La réserve de Dieu!
Voici peut-être un des mystères les plus profonds et les plus oubliés
qu’il y ait.
Peut-être ce mystère est-il un des plus remplis de lumière, car il est
un des plus remplis d’ombre.
Plus un mystère est impénétrable, plus il est éblouissant.
Plus il est impénétrable en lui-même, plus il pénètre les choses
extérieures; plus il est obscur en lui-même, plus il jette la lumière
hors de lui.
En toutes choses, Dieu s’est choisi une réserve.
Quand Dieu a placé Adam dans le Paradis, il lui a donné tous les fruits
excepté un.
En Jésus-Christ, disent les écrivains ascétiques, Dieu qui donnait son
fils aux hommes, s’est réservé la profondeur inconnue de sa vue
intérieure, sa plus secrète, sa plus inouïe, sa plus ineffable, sa plus
profonde adoration.
Ni les hommes, ni les anges n’ont vu le fond de ce cœur. Dieu se
réservait à lui seul ce secret.
Après le Déluge, Dieu donne à Noë, tous les animaux comme à Adam tous
les fruits: car, la viande devenait utile à l’homme; mais l’exception
suit la loi comme l’ombre suit le corps, excepté ceci:
Vous ne mangerez pas la chair avec le sang, et dans le Lévitique: celui
qui aura mangé le sang mourra.
* * * * *
Tous les fruits étaient permis, excepté un.
L’attentat est consommé; toutes les filles d’Ève sont conçues dans le
péché excepté UNE.
Le fruit défendu était une exception dans l’Éden. La conception
souillée, qui est la loi introduite par le péché, rencontre une
exception en dehors de l’Éden, et voici la Vierge Marie.
Admirez le parallélisme!
Il n’y avait qu’un fruit défendu, et après la catastrophe paradisiaque,
il n’y a qu’une femme conçue sans péché.
Dieu, disent les écrivains ascétiques, s’est reposé en Marie. Il voulait
pouvoir dire à une fille d’Ève:
Tu es toute belle, ma bien-aimée, et aucune tache n’est en toi.
Il voulait qu’une préservation absolue lui réservât intégralement celle
qui devait être VIERGE au delà de toute idée.
Il voulait que la Vierge fût dans le cas inconnu et mystérieux que la
tradition catholique connaît et proclame.
Il voulait qu’elle fût l’anathème (c’est-à-dire place loin de).
L’anathème est dans le désert, et saint Jean a vu la femme voler dans
son lieu, voler au désert, portée par deux grandes ailes d’aigle.
Et il l’a vue un dimanche.