J'avais bien un certain serrement de coeur en mettant le pied sur cette

plage maintenant déserte, mais couverte d'ennemis en armes quelques

heures auparavant, et où nous venions, nous vainqueurs, sans autre

sauvegarde contre la fureur des vaincus que la parole et l'autorité

douteuse de deux chefs anthropophages.

--Sur l'honneur, dis-je à Wallace en l'interrompant, vous méritiez

d'être cuits vivants à petit feu et mangés l'un et l'autre. Conçoit-on

une aussi outrecuidante folie!--Eh bien, pourtant il ne nous arriva

rien. En rencontrant leur peuplade, nos chefs expliquèrent que la paix

était faite et qu'ils nous devaient leur liberté. Après quoi, nous

faisant mettre à genoux devant eux, ils nous donnèrent à chacun un petit

coup de casse-tête sur la nuque, en faisant des signes et prononçant des

paroles qui nous rendaient _sacrés_.

Hommes, femmes et enfants, criant: Tayo! à leur tour, nous approchèrent

aussitôt avec curiosité, mais sans la moindre apparence hostile. Notre

confiance paraissait les flatter, et tous y répondirent. Le chirurgien,

d'ailleurs, nous fit bien venir d'eux, en pansant le petit nombre de

blessés qui avaient survécu à la mitraille, et dont plusieurs avaient

des plaies et des fractures affreuses. Au bout de quelques jours il me

laissa pour aller, sous la conduite de Koro le grand chef, explorer une

forêt de l'intérieur.

J'avais déjà, un an auparavant, appris aux îles Haouaï quelques mots de

la langue kanacke, en usage, malgré les énormes distances qui séparent

ces divers archipels, à Haouaï, à Taïti et à la Nouvelle-Zélande. Je

m'en servis tout d'abord pour séduire deux petites Zélandaises

charmantes, vives comme des grisettes parisiennes, avec de grands yeux

noirs étincelants et des cils de la longueur de mon doigt. Une fois

apprivoisées, elles me suivirent comme deux lamas, Méré portant ma

poudre et mon sac à balles, Moïanga, le gibier que j'abattais dans nos

excursions; et me servant tour à tour l'une et l'autre d'oreiller, la

nuit, quand nous dormions à la belle étoile. Quelles nuits! Quelles

étoiles! Quel ciel! C'est le paradis terrestre que ce pays-là.

Croiriez-vous que j'y fus atteint néanmoins par le plus inattendu et le

plus infernal des chagrins! Emaï, mon chef protecteur, avait une fille

de seize ans, qui ne s'était pas montrée d'abord, et dont la beauté

piquante, quand je l'aperçus, me planta au coeur un amour terrible, avec

tous les frémissements, tous les étouffements et tous les abominables

maux de nerfs qui s'en suivent.

Dispensez-moi de vous faire son portrait... Je crus n'avoir qu'à me

présenter à elle pour trouver deux bras ouverts. Méré et Moïanga

m'avaient gâté. Je voulus en conséquence, après quelques mots tendres,

la conduire dans un champ de phormium (le lin du pays) pour y filer des

heures d'or et de soie. Mais point. Résistance, résistance obstinée.

Alors, je me résignai à faire une cour en règle et assidue. Le père de

Tatéa (c'est son nom) prit mes intérêts avec chaleur; il adressa devant

moi maintes fois de vifs reproches à la belle rebelle. J'offris à Tatéa

l'un après l'autre et tous ensemble les boutons de cuivre doré de mon

gilet, puis mon couteau, ma pipe, mon unique couverture, plus de cent

grains de verre bleus et roses; je tuai une douzaine d'albatros, pour

lui faire un manteau de duvet blanc; je lui proposai de me couper

elle-même le petit doigt. Ceci parut l'ébranler un moment, mais elle

refusa encore. Son père indigné voulait lui casser un bras; je l'en

détournai à grand'peine. Mes deux autres femmes s'en mêlèrent à leur

tour et tentèrent de combattre son obstination.

