblement les bords des rivières, forme le limon fécondant de nos
plaines, et va former jusque dans le sein des mers ces atterrissemens,
ces barres, et ces bancs qui en reculent les bornes. Les rochers les
plus durs, ces granits que les meilleurs outils ont tant de peine à
façonner, ne résistent point au tems et aux intempéries des saisons;
leur superficie se dénature et se décompose souvent au point de ne pas
les reconnoître: des lichens, des petites mousses s'insinuent dans leur
tissu, l'eau y pénètre, et la gelée sépare leurs parties; s'ils se
trouvent placé sur une pente de façon à pouvoir être entraîné par les
eaux, la plus grosse masse est bientôt réduite à peu de chose, apres
avoir parcouru un plan incliné; quels changemens ne doit pas avoir opéré
cette marche constante de la nature. A quel point n'est elle pas rendu
méconnoissable la superficie du globe que nous habitons. Pour peu qu'on
réfléchisse que les montagnes fournissent continuellement aux plaines,
et que celle-ci ne rendent rien aux montagnes, on pourra se faire
quelque idée des changemens que la révolution des siècles à du opérer.
Aussi n'est ce que sur les hautes montagnes qu'on apperçoit encore
parmi leurs vastes débris, les matériaux qui ont servi et servent aux
créations nouvelles que la nature opère journellement, qu'ils sont
grands, qu'ils sont majestueux ces antiques débris! que l'homme est
petit, qu'il est confondu quand il ose y porter un regard curieux!»
In this picture of the Alps, there is presented to our view the
devastation of solid rocks by agents natural to the surface of the
earth; here is the degradation of mountains in the course of time. Of
these ruins plains are formed below; and these plains are continually
shifting their place, in affording materials to be washed away and
rolled in the rivers, and in receiving from the higher grounds the
spoils of ruined rocks and mountains. Such operations are general to the
globe, or are to be found over all this earth; but it is not every where
that we have descriptions proper to give just ideas of this subject,
which escapes the common observation of mankind.
As I have given an example in the Alps of Savoy and Switzerland, it
may be proper to give some view of the same operation in those of the
Pyrénées (Essai sur la Minéralogie des Monts Pyrénées) page 76.
«La vallée d'Aspe est arrosée dans toute sa longueur, par le Gave, qui
prend sa source vers les frontières d'Espagne: dans les temps de pluie
et d'orage, cette rivière est colorée en rouge par des terres composées
de schiste rougeâtre, qui s'éboulent: des montagnes de Gabedaille et de
Peyrenère: au reste les eaux du Gave profondément encaissées dans leur
lit ne peuvent plus contribuer à la fecondité des plaines qu'elles ont
formées.
«On observe, en suivent cette rivière que lorsque les montagnes courent
parallèlement, les angles faillans qu'elles forment correspondent aux
angles rentrans; cette règle générale sert à établir que les vallées des
Pyrénées, qu'il faudroit plutôt appeler _de gorges_ puisqu'elles n'ont
qu'une demi-lieue dans leur plus grande largeur, sont l'ouvrage des
eaux; mais doit on les ranger parmi celles que M. de Buffon a démontré
avoir été creusées par les courans de la mer, ou les supposer formées
par les torrens qui se précipitent des montagnes?
«Ne croyez pas, dit M. d'Arcet, en faisant mention des vallées des
Pyrénées, que les eaux aient pris ces routes parce qu'elles les ont
trouvées frayées antérieurement à leur cours; ce sont les eaux même
d'en-haut, qui, se ressemblant peu-à-peu, se sont ouvert de force ces
passages: elles se sont creusé ces lits dans le temps passés, comme
elles les creusent encore tous les jours. _Voyez la Discours sur l'État
Actuel de Pyrénées, p._. 10.
(p. 86.) «Les pierres que les eaux du Val de Canfrac entraînent, sont
rarement usées dans leurs angles; on en trouve peu dont la figure soit
arrondie, comme celle des pierres que roulent les torrens de la partie
septentrionale des Pyrénées; le sol des environs de Jacia, plus élevé
que celui des plaines du côté de la France, s'oppose a ce qu'elles
soient emportées à d'assez grandes distances, et avec la rapidité
necessaire pour recevoir, par un long frottement, une figure arrondie:
on ne voit point de pierres roulées dans les plaines qui entourent cette
ville, les bancs calcaires ne sont couverts que d'une croûte de terre
peu épaisse; un telle formation diffère de celle qu'on observe au
pied des monts Pyrénées, du côté de la France, ou le sol de plusieurs
contrées est composé des débris que les rivières y ont déposés[6];
une partie de l'Égypte, selon Hérodote, a été pareillement formée des
matières que le Nil y a apportées; Aristotle la nomme l'ouvrage du
fleuve: c'est pourquoi les Éthiopiens se vantoient que l'Égypte leur
étoit redevable de son origine. Les habitans de Pyrénées pourroient
dire la même chose de presque toutes les contrées situées le long de la
chaine septentrionale, depuis l'océan jusqu'à la Méditerranée, et qui
forment cette espace d'isthme qui sépare les deux mers: c'est ainsi que
la nature change continuellement la surface de notre globe; elle élève
les plaines, abaisse les montagnes; et l'eau est principal agent qu'elle
emploie pour opérer ces grandes révolutions; il ne faut que du temps,
pour que le mot de Louis XIV. à son petit-fils, se réalise. La postérité
pourra dire un jour; _il n'y a plus de Pyrénées_. On conçoit combien
cette époque est éloignée de nous. M. Gensanne a trouvé, par des
observations qu'il pretend non équivoques, que la surface de ces
montagnes baisse d'environ dix pouces par siècle; ainsi, en les
supposant seulement de quinze cens toises au-dessus du niveau de la mer,
et toujours susceptibles du même degré d'abaissement, il s'écoulera un
million d'années avant leur destruction totale.»
[Footnote 6: The notion, that the water-worn gravel, which we so
frequently find upon the surface of the earth, had been the effect of
rivers transporting the rocks and stones, is not accurate or in perfect
science. That stones are thus continually transported is certain; it is
also indisputable, that in this operation they are broken and worn
by attrition, more or less; but, that angular stones of the hardest
substance are thus made into that round gravel, which we find so
abundantly in many places forming the soil or loose materials of the
surface, is a conclusion which does not necessarily follow from
the premises, so far as there is another way of explaining those
appearances, and that by a cause much more proportioned to the effect.
