SOMMAIRE.

Nécrologie. Lacroix. _Portrait_.--Courrier de Paris. _Une scène de

l'Incendio di Babylonia_.--Les Grandes Eaux de Versailles. _Fontaine du

Point du Jour, bassin de Saturne, pièce du Dragon, char d'Apollon,

l'avenue du Tapis vert_.--La Cour du Grand-Duc, nouvelle par Eugène

Guinot (première partie), avec une _gravure_.--Le Palais des Thermes,

l'Hôtel de Cluny et la Collection Dusommerard. _Plan du palais des

Thermes et de l'hôtel de Cluny. Quenouille de buis. Miroir de toilette.

Couteau en Ivoire, Aiguière d'étain, Étrier de François Ier. Vue de la

Galerie._--Académie des sciences 1. Sciences médicales--Revue

Algérienne. Port d'Alger, Colonisation de l'Algérie, Carte du Sahel, le

Port, deux dessins des travaux du port, Razzia par des réguliers

d'Abd-el-Kader,--Bulletin bibliographique. La Russie en

1839.--Annonces.--Modes. Deux gravures.--Correspondance.--Amusements des

sciences.--Rébus.

Lacroix.

[Illustration: Lacroix.--Médaillon de David d'Angers.]

Sylvestre-François Lacroix, l'un des hommes qui ont été le plus utiles à

l'enseignement des sciences exactes en France, vient de mourir. Ses

obsèques ont eu lieu samedi dernier. Des députations de l'Académie des

sciences, dont il était membre, de la Faculté des sciences, dont il a

été le doyen» du Collège de France, où il était encore professeur

titulaire, de l'École polytechnique, où il a enseigné l'analyse

infinitésimale, l'ont accompagné à sa dernière demeure.

Né à Paris en 1765, d'une famille pauvre, Lacroix trouva, à son début

dans la vie, des chagrins et des entraves qui l'auraient arrêté

complètement s'il avait eu un caractère moins persévérant. Encore

enfant, accablé sous le poids d'une misère qu'il ne croyait pouvoir

jamais surmonter, il conçut la singulière idée de se séquestrer

complètement d'une société dont la constitution semblait lui enlever

toutes chances d'avenir. A la lecture des _Aventures de Robinson_, il

s'était épris d'un violent amour de la solitude, et il n'enviait plus

d'autre sort que celui du héros de Daniel de Foe. S'embarquer, voguer

vers de lointains parages et vivre de son industrie, abandonné à

soi-même dans un des îlots déserts du grand Océan, tel était le rêve de

Lacroix. Dans ce but, il chercha à apprendre l'art de la navigation dans

les livres; et ayant bientôt reconnu que l'art nautique est entièrement

fondé sur l'application des sciences mathématiques, il se livra avec

ardeur à l'étude de celles-ci. Il y fit des progrès rapides. Mauduit,

dont il suivait le cours au Collège de France, le remarqua parmi ses

auditeurs, s'intéressa à lui et le recommanda vivement à quelques

savants, dont le crédit le fit nommer professeur des gardes de la marine

de Rochefort, quoiqu'il n'eut alors que dix-sept ans. Quatre ans plus

tard, en 1786, Condorcet, l'un de ses protecteurs, l'appela à Paris

comme son suppléant au _Lycée_, que l'on venait de fonder, et qui

subsiste encore aujourd'hui sous le nom d'_Athénée royal_. En 1787, la

même recommandation le fit nommer à l'École-Militaire. Cette même année,

il remporta le prix proposé par l'Académie des sciences sur les

assurances maritimes; deux ans plus tard il reçut le titre de

correspondant de cette Académie. Successivement professeur à l'École

d'artillerie de Besançon, examinateur des aspirants et des élèves du

corps de l'artillerie en 1793, chef de bureau à la commission chargée de

la réorganisation de l'instruction publique en 1794, adjoint à Monge

comme professeur de géométrie descriptive à la première école normale,

professeur de mathématiques à l'École centrale des Quatre-Nations,

professeur d'analyse à l'École polytechnique et membre de l'Institut

après la mort de Borda, en 1799, professeur de mathématiques et doyen à

la Faculté des sciences, lors de la réorganisation de l'Université,

examinateur permanent des élèves de l'École polytechnique, professeur au

Collège de France en 1815, il remplit toutes ces fonctions avec un zèle

et un talent qui ne se sont jamais démentis, jusqu'au moment où l'âge et

la maladie l'ont forcé à se faire suppléer.

Lacroix a laissé un nombre assez considérable d'ouvrages qui constituent

un cours complet de mathématiques pures, depuis les éléments de

l'arithmétique jusqu'aux sujets les plus ardus de l'analyse

infinitésimales. Tout au contraire de certains auteurs qui abusent de

leur position pour faire, de publications de ce genre, de simples

spéculations, qui n'hésitent pas à introduire dans chacune de leurs

nombreuses éditions des modifications de forme tout-à-fait

insignifiantes, uniquement pour forcer les élèves de chaque année à

acheter la plus récente de ses éditions, Lacroix avait travaillé avec

assez de soin et de conscience à ses divers ouvrages pour n'avoir été

obligé d'introduire plus tard que les changements réclamés par les

progrès de la science. Ses _Éléments d'Arithmétique et d'Algèbre_ seront

longtemps encore étudiés avec fruit. Son _Traité élémentaire du Calcul de

la probabilité_ a rendu le service de mettre à la portée des personnes

peu versées dans la haute analyse les résultats auxquels de grands

géomètres étaient parvenus par des méthodes trop savantes pour être

jamais vulgarisées. Son _Essai sur l'enseignement_ respire l'amour de la

jeunesse et du progrès des sciences, et renferme des vues excellentes.

Mais son grand _Traite de calcul différentiel et de calcul intégral_ en

3 vol. in-4, est le plus important de ses ouvrages; aussi ce livre, où

il a réuni tout ce qui a été écrit de plus profond sur la matière,

a-t-il été placé, par le jury chargé de décerner les prix décennaux,

immédiatement après le _Traité de mécanique analytique_ de Lagrange.

Enfin, la vie entière de Lacroix a été consacrée à l'étude et à

l'enseignement de la science. S'il ne s'est pas placé, par ses travaux

originaux, sur la ligne des grands géomètres tels que Lagrange, Laplace,

ou même Fourier, Poisson et Legendre, il a mérité, par les services

qu'il a rendus dans les différentes chaires qu'il a occupées et dans ses

ouvrages destinés à l'instruction publique, un rang honorable

immédiatement après ce noms illustres.

L'Illustration, No. 0014, 3 Juin 1843 · 第 3 / 24 题