La jalousie est ridicule dans la Nouvelle-Zélande, et mes femmes

n'étaient point ridicules.

Rien n'y fit.

Alors, ma foi, le spleen s'empara de moi. Je cessai de manger, de fumer,

de dormir. Je ne chassai plus, je ne disais plus un mot à Moïanga, ni à

Méré; les pauvres filles pleuraient, je n'y prenais pas garde; et

j'allais me tirer un coup de fusil dans l'oreille, quand j'eus l'idée

d'offrir à Tatéa un baril de tabac que je portais toujours attaché sur

mon dos.

C'était cela!!! et je ne l'avais pas deviné!!!

Le plus consolant des sourires accueillit ma nouvelle offrande; on me

tendit la main, et en la touchant, je crus sentir mon coeur fondre, comme

fond un morceau de plomb dans un feu de forge. Le cadeau de noces était

accepté. Méré et Moïanga coururent, pleines de joie, annoncer à Emaï la

bonne nouvelle; et Tatéa, ravie de posséder le précieux baril qu'elle

s'était obstinée par coquetterie à ne pas demander, dénoua enfin sa

chevelure et m'entraîna palpitant vers le champ de phormium...

Ah! mon cher, ne me parlez pas de nos Européennes!...

Au coucher du soleil, mes deux petites premières, ma reine Tatéa et moi,

nous fîmes au coin d'un bois le plus délirant souper de famille, avec

des racines de fougère, des kopanas (pommes de terre), un beau poisson,

un guana (grand lézard) et trois canards sauvages, cuits les uns et les

autres au four, entre des pierres rougies, selon la méthode des

naturels, et arrosés de quelques verres d'eau-de-vie qui me restaient.

On m'eût proposé, ce soir-là, de me transporter en Chine, dans le palais

de porcelaine de l'Empereur, et de me donner la céleste princesse, sa

fille, pour épouse, avec cent mandarins décorés du bouton de cristal

pour me servir, que j'aurais refusé.

Le lendemain de ces noces intimes, le chirurgien revint de son

exploration botanique. Il était couvert de végétaux plus ou moins secs;

il avait l'air d'une meule de foin ambulante. Son chef et le mien, Koro

et Emaï, nos deux cornacs, convinrent de célébrer cette réunion et mon

mariage par un festin officiel splendide. Ils avaient justement surpris

en flagrant délit de vol dans leur Pâ (village) une jeune esclave, et

l'on convint de la punir de mort pour cette solennité. Ce qui fut fait,

bien que je protestasse que nous avions déjà un très-beau dîner et que

je n'en mangerais pas.

Dans le fait, vous pouvez m'en croire, au risque de désobliger nos chefs

qui s'étaient mis en frais pour nous traiter, au risque même d'irriter

Tatéa qui trouvait absurdes mes répugnances, on eut beau m'offrir la

meilleure épaule de l'esclave, servie sur une fraîche feuille de fougère

et entourée de succulentes koranas, il me fut impossible d'y toucher.

Notre éducation est vraiment singulière, en Europe! J'en suis honteux.

Mais ce sentiment d'horreur pour l'homme, inculqué dès l'enfance,

devient une seconde nature et c'est en vain qu'on chercherait à le

contrecarrer.

Le chirurgien essaya par bravade de goûter à l'épaule que j'avais

refusée; presqu'aussitôt des nausées violentes le punirent de sa

tentative, à la grande colère de Kaé, le cuisinier de Koro, qui se

trouvait ainsi blessé dans son amour-propre. Mais mes deux petites

premières, ma chère Tatéa, Koro et mon beau-père, l'eurent bientôt

calmé, en rendant à sa science culinaire un éclatant hommage.

Après le dîner, le chirurgien, possesseur d'une assez respectable

bouteille d'eau-de-vie, la présenta d'abord à Emaï qui, après avoir bu,

lui dit d'un air grave:

«Ko tinga na, hia ou owe.»