The view which I take of the subject is this; first, that those
water-worn materials had their great roundness from the attrition
occasioned by the waves of the sea upon some former coast. Secondly,
that, after having been thus formed by agitation on the shores, and
transported into the deep, this gravel had contributed to the formation
of secondary strata, such as the puddingstone which has been described
in Part I. Chap 5, and 6; and, lastly that it has been from the decay
and resolution of those secondary strata, in the wafting operations of
the surface, that have come those rounded siliceous bodies, which could
not be thus worn by travelling in the longest river.]
I do not know in what manner M. Gensanne made his calculation; I would
suspect it was from partial, and not from general observations. We have
mountains in this country, and those not made of more durable materials
than what are common to the earth, which are not sensibly diminished
in their height with a thousand years. The proof of this are the Roman
roads made over some of those hills. I have seen those roads as distinct
as if only made a few years, with superficial pits beside them, from
whence had been dug the gravel or materials of which they had been
formed.
The natural operation of time upon the surface of this earth is to
dissolve certain substances, to disunite the solid bodies which are not
soluble, but which, in having been consolidated by fusion, are naturally
separated by veins and cutters, and to carry those detached bodies, by
the mechanic force of moving water, successively from stage to stage,
from places of a higher situation to those below.
Thus the beds of rivers are to be considered as the passages through
which both the lighter and heavier bodies of the land are gradually
travelling; and it is through them that those moveable bodies are from
time to time protruded towards the sea shore. But, in the course of
rivers, it often happens that there intervenes a lake; and this must be
considered as a repository for heavy bodies which had been transported
by the force of running water, in the narrow bed through which it was
obliged to pass; for, being arrived in the lake, the issue of which
is above the level of its bottom, the moving water loses its force in
protruding heavy bodies, which therefore it deposits. Thus the bottom of
the lake would be filled up, before the heavy materials which the river
carries could be made to advance any farther towards the sea.
Reasoning upon these principles, we shall find, that the general
tendency of the operations of water upon the surface of this earth is to
form plains of lakes, and not, contrarily, lakes of plains. For example,
it was not the Rhône that formed the lake of Geneva; for, had the lake
subsisted in its present state, while the Rhône had transported all the
matter which it is demonstrable had passed through that channel from the
Alps, the bed of the lake must have been made a plain through, which the
river would continue to pass, but in a changing channel, as it does in
any other plain. We are therefore led to believe, that the passage of
the Rhône through the lake, in its present state, is not a thing of long
existence, compared with the depredations which time had made by that
river upon the earth above the lake. But how far there are any means for
judging, with regard to the causes of that change which must have taken
place, and produced the present state of things about this lake, can
only be determined by those who have the proper opportunity of examining
that country.
If lakes are not in the natural constitution of the earth, when this is
elevated from the sea into the place of land, they must be formed by
some posterior operation, which may be now considered.
There are in nature, that is, in the natural operations of the globe,
two ways by which a lake may properly be formed in a place where it had
not before existed. One of these is the sliding or overshooting of a
mountain or a rock, which, being undermined by the river, and pressed by
its weight, may give way, and thus close up the defile through which the
river had worn for itself a passage. The other is the operation of an
earthquake, which may either sink a higher ground, or raise a lower, and
thus produce a lake where none had been before. To which, indeed, may be
added a third, the dissolution of saline or soluble earthy substances
which had filled the place.
So many must have been those alterations upon the surface of the earth
which we inhabit, and so short the period of history by which, from the
experience of man, we have to judge, that we must be persuaded we see
but little of those operations which make any sensible change upon the
earth; and we should be cautious not to form a history of nature from
our narrow views of things; views which comprehend so little of the
effects of time, that they may be considered as nothing in the scale by
which we are to calculate what has passed in the works of nature.
To form an idea of the quantity of the solid land which has been carried
away from the surface of the earth, we must consider our land, with the
view of a mineralist, as having all the soil and travelled materials
removed, so as we might see the terminations of all the strata, where
these are broken off and left abrupt. Now, the generality of those
strata are declined from the horizontal plane in which they had been
formed, and shew that the upper extremity had been broken off and
carried away; and the quantity of that which has been carried away,
since the time of the formation of those strata, so far as may be judged
from the nature and situation of what remains, must be concluded as very
great. This is best to be observed in mountainous countries, where not
only the causes of this destruction of the land are more powerful, but
the opportunities of investigating the effects more frequent, from the
washing away of the loose soil or covering.
The correspondent angles of the valleys among mountains is a subject
of this nature, in which may be perceived a visible waste of the solid
mountain which has those correspondent angles. I am happy to have an
authority so much better than my own observations to give on this
occasion, where the question relates to what is common or general in
these appearances. It is that of M. de Luc, Lettres Physique et Morales,
tom. 2. p. 221. «Mais avant de finir sur les montagnes _primordiales_,
il faut que je revienne à ces _angles saillans et rentrans
alternativement opposés_, qui lorsque Mr. Bourguet les annonça, firent
un si grand bruit parmi les naturalistes qu'on ne douta plus que toutes
les montagnes ne fussent l'ouvrage de la _mer_. Voici ce que c'est que
ce phénomène prétendu démonstratif.
«Lorsqu'on voyage dans les vallées, on va ordinairement en tournoyant;
et quand un angle saillant oblige à courber la route, on trouve assez
souvent un angle rentrant qui lui fait face, et la vallée conserve à
peu près la même largeur. M. Bourguet ayant fait cette remarque, et
considérant que les bords opposés d'une rivière qui serpente, offrent la
même opposition des angles saillans et rentrans, en conclut en général,
que les montagnes avoient été formées par les courans de la mer.
«Si toutes les montagnes, et les _Alpes_ par exemple, avoient tous les
autres caractères qu'exige une telle formation celui-là sans doute ne
paroîtroit pas les contredire; et l'on ne peut même disconvenir, qu'au
premier coup d'oeil, ces zig-zags ne ressemblent beaucoup aux effets des
eaux courantes. Cependant ce caractère appartient bien plus aux eaux qui
se frayent une route, qu'à celles qui font des dépôts. Un rivière qui
creuse son lit, se détourne à la rencontre d'un obstacle, et ronge le
côté opposé; c'est ce qui produit ses méandres. Mais on ne voit point
les mêmes causes de zig-zags dans les courans au sein de la mer; à moins
qu'il n'y ait déjà des montagnes.
