LA PLACE DE LA FEMME DANS LA SOCIÉTÉ A TRAVERS LES AGES QUELQUES
APPRÉCIATIONS
Il est en ce moment-ci un être qui ne cesse de gémir et de se
lamenter sur son sort. Nous avons nommé la femme. Et parmi ses
lamentations, il en est une qui par sa persistance et son opiniâtreté
a su attirer l'attention sur le sexe féminin; c'est la complainte du
suffrage.
Ces dames veulent à tout prix avoir le droit et l'honneur de déposer
elles-mêmes dans l'urne un bulletin de vote.
Avant d'accéder à leur désir et de satisfaire leur amour-propre
chatouilleux, examinons la place occupée par la femme à travers les
âges et comment elle fut appréciée.
La femme, c'est ce grand point d'interrogation éternellement suspendu
sur nos têtes, c'est un cœur derrière lequel il se passe toujours
quelque chose, et depuis que le monde est monde, un seul jour ne
s'est levé sans que dans l'univers un homme de bon sens ne se soit
demandé quelle était cette étrange petite créature! Depuis sa
création, les hommes sont là, attendant vainement celui qui leur dira
la clef de cette énigme parfois si amusante et si douce, parfois si
cruelle et si terrible, mais néanmoins toujours troublante! Qui dira
ce qu'elle a engendré de beauté, de force et de vie, mais par contre
ce qu'elle a fait naître de tristesses, d'amertumes et de douleurs.
Dans les civilisations antiques, la femme nous apparaît comme étant
l'esclave de l'homme. Les Grecs l'enfermèrent jalousement, ne lui
donnant aucune éducation et la considérant comme un simple objet de
luxe.
Rome fit d'elle une perpétuelle déchue, et malgré la gloire qui
rejaillit sur la femme avec les noms d'Aggrypine, de Lucrèce et de
Cornélie, la conserva dans un état d'abaissement constant.
Le catholicisme, dans sa toute bonté compatissante, releva le front
de l'éternelle serve, mais ne changea guère au point de vue social et
moral la domination de l'homme sur elle. Avec le Moyen-âge, la femme
fut idéalisée; elle devint la Grande Inspiratrice, le stimulant et le
but de toute activité. «Plus que Poète, elle est la Poésie», comme
le dit Lamartine. La Renaissance commence à diminuer la femme comme
être moral. Sous la Révolution, elle relève la tête, et Victor Hugo
s'écrie plus tard: «Le XIXe siècle a proclamé les droits de l'homme,
le XXe siècle proclamera ceux de la femme».
Parmi les appréciations portées sur elle, il en est quelques-unes qui
par leur piquant, leur humour et surtout leur cruelle vérité méritent
d'être citées:
«Souveraine peste, s'écrie Jean Crysostome, c'est par toi que le
diable a triomphé de notre premier père»[6].
[6] _Entretien_, XXIV.
«J'ai trouvé la femme plus amère que la mort, elle est semblable au
filet des chasseurs»[7].
[7] L'_Ecclésiaste_.
Saint Thomas, très irrévérencieusement, la baptise: «Être accidentel
et manqué».
Les lois de Manou, dans leur éternelle sagesse et leur naïveté
poétique, nous la représentent comme une esclave: «Une femme ne doit
jamais se gouverner à sa guise»[8].
[8] Manou: Livre V.
«Il faut se défier d'elle, parce que la nature du sexe féminin est de
chercher ici-bas à corrompre les hommes»[9].
[9] Manou: Livre I.
«La femme peut en ce monde écarter du droit chemin non seulement
l'insensé mais aussi l'homme pourvu d'expérience»[10].
[10] Manou: Livre I.
Tel compare la voix de la femme au sifflement du serpent et leur
langue au dard du scorpion!