L'objection est des plus naïves et des plus enfantines: «Si vous
acceptez notre argent, si vous nous obligez à payer l'impôt,
donnez nous au moins le droit de le voter, le droit d'élire des
représentants qui seront nos porte-paroles».
On ne voit pas très bien, nous osons l'avouer, la relation qui existe
entre le droit de voter et le paiement de l'impôt! Voyons! Est-ce
parce qu'on paie l'impôt qu'on a le droit de voter ou bien est-ce
parce qu'on vote qu'on paie l'impôt? Alors les incapables énumérés
par la loi, les abstentionnistes, les militaires, etc., ne devraient
pas être taxés par le fisc! L'impôt n'a point comme corollaire le
droit au vote.
Et puis, une raison plus sérieuse milite en notre faveur. Du
caractère légal de l'impôt découle un autre raisonnement. L'impôt, de
nos jours, est réel et non personnel[44], c'est-à-dire dû non par la
personne, non par un homme ou une femme, mais bien par la fortune. Ce
n'est plus Monsieur X. ou Madame Y. qui sont taxés, mais directement
leurs richesses!
[44] Moye: _Traité de Législation financière_.
N'essayez donc point de vous prévaloir, Mesdames, de ce fameux
droit illusoire: «Nous payons, donc nous voterons». Si, dans votre
arsenal féministe, vous ne possédez que de semblables arguments, la
déroute sera complète avant peu dans votre camp. Et cela à cause de
cette légèreté innée, de cette sensibilité naturelle qui vous font
dévier du droit chemin, ou qui faussent en vous les raisonnements les
plus simples. Une idée surgit, elle vous semble excellente! Vous la
soutenez, vous la défendez, sans même parfois vous demander quelle
en est exactement la valeur. Vous vous grisez de mots et de phrases,
étourdies par le vide de vos conceptions.
Il est temps, Mesdames, de vous rappeler à votre rôle: «Un chat, un
oiseau, au meilleur cas une nourrice[45]».
[45] Nietzsche: L'individualisme et l'anarchie; _Revue des
Deux-Mondes_, 1895.