Considérant son père avec une douloureuse stupeur:
--Mais c'est monstrueux! prononça-t-il.
--Oui, monstrueux, répéta l'ancien architecte, mais Combelaine me
tenait. N'avait-il pas ma correspondance? Et telle était alors la
situation de la Caisse rurale qu'un éclat scandaleux me menait droit à
la banqueroute...
--Quelle honte! murmura Lucien.
--Oh! je ne prétends pas me disculper, poursuivait M. Verdale.
J'explique seulement comment je fus réduit à assister les bras croisés à
l'horrible drame dont l'hôtel de Maillefert a été le théâtre. Si triste
que soit le caractère de la duchesse et de son fils, ils ne purent voir,
sans être troublés, la douleur de Mlle Simone. Comprenant bien que ce
mariage serait la mort de cette pauvre fille qu'ils avaient si
indignement abusée, ils essayèrent d'en détourner M. de Combelaine, et
voyant qu'ils perdaient leurs peines, ils finirent par lui déclarer
qu'ils retiraient leur consentement.
«--Soit! fit-il froidement. On verra alors un duc de Maillefert en cour
d'assises. Cependant, comme je suis bon prince, je vous accorde
quarante-huit heures de réflexion...
«J'étais là. Et, je vous le jure, si j'avais connu un moyen de secourir
ces malheureux, je n'aurais pas hésité à l'employer. Mais je vous le
répète, j'étais aussi menacé qu'eux et c'est avec la rage de
l'impuissance que j'assistai à la scène qui suivit le départ de
Combelaine.
«M. Philippe était comme fou de douleur et de colère. Il n'est pas
corrompu tout à fait, ce pauvre garçon, il est plus écervelé encore que
méchant et, la situation où il voyait sa soeur réveillant en lui tous
les instincts de l'honneur, il délirait.
«Il jurait que ce mariage ignominieux ne se ferait pas, déclarant que,
puisque c'était lui qui avait commis la faute, c'était à lui d'en subir
le châtiment. Il savait bien, disait-il, que rien ne ferait revenir
Combelaine sur sa résolution, mais il s'en moquait, décidé qu'il était à
se brûler la cervelle.
«Je vivrais des siècles que jamais je n'oublierais l'accent de Mlle
Simone répondant à son frère:
«--Si votre mort devait sauver votre honneur, c'est de ma main que je
chargerais vos pistolets, Philippe. Mais vous n'emporteriez pas dans la
tombe le secret de notre honte. On saurait quand même qu'un duc de
Maillefert a été voleur et faussaire... et c'est ce qu'à tout prix, oui,
à tout prix, il faut éviter. Vivez, je saurai faire mon devoir...
«Quant à la duchesse de Maillefert, ce qui surtout la transportait de
rage, c'était la conviction de l'inutilité de sa honteuse supercherie.
Sans voir aussi bien que moi dans le jeu de Combelaine, elle comprenait
fort bien qu'une fois en possession de la fortune de Mlle Simone,
devenue sa femme, il la garderait pour lui seul. Elle se trouvait donc
prise à son propre piège. Pour avoir voulu s'emparer des millions de sa
fille, de ces millions dont le revenu lui avait toujours été
généreusement abandonné, elle s'était ruinée irrémédiablement.
«Peut-être est-ce là ce qui la décida à tout révéler à Mlle Simone, à
lui avouer que Philippe n'était coupable qu'en apparence, que le vol et
les faux n'étaient, dans le principe, qu'une ruse indigne...
«La pauvre jeune fille fut révoltée de cette révélation, et je
l'entendis s'écrier que d'avoir feint un tel crime, c'était pis, à ses
yeux, que de l'avoir commis...
«Cependant, avant de prendre un parti, elle adopta une idée que je lui
avais sournoisement suggérée, et qui était d'essayer d'intéresser à sa
situation le duc et la duchesse de Maumussy. Je savais que Combelaine
avait payé de magnifiques promesses l'indispensable complicité de
Maumussy et de sa femme, et que depuis sa certitude du succès il ne
cherchait plus que le moyen de ne pas les tenir. De là, des rancunes
dont il y avait peut-être, pensais-je, à tirer parti.