(_Puisses-tu te bien porter, être content._)

Tant est naturel l'usage des toasts qu'on reproche parfois à

l'Angleterre.--Koro l'imita, et, s'adressant à moi, répéta le souhait

bienveillant d'Emaï. Méré et Moïanga me regardaient d'un air tendre.

Alors, pendant que les chefs fumaient quelques pincées de tabac du petit

baril, dont la nouvelle mariée les avait gratifiés généreusement, Tatéa

se serra contre moi, appuya nonchalamment sa tête contre la mienne et me

chanta à l'oreille, comme une confidence, trois couplets dont voici le

refrain que je n'oublierai jamais:

E takowe e o mo tokou mei rangui

Ka tai Ki reira, akou rangui auraki.

(_Quand tu seras arrivé au port où tu veux aller, mes affections y

seront avec toi_).

Honte sur notre froide musique, sur notre mélodie effrontée, sur notre

pesante harmonie, sur notre chant de Cyclopes!!! Où trouver en Europe

cette mystérieuse voix d'oiseau amoureux, dont le secret murmure faisait

frissonner tout mon être d'une volupté effrayante et nouvelle! Quels

gazouillements de harpe sauront l'imiter? Quel fin tissu de _sons

harmoniques_ en donnera l'idée?... Et ce refrain si triste dans lequel

Tatéa associant, par un caprice étrange, l'expression de son amour à la

pensée de notre séparation, me parlait _du port lointain... où ses

affections me suivraient_.....

Beloved Tatéa! Sweet bird!... Tout en chantant, comme chante à midi un

bengali sous la feuillée, de la main gauche elle enlaçait mon col dans

une longue tresse de ses splendides cheveux noirs, et jouait de la

droite avec les blancs osselets du pied de l'esclave qu'elle venait de

manger... Ravissant mélange d'amour, d'enfantillage et de rêverie!... Le

vieux monde soupçonna-t-il jamais une poésie pareille?... Shakespeare,

Beethoven, Byron, Weber, Moore, Shelley, Tennysson, vous n'êtes que de

grossiers prosateurs.

Pendant cette scène, Kaé avait, presque sans interruption, chuchoté de

son côté avec la bouteille, qui lui avait dit tant de choses, que Koro

et le chirurgien durent le conduire, en le soutenant, jusqu'à sa case,

où il tomba ivre mort.

Plus ivre que le cuisinier, mais ivre d'amour, j'emportai, moi, plutôt

que je n'emmenai Tatéa; et mes deux petites premières, encore cette

nuit-là, dormirent d'un paisible sommeil.

Tatéa avait remarqué que souvent dans mes moments de rêverie, quand nous

étions assis ensemble au bord de la mer, je traçais avec la baguette de

mon fusil, sur le sable la lettre T.

Elle finit par me demander pourquoi je m'obstinais a dessiner ce signe,

et je parvins, non sans peine, à lui faire comprendre qu'il me rappelait

son nom. Je l'étonnai beaucoup. Elle doutait probablement encore que

cela fût possible, car, ayant elle-même un jour, en mon absence, marqué

grossièrement ce T sur un rocher, elle me le montra et battit des mains

en m'entendant dire aussitôt: Tatéa!

Vous croyez peut-être que je vais, à propos de ces détails, me moquer de

moi-même et dire que je tournais au pastoral, au Daphnisme. Mais non,

j'étais heureux et ne suis pas Français.

