nombreuse, où les hommes étoient à la fois sensés & aimables, où les
femmes étoient charmantes, & vivoient ensemble, sans se haïr; parce
qu’elles n’avoient que le cœur sensible, & que leur amour propre ne se
blessoit jamais mal à-propos. Ce n’étoit pas qu’il n’y eût aussi des
femmes vaines, aigres, méprisantes; des hommes _confians_, frivoles,
indiscrets; mais c’étoit le petit nombre, & cela fait une Nation bien
raisonnable. La belle y fut d’abord admirée, la jolie y fut suivie, la
laide (j’aime mieux dire la troisiéme) resta d’abord assez ignorée,
parce qu’on s’occupoit des deux autres.
Bien-tôt, l’aînée fut trouvée trop froide, trop vaine dans la Société, &
regardant, trop en pitié, tout ce qui n’étoit pas la beauté,
c’est-à-dire toute autre que la sienne. Bien-tôt, la voilà négligée,
abandonnée, &, à quelques vieux Seigneurs près, qui n’avoient conservé
de leur jeune âge, qu’une parfaite & ennuyeuse admiration pour les
belles, elle ne se trouva plus d’adorateurs; & comme elle avoit méprisé
toutes les femmes, celles qui s’en étoient formalisées, parce qu’elles
n’avoient pas assez d’esprit pour en rire, s’en trouvérent encore plus
qu’il n’en faloit, pour lui donner des ridicules. La seconde, qui avoit
d’abord attiré ce petit nombre d’hommes, dont j’ai parlé, fut enfin
avertie, par la Fée, qu’ils avoient l’air trop libre avec elle, qu’ils
faisoient de mauvaises histoires sur son compte, que de certaines femmes
prenoient grand soin d’accréditer; & que les gens sensés, à qui elle ne
s’étoit point souciée de plaire, se contentoient de ne point écouter,
sans chercher à les détruire; & qu’enfin, elle n’avoit nulle
considération. Cela la toucha assez; mais ce qui fit bien plus d’effet,
c’est qu’elle se vit bien-tôt négligée par les hommes les plus estimés,
& les plus aimables: la voir, la suivre, la trouver trop coquette, &
l’oublier, ne fut pour eux que l’ouvrage de peu de jours.
Notre troisiéme avoit, enfin, été remarquée. On avoit commencé par
s’apercevoir qu’elle avoit beaucoup d’esprit. On se demanda, bien-tôt,
on examina si, effectivement, elle étoit laide; & la fin de ce doute,
fut de la trouver extrémement aimable. Eh! comment ne pas convenir de
son esprit? Elle en trouvoit si volontiers aux autres, & se plaisoit à
démêler, dans toutes les femmes, ce qui étoit à leur avantage, comme une
autre auroit cherché à les voir en ridicule; ainsi on lui donnoit sa
confiance, on vouloit son amitié, on aimoit à la faire valoir. Mais il
falut partir, les deux sœurs s’ennuyoient de cette Cour; elles vouloient
absolument aller dans quelque autre qui fût tout-à-fait différente. La
Fée les transporta dans un pays fort éloigné. Elles arrivérent au milieu
d’une grande Ville, où l’on ne voyoit que des Palais, & dont les
habitans, d’une stature noble & élevée, étoient habillés de gazes,
brodées de petits coquillages qui représentoient, au naturel, des
fleurs, des arbustes, des oiseaux; & ce qui étoit plus singulier encore,
ces mêmes habitans avoient le teint couleur d’avanturine, avec des yeux
d’un bleu de saphir, & très-brillans; des lévres extrémement grosses, de
la même couleur que les yeux, & des dents de nacre, les plus jolies du
monde. Cette bizarrerie ne choqua point les deux aînées; elles pensérent
qu’il seroit flatteur d’être admirées par des yeux couleur de saphir, &
de _tourner la cervelle_ à ces hommes extraordinaires. Pour la cadette,
elle étoit fort étonnée, & tâchoit de s’accoutumer à ces figures
surprenantes, afin de n’être point haïe des gens avec qui elle alloit
vivre. Ses sœurs furent bien trompées dans leurs espérances: comme la
beauté est une affaire d’opinion, on ne les regarda, jamais, qu’avec une
surprise qui ne supposoit aucun plaisir à les voir, elles n’eurent point
d’autres succès; &, pour comble de dégoût, elles apprirent, qu’on ne les
