6 août.

Le vent de bout a un peu retardé notre marche. Nous avons maintenant en

vue la terre d’Afrique; à tribord, nous suivons d’assez près la côte

d’Espagne, où viennent s’affaisser brusquement les sierras. Une forte

houle de l’avant nous annonce la lutte entre la Méditerranée refoulée et

l’Atlantique qui verse ses marées chez sa faible rivale. Voici encore

Malaga. Puis les terres se resserrent, les deux continents semblent se

rejoindre. Le temps est devenu magnifique, le ciel est toujours bleu et

le soleil à son coucher jette encore quelques rayons d’or à l’entrée du

détroit. A gauche, sur la côte d’Afrique, c’est Ceuta, place jadis forte

et toujours occupée par les Espagnols, qui en ont fait un pénitencier; à

droite, c’est la pointe d’Europe, figurée par un énorme rocher au sommet

duquel flotte le drapeau dominateur de l’Angleterre.

La _Junon_ arbore les couleurs nationales et signale en même temps son

nom par l’arrangement de quatre pavillons formant ce qu’on appelle le

_numéro_ du navire; les dernières lueurs du jour lui permettent de se

frayer rapidement un passage au milieu des nombreux bâtiments et pontons

qui encombrent la rade. Elle s’arrête enfin, l’ancre tombe. Nous sommes

devant Gibraltar.

A bord de la Junon · 第 12 / 38 题