Bien des jours et des nuits semblables se succédèrent. Ils avaient fait

à mon insu des semaines et des mois; j'avais oublié le monde et

l'Angleterre, quand la frégate reparut dans la baie et vint me rappeler

_qu'il y avait un port où je devais aller_. Chose étonnante! après le

premier froid que sa vue répandit dans mes veines, j'eus presque du

courage. Le pavillon anglais flottant au haut du grand mât produisit sur

moi l'effet du bouclier de diamant sur Renaud, et il me parut aussitôt

possible, sinon facile, de m'arracher aux bras de mes Armides. A

l'annonce de mon départ, pourtant, que de pleurs! quel désespoir!

quelles convulsions de coeur!..... Tatéa se montra d'abord la plus

résignée. Mais quand le canot de la frégate eut abordé, quand elle vit

le chirurgien y entrer et m'attendre, quand j'eus fait à Emaï et à Koro

mes derniers présents, se précipitant éperdue à mes pieds, elle me

conjura de lui accorder encore une preuve d'amour, la dernière; preuve

étrange, dont je ne me fusse jamais avisé. «Oui oui, tout, lui dis-je en

la relevant et la serrant frénétiquement dans mes bras; que veux-tu? mon

fusil? ma poudre? mes balles? prends, prends, tout ce qui me reste

n'est-il pas à toi?» Elle fit un mouvement négatif. Saisissant alors le

couteau de son père, impassible témoin de nos adieux, elle en approcha

la pointe de ma poitrine nue et me fit comprendre, me pouvant plus

parler, qu'elle désirait y tracer un signe. J'y consentis. En deux

coups, Tatéa me balafra d'une incision cruciale, d'où le sang jaillit à

flots. Aussitôt la pauvre enfant de se jeter sur ma poitrine

ruisselante, d'y appliquer ses lèvres, ses joues, son col, son sein, sa

chevelure, de boire mon sang mêlé à ses larmes, avec des cris et des

sanglots... O vieille Angleterre, j'ai prouvé ce jour-là que je

t'aimais!

Méré et Moïanga s'étaient élancées à la mer avant le départ du canot; je

les retrouvai auprès de l'échelle de la frégate.

Là, autre scène, autres cris déchirants. J'eus beau tenir mes yeux fixés

sur le pavillon britannique, un instant la force me manqua. J'avais

laissé sur le rivage Tatéa évanouie; à mes pieds les deux autres chères

créatures, nageant d'une main, me faisaient de l'autre des signes

d'adieux, en répétant, de leur voix gémissante: O Walla! Walla! (C'était

leur manière de prononcer mon nom.) Quels efforts je dus faire pour

monter! à chacun des derniers échelons que je gravis, il me sembla qu'on

me cassait un membre. Parvenu sur le pont, je n'y tins plus, je me

retournai: et j'allais sauter à l'eau, gagner la terre à la nage, les

embrasser toutes les trois, m'enfuir avec elles dans les bois et laisser

partir la frégate chargée de mes malédictions, quand le commandant,

devinant ce coup de tête, fit un signe aux musiciens du régiment qui

était à bord, le _Rule Britannia_ retentit, une déchirante et suprême

révolution se fit en moi, et, aux trois quarts fou, je me précipitai

dans la grande chambre, où je restai jusqu'au soir étendu, cadavre

vivant, sur le plancher.

Quand je revins à moi, mon premier mouvement fut de remonter à la course

sur le pont, comme si j'allais y retrouver..... Nous étions déjà

loin..... plus de terre en vue..... rien que le ciel et l'eau..... Alors

seulement je poussai un long cri de douleur furieuse, qui me soulagea.

Ma poitrine saignait toujours. Voulant rendre la cicatrice ineffaçable,

je me procurai de la poudre à canon et du corail, que je pilai ensemble

et que j'introduisis ensuite dans la plaie. J'avais appris d'Emaï ce

procédé de tatouage. Il réussit parfaitement. Voyez! (dit le narrateur

en ouvrant son gilet et sa chemise, et me montrant sur sa poitrine une

large croix bleuâtre) cela veut dire pour moi Tatéa en néo-zélandais. Si

vous trouvez jamais une Européenne capable d'avoir naïvement une idée

pareille, je vous permets de croire à son affection et de lui rester

fidèle!».............

