S'il faut en croire Jules César, la Gaule, il y a vingt siècles, était,
au moins dans sa moitié septentrionale, couverte d'une vaste forêt
coupée de quelques marais. Ceci est évidemment une exagération qui ne
peut se concilier avec cette assertion du même César et de Strabon que
la population était très dense. Même en admettant que les vainqueurs
aient exagéré le chiffre de la population vaincue pour accroître leur
mérite, il fallait qu'une partie du sol eût été défrichée pour nourrir
la population. Celle-ci a été évaluée à cinq millions environ pour la
Gaule entière, d'après les contingents qui, au témoignage de César,
furent levés en l'an 52, lors de l'investissement d'Alésia. Pour que la
Gaule pût nourrir une telle population, il faut que la moitié au moins
du territoire fût déboisée. La forêt pourtant était utilisée: on y
faisait paître les troupeaux et nous savons, par Pline et César, que les
essences principales consistaient en sapins, chênes, érables, ormes,
bouleaux, hêtres, etc.
La conquête romaine fut très nuisible à la forêt: les vainqueurs, dans
un but stratégique, firent défricher de vastes étendues. Et, peu après,
la destruction fut accrue du fait de l'immigration de nombreux Germains
qui vinrent s'établir en Gaule et furent les fondateurs des royaumes
primitifs des Wisigoths, des Burgundes et des Francs. Ces immigrants
défrichèrent le sol pour en prendre possession. Mais, avec le
développement du pouvoir royal, l'étendue des forêts fut plutôt accrue:
il fallait laisser au gibier des retraites et ne point mettre en péril
les chasses.
Les moines, par contre, la réduisirent. Et la chose était désirable:
c'est à l'excès de forêts et à l'insuffisance de terres labourables que
sont dues les famines si fréquentes au moyen âge. Des moines donc
accrurent la superficie défrichée et, à la fin du moyen âge, la forêt
occupait encore à peu près le tiers du sol. Après ce moment, elle a
rapidement décliné, d'après M. Huffel, à _l'Économie forestière_ duquel
nous empruntons ces détails. A la fin du dix-huitième siècle, grâce au
progrès de l'agriculture, on put constater, par la carte de Cassini,
qu'il ne restait que 7.026.000 hectares de bois: un septième de la
superficie du sol, la moitié du chiffre obtenu cinq cents ans
auparavant. A la veille de la Révolution, donc, le taux de boisement
était de 15 ou 16%. Actuellement, il est de 18%. La forêt n'a donc pas
diminué au cours des cent dernières années, elle aurait plutôt augmenté.
Lavoisier donnait, en 1789, une superficie de 9 millions d'hectares à la
forêt: en 1892, il faut lui en donner 9.608.635. La répartition de la
forêt dans les différents départements est très inégale, allant de 3,5%
dans la Manche, à 56% dans les Landes.