appelloit que du nom qu’elles donnoient, avec tant de plaisir, à leur
cadette. Mais voici bien pis encore, étant toutes trois à une fête, où
les filles du Roi formoient une danse plus singuliére que difficile, &
que les deux aînées ne regardérent qu’avec dédain, (car elles ne
pouvoient pas souffrir de voir briller les autres) la troisiéme se mit
au rang des danseuses, qu’elle avoit beaucoup applaudies; & comme elle
avoit acquis bien des talens, croyant en avoir besoin, elle saisit si
bien le caractére de leur danse, on lui sût si bon gré de se prêter,
avec tant de grace, à des amusemens étrangers pour elle, qu’elle fut
applaudie à l’excès. Le Roi, les Dames, les Courtisans, ne cessoient de
dire: Quel dommage, qu’elle n’ait pas un teint d’avanturine, & de belles
grosses lévres bleues! Ses deux sœurs entendirent, sans doute, mot pour
mot, toutes les louanges qu’on lui donna (car le dépit dans les femmes
est si pénétrant); enfin elles pensérent en mourir de jalousie; & le bal
fini, ce fut une persécution pour partir, à laquelle il falut que la
tante cédât; à peine eut-elle le temps de prendre congé du Roi, de la
Reine, & des Princesses, à qui elle donna, cependant, un secret pour se
bouffir, considérablement, les lévres, aux jours de cérémonie.
L’importance de ce présent, la fit reconnoître pour Fée, & elle se vit
investir par un concours prodigieux de peuples; mais elle étoit déja
dans son char, & elle disparut, au grand contentement des deux aînées,
qui maudissoient un pays où l’on n’applaudissoit que leur cadette.
Je ne sai pas comment j’ai oublié, jusqu’ici, d’expliquer pourquoi ces
deux aînées étoient en si bonne intelligence. Il n’est pas facile de le
deviner; cela va cependant paroître assez simple. La jolie disoit, à
tout moment, à l’aînée, qu’elle étoit _prodigieusement_ belle; la belle
disoit à celle-ci, qu’elle étoit _excessivement_ jolie; & chacune, parce
qu’elle pensoit ne prononcer qu’un mot qui n’exprimoit rien, & se moquer
de sa sœur, à proportion du plaisir qu’elle lui causoit, par cette
louange chimérique.
Mais comment se pardonnoient-elles leurs conquêtes, puisque l’une &
l’autre vouloit, sans doute, être seule aimable? Cette objection est
plus embarrassante; mais voici comment cette concurrence s’arrangeoit
dans leur tête. La belle croyoit que sa sœur n’avoit de soupirans, que
ceux qui, ne se sentant qu’un mérite commun, n’osoient se flatter d’être
écoutés d’une belle personne; & la seconde disoit; Ils seront bien-tôt
excédés de la triste beauté de ma sœur, ils me reviendront; ainsi,
c’étoit le peu de bonne opinion que mutuellement l’une avoit de l’autre,
qui entretenoit leur union. On ne sauroit croire combien un mépris
réciproque est souvent parmi quelques femmes, une raison de convenance,
& même le nœud d’une sorte d’amitié.
A l’égard de leur haine commune pour la troisiéme, voici quelle en fut
l’origine. Leur cadette, ayant une ame douce, & s’appliquant à vaincre
par de la déférence & par de l’amitié, la répugnance que lui marquoient
ses sœurs, profitoit de toutes les occasions de faire leur éloge, avec
justice; mais étant raisonnable & sincére, elle ne pouvoit se déterminer
à louer l’orgueil de l’une & la coquetterie de l’autre; & ne les pas
applaudir, à cet égard, c’étoit se montrer leur ennemie. Ajoutez que
lorsque les deux aînées s’y attendoient le moins, elles virent cette
sœur, condamnée dans leur esprit à ne jamais plaire, réussir souvent
mieux qu’elles. On ne supporte point cela; car, qu’on ait prévû le
succès que peut obtenir une autre femme, comme on a rassemblé, par
avance, toutes les maniéres de l’envisager, qui en diminueront le prix;
on peut en être témoin, sans se décontenancer; on le méprise, peut-être,
au point qu’on le pardonne. Mais quand il surprend, qu’on est réduit à
le voir tel qu’il est, il n’y a courage d’esprit qui y tienne.