Il eût été difficile à Wallace de pousser plus loin ses confidences

cette nuit-là. Il ne pleurait pas, mais des filets rouges sillonnaient

le blanc de ses yeux, ses lèvres écumaient, il se plaça devant un miroir

et resta longtemps à contempler d'un air sombre la signature de Tatéa.

Il était trois heures du matin; je sortis en proie à une oppression

pénible. Rentré chez moi, je ne m'endormis pas sans faire de longues

réflexions sur l'hospitalité des guerriers zélandais, sur le préjugé des

Européens contre les esclaves, sur l'influence des petits barils de

tabac, sur la polygamie, sur les amours sauvages et le patriotisme

effréné des Anglais.

Deux ans plus tard, Wallace vint me voir à Paris. Fréderick Beale, ce

roi des éditeurs anglais, cet intelligent et généreux ami des artistes,

l'avait chargé de composer un opéra en deux actes pour l'un des théâtres

de Londres. Wallace comptait utiliser ses loisirs de Paris en écrivant

cette petite partition; mais une ophthalmie aiguë dont il fut atteint

presque à son arrivée et qui faillit lui faire perdre la vue, l'en

empêcha en le contraignant à une longue et triste inaction.

Enfin rétabli, grâce aux soins du savant docteur Sichel que je lui avais

amené, il retourna à Londres avec l'intention, après avoir terminé son

opéra, de faire un nouveau tour du monde pour se désennuyer; un peu

aussi pour revoir la Nouvelle-Zélande, j'aime à le croire. Il a, en

effet, entrepris ce voyage; seulement des motifs que j'ignore l'ont fait

s'arrêter à New-York, où sous prétexte qu'il gagne des milliers de

dollars par ses compositions de salon dont raffolent les Américains, il

oublie ses amis et _ses amies,_ et se résigne à vivre platement avec des

gens plongés dans la plus profonde civilisation.

Je donnerais beaucoup pour savoir si le tatouage de sa poitrine est

toujours visible.

Pauvre Tatéa, je crains bien que tu n'aies pas enfoncé le couteau assez

avant!

Ceci n'empêche que je lui dise à travers l'Atlantique: Bonjour, mon cher

Wallace, pensez-vous aussi que j'aie commis un _abus de confiance_ en

publiant votre odyssée? Je parie que non.

* * * * *

_P. S._ Vous êtes un lecteur attentif, Corsino. Oui, il n'est que trop

vrai, beaucoup d'erreurs typographiques ont été commises dans la

première édition de nos _Soirées_, et quelques-unes se sont encore

reproduites dans la seconde. Cela me cause un véritable tourment. Deux

de ces fautes surtout m'exaspèrent. La première a l'air d'une raillerie

dirigée contre moi. Elle consiste dans l'omission de la lettre _h_ dans

le mot _orthographe_; omission qui me fait commettre une faute

d'orthographe précisément dans le mot orthographe et dans une phrase où

je reproche à quelqu'un une faute d'orthographe.

La seconde erreur est dans ces trois mots: _boire le Kava_. Elle est

grammaticale et géographique. Il convenait d'abord d'écrire «boire _du_

Kava.» De plus il faut n'avoir pas fait seulement un demi-tour du globe

pour ignorer que Kava est le nom de la boisson en usage aux îles

Carolines et à la Nouvelle-Zélande, mais qu'à Taïti, dont il s'agit dans

le passage inculpé, cette même boisson se nomme Ava.

Je vais passer pour un canotier d'Asnières[11].

Mais qu'est-ce que ces fautes insectes en comparaison des monstres que

nous voyons éclore journellement dans les imprimeries. Je ne veux vous

en faire connaître qu'un; il vous consolera, je pense, comme il m'a

consolé.

Dans une revue littéraire de Paris, l'un de nos prosateurs les plus

distingués publiait une Nouvelle. Cette Nouvelle contenait la phrase

suivante, amenée je ne sais comment:

«L'on vit reparaître sur la planche le bocal de cornichons.»

