L'antiquité fut sans pitié pour elle. Tertullien ne désirait qu'une
chose, «que la femme cachât son visage, toujours et partout.» «Femme,
tu es la porte du diable; c'est toi qui as persuadé celui que le
diable n'osait attaquer en face; c'est à cause de toi que le Fils
de Dieu a dû mourir. Tu devrais t'en aller en haillons et en deuil,
offrant aux regards des yeux pleins de larmes de repentir pour faire
oublier que tu as perdu le genre humain»[11].
[11] Tertullien: _Traité de l'Ornement des femmes_.
Saint Antoine l'appelait «le Diable en personne»; saint Bonaventure
«un scorpion toujours prêt à piquer»; saint Jean de Damas «un affreux
ténia qui a son siège dans le cœur de l'homme.»
Les expressions les plus cruelles lui étaient destinées: «Fille de
mensonge, porte de l'enfer, vase d'impureté, larve du démon.»
Le Koran, dans ses versets enthousiastes, est parfois très dur pour
elle: «Attribuera-t-on à Dieu comme enfant un être qui grandit dans
les ornements et les parures et qui est toujours prêt à se disputer
sans raison»[12].
[12] Koran, XVIII.
Aux yeux des Chinois, «la femme n'est qu'une machine à faire des
enfants. Quand elle est détraquée, on lui en adjoint une deuxième,
une troisième, suivant la fortune du mari»[13].
[13] Docteur Martignon: _Revue d'anthropologie_, 1897.
Montaigne plaisamment se moque d'elles: «De bonnes, il n'en est point
à la douzaine»[14].
[14] Montaigne: _Essais_, II.
Molière immortalise leurs défauts dans les _Précieuses ridicules_ et
les _Femmes savantes_. Les philosophes du XVIIIe siècle, Rousseau,
Montesquieu, etc., la considèrent simplement comme un instrument de
plaisir.
Mme de Sévigné, cependant délicieuse dans ses Lettres, se compare à
une bête de compagnie; Schopenhauer n'hésite pas à écrire: «C'est
un animal qu'il faut battre, bien nourrir et enfermer»; tandis
qu'Alexandre Dumas, enveloppant son opinion sévère dans une phrase
poétique, nous dit: «La femme est la seule œuvre inachevée que Dieu
ait permis à l'homme de reprendre et de finir. C'est un ange de
rebus»[15]. Milton l'appelle: «Un beau défaut de la nature».
[15] L'_Ami des femmes_.
Enfin, de nos jours, une Allemande au talent indiscutable, Mme
Boelhau, avait l'audace et la superbe franchise de répondre: «La
femme est une demi-Bête».
Voilà donc, très brièvement résumées, les opinions que l'on a
eues sur les femmes. Certes, la question n'est point résolue et
ce tableau aux larges coups de crayon, à l'emporte-pièce, ne nous
donne point la solution de cet éternel problème: qui est-elle? Il
permet cependant, malgré son pessimisme poussé à outrance, de se
faire une idée de ce petit être qui gémit et qui pleure en demandant
aujourd'hui sa part de gâteau politique et social. Que conclure?
Le mieux serait, semble-t-il, de s'abstenir. Certes, il existe
de par les livres enthousiastes et profondément féministes, des
expressions et des chapitres nous représentant la femme comme un être
supérieur et d'essence divine. Nous ne prendrons point parti dans ces
comparaisons, notre but ayant été simplement d'esquisser un léger
portrait de notre compagne. Et si maintenant, Mesdames, vous trouviez
ridicules et malsonnantes ces appréciations par trop réalistes,
mais cependant justes dans leur délicieuse concision, pour essayer
d'atténuer votre douleur et calmer votre dépit, disons avec le
grand Proudhon: «Non, toutes ces imprécations ne sont qu'un hommage
désespéré à votre éternelle beauté.»