«Je me trompais. Sentant mes répugnances à le servir, et que je pouvais
lui manquer d'un moment à l'autre, Combelaine s'était secrètement
rapproché de son ancien complice, et lui avait même attribué un assez
bon nombre des titres volés à la _Caisse rurale_. D'un autre côté, le
temps n'avait fait qu'envenimer la haine de la duchesse de Maumussy.
«La démarche de Mlle Simone ne servit qu'à lui démontrer l'inanité
d'une plus longue résistance. Et le lendemain, Combelaine, triomphant,
me montrait un billet qu'il venait de recevoir de Mlle de Maillefert.
«--Je vous attends, lui écrivait-elle. A une certaine condition que je
vous dirai, je consens.
«Cette condition était qu'avant la célébration du mariage le déficit de
la Caisse rurale serait comblé et qu'on aurait fait disparaître tout ce
qui pouvait accuser M. Philippe. Sans discussion, Combelaine promit tout
ce qu'on voulait, ayant l'intention, il ne me le cachait pas, et aussi
le moyen, affirmait-il, d'éluder ses engagements.
«Je ne pouvais donc, à part moi, qu'approuver M. Philippe, lequel
n'avait plus qu'une idée fixe, qui était de contraindre Combelaine à se
battre avec lui.
«Malheureusement il n'avait, le pauvre garçon, ni l'adresse ni la
patience nécessaires. Et un soir:
«--Je vous vois venir, mon cher, lui dit Combelaine, c'est pourquoi je
vous préviens de ceci. Ne vous mettez jamais dans le cas d'avoir un duel
avec moi, parce que, sur le terrain, c'est le procureur impérial que
vous trouveriez. Je dois épouser votre soeur, donc nous devons être
très bien ensemble. C'est entendu, n'est-ce pas?... nous sommes amis!...
C'était comme un bandeau qui tombait des yeux de Raymond.
Il s'expliquait, à cette heure, les étrangetés de la conduite de Mlle
Simone, ses larmes, ses indignations, l'obstination de son silence, ses
palpitations d'espoir suivies de mortels découragements.
Ayant repris haleine, cependant, M. Verdale poursuivait:
--Je vous rapporte les faits tels que je les ai constatés, brutalement,
mais vous devez penser que Combelaine ne s'était avancé qu'avec beaucoup
de ménagements et en enveloppant d'une savante hypocrisie ses projets
définitifs.
«Par exemple, il subvenait aux dépenses de Mme de Maillefert et de
son fils, dépenses qui continuaient à être excessives, en dépit d'une
situation qui eût dû leur inspirer de désolantes réflexions.
«De là vient qu'entre ces gens qui se méprisaient et se haïssaient si
cruellement, les relations étaient, en apparence, excellentes. A les
voir, on les eût crus intimes, tant chacun voilait ses rancunes et ses
espérances d'une politesse affectueuse. Et on les voyait souvent
ensemble, au Bois, aux courses, aux premières représentations, partout
où court ce monde qui s'ennuie si fort et qu'on appelle le monde qui
s'amuse.
«Seule, Mlle Simone maintenait rigoureusement les conditions du
traité qu'elle avait consenti, lesquelles stipulaient que, jusqu'au jour
du mariage, elle serait libre de ne pas recevoir M. de Combelaine. Elle
restait renfermée chez elle, et c'est seulement par l'indiscrétion des
femmes de chambre que nous savions que sa santé donnait des inquiétudes.
«Eh bien! cette fermeté exaspérait Combelaine, à ce point que je me
demandais si véritablement il n'aimait pas Mlle Simone d'une passion
furieuse, lui qui jamais n'a aimé personne. En songeant qu'elle se
mourait de la seule idée de devenir sa femme, il délirait de colère.
