_Explication du titre de la seconde section._
L'amitié, la tendresse paternelle, filiale et conjugale, la religion
dans quelques caractères, ont beaucoup des inconvénients des passions;
et dans d'autres, ces mêmes affections donnent la plupart des avantages
des ressources qu'on trouve en soi. L'exigence, c'est-à-dire, le besoin
d'un retour quelconque de la part des autres, est le point de
ressemblance par lequel l'amitié et les sentiments de la nature se
rapprochent des peines de l'amour; et quand la religion est du
fanatisme, tout ce que j'ai dit de l'esprit de parti s'applique
entièrement à elle.
Mais quand l'amitié et les sentiments de la nature seraient sans
exigence, quand la religion serait sans fanatisme, on ne pourrait pas
encore ranger de telles affections dans la classe des ressources qu'on
trouve en soi; car ces sentiments modifiés rendent néanmoins encore
dépendant du hasard. Si vous êtes séparé de l'ami qui vous est cher; si
les parents, les enfants, l'époux que le sort vous a donnés, ne sont pas
dignes de votre amour, le bonheur que ces liens peuvent promettre n'est
plus en votre puissance. Et quant à la religion, ce qui fait la base de
ses jouissances, l'intensité de la foi, est un don absolument
indépendant de nous: sans cette ferme croyance, on doit encore
reconnaître l'utilité des idées religieuses; mais il n'est au pouvoir de
qui que ce soit de s'en donner le bonheur.
C'est donc sous ces différents rapports que j'ai classé le sujet des
trois chapitres que l'on va lire, entre les passions asservissantes, et
les ressources qui dépendent de soi seul.