«En effet si l'on considère les montagnes et les collines qui par leurs
couches et les corps étrangers qu'elles renferment, montrent sans
équivoque qu'elles sont l'ouvrage des eaux, on les trouvera le plus
souvent rangées sans ordre. Quelquefois elles ne paroissent que des
monceaux posés çà et là; comme dans une grand partie du _Piémont_. Ou
si elles sont sous la forme de chaînes continues, on y trouve peu de
parallélisme, c'est-à-dire de ces angles rentrans opposés aux angles
saillans: tel est le Jura.
«Mais si les courans de la mer ont trouvé des montagnes toutes faites,
et qu'ils les ayent traversées, dans quelque sens que ce soit; ils se
sont frayé des routes dans les endroits où la resistance étoit moindre,
et ont rongé les bords de leurs canaux à la manière des rivières. On
doit donc y trouver du parallélisme.
«Si maintenant on considère la chaîne des _Alpes_, on verra qu'elle
répond fort bien à cet effet naturel. Quoique ces montagnes forment une
chaîne dans leur ensemble, leurs parties supérieures ne montrent aucune
sorte d'arrangement particulier, aucune trace de zig-zags: c'est dans
le fond des grandes vallées, ou dans les coupures qui servent à
l'écoulement des eaux, que ce parallélisme des côtés opposés se
remarque; quoiqu'avec bien des exceptions. Et ce qu'il y a de plus
important à considérer, c'est que ces grandes vallées ou les angles
saillans et rentrans forment l'engrènement le plus sensible, coupent
ordinairement la chaîne en travers, au lieu de la suivre; ce qui annonce
plutôt destruction qu'édification.
«Ainsi _les angles saillans et rentrans alternativement opposes dans les
vallées des montagnes_, peuvent bien contribuer à prouver qu'elles ont
été toutes sous les eaux de la _mer_; mais non que la mer les aît toutes
faites. C'est ici donc un nouvel exemple de la nécessité de considérer
attentivement les idées qui paroissent le plus naturelles au premier
coup d'oeil: car cet aperçu étoit bien un de ceux qu'on est tenté
d'admettre sans examiner autre chose que la vérité du fait.»
Here we have the testimony of this author concerning the nature of those
causes by which the shape of the surface of the earth, in those regular
appearances of corresponding parts, had been determined, viz. That these
had been destroying operations, and not those by which the mountains had
been formed. We differ, however, from this naturalist with regard to
the particular agent here employed. It will be shown, in a subsequent
chapter, that there is almost as little reason to conclude from this
appearance, that the space between the correspondent angles had been
hollowed by the currents of the sea, as that those angles had been
formed by matters deposited in that shape and situation.
Farther, treating of the calcareous mountains, the same author observes,
(Lettre 38. p. 229.)
«Cette chaîne extérieure des _Alpes_ évidemment d'origine _marine_, a
cependant des caractères qui la distinguent de la plupart des autres
montagnes de la même classe; et ces caractères semblent annoncer plus
d'antiquité. Je crois d'abord pouvoir les regarder comme les montagnes
_secondaires_ les plus hautes de notre continent. (Je ne parle ici que
des montagnes marines.) Ensuite leur destruction est beaucoup plus
grande que celle d'aucune autre montagne de ce genre qui me soit
connue: car elles sont presque aussi couronnées de pics que les _Alpes
primordiales_; et ces _pics_, étant par _couches_, montrent des restes
d'anciens sommets qui devoient avoir une grande étendue. Ce qui, joint
à quelques dérangemens dans leurs couches, paroît indiquer que ces
montagnes ont été exposées plus longtemps que la plupart des autres
montagnes _secondaires_, aux revolutions qu'essuyoit le fond de la
_mer_; et qu'elles en sont sorties déjà fort altérées.»
There is at present no question concerning the particular shape in which
the mountains of the earth had come out of the waters of the sea. We
are considering the wasting of those mountains, in being exposed to the
atmosphere and waters of the earth; and the operation that the sea may
have had upon their surface, is a subject for judging of which we have
not the smallest data, unless by taking the thing for granted, or
supposing that the present state of things is that former shape after
which we inquire. Now, this is a species of reasoning that M. de Luc
would certainly explode; for he admits, as we shall afterwards find,
great changes among the mountains of the Alps, from the influences of
the atmosphere, perhaps more rapid changes than we are disposed to
allow. Therefore, to call in the aid of the ocean, for the degradation
of these secondary calcareous mountains, holds of no reason that I can
see, unless it be that of diminishing the time which otherwise would
have been required in bringing about those changes by the atmosphere
alone.
To conclude: Whether we examine the mountain or the plain; whether we
consider the degradation of the rocks, or the softer strata of the
earth; whether we contemplate nature, and the operations of time, upon
the shores of the sea, or in the middle of the continent, in fertile
countries, or in barren deserts, we shall find the evidence of a general
dissolution on the surface of the earth, and of decay among the hard
and solid bodies of the globe; and we shall be convinced, by a careful
examination, that there is a gradual destruction of every thing which
comes to the view of man, and of every thing that might serve as a
resting place for animals above the surface of the sea.
CHAP. V.
_Facts in confirmation of the Theory respecting the Operations of the
Earth employed in forming Soil for Plants._
I have distinguished the mineral operations of the earth, by which
solid bodies are formed of loose materials, as well as the resolving or
decomposing operations which are proper to the surface exposed to the
sun and atmosphere. I have also pointed out the end or intention of
those several operations, and likewise the means by which they have been
brought about. We may now turn our view to that part of the system in
which an indefinite variety of soils, for the growth of plants and life
of animals, is to be provided upon the face of the earth, corresponding
to that diversity which, in the wisdom of nature, has been made of
climates.
In this last view, now to be considered, some confirmation should be
given to the Theory, in finding the soil, or travelled materials upon
the surface of the land, composed of earth, that is, of sand and
clay, of stones and gravel; the earth and stones as arising from the
resolution and separation of the solids in the neighbourhood of the
place; the gravel, again, as having often travelled from more distant
parts.