Tantôt il se servait, en parlant d'elle, des expressions les plus
odieuses; tantôt il disait que, pour être à la place de Raymond Delorge,
il donnerait des millions. Enfin, d'autres fois:--N'importe!
s'écriait-il, je l'aurai quand même, cette orgueilleuse; elle vivra bien
jusqu'au jour de notre mariage!...
«Mais ce jour restait à fixer, et je m'en étonnais, quand, observant
Combelaine, il me parut que, pour un homme qui touchait au triomphe, il
était bien sombre et bien préoccupé.
«J'étais malheureusement trop intéressé à son succès, pour ne m'émouvoir
pas de ses inquiétudes. Mais lorsque je lui demandais ce qu'il avait, il
me répondait invariablement: «Rien!» Et quand je cherchais à savoir
pourquoi il ne pressait pas son mariage, il haussait les épaules et
disait: «Parce que...»
«Une lettre que je reçus de Flora Misri me donna le mot de l'énigme.
«Cette fille, qui pendant vingt ans a été l'âme damnée de Combelaine, et
que Coutanceau et moi nous nous sommes amusés à enrichir, ne voulait pas
que son amant épousât Mlle de Maillefert. Il lui avait juré qu'elle
serait sa femme, et elle prétendait l'obliger à tenir sa promesse.
«Elle m'écrivait donc pour m'intéresser à sa cause, me disant que,
dépositaire de tous les papiers de Combelaine, elle les livrerait à la
publicité s'il la trahissait, ajoutant que, parmi ces papiers, se
trouvaient plusieurs lettres de moi particulièrement compromettantes.
«Je ne le savais, pardieu! que trop, puisque ces misérables lettres
étaient la seule cause de mon obéissance.
«Épouvanté, je courus chez Combelaine, et j'y trouvai le duc de Maumussy
et la princesse d'Eljonsen, compromis comme moi, et comme moi menacés
par Flora Misri de voir leur correspondance publiée dans les journaux.
«Le calme et l'assurance de Combelaine finirent par nous calmer et nous
rassurer.
«Il nous affirma que le danger était nul. Flora lui appartenait si
complètement, qu'il était sûr, quoi qu'il advînt, que jamais elle
n'exécuterait ses menaces. Pourtant, cette certitude ne l'avait pas
empêché de prendre ses précautions. Nuit et jour, Flora était épiée par
une demi-douzaine des plus habiles agents de la police secrète, lesquels
avaient ordre, à la moindre apparence de péril, de s'emparer, fût-ce de
force, des papiers.
[Illustration:--Quant à devenir votre femme, jamais!]
«Enfin, il nous donna sa parole d'honneur de ne se pas marier avant
d'avoir toutes nos lettres dans son tiroir.
«Je m'étais donc retiré à peu près tranquille, quand une circonstance
inattendue vint réveiller mes alarmes. La duchesse de Maillefert,
jusqu'alors souple comme un gant entre les mains de Combelaine, un beau
matin se raidit et résista. C'était chez elle. Combelaine parlant
d'arrêter définitivement l'époque de son mariage: «--Oh! rien ne presse,
répondit-elle, un autre jour, plus tard, nous avons le temps...»
«Elle disait cela d'un ton si singulier, que sitôt seul avec Combelaine
je lui en parlai. Il me rit au nez d'abord. Puis, comme j'insistais, il
finit par m'avouer, d'un air soucieux, que c'était à croire que le
diable s'en mêlait, tant il lui surgissait de tous côtés d'obstacles
imprévus. Il n'était pas fort éloigné de croire à des ennemis secrets,
acharnés. Il en arrivait à soupçonner jusqu'à son valet de chambre,
Léonard, en qui jadis il avait toute confiance.
«Et quel ennemi avait-il, assez hardi pour s'attaquer à lui, sinon
Raymond Delorge, l'homme dont il avait tué le père, et auquel il
enlevait une femme adorée?
«--Mais qu'il ne me fasse pas repentir de l'avoir ménagé jusqu'ici,
ajoutait-il, sinon je le brise comme verre. Je le tiens, il fait partie
d'une société secrète, il peut être ce soir en prison, et dans un mois à
Cayenne.