La première épreuve portant:

«L'on vit reparaître sur la planche ce bocage de cornichons,» le

correcteur fit cette observation judicieuse qu'il était peu exact de

dire _sur la planche_, et mit:

L'on vit reparaître SUR LES PLANCHES CE BOCAGE de cornichons.

Enfin, avant de donner le bon à tirer, il découvrit là encore une autre

faute et de plus une inversion forcée incompatible avec l'esprit de la

langue française. En conséquence, il fit ce dernier changement, dont les

lecteurs de la _Revue_ purent jouir le lendemain:

L'on vit paraître SUR LES PLANCHES CE CORNICHON DE BOCAGE.

Jugez de l'étonnement de l'auteur en se lisant travesti de la sorte, et

de la stupéfaction du célèbre tragédien Bocage ainsi traité de

_cornichon_ à propos de rien!

J'ose me flatter, Messieurs, que votre opéra touche à sa fin. En tous

cas, si ma lettre ne dure pas deux heures et demie, j'en suis désolé,

mais je ne saurais l'allonger; elle me semble, à moi, durer dix longues

heures.

Adieu donc, Corsino, adieu, Dervinck, adieu, Dimski, adieu tous. We may

meet again..... Mon Dieu? que je suis triste!

Assez épilogué.

TABLE

Pages

PROLOGUE. 1

PREMIÈRE SOIRÉE.--Le premier opéra, nouvelle du passé.--Vincenza,

nouvelle sentimentale.--Vexations de Kleiner

l'aîné. 5

Le premier opéra, nouvelle du passé, 1555.--Alphonso della

Viola à Benvenuto Cellini. 7

Vincenza, nouvelle sentimentale. 26

DEUXIÈME SOIRÉE.--Le harpiste ambulant, nouvelle du présent.--Exécution

d'un Oratorio.--Le sommeil des justes. 31

Le harpiste ambulant, nouvelle du présent. 32

TROISIÈME SOIRÉE. 55

QUATRIÈME SOIRÉE.--Un début dans le Freyschutz, nouvelle

nécrologique.--Marescot, étude d'équarisseur. 57

Un début dans le Freyschutz. 58

CINQUIÈME SOIRÉE.--L'_S_ de Robert le Diable,

nouvelle grammaticale. 65

SIXIÈME SOIRÉE.-- Étude astronomique, révolution du ténor

autour du public.--Vexation de Kleiner le jeune. 69

Le ténor au zénith. 74

Le soleil se couche. Ciel orageux. 77

SEPTIÈME SOIRÉE.--Étude historique et philosophique. De

viris illustribus urbis Romæ.--Une Romaine. Vocabulaire

de la langue des Romains. 83

De viris illustribus urbis Romæ. 84

Mme Rosenhain, autre fragment de l'histoire romaine. 99

HUITIÈME SOIRÉE.--Romains du nouveau monde.--M. Barnum.--Voyage

de Jenny Lind en Amérique. 109

NEUVIÈME SOIRÉE.--L'Opéra de Paris.--Les théâtres lyriques

de Londres. Étude morale. 117

DIXIÈME SOIRÉE.--Quelques mots sur l'état présent de la

musique, ses défauts, ses malheurs et ses chagrins.--L'institution

du tack.--Une victime du tack. 131

Quelques mots sur l'état présent de la musique, ses défauts,

ses malheurs et ses chagrins. 132

Une victime du tack, nouvelle d'avant-scène. 143

ONZIÈME SOIRÉE. 147

DOUZIÈME SOIRÉE.--Le suicide par enthousiasme, nouvelle

vraie. 149

TREIZIÈME SOIRÉE.--Spontini, esquisse biographique. 169

QUATORZIÈME SOIRÉE.--Les opéras se suivent et se ressemblent.--La

question du beau.--La Marie Stuart de Schiller.--Une

visite à Tom-Pouce, nouvelle invraisemblable. 201