It would be very improper to adduce any example of a particular, where
the force of the argument lies in the generality alone. It is enough
to have mentioned the facts which are to be examined: Every person of
inquiry and observation will judge for himself how far those facts are
true.
But there is one general remark that may be made on this occasion, where
the operations of the surface are concerned, and which may assist the
investigation of this subject; it is with regard to the gravel or stones
worn by attrition, which may have come from a distance. In proportion as
hard and insoluble stones are near to their natural beds, they will be
found with the sharp angles of their fracture, unless there may have
been a cause of agitation and attrition on the spot; they will also be
in greater quantity, _cet. par._ in this place; whereas the farther they
may have travelled, they will naturally incline to be more rounded, and,
in equal circumstances, will always be more scarce.
We have thus principles by which to judge of every appearance in
relation to the travelled materials of our soil. When, for example, we
find an immense quantity of the hardest stones worn round by attrition,
and collected not far distant from their native place, we cannot suppose
that they have acquired their shape by the attrition in the distance
they have travelled, but in an agitation which they must have received
nearly in the place from whence they came. Such is the gravel in the
chalk country of England. Around London, in all directions, immense
quantities of gravel are round, which consists almost entirely of flint
worn or rounded by attrition; but this is the very centre of the chalk
country, at least of England; and no doubt the same appearances will be
found in France. We must therefore conclude, that the south of England
was under water when that gravel was formed; and that immense quantities
of the chalk above had been destroyed by the agitation of the sea in
preparing such quantities of gravel which still remain upon the land;
besides the immense quantities which must have been dispersed all around
during the operation, as well as carried into the sea by the rivers
since the elevation of our land. It is not uncommon to find this gravel
twenty or thirty feet deep; and masses are found of much greater
thickness. Were these masses of gravel formed in a deep hollow place,
they would draw to no conclusion beyond the appearance itself; but they
are, on the contrary, in form of hills; and therefore they serve as a
kind of measure or indication of what had been carried away when these
were left remaining.
We may observe a series or a progress in those forming and destroying
operations, by which, on the one hand, the flinty bodies, already formed
in the mineral region, were again destroyed, in being diminished by
their mutual attrition; and, on the other hand, those diminished bodies
were again consolidated into one mass of flinty stone, without the
smallest pore or interstice. This example is to be found in the
puddingstone of England. It consists of flint pebbles, precisely like
Kensington gravel, penetrated or perfectly consolidated by a flinty
substance. Here are the two opposite processes of the globe carried
on at the same time and nearly in the same place. But it must be
considered, that our land was then in the state of emerging from the
sea, and those operations of subterranean fire fit for elevating land
was then no doubt exerted with great energy; at present, no such thing
appears in this place. But, from the momentary views we have of things,
it would be most unphilosophical to draw such absolute conclusions.
The argument now employed rests upon the identity of the substance of
the gravel with that of the entire flint, which is found in the chalk
country; and it goes to prove that the sea had worn away a great deal of
that chalk country above the place upon which this body of gravel is now
resting; consequently that the sea had formerly flowed over that
country covered with gravel, and had dispersed much of that gravel in
transporting it to other regions, where that species of flint was not
naturally produced. By a parity of reasoning, the gravel produced in
the neighbouring regions, and which would be proper to those places,
as consisting of their peculiar productions, must have been likewise
dispersed and mixed with the surrounding bodies of gravel. But as in the
country of which we are now treating, there are considerable regions,
the different productions of which are perfectly distinct, we have a
proper opportunity of bringing those conclusions of the theory to the
test of observation.
For this purpose, let us examine the different countries which surround
the chalk regions of England, France, and Flanders; if the gravel upon
those neighbouring countries contain flint which the country does not
naturally produce; and if the mixture of this flint among the gravel,
which is proper to the country itself, be with regard to quantity in
proportion to the vicinity of the flint country, the Theory will then be
confirmed; and there is no doubt that this is so. On the other hand, let
us examine the gravel about London, which is far distant from any place
that produces quartz; if we shall find a very small proportion of quartz
gravel in this flinty soil, we may be assured that the quartz has
travelled from a distance, and that the Theory is thus approved. This is
actually the case, and I have seen puddingstone containing quartz gravel
among the flint.
In confirmation of this view of the travelled soil, it may be observed,
that in lower Saxony about Hamburgh, and for a great way to the
south-west, the gravel is mostly of broken flint, such as is around the
chalk countries: Yet it is at a distance from the chalk of Flanders;
there is however at Luxemburgh chalk with flint, the same as in England
and France. Therefore the flinty soil of that country, in like manner,
demonstrates the great destruction of the solid parts, and illustrates
the formation of soil by the remainder of the hard parts below, and the
alluvion of other parts.
There is most undoubted evidence that the solid body of our land had
been formed at the bottom of the sea, and afterwards raised above the
surface of the water; but, in the case which has now been described,
it appears that the travelled soil of the surface of our land had been
lately under the surface of the sea. We have thus therefore traced the
different steps in the operations of nature, of which the last step
may be considered as thus exposed to our view almost as much as the
operations of man in building the Pyramids of Egypt. But surely there
are other documents to be found in examining the different coasts of
this island with attention; and there must be a consistency in the
general appearance which never fails to attend on truth.
From the south to the north of this island, there are, in many places,
the most evident marks of the sea having been upon a higher level on
the land; this height seems to me to amount to about 40 or 50 feet
perpendicular at least, which the land must have been raised. Some of
those facts may now be mentioned.
Upon the banks of the Thames, I have found sea shells in the travelled
soil a considerable height above the level of the sea. In low Suffolk
there are great bodies of sea shells found in the soil which the farmers
call _crag,_ and with it manure their land. I do not know precisely the
height above the sea; but I suppose it cannot exceed 100 feet. In
the Frith of Forth there are, in certain places, particularly about
Newhaven, the most perfect evidence of a sea bank, where the washing of
the sea had worn the land, upon a higher level than the present. The
same appearance is to be found at Ely upon the Fife coast, where the sea
had washed out grottos in the rocks; and above Kinneel, there is a bed
of oyster shells some feet deep appearing in the side of the bank, about
20 or 30 feet above the level of the sea, which corresponds with the old
sea banks. I have seen the same evidence in the Frith of Cromarty, where
a body of sea shells, in a similar situation, was found, and employed
in manuring the land. There are many other marks of a sea beach upon a
higher level than the present, but I mention only those which I can give
with certainty.