«Malgré tout, il était mal à l'aise, car il me dit qu'il fallait en
finir, qu'il allait revoir Flora, lui reprendre nos lettres et se
marier.
«Le lendemain matin, je le vis arriver ici, pâle comme la mort, et d'une
voix étranglée:
«--Nous sommes flambés! me dit-il. On a volé les papiers!...
Après avoir commencé par perdre la tête et jeter feu et flammes, M.
Verdale, petit à petit, semblait se résigner à sa situation et ne
chercher plus qu'à en tirer le meilleur parti possible.
Maître de soi désormais, ayant recouvré cette éloquence fluide dont il
submergeait les actionnaires de la Caisse rurale, il s'occupait bien
moins d'observer son fils que de guetter du coin de l'oeil le résultat
de sa plaidoirie sur le visage de Me Roberjot, de Raymond et du
docteur Legris.
«Est-il besoin, continua-t-il, de vous dire mon effroi, en apprenant que
toute notre correspondance était aux mains d'un ennemi? Il n'était plus,
selon moi, qu'une planche de salut: la fuite.
«Pardieu! dix ans plus tôt, en 1865 seulement, je n'aurais pas ainsi
jeté le manche après la cognée. L'Empire alors avait la poigne assez
solide pour protéger ses serviteurs, pour faire reconnaître leur
innocence ou jeter sur leurs peccadilles le voile indulgent de l'oubli.
«Mais en 1870, sous le ministère Ollivier, alors que c'était à qui
couvrirait de boue les ouvriers de la première heure, à un moment où
chacun, d'un air béat, célébrait les charmes et les avantages de
l'honnêteté, diable! il n'y avait pas à s'y fier.
«Nos lettres en disaient long sur le chapitre des concessions mises à
l'encan et des pots-de-vin distribués à gros intérêts, et il était clair
que les nouveaux venus au pouvoir saisiraient avec empressement une
occasion de battre la caisse de leur popularité, déjà fort compromise,
sur le dos de leurs prédécesseurs.
«Mon avis était donc de mettre la clef sous la porte et de filer
attendre les événements de l'autre côté de la frontière... Combelaine
malheureusement est un de ces entêtés qui se butent à une idée et qui, à
regarder leur but, s'aveuglent aussi sûrement qu'à fixer le soleil.
«Il me déclara que, la tête sur le billot, il ne céderait pas, que nous
étions trop avancés pour reculer, et que l'audace seule pouvait nous
tirer de ce mauvais pas.
«De l'audace!... Il lui en fallait terriblement, rien que pour parler
ainsi. L'avant-veille, son valet de chambre, Léonard, l'avait quitté,
pour entrer au service d'un Anglais, à ce qu'il avait prétendu, et tout
prouvait que ce brusque départ cachait une trahison.
«N'importe!... Il soutenait que notre partie pouvait être gagnée encore,
un hasard heureux lui ayant appris par qui et comment les papiers
avaient été enlevés.
«L'auteur de ce hardi coup de main était, me dit-il, M. Raymond Delorge.
«--Et c'est heureux, ajouta-t-il, puisque je le tiens, et que ce soir
même il sera hors d'état de nous nuire...
--Et en effet, interrompit rudement Me Roberjot, le soir même, des
assassins se précipitaient sur Raymond, et le frappaient à coups de
couteau...
M. Verdale ignorait-il cette circonstance? On l'eût juré, à la façon
dont il leva les bras au ciel.
--Eh bien! s'écria-t-il, Combelaine est encore plus fort que je ne le
pensais, car il ne m'a rien laissé soupçonner de ce crime si lâche, oh!
rien absolument... Le surlendemain seulement, il m'entraîna chez Mme
de Maillefert, à laquelle il signifia qu'il voulait être marié dans le
plus bref délai.
«--On ne se marie pas en carême, d'ordinaire, lui répondit-elle;
cependant vous êtes le maître, qu'il soit fait selon votre volonté...
