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LE TOUR DU MONDE

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE

Rue de Fleurus, 9, à Paris

LE TOUR DU MONDE

NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION

DE M. ÉDOUARD CHARTON

ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES

1860

DEUXIÈME SEMESTRE

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77

LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND

LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

1860

TABLE DES MATIÈRES.

UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.

Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments

de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à

Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de

Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --

Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --

Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti

(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.

-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de

Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --

Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --

Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --

Retour à Naples. 1

VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),

dessins inédits de M. Jules LAURENS.

Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le

Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du

roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du

Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --

Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --

Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses

scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De

Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --

Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --

La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.

-- Notre habitation. 16

Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à

Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux

pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le

laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.

-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.

-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de

politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les

chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:

drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui

cherche un trésor. 34

VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE

(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.

L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les

_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --

Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --

Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.

-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une

sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --

Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --

Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --

Greytown. 49

VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le

Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)

LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode

de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --

De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et

ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --

Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --

Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La

chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le

livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en

Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et

Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65

--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --

Retour à Christiania par Skien. 82

L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le

Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le

Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85

VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE

(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour

du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.

-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --

Djambo. -- Djeddah. 97

VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)

Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --

L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --

Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.

Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --

Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le

peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103

Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les

bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les

peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --

Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un

Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.

-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --

L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114

La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --

Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église

grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères

bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --

Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --

Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La

pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent

du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130

VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos

et les attoles ou îles de coraux.--(1838).

L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables

cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --

Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un

cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --

Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des

oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;

tortues de terre; leurs habitudes. 139

Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de

plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un

terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils

remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui

habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146

LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect

merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.

-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.

-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les

racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --

Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --

Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces

parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --

Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en

barrières et des barrières en attoles. 151

BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159

VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI

(1830-1839).

Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le

paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les

poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --

Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --

Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon

premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma

mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --

Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --

Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse

qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --

Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --

La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --

Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --

Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à

Yakoutsk. 161

Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --

Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.

-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes

yakoutes. 177

DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une

correspondance particulière (1860).

Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste

des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --

Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le

Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.

-- Culture et mines. 182

VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur

BARTH (1849-1855).

Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --

Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --

Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --

Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --

Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où

il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée

de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa

décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir

despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la

girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;

Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son

aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort

de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --

L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux

courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description

de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --

Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193

Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le

mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --

Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --

Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive

force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --

Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.

-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi

ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --

Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --

Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche

de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du

pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre

de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --

Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du

Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --

Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met

les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un

savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --

Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209

De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs

remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.

-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche

forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --

Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice

d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier

d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.

-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de

Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --

Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau

partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --

Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --

Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites

importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou

Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --

Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes

veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les

Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.

-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226

VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE

(1850-1852.--Inédit).

Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ

pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La

solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --

L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --

Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.

-- Délivrance. 242

VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le

capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).

Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect

du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,

concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur

exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de

Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à

Amarapoura. 258

Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --

Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du

roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier

présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --

Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les

dames birmanes. 273

Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour

d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les

poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et

autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les

Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de

congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ

d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur

la Birmanie. 280

VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine

BURTON (1857-1859).

But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --

Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.

-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée

de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de

l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --

Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis

arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --

Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --

Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --

Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième

rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --

L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des

indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --

Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --

Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --

Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt

dangereuse. 305

Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --

Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.

-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --

Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --

Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des

Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.

-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --

Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la

Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --

Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --

Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --

Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --

Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.

-- Ravissements. -- Kaouélé. 321

Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --

Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du

lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,

hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --

Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de

pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.

-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des

Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337

FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.

Andrea DEBONO (1855) 348

VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.

-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.

-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le

Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier

pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la

Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de

l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une

plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.

-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La

population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de

l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369

Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La

forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).

La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de

Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col

de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village

des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des

habitants. 402

LISTE DES GRAVURES. 417

LISTE DES CARTES. 422

ERRATA. 427

[Illustration: Costumes norvégiens d'Hitterdal.--Dessin de

Pelcoq d'après le peintre norvégien Tiedeman.]

VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES,

PAR M. PAUL RIANT.

I. LE TÉLÉMARK ET L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN.

1858.--INÉDIT.

LE TÉLÉMARK.

Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode de voyager. --

Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen.

En 1736, la France envoya, sous les ordres de M. de Maupertuis, une

expédition scientifique au cercle polaire. L'abbé Outhier, chargé de

la relation du voyage, fait partir l'expédition _en carrosse de

voiture_. On déjeune à Louvres, on soupe à Senlis, et le long du

chemin on ne perd pas une seule des curiosités de la Picardie et de

l'Artois.

