M. de Combelaine se rapprocha.

--Dix fois, répondit-il, vous m'avez fait offrir un combat... Je viens

vous dire que je suis à vos ordres...

C'était à ne pas croire à l'impudence de ce misérable, qui, démasqué

enfin, poursuivi, venait proposer un duel, le suprême expédient des gens

d'honneur.

--Vous oubliez, prononça froidement Raymond, que je n'ai qu'à appeler

pour que montent les agents chargés de vous arrêter.

Une convulsion de rage contracta le visage de Combelaine.

--Nous sommes seuls, dit-il, et avant qu'on ne vienne!...

Puis, avec une violence effroyable:

--Il y a des armes, ici!... Avez-vous peur?... Que vous dire pour vous

fouetter le sang!... Faut-il vous rappeler le jardin de l'Élysée?...

Faut-il vous rappeler qu'il n'y a pas une heure, la femme que vous

aimez s'appuyait à mon bras, qu'elle allait être à moi et que je

l'adore!...

Avec un homme de sang-froid il eût perdu son temps...

Mais Raymond frémissait de toutes les colères qu'il avait dévorées

depuis tant d'années; il tressaillait d'une volupté farouche à l'idée de

sentir les chairs du misérable tressaillir sous son fer...

Saisissant donc une épée de combat à une panoplie, il la jeta aux pieds

de Combelaine...

Et, s'emparant de l'épée placée en travers du portrait du général

Delorge, il la tira de son fourreau, scellé de cire rouge, et tomba en

garde en criant:

--Soit!... Un combat, et que Dieu décide!... Défends-toi.

Déjà M. de Combelaine attaquait avec une fureur aveugle, précipitant ses

coups, et c'était effroyable, cette lutte mortelle en un si étroit

espace. La maison entière retentissait des froissements de l'acier, du

choc des meubles renversés, du fracas des mille objets qui, en tombant,

se brisaient, et aussi des rauques clameurs de Combelaine, qui avait

gardé, du temps où il était prévôt on ne sait où, l'habitude de crier

sous les armes...

Pour la seconde fois, Raymond venait d'être touché au cou, et sa

blessure, bien qu'insignifiante, saignait abondamment, lorsque la porte

du cabinet vola en éclats sous le choc d'une épaule d'hercule.

Dans le corridor se pressaient effarés Laurent Krauss, Cornevin, le

docteur Legris, M. de Boursonne, Mme Delorge et le bonhomme

Ducoudray...

--Que personne n'entre! cria Raymond d'une voix terrible, cet homme est

à moi! Cornevin, que personne n'entre!

Ces vingt mots faillirent lui coûter la vie... Combelaine lui portait, à

fond, un coup droit terrible.

Il le para cependant et, sautant de côté, il se trouva placé sous le

portrait de son père... juste dessous...

Et lorsque Combelaine, résolu à se faire tuer pourvu qu'il tuât, se

jetait en avant, c'est le visage du général Delorge qu'il aperçut, c'est

les yeux de l'homme qu'il avait assassiné que ses yeux rencontrèrent...

--Lui!... fit-il, terrifié comme à la vue d'un spectre, lui, le

général!...

Il n'acheva pas.

L'épée de Raymond venait de lui entrer dans la poitrine et ressortait de

trois pouces un peu au-dessous de l'épaule.

Le misérable, lâchant son épée, battit l'air de ses mains, une écume

sanglante frangea ses lèvres, un dernier blasphème s'éteignit dans sa

gorge...

Il tomba, la face contre terre...

Il était mort!...

La dégringolade · 第 155 / 157 题