We have been considering an extensive country more or less covered with
gravel; such is England south of Yorkshire; both upon the east and west
sides of the island. This country having no high mountainous part in the
middle, so as to give it a considerable declivity towards the shores and
rivers, the gravel has remained in many places, and in some parts of
a considerable thickness. But in other parts of the island, where the
declivity of the surface favours the transportation of gravel by the
currents of water, there is less of the gravel to be found in the soil,
and more of the fragments of stone not formed into gravel. Still,
however, the same rule holds with regard to tracing the gravel from its
source, and finding particular substances among the gravel of every
region, in proportion to the quantity of country yielding that
substance, and the vicinity to the place from whence it came.
Here are principles established, for the judging of a country, in some
respects, from a specimen of its gravel or travelled stones. In this
manner, I think, I can undertake to tell from whence had come a specimen
of gravel taken up any where, at least upon the east side of this
island. Nor will this appear any way difficult, when it is considered,
that, from Portland to Caithness or the Orkneys, there are at least ten
different productions of hard stone in the solid land which are placed
at proper distances, are perfectly distinguishable in the gravel which
is formed of them, and with all of which I am well acquainted. Let us
suppose the distance to be 600 miles, and this to be divided equally
into 10 different regions of 60 miles each, it must be evident that we
could not only tell the region, which is knowing within 60 miles of the
place, but we could also tell the intermediate space, by seeing an equal
mixture of the gravel of two contiguous regions; and this is knowing
within 30 miles of the place. If this be allowed, it will not seem
difficult to estimate an intermediate distance from the different
proportions of the mixed gravel. This is supposing the different regions
to be in all respects equal, which is far from being in reality the
case; nevertheless, a person well acquainted with the different extent
and various natures of those regions, may make allowances for the
different known circumstances that must have influenced in those
operations, although it is most probable there will be others which must
be unknown, and for which he can make no allowance.
The author of the Tableaux de la Suisse has entered very much into this
view of things; he has given us some valuable observations in relation
to this subject, which I would here beg leave to transcribe[7].
[Footnote 7: Discours sur l'Histoire Naturelle de la Suisse, p. 27.]
«Nous avons dit précédemment que c'étoit entre Orfière et Liddes que
nous avions vu les derniers granites roulés, on n'en rencontre plus dans
tout le reste de la route jusqu'au haut du Mont St. Bernard. Les rochers
qui dominent ce sommet ne sont pas composés de granites, et quoiqu'on
ne puisse aborder jusqu'à leur plus grande élévation, on peut juger de
leurs espèces, par les masses qui s'en précipitent. D'où peuvent donc
provenir ces masses roulées de granites qui se trouvent jetés et
répandus sur le penchant et au bas de ce mont? Il y a peut-être quelque
montagne ou rocher de granite que nous n'avons pas été à portée de voir:
il faudroit plus d'un mois pour faire un pareil examen et parcourir
les montagnes environnantes, et faute de pouvoir parvenir à certains
sommets, examiner scrupuleusement les fonds pour juger des hauts. De
pareilles recherches sont plus difficiles et plus longues qu'on ne le
croit communement quand on veut réellement voir et observer. Beaucoup de
vallons sont comblés à des hauteurs prodigieuses, par les amas et les
débris provenant des montagnes supérieures: ils cessent d'être des
vallons, pour former ou faire partie de montagnes. Ces déplacement et
des bouleversemens, changeant la direction et le courant des torrens,
entraînent dans des parties bien opposées des débris qu'on croiroit
devoir chercher et trouver ailleurs. On seroit induit en erreur, en
voulant suivre toujours le cours actuel des eaux qui descendent des
montagnes. Ce n'est pas dans cette occasion seul mais l'Allemagne, la
Corse, la Sardaigne, et beaucoup de pays de hautes montagnes, nous out
fourni également des exemples de masses de rochers roulés de différentes
espèces dont il n'existoit pas de rochers pareils, dans toutes les
parties élevées environnantes, à plusieurs lieues, à plusieurs journées
de chemin, et souvent totalement inconnus dans les pays d'alentour.
Si nous avons remarqué les même espèces de rochers faisant corps, et
attachés au sol, à une ou plusieurs lieues de distance; nous avons vu
souvent que des montagnes plus hautes étoient entre ces masses roulées
et les rochers, d'ou on auroit pu supposer qu'elles ont été arrachées:
il repugne à croire que des masses, d'un poids prodigieux, ayent été
transportées et roulées en travers d'un vallon profond, pour remonter
et passer de l'autre côté d'une montagne. Nous abandonnons, a ceux qui
travaillent dans le cabinet, à l'arrangement du globe, la recherche des
moyens que la nature a employé pour produire de pareils effets. Nous
nous contenterons, ainsi que nous avons promis, de rendre compte de ce
que nous avons vu et observé, et d'engager ceux qui auront la facilité
de faire des remarques analogues de constater leurs observations en
indiquant toujours les lieux fidèlement, ainsi que nous le faisions pour
la Suisse.»
Here the experience of our naturalist amounts to this, that, in those
operations by which the solid land is wasted, and the hard materials
worn by attrition and transported, it is not always evident from whence
had come every particular body of stone or mineral which had travelled
by means of water; nor the particular route which, in descending from
a higher to a lower place, the protruded body had been made to take,
although, in general, these facts may be discovered without much
difficulty. Now, this state of things is no other than the natural
consequence of the great wasting of the surface and solid parts of our
land, and the unequal degradation of this surface, by which means the
shape of the earth is so changed, that it would often be impossible,
from the present state, to judge of the course in which many bodies had
been travelled by water.
M. de Saussure has described a very curious appearance of this kind:
It is the finding the travelled materials of Mont Blanc, or fragments
detached from the summit and centre of the Alps, in such places as give
reason to conclude that they had passed through certain openings between
the mountains of the Jura. This is a thing which he thinks could not
happen according to the ordinary course of nature; he therefore ascribes
this appearance to some vast _debacle_, or general flood, which had with
great impetuosity transported all at once those heavy bodies, in the
direction of that great current, through the defiles of the Alps, or the
openings of those mountains.