En 1860, devant les affiches des chemins de fer qui vous mènent de

Paris à Copenhague en trente-six heures, il faut faire comme la vapeur

et rayer d'un trait de plume ces distances qui n'en sont plus. Bientôt

même la vieille terre des Goths et des Normands aura achevé son réseau

de voies ferrées: les solitudes Scandinaves, à peine troublées par le

«shooting» et le «fishing» britanniques, verront aux vacances

s'abattre par légions les touristes du continent et il ne sera plus

permis d'écrire sur le Nord d'autre livre que le _Guide du voyageur_.

Pour ceux qui aiment à trouver de l'imprévu, à découvrir des sites

ignorés, il faut se hâter: les vieilles idées qui assignaient pour

patrie aux ours la banlieue de Copenhague s'en vont peu à peu et le

canal de Gotha menace de devenir aussi banal que le Rhin ou la Loire.

Seuls, les _fjelds_ (monts, plateaux) norvégiens feront peut-être

exception pendant quelques années: l'âpreté particulière du sol, la

configuration générale des montagnes, la longueur des distances,

l'absence du confort le plus élémentaire, interdiront encore

longtemps, aux touristes pressés, certaines excursions de longue

haleine à la recherche de sites fameux par leur éloignement même.

Les deux parties de la Norvége qui offrent à la fois le plus de

grandeur dans les paysages, le plus d'originalité dans les moeurs,

sont le Télémark et l'évêché de Bergen.

La Norvége, longue et étroite bande de côtes qui étreint la Suède

depuis le golfe de Varanger jusqu'à Gothembourg, se renfle dans la

partie méridionale: c'est le centre de cette presqu'île secondaire

qu'occupe le Télémark, avec ses grands lacs solitaires, ses montagnes

abruptes, ses chutes immenses, et son peuple aux costumes bariolés.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

... Arrivés à Christiania dans les premiers jours de juin après un

voyage assez long à travers les immenses forêts du Vermland et le long

de la noble vallée de la Glommen, nous avions employé près d'un mois à

parcourir les environs immédiats de la métropole norvégienne,

admirablement assise au fond d'un des plus beaux _fjords_ (golfes) de

la côte, au pied de montagnes verdoyantes et à une heure des grands

lacs de l'intérieur, grâce à quelques kilomètres de chemin de fer

qu'on pourra prolonger plus tard.

Christiania, comme Stockholm, comme presque toutes les villes bâties

en panorama, devrait n'être vue que de loin. Au bout de huit jours

passés dans ses rues désertes, le long de ses bazars dégarnis, on a

hâte de quitter cet immense village, aux monuments prétentieux, et on

se prend à en vouloir aux habitants du désenchantement que l'on

éprouve: ils ont presque gâté la nature.

Huit jours pourtant ne sont pas de trop avant de partir pour le

Télémark, surtout si l'on veut, tout en parcourant le pays, se livrer

aux divertissements favoris des Anglais, la chasse et la pêche. Comme

on est sûr d'avance de ne trouver le long du chemin que du lait caillé

et de la farine, il est nécessaire de se pourvoir de tout ce qui doit

suppléer à l'insuffisance de ce menu quotidien.

Une petite voiture nationale non-suspendue, nommée du nom défiguré de

«karriol» (et la seule que l'orgueil norvégien consente à raccommoder

en cas d'accident), doit contenir votre personne et vos bagages. Le

siège, en forme de sabot, repose sur une petite traverse en avant de

l'essieu; le cheval, attelé d'une façon particulière, tire à

l'extrémité des brancards; une forte malle est attachée à l'autre bout

sur une planche, le gamin (skydskarl), qui ramène le cheval de poste,

s'assied dessus. Entre ces deux points d'appui, le voyageur est mieux

suspendu que dans bien des voitures à ressorts et l'on finit par

s'habituer si bien à ce genre de locomotion qu'on arrive à faire des

journées de seize ou dix-huit heures sans excès de fatigue.

On voudrait d'ailleurs voyager autrement qu'on serait obligé forcément

d'y renoncer: les distances sont trop longues pour le voyage à pied;

les petits chevaux, habitués à tirer ces légers véhicules, se refusent

au poids plus gênant du cavalier. Quant aux voitures civilisées, les

routes en feraient bientôt raison.