Les voilà donc dans le char. Où vous ménerai-je? leur dit la Fée. Vous
savez, sans doute, à quoi vous en tenir, sur votre figure? Voyageons à
présent, afin de vous faire connoître le prix des différens états de la
vie; je vais, pour commencer, vous faire toutes trois Reines. Alors,
elle remua une chaîne de diamans, qui gouvernoit quatre Phénix, qu’elle
avoit attelés à son char; ils hâtérent leur vol, & arrivérent dans un
pays charmant. On entra dans une Ville superbe; tous les Grands de
l’Empire s’y trouvérent rassemblés, & les trois niéces, placées sur un
même trône, furent toutes trois reconnues Souveraines.
L’aînée, on ne l’auroit pas cru, trouva le moyen d’augmenter de fierté &
de bonne opinion de son mérite. Le lendemain de son couronnement, elle
emprunta la baguette de sa tante, pour un coup d’état, disoit-elle, &
l’on ne devineroit pas quel usage elle en vouloit faire. Il y avoit
proche de sa Capitale, une vaste plaine; elle s’y promena, d’un soleil à
l’autre, & pour donner à ses Sujets le plaisir de l’admirer, elle les
transporta, tout à coup, dans cette plaine; & cet enlevement pensa les
faire mourir tous de frayeur. L’un, occupé dans son cabinet, se sentoit
emporté par sa fenêtre, sans savoir à quoi attribuer cette merveille.
L’autre, au moment de prononcer le serment qui l’alloit unir à sa
maîtresse, quittoit, malgré lui, sa main, & s’échapoit avec rapidité du
Temple, au grand étonnement de l’épouse & de l’assemblée. Celui-ci, dont
la santé étoit languissante, transporté dans son fauteuil, se trouvoit
dans les nues. On voyoit voler les batallions tout armés, & les
personnages les plus graves traverser les airs, en habits de cérémonie.
Enfin, cet événement causa un trouble, un désordre général, dans toute
la Nation, & chaque jour de son Régne, amena quelque-autre folie, dont
sa beauté étoit la cause.
On s’attend bien à voir la seconde, ne contraignant pas mieux son
caractére; aussi parut-il dans toute sa perfection. Il n’y eut bien-tôt
plus à sa Cour que des petits soins pour occupation, des fleurettes pour
langage, & des lorgneries pour politesses. La Fée se trouva forcée
d’apprendre à l’aînée l’effet de sa ridicule présomption; à la seconde,
le peu d’estime & de respect qu’on avoit pour elle; & les avis sages,
quand ils viennent d’une Fée, ont cela de particulier, ils persuadent.
Je ne veux pas dire, cependant, que les deux niéces crûrent avoir tort,
elles sentirent, seulement, la honte de leur situation, qu’elles
trouvérent injuste; & elles conclurent que le trône n’avoit pas tant de
charmes qu’elles l’avoient pensé.
La troisiéme Reine parut effectivement l’être. Si le Trône met les
défauts dans un plus grand jour, il donne aussi plus d’occasions aux
vertus de paroître. _Zimzime_, car la Fée avoit décidé qu’on ne
l’appelleroit plus la laide, _mieux que belle_, dis-je, eut donc lieu
d’être contente de sa nouvelle condition; elle avoit des mœurs, & de la
dignité, elle fut respectée. Elle ne songeoit qu’aux moyens de faire le
bien, & d’être aimée, on l’adora. Sa Cour devenoit, tous les jours, plus
nombreuse, & cela acheva de désespérer ses sœurs.
Une nuit, tourmentées d’un dépit qui ne leur avoit pas permis de fermer
l’œil, elles allérent trouver la Fée, & la pressérent de partir dans le
même moment, aimant mieux toute autre condition que celle de régner. La
Fée, qui avoit ses vûes, répondit froidement, il est encore bien matin,
mais j’y consens; elle alla éveiller _Zimzime_, l’habilla d’un seul coup
de baguette, sans que rien manquât à son ajustement, répandit dans la
Ville quelques trésors, & l’on remonta encore dans le char.
