Nous avons, il y a quelques mois, rappelé l'histoire de Bagatelle ou
«Folie d'Artois», ce souvenir exquis du dix-huitième siècle que, par un
caprice de grand seigneur, le duc d'Artois--plus tard Charles X--fit, en
1777, dessiner et construire en deux mois par l'architecte Bélanger pour
Marie-Antoinette. Nous exprimions alors le voeu que la ville de Paris
réalisât son projet de l'acheter. Nous sommes heureux d'annoncer
aujourd'hui que la Ville vient de terminer les formalités d'acquisition.
Ce domaine de 24 hectares a été payé 6.500.000 francs à l'héritier de
sir Richard Wallace.
Les jardins de Bagatelle restent le seul exemple complet et d'ailleurs
charmant des «jardins pittoresques» qu'on appelait aussi «jardins
anglo-chinois», si à la mode à la fin du dix huitième siècle.
Qu'en fera-t-on?
De tous les projets présentés celui qui semble le mieux s'adapter au
bois de Boulogne, ce cadre élégant de Bagatelle, et au caractère même de
ses jardins nous paraît être celui de M. Forestier, le distingué
conservateur des promenades de Paris.
Son idée consiste, en effet, à utiliser les jardins de Bagatelle tels
qu'ils sont pour en faire au milieu du bois de Boulogne comme un jardin
brillant et paré, dont l'attrait serait d'ajouter à la curiosité que
peut évoquer un souvenir historique l'intérêt de plantes curieuses, de
fleurs rares et nouvelles groupées harmonieusement dans le style du
jardin. Bagatelle deviendrait, comme le jardin de Kew, près de Londres,
un lieu de promenade très agréable où les Parisiens et les étrangers si
amoureux du Bois pourraient admirer, en même temps qu'une jolie «Folie
du dix-huitième siècle» intégralement conservée, les plus beaux produits
de l'horticulture parisienne. Dans le projet de M. Forestier se trouve,
paraît-il, un détail assez intéressant: la création dans le potager de
400 mètres de longueur, d'une immense collection de roses bordée de lis
et de clématites.
Il convient, en effet, de ne pas dénaturer un ensemble d'un tel
caractère qui a eu l'heureuse fortune d'appartenir à des propriétaires
jaloux de nous le conserver intact.
Ainsi, le dernier, sir Richard Wallace n'y occupa jamais moins de vingt
jardiniers qui plantaient chaque année 200.000 pieds de fleurs. En
dehors de ses gens de service et de ses écuries qui n'entrent pas dans
cette somme, l'entretien même de Bagatelle lui coûtait en moyenne 80.000
francs par an.
La température de l'année 1904.
Les années 1903 et 1904 ont été très comparables au point de vue de la
température moyenne: 10°,38 en 1903 et 10°,4 en 1904. L'une et l'autre
de ces températures ont été supérieures à la moyenne normale 9°,7. (Il
s'agit des températures observées au parc Saint-Maur.)
Les températures extrêmes ont été les suivantes, l'année dernière: -7°,1
et +36°,9; en 1903, elles avaient été -9°,3 et 32º,30.
En Algérie, on avait observé 46° à Biskra en 1903 et 44° à Tunis en
1904. Comme températures très basses, Arkhangel avait supporté -35° en
1903 et Haparanda, -36° en 1904. Montpellier a subi, en 1904, la
température la plus élevée qui ait été jamais observée en France, soit
43°,9, le 19 juillet.
Il a plu un peu moins à Paris en 1904 qu'en 1903: 141 jours contre 159;
et 537 millimètres d'eau contre 541. Ces deux années ont été d'ailleurs
sèches, car la moyenne des cinquante dernières années est de 594
millimètres.
LA RECHERCHE DE L'OXYDE DE CARBONE DANS l'AIR.
Bien souvent, à l'occasion de malaises vagues, ou Simplement pour savoir
quelle confiance on peut accorder à tel ou tel appareil de chauffage, le
besoin se fait sentir d'un moyen simple et rapide de déceler la présence
de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone dans l'air.
[Illustration; Le château de Bagatelle au Bois de Boulogne.]
On possédait bien divers petits appareils, assez pratiques pour indiquer
la présence de l'acide carbonique, mais, jusqu'à présent, on n'avait
rien de semblable pour l'oxyde de carbone, bien plus dangereux cependant
que l'acide carbonique.
Or, MM. Lévy et Pécoul viennent de présenter à l'Institut un appareil
qui permet d'apprécier très simplement les quantités même
infinitésimales d'oxyde de carbone pouvant exister dans l'air.
Cet appareil, qui est renfermé dans une caisse peu volumineuse, se
compose d'un aspirateur qui permet de faire passer un volume d'air donné
sur un tube contenant de l'acide iodique. Le tube est chauffé et l'acide
iodique est réduit par l'oxyde de carbone. L'iode est alors mis en
liberté et vient barboter dans un flacon contenant du chloroforme. Ce
liquide se colore en rose plus ou moins foncé suivant que l'iode mis en
liberté arrive plus ou moins abondant.
Ce procédé est très sensible, tout en étant d'une application très
commode: il permet de déceler une proportion de 3/100.000 d'oxyde de
carbone dans certains lieux habités.