La poste, du reste, n'est pas d'une cherté exorbitante et, n'étaient

certains règlements parfaitement défavorables aux voyageurs, on

n'aurait aucun droit de s'en plaindre[1].

[Note 1: Le relais est une ferme tenue de loger les voyageurs

et de leur fournir des chevaux pour un prix déterminé. Si la

ferme reçoit une subvention de l'État, le fermier est obligé

de fournir les chevaux sans faire attendre les voyageurs:

c'est la station fixe. Mais le plus souvent la station est

«non fixe.» La fourniture des chevaux est un impôt; chaque

fermier doit, dans chaque paroisse, le payer à son tour. Il

faut donc aller à trois ou quatre lieues chercher le cheval

qui vous arrive au bout de trois heures d'attente, délai

accordé au fermier. L'animal est fatigué, souvent à peine

dressé ou vicieux; son maître fait le relais avec vous et le

défend contre le fouet avec une âpreté naïve qui se traduit

en apostrophes interminables.]

Aussi, le 27 juin à cinq heures du matin, notre itinéraire étant

arrêté pour huit jours, nos «forbuds[2]» étant envoyés et nos sacs

chargés de la menue monnaie indispensable dans les montagnes, nous

roulions sur la route de Télémark avec le projet d'aller le soir

coucher à Kongsberg, chef-lieu du département de Bratsberg, l'un des

plus riches de la Norvége en mines et en bois. La route qui y mène,

admirablement percée en pleine montagne est, à quelques passages près,

un chef-d'oeuvre, chose rare dans le Nord, où l'on passe subitement de

voies construites à grands frais à d'abominables traverses.

[Note 2: Quand on veut avoir ses chevaux prêts et faire un

peu plus de trois relais par jour, il faut envoyer d'avance

un courrier nommé forbudman, muni d'un certain nombre d'avis;

il vous précède d'une journée, et vous pouvez voyager à peu

près tranquillement. Mais gare à vous si vous changez quoi

que ce soit à votre itinéraire, si vous vous attardez à

déjeuner; les retards s'accumulent et se traduisent en

indemnités désagréables.]

La route que nous suivons longe la rive droite du fjord de

Christiania, dans un pays qui partout ailleurs serait un véritable

parc: de grandes prairies semées de bouquets de pins et de frênes

descendent jusqu'à la mer; à droite des fermes rouges et blanches

s'étagent sur la montagne, perdues dans la nappe indéfinie des sapins;

à gauche se découpent les mille bras du fjord. Chaque crique cache un

petit débarcadère de bois avec quelque bateau à demi chargé. Le ciel

est pur comme un ciel du midi, de grands églantiers couverts de fleurs

bordent le chemin et s'accrochent aux rochers. À chaque chaumière, au

bruit des chevaux, des marmots jambes nues accourent pour vous offrir

des fraises. On se croirait sur quelque côte fleurie de la

Méditerranée à deux pas de Nice ou d'Hyères, et l'on est en réalité

sous le soixante-unième degré de latitude.

[Illustration: Carte du HAUT TÉLÉMARK (Norwège méridionale) d'après Mr

Paul Riant. Gravé chez Erhard. R. Bonaparte 42.]

À Sandviken, petit port en miniature avec huit ou dix petits vaisseaux

à l'ancre, la route quitte le fjord, qu'on n'aperçoit plus que dans un

lointain bleuâtre, le paysage est toujours splendide, de longues files

de paysans nous croisent avec de grands seaux pleins de lait et des

charretées de légumes. Ils saluent en passant, mais de cette façon

fière qui distingue les hommes libres des montagnes norvégiennes.

[Illustration: La vallée de Boskesjö.--Dessin de Doré d'après M.

Riant.]

C'est à trois lieues de Sandviken que commence la côte du Paradis,

«Paradise Bakke,» ainsi nommée de l'admirable vue dont on jouit à son

sommet; de là l'oeil embrasse à la fois le fjord et le lac Tiri unis

par la vallée de Drammen, riche, cultivée, animée par des scieries,

par des fermes opulentes.

[Illustration: Costumes du Télémark.--Dessin de Pelcoq.]