In giving this beautiful example of the wasting and transporting
operations of this earth, this naturalist overlooks the principles which
I would wish to inculcate; and he considers the surface of the earth, in
its present state, as being the same with that which had subsisted while
those stones had been transported. Now, upon that supposition, the
appearances are inexplicable; for, How transport those materials, for
example, across the lake of Geneva? But there is no occasion to have
recourse to any extraordinary cause for this explanation; it must appear
that all the intervening hollows, plains, and valleys, had been worn
away by means of the natural operations of the surface; consequently,
that, in a former period of time, there had been a practicable course
in a gradual declivity from the Alps to the place where those granite
masses are found deposited. In that case, it will be allowed that there
are natural means for the transportation of those granite masses from
the top of the Alps, by means of water and ice adhering to those masses
of stone, at the same time perhaps that there were certain summits of
mountains which interrupted this communication, such as the Jura, etc.
through the openings of which ridges they had passed.
In this case of blocks of alpine stones upon the Jura, the question is
concerning the transportation of those stones; but, in other cases, the
question may be how those blocks were formed.
That many such blocks of stone are formed by the decay of the rock
around them, is clearly proved by the observations of M. Hassenfratz,
published in the _Annales de Chimie_, October 1791. He has particularly
mentioned a place on the road from Saint-Flour to Montpellier, where an
amazing collection of these blocks of granite is to be seen. It is here
particularly that he observes these blocks to be the more durable parts
which remain after the rock around them is decayed and washed away. The
proof is satisfactory; the operation is important to the present theory;
and therefore I shall give it in his own words.
«Tous les blocs de granit dur dégagés et sortis entièrement des masses
qui forment les montagnes, posent immédiatement sur le granit friable ou
sur d'autres blocs durs qui eux-mêmes sont sur le granit friable.
«Quoique la plupart des blocs de granit dur, que l'on observe sur toute
l'étendue de ce terrain granitique, soient entièrement sortis et dégagés
de la masse de pierre qui forme la montagne, on en rencontre cependant
qui ne sont pas encore tout-à-fait dégagés. Et c'est ici l'observation
essentielle qui conduit directement à l'explication du phénomène de
l'arrangement, de l'entassement, et de _l'amoncellement_ des blocs d'une
manière simple et absolue.
«On voit sur la surface du terrain des portions de blocs durs qui
semblent sortir peu à peu, et se dégager de la masse de granit friable;
celui-ci se décompose et se réduit en poussière tout autour de cette
masse dure que les causes de décomposition du granit friable semblent
respecter.
«Quelques-uns de ces blocs durs, sortans de la montagne granitique, sont
déjà considérable; on distingue qu'ils n'y tiennent plus que par une
très-petite partie; d'autres commencent à paroître se dégager, ils ne
_saillent_, ils ne sortent encore que de quelque pieds, et même de
quelques pouces. Enfin, en examinant soigneusement et attentivement
toute la surface de ce terrain granitique, on apperçoit tous les
intermédiaires entre un bloc de granit dur contenu et enchassé dans la
masse totale du granit friable et un bloc entièrement dégagé.
«Ces observations, suivies avec attention, ne laissent aucun doute que
les blocs de granit que l'on observe sur toute l'étendue de ce terrain
granitique, n'aient fait autrefois partie d'une couche considérable de
granit décomposable qui couvroit ces montagnes et exhaussoit leur sol;
que cette couche, dont il semble impossible d'apprécier la hauteur,
malgré les blocs considérable qui restent et qui attestent son
existence, a été décomposée par l'air et l'intempérie des saisons;
que la poussière, le sable résultans de cette décomposition, ont été
entraînés par les eaux, et déposés à divers points de la surface de la
globe; et que ces blocs ont été peu-à-peu dégagés de la couche, ainsi
qu'il s'en dégage encore tous les jours.»
To enable the reader to form a notion of what these blocks are, I shall
farther give what our author has said in describing this place where
they are found.
«C'est après avoir quitté le terrain volcanique, c'est dans le terrain
granitique que j'ai trouvé des blocs énormes de granit, qui ont fixé mon
attention.
«Toute l'étendue du terrain granitique que j'ai traversée, se trouve
presque couverte de ces masses; les uns sur les sommets des montagnes
les plus élevées, les autres sur la pente et dans les vallées. Plusieurs
de ces masses sont arrangées les uns sur les autres avec un art
inimitable, les autres sont isolées et éparses.
«Peu de ces masses m'ont présenté un spectacle plus beau et plus
imposant que celles que l'on rencontre à 6 heures de marche de S. Flour,
à une petite demi heure avant d'arriver à la Garde.
«Là, sur le sommet d'une montagne, est un amas considérable de blocs de
granit, étonnans par leur volume et leur nombre. La grande route passe
à travers, et circule autour de ces masses que les constructeurs des
chemins n'ont pas osé attaquer.
«Le voyageur est pénétré d'admiration en voyant l'ordre et l'arrangement
symétrique de ces blocs monstrueux par leur masse, et qu'il ne cesse
d'observer en suivant la trace tortueuse du chemin qui les contourne.
«Quelques-uns de ces blocs sont posés purement et simplement les uns sur
les autres, et forment une colonne isolée; le plus gros sert de base, et
les autres, graduellement plus petits, son posés dessus. On voit jusqu'à
trois de ces blocs immédiatement l'un sur l'autre.
«D'autres fois, le bloc qui sert de base est beaucoup plus petit que
celui qui le couvre immédiatement; et s'arrangement de ces deux blocs
présente l'aspect d'un champignon.
«Plus souvent plusieurs blocs séparés les uns des autres, forment la
base, et un ou plusieurs blocs sont posés immédiatement dessus, sans
ordre constant, tantôt inclinés, mais toujours d'une manière stable et
fixe, propre à resister aux plus grands efforts.
«Enfin, par fois, des masses plus petites placées entre les grosses,
semblent assurer la situation fixe de l'ensemble des blocs; mais ces
rencontres sont fort rares.»
