MOURRA.

Les mystères abondent ici.

Nous sommes entourés d’étonnements.

Commençons par celui qui est le plus accessible à l’esprit humain, et

étonnons-nous d’abord de l’oubli où ces paroles sont laissées.

* * * * *

_La peine de mort, en tant que peine légale et judiciaire appliquée par

l’homme à la violation du Sabbat, est abolie._

* * * * *

Nous parlons ici de la peine de mort dont Dieu se réserve à lui seul

l’application. Cette mort mystérieuse, dont la menace dure toujours, est

directement donnée par la main de Dieu qui pénètre partout, au ciel, sur

la terre et en enfer, et que personne ne peut fuir.

* * * * *

La première sentence a été portée contre Adam et le genre humain. La

menace a été suivie d’effet.

Le châtiment est trop énorme pour pouvoir être raconté ou pensé. Il est

universel, il est terrible. Il pèse sur nous d’un poids qui ne se peut

pas dire.

Or, la même formule, la même sentence est prononcée dans les mêmes

termes une autre fois.

Il semble que le genre humain n’aura pas assez de toutes ses forces, de

tout son esprit, de tout son cœur et de toute son âme pour écouter et

pour trembler.

Non, le genre humain ne fait aucune attention: il ne remarque même pas

que la même bouche a proféré les deux sentences.

* * * * *

L’homme a confondu le Dimanche avec les autres jours, comme Adam avait

confondu l’arbre fatal avec les autres arbres.

Le premier châtiment n’a pas même éveillé l’esprit de l’homme sur la

seconde menace.

* * * * *

Il ne faut pas lâcher prise, il faut constater solennellement, il faut

regarder en face ce fait.

* * * * *

La catastrophe paradisiaque a un pendant dans l’histoire.

Dieu s’est servi deux fois des mêmes termes. Il a fait deux fois la même

menace, se servant des mêmes paroles, pour _se réserver une certaine

chose_.

Et l’épouvantable suite de la première transgression n’ouvre pas les

yeux des hommes sur les suites de la seconde.

Et le voile qui est devant leurs paupières les empêche même d’écouter la

seconde menace, et de constater son identité avec la première, identité

qui semblerait frappante au point de vue de l’érudition, si elle n’était

pas si importante, si décisive, si capitale au point de vue de la vie.

Cette chose qui donne la mort n’a pas l’air d’intéresser les hommes.

* * * * *

Ou je me trompe infiniment, ou l’identité des deux menaces découvre

entre les deux objets de la menace, entre les deux attentats, quelque

lien trop mystérieux pour nos esprits, trop subtil pour nos yeux. Il

doit y avoir là quelque prodige dont la vue nous entraînera quelque jour

à des ravissements inespérés.

* * * * *

Les moins sagaces, les moins pénétrants d’entre les hommes n’ont pu

s’empêcher de remarquer en France que depuis le commencement des

désastres les cloches du Dimanche ont sonné pour la nation de Jeanne

d’Arc le glas funèbre.

La persistance des coups de tonnerre à éclater toujours le Dimanche

frappait tous les regards.

Forbach, Sedan, capitulation de Metz, capitulation de Paris... toutes

les catastrophes mettaient, à s’afficher le Dimanche, une certaine

affectation.

Combien de murailles en France, combien de monuments construits le

dimanche ont été couverts le dimanche par les dépêches fatales!

Combien de murs construits sous les yeux des passants le jour du

Seigneur ont étalé le même jour, aux yeux des mêmes passants, l’histoire

des ruines qui se faisaient!

Le jour du Seigneur · 第 10 / 28 题