Depuis le commencement de l'année, la mortalité par la peste a fait, aux
Indes, de tels progrès que le gouvernement anglais a décidé d'en
supprimer les statistiques hebdomadaires.
Au surplus, pour donner une idée de cette aggravation, voici quelques
chiffres caractéristiques:
Années. Nombre de victimes.
1901............... 275.000
1902............... 580.000
1903............... 850.000
1904............. 1.025.000
Le nombre de l'année 1905 sera encore plus effrayant, car, pour les
quatre premiers mois, il atteint déjà 690.000. A ce taux, pour l'année
entière, il sera supérieur à _deux millions_.
Il est admis, paraît-il, que la population indigène est trop nombreuse
et que ce sont là de petites saignées insignifiantes, ne représentant
aucune valeur économique.
Soit: mais il ne faudrait pas fermer les yeux aux inévitables
conséquences de la solidarité.
Bien que les Indes soient très éloignées de nous, le foyer pestilentiel
des Indes finira par devenir tellement actif, qu'à un moment donné, il
ne nous sera plus possible d'en éviter les atteintes.
L'Angleterre a le devoir de travailler avec énergie à éteindre ce foyer;
car, toute considération d'humanité mise de côté, elle prend la
responsabilité des désastres qui se préparent peut-être.
Que veut-on faire, d'ailleurs, avec les 700 médecins du service médical
indien, pour une population de 260 millions d'habitants?