Une bien intéressante et sympathique figure vient, de disparaître en la
personne de M. Eugène Thome qui fut, avec son père, le grand
collaborateur et l'homme de confiance d'Haussmann et d'Alphand dans les
grands travaux qui, sous le second Empire, ont transformé Paris.
Le chef de la dynastie, Joseph Thome, né en 1809, dans une petite
commune du Gard, vint à Paris «en sabots», simple tailleur de pierres.
Par son intelligence des affaires et par sa probité, il conquit des
sympathies nombreuses et devint le grand bâtisseur du quartier de
Chaillot.
On le vit bientôt percer puis amorcer par des constructions relativement
cossues tous les nouveaux quartiers: boulevard Saint-Denis, rue
Neuve-des-Petits-Champs, rue du Havre, avenue Gabrielle, avenue de
l'Aima, avenue d'Iéna, rue de Lubeck, avenue Bosquet, rue de Rennes,
etc. Ces immeubles, construits de 1800 à 1880, nous semblent aujourd'hui
de style un peu terne; c'étaient des palais à côté des maisons basses
qu'ils remplaçaient. Le grand entrepreneur inspirait une confiance
illimitée; on raconte qu'un soir le duc de Galliera lui avança 20
millions, demandés à l'improviste et nécessaires pour un cautionnement à
verser le lendemain.
[Illustration: M. Eugène Thome.--_Phot. Mathieu-Deroche._]
M. Eugène Thome, qui vient de mourir, était né à Paris en 1843. Pendant
vingt ans il fut le collaborateur de son père qu'il aida à consolider
une fortune, honnêtement gagnée, d'environ 40 millions. Retiré des
affaires, il s'était adonné à l'agriculture. Ayant acheté, il y a
quelques années, le domaine de Pinceloup, près de Rambouillet, il avait
restauré et transformé cette demeure avec un goût judicieux, s'amusant à
sélectionner et à perfectionner le bétail de la ferme, en même temps
qu'il préparait des chasses princières auxquelles il conviait l'élite de
la société parisienne. M. Eugène Thome était l'oncle de MM. Ernest et
François Carnot.