Here is a distinct view of this part of nature; a view in which the
present state of things plainly indicates what has passed, without
our being obliged to raise our imagination to so high a pitch as is
sometimes required, when we take the mountains themselves, instead of
these blocks, as steps of the investigation. Here is a view, therefore,
that must convince the most scrupulous, or jealous with regard to the
admitting of theory, first, that those mountains had been much higher;
secondly, that they had been degraded in their present place; thirdly,
that this continent has subsisted in its present place for a very
long space of time, during the slow progress of those imperceptible
operations; and, lastly, that much of the solid parts of this earth has
been thus travelled by the waters to the sea, after serving the purpose
of soil upon the surface of the land.
But though M. Hassenfratz has thus given us a most satisfactory view of
the natural history of those blocks of stone which are now upon or near
their native place, this will not explain other appearances of the same
kind, where such blocks are found at great distances from their native
places, in situations where the means of their transportation is not
to be immediately perceived, such as those resting upon the Jura and
Saleve, and where blocks of different kinds of stone are collected
together. These last examples are the records of something still more
distant in the natural history of this earth; and they give us a more
extensive view of those operations by which the surface of this earth
is continually changing. It is, however, extremely interesting to this
Theory of the Earth, to have so distinctly ascertained some of those
first steps by which we are to ascend in taking the more distant
prospect; and these observations of M. Hassenfratz answer this end most
completely.
Thus all the appearances upon the surface of this earth tend to show
that there is no part of that surface to be acknowledged as in its
original state, that is to say, the state in which it had come
immediately from the mineral operations of the globe; but that, every
where, the effects of other operations are to be perceived in the
present state of things. The reason of this will be evident, when we
consider, that the operations of the mineral kingdom have properly in
view to consolidate the loose materials which had been deposited and
amassed at the bottom of the sea, as well as to raise above the level of
the ocean the solid land thus formed. But the fertility of the earth,
for which those operations were performed, and the growth of plants, for
which the surface of the earth is widely adapted, require a soil; now
the natural, the proper soil for plants, is formed from the destruction
of the solid parts. Accordingly, we find the surface of this earth,
below the travelled soil, to consist of the hard and solid parts, always
broken and imperfect where they are contiguous with the soil; and we
find the soil always composed of materials arising from the ruin and
destruction of the solid parts.
CHAP. VI.
_A View of the Economy of Nature, and necessity
of Wasting the Surface of the Earth,
in serving the purposes of this World_.
There is not perhaps one circumstance, in the constitution of this
terraqueous globe, more necessary to the present theory, than to see
clearly that the solid land must be destroyed, in undergoing the
operations which are natural to the surface of the earth, and in serving
the purposes which are necessary in the system of this living world.
For, all the land of the present earth being a certain composition of
materials, perfectly similar to such as would result from the gradual
destruction of a continent in the operations of the inhabited world,
this composition of our land could not be explained without having
recourse to preternatural means, were there not in the constitution
of this earth an active cause necessarily, in the course of time,
destroying continents.
It is therefore of great importance to this Theory, to show, that the
land is naturally wasted, though with the utmost economy; and that the
continents of this earth must be in time destroyed. It is of importance
to the happiness of man, to find consummate wisdom in the constitution
of this earth, by which things are so contrived that nothing is wanting,
in the bountiful provision of nature, for the pleasure and propagation
of created beings; more particularly of those who live in order to know
their happiness, and who know their happiness on purpose to see the
bountiful source from whence it flows.
We are to conceive the continent of the earth, when first produced above
the surface of the ocean, to be in general consolidated, with regard
to its structure, by the same mineral operations which are necessarily
employed in raising it from its primary situation at the bottom of the
sea, to that in which we now inhabit it.
We are now to consider the purpose of this mineral body, exposed to the
influences of the atmosphere, that so we may see the intention of
its solid composition, as well as that of its resolution, or natural
solubility when thus exposed; and we are to trace the ultimate effects
of this order of action in the economy of the globe, that so we may
perceive the wisdom of nature perpetuating the system of a living world
in an endless succession, of changing perishable forms.
The purpose of the land of this earth, in being placed above the sea
and immersed in the atmosphere, is to sustain a system of plants and
animals. But; for the purpose of plants; there is required a soil;
and, as there is in the vegetable system a vast variety of plants with
different habits or natural constitutions, there is also required a
diversity of soils, in which those vegetable bodies are to be made to
live and prosper. From the bare rock exposed to the sun and wind, to the
tender mud immersed in water, there is a series to be observed; and in
every stage or step of this gradation, there are plants adapted to those
various soils or situations. Therefore nothing short of that diversity
of soils and situations, which we find upon the surface of the earth,
could fulfill the purpose of nature, in producing a system of vegetables
endued with such a diversity of forms and habits.
The soil or surface of this earth is no more properly contrived for the
life and sustenance of plants, than are those plants for that diversity
of animals, which will thus appear to be the peculiar care of nature in
forming a world. Scarce a plant perhaps that has not its peculiar animal
which feeds upon its various productions; scarce an animal that has
not its peculiar tribe of plants on which the economy of its life, its
pleasure, or its prosperity must depend.
If we shall suppose the continent of our earth to be a solid rock,
on which the rain might fall, and the wind and waves might dash
perpetually, without impairing its mass or changing its constitution,
what an imperfect world would we have! how ill adapted to the
preservation of animal and vegetable life! But the opposite extreme
would equally frustrate the intention of nature, in producing
bounteously for the various demands of that multiplicity of species
which the author of this world has thought proper to produce.
For if, instead of a solid rock, we shall suppose a continent composed
of either dry sand or watery mud, without solidity or stability, how
imperfect still would be that world for the purpose of sustaining lofty
trees and affording fruitful soils!
We have now mentioned the two extreme states of things; but the
constitution of this earth is no other than an indefinite number of
soils and situations, placed between those two extremes, and graduating
from the one extreme, in which some species of animals and plants
delight in finding their prosperity, to the other, in which another
species, which would perish in the first, are made to grow luxuriantly.
That is to say, the surface of this earth, which is so widely adapted to
the purpose of an extensive system of vegetating bodies and breathing
animals, must consist of a gradation from solid rock to tender earth,
from watery soil to dry situations; all this is requisite, and nothing
short of this can fulfil the purpose of that world which we actually
see.
We have been representing this continent of our earth as coming out of
the ocean a solid mass, which surely it is in general, or in a great
degree; but we find the surface of this body at present in a very
different state; and now it will be proper to take a view of this change
from solid rock to fertile soil.