Au fond est la ville de Drammen. Après une descente d'une demi-heure,

on en touche les faubourgs. Drammen, bâtie sur les deux rives d'un

large cours d'eau, est un des entrepôts de bois les plus importants de

la Norvége. La ville consiste en deux longues rues parallèles, bordées

pendant trois kilomètres de maisons neuves en bois peint et découpé;

le feu a passé par là, et en Norvége c'est un bienfait. Presque toutes

les villes de Norvége payent à l'élément destructeur un tribut

périodique. Tout brûle, mais tout est assuré, immeuble et mobilier:

les compagnies anglaises payent les victimes en argent comptant,

denrée rare en Norvége. Chacun rebâtit sa demeure au goût du jour, et

Troie renaît de ses cendres, plus florissante que jamais. Le fait est

que Drammen a un aspect fort opulent. Bourse, quais, maisons aussi

vernies que les chalets d'Auteuil, vaisseaux au port, villas dans les

faubourgs, rien n'y manque ... que de quoi manger; c'est ce qui arrive

le plus souvent en Norvége, où l'oeil est toujours satisfait avant

l'estomac. À l'auberge, péniblement trouvée après une heure de

recherche, une jeune et insolente «pige» nous refuse le pain et le sel

sous prétexte que l'heure du dîner est passée.

À une raison aussi péremptoire, il n'y a rien à répondre. Le

Norvégien, être flegmatique et intimement convaincu de sa propre

sagesse, ne connaît point d'objection.

De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et

ses gisements métallifères.

Nous partons pour des lieux plus hospitaliers; d'immenses chantiers de

planches et de poutres bordent la route. Il semble qu'il y a là de

quoi approvisionner des villes entières: le bois s'élève en énormes

monceaux; sans cesse de nouvelles poutres arrivent le long du fleuve,

sont reconnues, rangées, empilées ou découpées en planches, vendues,

embarquées à bord de gros clippers _ad hoc_, et c'est ainsi que se

construisent les chemins de fer d'Espagne et les villas d'Alexandrie

et du Caire.

Au bout d'une lieue, la vallée se rétrécit, et la route court plate et

poudreuse jusqu'à Haugsund, gros bourg qui est comme la succursale de

Drammen. C'est là qu'aboutissent en hiver les traînages de bois, les

charrois de minerai, qui viennent des montagnes; en été, il y a moins

d'animation.

Haugsund, comme Drammen, est séparé en deux parties qu'un pont de

pierre unit. Un _goestgiver_ plus hospitalier que le premier, nous

offre tout ce qu'il possède, mais, comme dans les posadas de la

Manche, ce tout se réduit à peu de chose: une queue de saumon.

Le saumon est dans le Nord le pain du peuple, qui le mange de toutes

les façons: cru, cuit, fumé, salé; c'est la grande ressource du

voyageur, tant qu'il reste à quelques lieues de la mer.

À Haugsund apparaissent les premiers costumes télémarkiens, les

corsages courts, les hautes jupes et les innombrables bijoux d'argent

qui sont le luxe de ces populations encore un peu barbares.

D'Haugsund à Kongsberg, il n'y a qu'un relais, mais il est long: deux

milles et demi, près de douze lieues de France. On frémit en pensant

aux malheureux quadrupèdes qui font au grand trot ces distances

énormes. Le cheval norvégien est de la hauteur d'un âne, il est

presque toujours jaunâtre, excepté la queue et la crinière qui sont

noires; une raie de la même couleur règne le long du dos; l'habitude

locale est de tailler la crinière en brosse en ne laissant qu'une

grosse touffe qui passe entre les oreilles et retombe jusqu'aux yeux.

Cette crinière hérissée, cette petite tête, ce regard intelligent font

penser aux chevaux naïvement dessinés des anciens bas-reliefs.

Si le cheval norvégien n'est pas d'une apparence satisfaisante au

point de vue hippique, il est doué de qualités solides et d'un certain

fond de gaieté patiente assez voisine du caractère de l'âne. Il répond

plus à la parole qu'au fouet, s'arrête brusquement à ce son fortement

accentué: «prrr,» qui ferait fuir ses congénères d'Europe. Le long du

chemin, il se contente d'un peu de foin; l'avoine est inconnue ou sert

à l'alimentation de l'homme. Quand il a soif, il va de lui-même à la

source qu'il sent de loin au bord de la route et ne se regimbe que si

vous le forcez à déroger à ses habitudes. Arrivé au relais, il

s'étend, se couche et se roule dans la poussière pour sécher la sueur

du voyage. Son maître ne le brutalise jamais et a pour lui une

véritable affection. Malheur au voyageur qui surmène une bête dont le

propriétaire est assis derrière la carriole. Il essuiera un feu

roulant de raisonnements de toutes sortes. Quelquefois même le geste

suivra la parole, et le Norvégien a la main lourde.