Hé bien, mes chéres Niéces, (cela s’adressoit aux deux aînées) vous vous
êtes ennuyées du Trône? Le rang qui en approche vous exposeroit, à peu
près, aux mêmes inconveniens; & dans les états, successivement
inférieurs, vous trouveriez de pareils sujets de mécontentement.
Passons, croyez-moi, à une extrémité dont vous n’avez qu’une idée
très-imparfaite. Allons habiter quelque hameau. Je connois un endroit de
l’Asie, où, sous un ciel doux, des peuples simples & sociables, vivent
dans de belles campagnes; nulle ambition, peu de besoins, & un panchant
inaltérable pour des plaisirs qui n’entraînent point de dégoûts: Voilà
leur condition.
J’aime _beaucoup_ ce hameau, dit l’aînée; Je serois _comblée_ de voir
cette campagne, s’écria la seconde. A l’instant, elles se trouvérent,
toutes trois, mises comme de simples Villageoises, c’est-à-dire, avec
une coëffure & des habits, qui, pour toute magnificence, avoient une
simplicité agréable, l’air frais, & d’une extrême propreté. L’aînée
conçut, que, sous des dehors si peu brillans, on ne pouvoit être
remarquée, à moins qu’on ne fût la beauté même. La seconde, ne douta pas
que la singularité de cet ajustement, ne dût servir à la rendre plus
piquante. Pour _Zimzime_, elle fut bien aise de pouvoir connoître un
peuple ingénu, & dont les passions douces, disposoient, sans doute, leur
ame à l’amitié. Elles aperçurent, alors, cette campagne, qu’elles
désiroient. Elles arrivérent dans une prairie, au milieu d’une fête
purement champêtre; le lieu, les habitans, tout rappelloit l’idée de
l’âge d’or. La Belle, se voyant entourée d’une troupe considérable,
leva, avec un air de bonté présomptueuse, un voile qu’elle portoit en
voyage. Ces gens simples, la regardérent, long-temps, avec des yeux plus
étonnés que satisfaits. Ils la trouvoient belle, mais ce n’étoit point
comme cela qu’ils désiroient qu’on le fût; elle ne parla à personne,
dédaignant particuliérement les jeunes Villageoises qui s’approchoient
d’elle; personne, aussi, ne lui parla; & comme elle ne recueillit aucune
louange, la fête ne tarda guéres à l’ennuyer. Pour la jolie, qui avoit
bien résolu de le paroître, tout autant qu’elle le pourroit, elle y fit
de son mieux, mais ses _agaceries_ furent perdues. Ces gens simples la
virent, avec les mêmes yeux, qu’ils avoient regardé l’étalage de beauté
de sa sœur; ses mines leur parurent des grimaces; & les petits propos
qu’elle leur adressa, des moqueries; elle se mit, enfin, à danser avec
eux, imitant, à ce qu’elle croyoit, leurs façons naïves; mais elle y
ajoûtoit une légéreté forcée & des inflexions de corps affectées qu’ils
ne prirent jamais pour des agrémens. Tout ce qui sortoit d’une certaine
simplicité, n’alloit point jusqu’à leur esprit; ils la regardoient,
fixement, & n’y trouvoient point de plaisir; c’étoit-là tout ce qui se
passoit en eux; elle s’en aperçut, & dit à la Fée, que _cette espéce-là
étoit bien maussade, bien insuportable_.
Et _Zimzime_? _Zimzime_, qui avoit abordé plusieurs de ces jeunes
Villageoises, avoit trouvé jolies celles qui l’étoient; elle se mêla
dans leurs jeux, & y réussit à merveilles. Si on lui donnoit le prix,
elle vouloit qu’il fût partagé à toutes celles qui l’avoient disputé
avec elle; ses caresses la faisoient aimer, même de celles qu’elle
effaçoit; & ce succès dura tout le temps qu’elle resta dans cette
Campagne. Les jeunes habitans, qui disposoient encore de leur cœur,
passoient les jours à s’occuper d’elle; l’un d’eux, particuliérement,
qui de son côté se faisoit distinguer de tous les autres, & que la Fée
embarrassoit, quand elle lui disoit le mot de travestissement; celui-là,
_Zimzime_ l’écoutoit avec plaisir; elle trouvoit la vie pastorale
très-agréable, tandis que ses sœurs ne cessoient de répéter: _Je l’ai en
horreur, elle m’est odieuse._ Enfin il fallut encore les emmener.
