M. Ducoudray se dressa.

--Eh bien! je le retrouverai, déclara-t-il, et c'est à cette tâche que

désormais je voue ma vie. C'est un drôle de métier que je vais faire,

m'allez-vous dire, un métier de policier. Soit! Je m'en ferai gloire si

je réussis, je n'en rougirai pas si j'échoue. Servir une juste cause,

sous quelque forme que ce soit, est toujours honorable, quoi que

prétendent les gredins. Mais je réussirai. Pourquoi donc un honnête

bourgeois de Paris, qui a eu l'adresse de faire fortune, ce qui n'est

déjà pas si facile, ne serait-il pas aussi adroit que n'importe quel

agent de la préfecture?

Mme Delorge ne pouvait être que bien reconnaissante à M. Ducoudray de

ses généreuses intentions; mais ses regards ne cessaient d'interroger

Me Roberjot.

--Mais nous, en attendant, lui demanda-t-elle, que faire?...

L'avocat eut un geste de découragement.

--Attendre, murmura-t-il; attendre, et espérer...

Cette réponse, Mme Delorge l'avait prévue.

--J'attendrai, dit-elle d'une voix ferme. Mon fils et son ami vous ont

parlé, n'est-ce pas?... Vous avez pu juger, d'après leurs projets, si je

sais m'armer de patience...

L'avocat se retira fort troublé...

Jamais son imagination ne lui avait peint sous des couleurs si

décevantes un mariage avec Mme Delorge.

--Mais comment se faire aimer d'elle? répétait-il, véritablement

désespéré.

Comment?... En vengeant son mari d'abord.

Cette idée, qui le ramenait à sa candidature, devait fatalement lui

rappeler son ami Verdale. Il ne l'avait pas revu depuis qu'il lui avait

confié son titre de rente, mais il ne s'étonnait pas trop de ce retard,

pensant que son agent de change aurait attendu, pour vendre, un moment

favorable.

Ce qui n'empêche qu'il fut assez satisfait, lorsqu'en rentrant chez lui,

son domestique lui remit une lettre dont l'adresse était de l'écriture

de l'architecte incompris. Ayant brisé le cachet, il lut:

«Ami Roberjot,

«Si, au reçu de cette lettre, tu la portes chez le procureur de la

République, il s'empressera de décerner contre moi un mandat

d'amener.

«Et je serai arrêté, jugé et condamné à cinq ans de réclusion, si

je ne réussis pas à passer à l'étranger.

«Grâce à un faux, j'ai décidé ton agent de change à vendre le titre

entier que tu m'avais confié, et je m'en suis approprié le montant,

soit _cent dix-huit mille neuf cent trente et un francs_.

«C'est un indigne abus de confiance, je le sais, mais une occasion

se présentait, si belle, si sûre, si facile de gagner en quinze

jours de trois à cinq cent mille francs, que je n'ai pas su

résister à la tentation... Je te le dis, en vérité, l'occasion est

sûre, il faudrait l'impossible pour que je perde ton argent.

«Et si tu es assez généreux et assez sage pour ne rien dire,

d'aujourd'hui en quinze, je te porterai la moitié de mon gain,

c'est-à-dire une fortune...

La dégringolade · 第 53 / 157 题