La route avant Kongsberg traverse d'admirables forêts, venues on ne

sait comment sur des roches énormes. La mine a joué un grand rôle dans

la construction du chemin, d'immenses quartiers rouges et noirs sont

entassés pêle-mêle sur les flancs de la montagne; d'énormes arbres au

feuillage vigoureux sortent de ces amas monstrueux: c'est un véritable

chaos.

Peu à peu, la roche finit par l'emporter sur la végétation; les pins

se rabougrissent, si bien qu'au sommet d'une interminable côte, il n'y

a plus que des broussailles et des mousses, mais on a atteint la

vallée de la Laagen qui se déroule à vos pieds comme un long ruban. Un

nuage noir, semé de reflets rougeâtres par le soleil couchant, se

balance au-dessus du fleuve. Plus bas encore apparaissent Kongsberg,

ses usines royales et la chute de Larbrö, qui fournit à l'exploitation

minière son puissant moteur.

Kongsberg est la seconde ville minière de Norvége et le centre des

mines d'argent et de cobalt; c'est là que s'élabore le minerai

recueilli à quelques lieues à la ronde.

Les mines d'argent forment une portion importante (un dixième) du

revenu de l'État. Administrées sagement et en prévision d'un

épuisement possible, elles ne rendent qu'une somme fixe par an. Elles

ont été beaucoup plus riches, mais la première veine cessa subitement

au siècle dernier, et ce ne fut qu'après un long intervalle qu'on

trouva la veine actuelle.

Les mines de cobalt situées à quatre milles de Kongsberg sont en

pleine exploitation.

La ville, groupée autour de l'église, domine un peu la chute et les

scieries qu'elle alimente.

Le _Goestgivegaard_, décoré du nom français d'Hôtel des Mines, est

tenu par un jeune homme fort complaisant, qui met à notre disposition

un phaéton pour aller aux puits même de la mine.

Ils sont à trois ou quatre lieues de Kongsberg, dans un pays stérile,

plein de roches et de pins rabougris; la route, à peine faite,

serpente dans ce dédale de pierres et d'arbres.

On se demande comment les équipages à quatre chevaux de la cour de

Suède ont pu conduire par ces horribles sentiers le prince Napoléon

qui, dans ses rapides voyages polaires, a visité les puits de

Kongsberg.

Nous dépassons cinq ou six établissements mus par l'eau et destinés

aux préparations successives du minerai avant son entrée dans l'usine

de Kongsberg. Tout cela est fait avec ce luxe de charpente qu'on ne

peut trouver qu'en Norvége ou en Amérique: de gigantesques viaducs

amènent l'eau d'un côté et le minerai de l'autre. Bientôt les résidus

terreux s'amassent en monceaux énormes et envahissent la charpente

primitive, un second édifice se superpose alors au premier sans qu'on

s'inquiète autrement ni de la matière ni de l'espace. À un détour de

la route, nous reconnaissons enfin la triste maison de bois peinte en

brun et les hangars un peu délabrés que MM. Giraud et Karl Girardet

ont poétisés de leur crayon d'artiste dans le voyage du prince.

Pour le moment, les ouvriers soupent sous le hangar; un gentilhomme,

en chapeau noir, en bottes molles et en lunettes, fume à l'entrée de

la mine une énorme pipe allemande; il se montre poli et prévenant; la

conversation s'engage en anglais, mais au bout de quelque temps les

connaissances un peu superficielles de notre interlocuteur dans

l'idiome britannique nous forcent à parler norvégien. Il nous

introduit dans une salle basse et nue où trois ouvriers, munis chacun

d'une clef, ouvrent un grand coffre plein des échantillons les plus

remarquables d'argent natif, puis on nous invite à descendre dans les

mines.

À part quelques excavations immenses et partout célèbres, rien ne

ressemble à une mine comme une autre mine; des échelles vermoulues, de

longues galeries noires dont le silence n'est troublé que par le

grondement des fleuves souterrains, un brouillard humide et noir, tout

un monde enterré vivant, rien de moins fait pour parler aux yeux et

émouvoir l'imagination; mais en Norvége ce serait humilier

profondément la gloire nationale que de négliger les moindres détails

des exploitations qui font la richesse du pays.

La mine de Kongsberg consciencieusement visitée, nous retrouvâmes avec

satisfaction _la terre d'en haut_.