Ce fut dans leur demeure ordinaire que la Fée les transporta. C’est une
sotte chose que les Voyages, dit l’aînée: on y _périt_ d’ennui, ajouta
la seconde: Dites plûtôt, répondit la Fée, que nous n’aimons que les
lieux où nous plaisons, & que les gens qui paroissent charmés de nous
voir. Vous l’éprouvez. Ne songer qu’à ce qui nous flatte, sans s’occuper
jamais de ce qui flatte les autres, est un moyen sûr de s’ennuyer
bien-tôt, par-tout, & de tout le monde. Je n’aime point à donner des
leçons dures, j’ai espéré de vous corriger de vos défauts, en vous
faisant essuyer les inconveniens qu’ils entraînent; je vois que le mal
est sans reméde. Voici, dit-elle à l’aînée, l’état qui vous convient. A
ces mots, elle la laissa au milieu d’un Palais, qui venoit de s’élever,
dont toutes les murailles lui représentoient son image. Elle avoit le
plaisir de s’y voir sans cesse, mais elle s’y vit vieillir de bonne
heure; elle eut des rides, & ne pût s’empêcher de les apercevoir. Ce fut
là sa punition, & l’origine des glaces. On ne croiroit pas qu’elles
auroient été inventées pour corriger l’amour propre.
La Fée mena la seconde dans un autre Palais: Vous vivrez ici, lui
dit-elle, vous y verrez, sans cesse, une foule d’hommes, de toutes les
Nations, que vous pourrez attirer, mépriser, accueillir, gronder,
apaiser; mais ils s’évanouïront, comme des ombres, dès que vous
trouverez quelque satisfaction à les voir, ou à les entendre. C’est, à
peu près, ce que vous auriez éprouvé dans le monde; la plûpart des
succès qui naissent de la coquetterie, ne sont guéres plus réels, & je
vous épargne les ridicules, & les dégoûts véritables qui y sont
attachés; car ces ombres que vous verrez s’évanouïr, & renaître, ne
prendront point un air de dissimulation, en se défendant d’avoir sû vous
plaire, & elles ne mettent point en chanson leurs prétendues conquêtes.
La Fée demanda, ensuite, à _Zimzime_, quel rang, & quelle figure elle
désiroit avoir. Vivre avec vous, répondit _Zimzime_, me paroît le sort
le plus désirable; mais puisque ce bonheur est réservé aux Fées,
laissez-moi d’abord, ma laideur; elle m’épargne la jalousie des autres
femmes, & me rappelle la nécessité, où je suis, de songer à me rendre
supportable, du moins par le caractére. A l’égard du rang, dont je
voudrois jouïr, je l’ignore. J’avoue que j’aimerois à partager celui de
ce jeune Pasteur que j’ai vû dans cette heureuse campagne, où vous
m’avez conduite; je l’ai soupçonné de cacher ce qu’il étoit; mais ne
fût-il qu’un simple habitant de ce même hameau, il me semble que je
passerois, avec lui, une vie heureuse. A peine elle achevoit, qu’un
Prince charmant parut au milieu de sa Cour; _Zimzime_ reconnut celui
dont elle venoit de parler, qui se trouva fils d’un grand Roi; ils
s’aimoient, ils s’épousérent, ils s’aiment encore.
FIN.
_APPROBATION._
J’ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, un Manuscrit qui a pour
titre; _Essais sur la nécessité, & sur les moyens de plaire_. J’ai
trouvé cet Ouvrage rempli de sentimens délicats, & de préceptes
très-sages: je crois que l’impression n’en sera pas moins utile
qu’agréable au Public. Fait à Paris ce 30. Septembre 1737.
DANCHET.