NOTRE ARMÉE NOIRE

_(Voir la gravure de première page.)_

Au moment où se pose, de façon impérieuse, la question de l'augmentation

de nos effectifs militaires, on va fatalement être amenés à se

préoccuper de l'utilisation, meilleure et plus complète, des troupes

africaines, de ces tirailleurs sénégalais, qui rendent déjà, au Maroc,

de signalés services.

La souplesse merveilleuse avec laquelle ces soldats excellents

s'adaptent aux nécessités de leur métier les rend précieux, en campagne.

Nuls autres ne sont plus «débrouillards»; et ceux qui, dans les camps

marocains les plus inhospitaliers les ont vus entre deux de ces combats

où ils montrèrent toujours une si belle crânerie, s'organiser, bâtir

leurs cases, toujours les premiers et les plus confortablement

installés, ingénieux à découvrir partout d'inattendues ressources,

ceux-là conservent d'eux un amusant et bien sympathique souvenir.

Le cliché qui nous a fourni l'illustration de notre première page montre

un épisode très particulier de leur existence aventureuse: c'est un

débarquement en rade, dans des conditions qui mettent à une rude épreuve

leur agilité et leur entrain, et surtout la bonne humeur résignée de

leurs inséparables compagnes.

Dans un filet, on a entassé les bagages les plus baroques, hardes,

ustensiles de cuisine où le bidon à pétrole, détrônant la classique

calebasse, tient une place si importante. Et les tirailleurs se sont

hissés sur le tout, s'agrippant aux câbles du palan. Leurs femmes, tout

à l'heure, devront se livrer à la même gymnastique, leurs petits au dos.

Puis le treuil est mis en marche et descend, plus ou moins doucement,

cette grappe humaine dans les embarcations roulant et tanguant le long

du bord. Mais plus d'une fois, une houle un peu forte s'élevant

brutalement au mauvais moment, bagages et gens sont projetés sans

ménagement au fond de la chaloupe,--à moins qu'ils ne prennent une

intempestive douche. Et ce sont alors de grands cris, auxquels

répondent, sur le pont, les éclats de rire des camarades attendant leur

tour de descendre par la même voie.

L'Illustration, No. 3653, 1er Mars 1913 · 第 45 / 53 题