Le Norvégien en bottes nous attendait pour nous faire entrer dans

l'habitation des mines et nous inscrire sur le registre des voyageurs:

un toast à la vieille Norvége compléta la visite; en sortant, il nous

montra dans une salle une vitrine garnie des échantillons

minéralogiques de la contrée. L'argent se présente sous deux formes

dans la mine: à l'état natif, il sort en longs fils[3] d'une gangue

pierreuse, ou à l'état de sulfure; dans ce dernier cas, une gangue

blanche feuilletée renferme de gros noyaux cristallins noirs. Un

magnifique échantillon de ce genre décorait la cheminée. Nous voulions

nous procurer quelques-uns de ces échantillons, mais ce n'est qu'en

ville qu'on les achète. Là un souper passable, préparé par l'hôte,

nous attendait. Nous devions partir le lendemain de grand matin pour

les montagnes et, quoiqu'il fût dix heures du soir, nous envoyons nos

cartes au fonctionnaire préposé à la vente des précieux cailloux; un

quart d'heure après, nous allons nous-mêmes le trouver et, tout en

exprimant un dévouement sans bornes à la France, il nous vend fort

cher quatre petits morceaux d'argent.

[Note 3: Les échantillons ressemblent à des chevelures; le

plus long conservé à Copenhague a 1 mètre 50 centimètres de

longueur et 50 centimètres de largeur.]

Nous le quittons et, après avoir admiré de plus près la splendeur de

Larbröfoss[4], nous revenons à l'hôtel, où nous trouvons toute

préparée une vaste chambre contiguë à la salle de concert de la ville.

Dans le Nord, où la construction est toujours en bois et par

conséquent peu coûteuse, la poste-auberge, _goestgivegaard_, atteint

dans les petites villes des proportions respectables; au

rez-de-chaussée, il y a cabaret pour le peuple, restaurant et table

d'hôte pour les fonctionnaires; le premier est occupé par une vaste

salle de concert destinée aux solennités musicales ou chorégraphiques

de l'endroit, et flanquée de deux ou trois vastes chambres au parquet

de sapin, semé de petites branches vertes.

[Note 4: _Foss_ veut dire chute, cataracte.]

Les montagnes du Télémark. -- Leurs habitants. -- Hospitalité des

_gaards_ et des _sæters_. -- Une sorcière.

Kongsberg est la dernière étape de la civilisation de ce côté de la

Norvége. À quelques heures seulement de Christiania, elle participe au

mouvement de la capitale. Mais n'allez pas plus loin, si vous voulez

vivre autrement que de vos propres ressources. Là commencent les âpres

montagnes du Télémark qui enlacent les lacs Tinn, Mjös, Totak et

Bandak et vont, s'entassant les unes sur les autres, former vers

l'ouest l'inaccessible barrière du Hardanger fjeld, vaste désert de

neige, où l'indigène même ne s'aventure pas sans horreur.

Pendant quelques milles encore on peut se servir de la carriole;

c'est-à-dire que l'on trouve un ou deux sentiers assez larges pour lui

livrer passage: frayés ou non, peu importe, dès qu'elle entre, elle va

partout.

Le but principal d'une excursion en Télémark est la célèbre _chute

fumante_, Rjukandfoss[5], la plus grande de l'Europe, je dis la plus

grande et non la plus haute ni la plus forte; car la chute du Rhin à

Schaffhausen et les rapides de la Glommen à Kongsvinger l'emportent

sur le Rjukan en puissance d'eau, de même que le filet d'eau qui, à

Gudvangen, dans l'évêché de Bergen, tombe de 4000 pieds dans la mer,

l'emporte en hauteur; mais la célébrité du Rjukan vient à la fois de

la masse imposante de ses eaux et de la hauteur immense d'où elles

tombent, un lac précipité dans un autre, de mille pieds de hauteur.

[Note 5: _Rjukan_ est le vieux mot, presque islandais; le mot

moderne est _Rygende_.]

Le lac Mjös, immense nappe à six branches, grossie des eaux qui

tombent du Hardanger fjeld, vient se déverser par le Maan Elv dans le

bassin du Tinn.

La vallée du Maan Elv peut avoir douze lieues; c'est au tiers environ

qu'a lieu la dépression énorme qui produit la chute. Pour aller de

Kongsberg au Rjukan, il faut passer de la vallée de la Laagen dans

celle du lac Tinn et franchir une chaîne de montagnes assez abruptes;

en faisant un coude et les tournant au sud, on suit une route assez

bonne mais insignifiante. Nous devrons prendre le chemin le moins

frayé et le plus pittoresque.