Upon this occasion I shall give the description of nature from the
writings of a philosopher who has particularly studied this subject. It
is true that M. de Luc, who furnishes the description, draws, from this
process of nature, an argument for the perpetual duration or stability
of mountains; and this is the very opposite of that view which I have
taken of the subject; but as, in this operation of nature producing
plants on stones, he allows the surface of the solid stone to be changed
into earth and vegetables, it is indifferent to the present theory how
he shall employ this earth and vegetable substance, provided it be
acknowledged that there is a change from the solid state of rock to the
loose or tender nature of an earth, from the state of a body immovable
by the floods and impenetrable to the roots of plants, to one in which
some part of the body may be penetrated and removed.
[8]«Les pluies et les rosées forment partout où elles séjournent, des
dépôts qui sont la première source de toute _végétation_. Ces dépôts
sont toujours mêlés des semences des _mousses_, que l'air charie
continuellement, et auxquelles se joignent bientôt les semences presque
aussi abondantes des _gramens_, qui sont l'herbe dominante de nos
prairies. Ainsi partout où la pluie a formé quelque petit dépôt, il
croît de la mousse ou des _gramens_. Ceux-ci demandent un peu plus
de _terre végétale_ pour croître, ils germent, et se conservent
principalement dans les intervalles et les creux des pierres: mais la
_mousse_ croît bientôt sur la surface la plus unie. Il n'est aucune
pierre long-temps exposée à l'air, qui soit parfaitement polie; l'action
de l'air, du soleil, des eaux, des gelées, detruiroit ce poli quand
il existeroit. Le moindre creux alors reçoit un dépôt de la pluie, et
nourrit un brin de _mousse,_ ces brins poussent des racines; et de
nouveaux jets autour d'eux, qui contribuent à arrêter l'eau de la pluie
et de la rosée, et par ce moyen à arrêter les dépôts Nourriciers.»
[Footnote 8: Histoire de la Terre, Tom. 2. page 26.]
«Quand la mousse a multiplié ses filets, les dépôts s'augmentent plus
rapidement encore; les brins de la _mousse,_ en séchant et pourrissant,
en forment eux-mêmes; car leur substance n'étoit que ces mêmes dépôts
façonnés: d'autres semences charriées par l'air, qui au-paravant
glissaient sur les pierres, parce que rien ne les retenoit, tombent
dans le fond de la _mousse_, et y trouvent l'humidité nécessaire pour
produire leurs premières racines: celles-ci s'entrelassent dans la
_mousse_, où elles se conservent à l'abri du soleil, et sont alors
autant de petites bouches qui pompent les sucs, que l'air, les pluies,
et les rosées y déposent. Ces premières plantes sont foibles, quelque
fois même elles ne parviennent pas à leur perfection: mais elles ont
contribué à fixer la _terre végétable_. En séchant et se décomposant,
elles se transforment en cette _terre_, qui tombe au fond de la
_mousse_, et qui prépare ainsi de la nourriture pour de nouvelles
plantes qui alors prospèrent et fructifient.
«Nous connoissons peu encore ce que c'est que cette _terre végétable_,
ce dépôt des pluies ou en général de l'air. Cependant, en rassemblant
les phénomènes, on peut conjecturer, que la plupart des corps terrestres
sont susceptibles d'être changés en cette substance, et qu'il ne s'agit
pour cette transformation que de les décomposer. J'entends par là une
telle division de leurs parties, que devenant presque des élémens, elles
puissent être intimement mêlées à l'eau, et pompées avec elle par les
tuyaux capillaires des plantes. En un mot, il semble suffisant qu'une
matière puisse entrer en circulation dans les végétaux, pour qu'elle
serve à en développer le tissu, et qu'elle y prenne la figure et les
qualités que chacun de ces laboratoires est propres à produire.
«Nous pouvons accélérer de bien des manières la transformation
des matières terrestres en _terre végétable_. La fermentation, la
calcination, une plus grande exposition à l'air, différens mélanges,
rendent propres à la végétation, des matières qui ne l'étoient par
elles-mêmes: voila ce que peuvent nos soins. Mais l'air travaille sans
cesse et en mille manières. Son simple frottement sur tous les corps, en
enlève des particules si atténuées que nous ne les reconnoissons plus.
La _poussière_ de nos appartemens en est peut-être un exemple. De
quelque nature que soient les corps dont elle se détache, c'est une
poudre grisâtre qui semble être partout la même. La formation de la
_terre végétable_ a probablement quelque rapport à celle-là. Toute la
surface de la terre, les rocs les plus durs, les sables et les graviers
les plus arides, les métaux même, éprouvent l'action _rongeante_ de
l'air et leurs particules atténuées, décomposées, recomposées de mille
manières, sont probablement la source principal de la végétation.
_L'air_ lui-même ainsi que _l'eau_, s'y combinent: beaucoup
d'observations et d'expériences nous prouvent que ces deux fluides
fournissent leur propre substance aux parties solides des végétaux,
et par conséquent à la _terre végétable_ qui les produit et qu'ils
déposent. Quantité de plantes se nourrissent de _l'eau_ seule, et
nous laissant cependant en se séchant, un résidu de matière solide
permanente. _L'air_ aussi se _fixe_ dans les corps terrestres, il fait
partie de leur substance solide; les chimistes savent de plus en plus,
et le _fixer_, et lui redonner son élasticité primitive, par divers
procédés: et avant la multitude d'expériences qui se sont de nos jours
sur cet objet intéressant de la physique, le Dr. Hales avoit montré, que
les végétaux renferment une très-grande quantité _d'air_, qui s'y trouve
sans ressort et comme matière constituante.
«Voila donc probablement les sources où la nature puise peu à peu la
_terre végétable_ dont elle recouvre la surface de nos continens. Ce
sont les particules, peut-être, de tous les corps tant solides que
fluides, extraites ou fixées par des procédés qui les rapprochent
de leurs premiers élémens, et leur font prendre à nos yeux une même
apparence. Ces particules sont ainsi rendues propres à circuler dans
les semences des plantes, à en étendre le tissu à y prendre toutes les
propriétés qui caractérisent chaque espéce, et à les conserver tant
que la plante existe. Ces mêmes particules, après la destruction
des plantes, prennent le caractère général de _terre végétable_,
c'est-à-dire de provision toute faite pour la végétation.