Une visite à Tom-Pouce. 206

QUINZIÈME SOIRÉE.--Autre vexation de Kleiner l'aîné. 209

SEIZIÈME SOIRÉE.--Études musicales et phrénologiques.--Les

cauchemars.--Les puritains de la musique religieuse.--Paganini,

esquisse biographique. 211

Paganini. 217

DIX-SEPTIÈME SOIRÉE. 225

DIX-HUITIÈME SOIRÉE.--Accusation portée contre la critique

de l'auteur.--Sa défense.--Réplique de l'avocat général.--Pièces

à l'appui.--Analyse du Phare.--Les représentants

sous-marins.--Analyse de Diletta. Idylle.--Le

piano enragé. 227

Analyse du Phare. 234

Analyse de Diletta. 237

DIX-NEUVIÈME SOIRÉE. 249

VINGTIÈME SOIRÉE.--Glanes historiques.--Susceptibilité

singulière de Napoléon, sa sagacité musicale.--Napoléon

et Lesueur.--Napoléon et la république de San-Marino. 251

Musique de l'Empereur. 253

VINGT ET UNIÈME SOIRÉE.--Études musicales.--Les enfants

de charité à l'église de Saint-Paul de Londres, choeur de

6,500 voix.--Le palais de cristal à 7 heures du matin.--La

chapelle de l'empereur de Russie.--Institutions musicales

de l'Angleterre.--Les Chinois chanteurs et instrumentistes

à Londres; les Indiens; l'Highlander; les Noirs des rues. 259

VINGT-DEUXIÈME SOIRÉE. 287

VINGT-TROISIÈME SOIRÉE.--Gluck et les conservatoriens de

Naples, mot de Durante. 289

VINGT-QUATRIÈME SOIRÉE. 293

VINGT-CINQUIÈME SOIRÉE.--Euphonia ou la ville musicale,

nouvelle de l'avenir. 295

ÉPILOGUE. 339

DEUXIÈME ÉPILOGUE.--Lettre de Corsino à l'auteur.--Réponse

de l'auteur à Corsino. 352

Beethoven et ses trois styles. 357

Fêtes musicales de Bonn. 369

Réponse à M. Conestabile. 408

V. Wallace. Ses aventures à la Nouvelle-Zélande. 413

F. AUREAU.--Imprimerie de Lagny

NOTES:

[1] La première édition de l'ouvrage de M. Berlioz, intitulé _Voyage

musical en Allemagne et en Italie_, étant épuisée, l'auteur s'est refusé

à en publier une seconde; toute la partie autobiographique de ce voyage

devant être introduite et complétée par lui dans un autre travail plus

important dont il s'occupe. (Ce travail n'était autre que ses

_Mémoires_, qui ont paru depuis sa mort.) Il a cru, en conséquence,

pouvoir reproduire dans les _Soirées de l'orchestre_ des fragments de

cet essai, tels que: _Le premier Opéra_, et quelques autres, considérant

_le Voyage musical_ comme un livre détruit dont il a seulement conservé

les matériaux. (_Note de l'éditeur_.)

[2] Historique.

[3] Historique.

[4] Historique.

[5] Id.

[6] On sait que Cellini professait une singulière aversion pour cet

instrument.

[7] Quand un conducteur de cabriolet a encouru le mécontentement de M.

le préfet de police, celui-ci lui interdit pendant deux ou trois

semaines de faire son métier de cocher, auquel cas, le malheureux qui ne

gagne rien, ne va certes pas en voiture. Il est à pied. Il entre alors

souvent dans l'infanterie romaine.

[8] Les billets de service sont ceux auxquels un acteur a droit les

jours où il joue.

[9] Les échos sont les solos d'un danseur dans un morceau d'ensemble

chorégraphique.

Les soirées de l'orchestre · 第 33 / 34 段