À quatre heures du matin, nous quittions Kongsberg et, après avoir

suivi pendant une heure la Laagen chargée de bois flottés et bordée de

grands sapins écorcés, nous entrons dans la montagne ou plutôt dans la

forêt, car de tous côtés ce ne sont que sapins et rochers, rochers et

sapins à perte de vue.

[Illustration: La vallée de Vestfjordal.--Dessin de Doré d'après M.

Riant.]

Au bout d'une autre heure, les pentes s'adoucissent et l'on entre dans

une vaste prairie traversée par une petite rivière et bordée de

hautes collines: c'est le _sæter_ de Moën. Rien en général n'est

tranquille et poétique comme un sæter; c'est une petite ferme isolée,

inhabitée l'hiver. Là, en été, une famille, quelquefois une jeune

fille seule, garde dans les pâturages de la montagne des troupeaux de

moutons et de vaches. Le mot sæter implique l'absence de culture; il

n'y a autour de la ferme que de verdoyantes prairies.

Les gens de Moën sont doux et n'ont point l'air heureux. Ils nous

vendent une de ces petites broches à pendeloques que, dans les longues

veillées d'hiver, les paysans façonnent avec le filigrane naturel des

mines de Kongsberg.

Après Moën, commence une longue montée sur un de ces plateaux tourbeux

où depuis des siècles les sapins meurent et renaissent de leurs

propres débris. Dans ces déserts marécageux, la route dépasse tout ce

que l'imagination a jamais pu concevoir d'effrayant pour les voitures:

lacets brusques, rochers laissés en travers, ponts vermoulus, pentes à

pic, rien n'y manque.

Après une heure et demie de montée on arrive à Bolkesjö. Bolkesjö est

une ferme de montagne importante, fondée il y a cent ans et encore

tout empreinte du cachet original des vieux _gaards_ norvégiens.

[Illustration: Intérieur d'auberge à Bolkesjö.--Dessin de Lancelot.]

Du haut de la montagne au versant de laquelle les dix ou douze

bâtiments de la ferme sont semés, on jouit d'une vue magnifique sur le

lac Fol qui occupe le fond de la vallée et sur les plateaux boisés de

Hofvin, tandis que vers l'ouest se découpe la cime neigeuse du mont

Gausta.

À Bolkesjö tout est encore vraiment norvégien. La chambre des hôtes,

peinte depuis le parquet jusqu'aux solives d'arabesques rouges et

noires aux tons brunis par le temps, est parée de deux vastes alcôves

aux lits élevés; le long des murs sont des bahuts chargés de vieux

pots danois à couvercle d'argent et de large vaisselle de cuivre et

d'argent; de vieilles chaises de bois peintes comme les solives et de

vénérables tables en racine de bouleau complètent la mise en scène.

C'est dans cet intérieur d'un haut style que le maître de la maison

nous sert une façon d'oeufs au lard. Toute l'argenterie de la famille

est exhibée dans cette occasion solennelle, et s'il est permis de

juger, par ce déploiement de luxe, de l'opulence relative de note

hôte, il doit être fort à son aise. Les paysans norvégiens, s'ils

vivent avec frugalité, aiment à manger dans l'argent le peu qu'ils

mangent: le contenant fait valoir le contenu. De là cette quantité de

pots, de cuillers, d'assiettes fabriquées avec du métal fortement

allié; le tout orné des dates les plus diverses et des formes les plus

capricieuses.

Après le déjeuner continue la descente; la chaleur est toujours

très-forte. La route n'en est plus une; c'est un casse-cou. La grande

nappe au lac Fol apparaît à gauche, mais tout en bas, à deux ou trois

cents pieds au-dessous de soi. On croit à chaque instant qu'on y

roulera à pic, mais le chemin tourne brusquement et rentre dans la

forêt. À droite, d'autres petits lacs tributaires du Fol brillent à

travers les arbres. Tous sont solitaires: pas une barque, pas une

maison au bord. Quelques roches seulement, quelques chevaux en liberté

qui viennent s'abreuver à la rive. Ce silence nous étonne d'abord,

mais on s'y fait. Les routes peuvent être étroites, on ne croise

personne. En huit jours, nous ne trouverons pas une autre voiture que

les nôtres.