«Depuis, je n'ai guère revu Combelaine, tout occupé d'acheter la
corbeille de noces, qu'il veut splendide; mais, à chaque fois, il m'a
répété que nos affaires allaient au mieux, que M. Delorge n'avait pas
fait usage de nos lettres et qu'il était si exactement surveillé qu'on
était sûr de les lui reprendre.
«J'ai donc été surpris comme par un coup de foudre lorsque, hier soir,
j'ai su par mon fils que Philippe de Maillefert était arrêté.
Calme en apparence, M. Verdale devait, au fond, être fort troublé, car
il était bien trop perspicace pour ne pas comprendre que le moment
difficile de l'explication, loin d'être passé, n'était pas venu encore.
--Ainsi, commença Me Roberjot, vous n'êtes pour rien dans
l'arrestation de M. de Maillefert?
L'ancien architecte eut un beau geste de protestation indignée.
--En douteriez-vous donc! s'écria-t-il.
--Eh! eh! fit le docteur Legris.
--C'est qu'alors je me suis mal expliqué, messieurs, oui, bien mal!...
Quoi! vous ne voyez pas qu'en toute cette déplorable aventure, après
avoir été joué, je suis indignement sacrifié!...
--Cependant...
--Oui, sacrifié, car en perdant Philippe de Maillefert Combelaine risque
de me perdre. Depuis que je sais cette arrestation, je suis comme fou.
Elle peut avoir pour moi des suites désastreuses. Philippe est le
sous-directeur de la Caisse rurale, mais j'en suis le directeur, et
c'est sur moi que retombe la responsabilité de sa nomination. Je vais
être appelé en garantie par les actionnaires, tracassé par le juge
d'instruction; la justice va vouloir fourrer le nez dans nos affaires...
Tout cela était fort plausible.
--Et cependant, reprit Me Roberjot, comment se fait-il que M. de
Maillefert, lors de son arrestation, vous ait envoyé dire, aussi bien
qu'à M. de Combelaine, qu'il consent à tout?...
--C'est qu'il me suppose complice de Combelaine.
--A quoi consent-il comme cela?
--Je l'ignore.
--Oh!
--Je vous en donne ma parole d'honneur.
Puis, après un moment de silence employé à peser dans son esprit les
conséquences de ce qu'il allait répondre:
--Ce qui est sûr, ajouta M. Verdale, c'est qu'il y a quatre jours le
mariage tenait plus que jamais. Il tenait si bien que j'ai compté à la
duchesse trente mille francs pour le trousseau de Mlle Simone. D'un
autre côté, par exemple, Combelaine était si mécontent des façons de M.
Philippe à son égard, que dans la soirée du même jour il me dit: «Cet
idiot le prend avec moi sur un ton qui ne me convient pas du tout; je
découvrirais qu'il médite quelque coup de Jarnac que je n'en serais pas
étonné.» Et comme je lui représentais que, pour mater M. Philippe, il
n'y avait qu'à lui refuser de l'argent: «Eh! me répondit-il, voilà le
diable. Il en a, dans ce moment, et je veux être pendu si je soupçonne
où il le prend!...»
Le docteur Legris, Raymond et Me Roberjot échangèrent un rapide coup
d'oeil.
A chacun d'eux, le même nom venait aux lèvres: Laurent Cornevin.
--J'admets toutes vos explications, cher monsieur Verdale, reprit, non
sans une nuance d'ironie Me Roberjot. Seulement, comment les
Maillefert peuvent-ils être si cruellement gênés que vous dites, puisque
Mlle Simone s'est résignée à vendre ses propriétés?
Les yeux de l'ancien architecte vacillèrent.
--C'est que, répondit-il avec un visible embarras, c'est que...
--Mlle Simone garderait-elle l'argent?
--Je ne dis pas cela...
--Alors que devient-il? Car elle vend, nous sommes bien renseignés; nous
avons un ami en Anjou, le baron de Boursonne, et c'est par lui que nous
savons que l'acquéreur des biens de Maillefert, c'est vous, cher
monsieur Verdale...