Au bas de la montagne de Bolkesjö et presque au niveau du Fol, nous

nous arrêtons un instant à Vik où le pays recommence à devenir

cultivé. De larges prairies resplendissent au soleil et les clôtures

reparaissent en travers des chemins. Dans un pays où il ne passe

personne, à quoi bon clôturer les champs? Le long des routes, on se

borne à construire des haies de bois pour limiter les héritages. Ces

longues haies coupent en général les chemins. Une grande porte de bois

pivotant sur un poteau de sapin barre la route. À chaque clôture, il

faut que le _skydskarl_ qui est assis derrière la carriole saute en

bas pour aller ouvrir. En général, c'est un gros gamin, blond, lent et

lourd. Il faut attendre qu'il ait vu la barrière, qu'il se soit laissé

tomber de la valise, qu'il ait ouvert, puis, refermé la claie et enfin

(ce qui est plus long), qu'il se soit hissé de nouveau à son poste.

Pour peu qu'il y en ait une vingtaine par relai, on fait à peine deux

lieues à l'heure.

À Kopsland, une dernière barrière ouvre sur de magnifiques prairies,

arrosées par le Maan Elv, le même fleuve qui, après être tombé de neuf

cents pieds au Rjukan, a traversé le lac Tinn, puis va se jeter, à

Skien, dans la mer du Nord. Le Maan à cet endroit est fort large,

toujours rapide et blanc d'écume. D'énormes sapins sont emportés avec

une vitesse effrayante. Du reste, les bords du fleuve n'ont rien qui

participe de la nature sévère et presque furieuse de ses eaux. Des

massifs d'aulnes et de frênes s'étagent sur les dernières pentes des

montagnes. Les prairies sont couvertes d'orchidées et de géraniums.

Des bestiaux errent dans ces riches solitudes, conduits par quelque

enfant à demi nu.

Deux petits chevaux commandés par les forbuds du matin nous

attendaient dans le pré. Pendant qu'on les attelle, une misérable

vieille en haillons nous adresse en chantant quelques paroles aiguës.

Une poignée de shillings a peine à l'éloigner. Elle a l'oeil hagard et

l'on ne sait si les refrains qu'elle grince sont des malédictions ou

des souhaits.

Interrogé sur cette apparition insolite, le skydskarl répond que c'est

une sorcière. L'heure malheureusement ne prêtait point au fantastique.

Le soleil brillait dans toute sa gloire; sans quoi, on eût pu se

croire transporté au temps des anciennes «sagor» et des évocations

nocturnes jetées aux quatre vents.

Après avoir côtoyé quelque temps le Maan, la route le traverse. Les

carrioles descendent à pic sur une petite plage de sable.

Cinq ou six sapins bruts, liés en radeau par des cordes d'écorce

attendent au rivage et deux vieux Télémarkiens, coiffés d'un bonnet

rond, viennent prendre les carrioles. On en met une sur le radeau;

puis, l'un de l'aviron, l'autre du croc, dirigent tant bien que mal, à

travers les rapides et les bois flottés, l'édifice chancelant de ce

bac improvisé.

Vient ensuite le tour de la deuxième carriole, puis enfin celui des

voyageurs eux-mêmes et des skydskarls. On vacille en route, on a les

pieds mouillés par l'écume du torrent, mais on passe. (De l'autre côté

du fleuve est la blanche petite église de Grandherred, coquettement

posée sur la rive.)

À l'autre bord, un coup de fouet au cheval: animal et voiture passent

par-dessus le petit banc des rameurs, tombent dans l'eau, se relèvent,

partent, et tout est dit.

Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La chute de Rjukan. --

Légende de la belle Marie.

Après deux heures de trot sur une belle route le long du fleuve, on

arrive au lac Tinn où toute voie de communication cesse. À peine y

a-t-il au pied des hautes falaises du lac la place du petit gaard de

Tinoset et du jardin mal soigné qui l'entoure. Un vieillard en

enfance, deux femmes d'une saleté repoussante habitent la chaumière.

Leur faire entendre qu'on veut une barque pour traverser le lac et des

chevaux pour le surlendemain à quatre heures du matin est tout un

travail. Ils comprennent, mais font comme s'ils ne l'avaient point

compris, et, comme les bateaux ne viennent point, nous en sommes

réduits à nous coucher sur l'herbe, à l'ombre d'un magnifique pin, en

vue du lac.

Le Tour du Monde; Scandinavie Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860 · 第 1 / 6 段