VI

A la fin de juin, les nuits sont courtes. Nous étions sous bois depuis

une heure à peine, que l’aube commença de blanchir entre les hautes

branches des hêtres et que les oiseaux réveillés se mirent à gazouiller.

Nous deux, nous ne disions rien; nous marchions, encore étourdis par la

peur et par ce brusque réveil. Je me sentais fort capot, et regardant de

côté mon camarade, je devinais à sa mine renfrognée et grognonne qu’il

était furieux contre moi. Peu à peu les arbres s’éclaircirent, et nous

arrivâmes à une lisière. Là, d’un commun accord, sans desserrer les

dents, nous nous laissâmes choir sur la mousse du fossé, et, balançant

machinalement nos genoux écartés, nous demeurâmes silencieux, occupés

chacun de notre côté à songer à notre triste situation. La mésaventure

de la nuit avait singulièrement refroidi mon zèle pour la recherche de

la Princesse Verte. D’un autre côté, la perspective d’un retour à

Juvigny, après notre escapade de la veille, n’avait rien de bien

réjouissant. Je m’imaginais avoir commis, en fuyant la classe de la sœur

Euloge et le logis paternel, une de ces fautes impardonnables à la suite

desquelles on n’a plus qu’à désespérer de la miséricorde de Dieu et des

hommes. S’il n’y avait eu que mon grand-père, je n’aurais pas eu de

pareilles hésitations; le brave homme m’aimait trop pour ne pas m’ouvrir

les bras tout grands dès qu’il m’apercevrait. Mais il y avait mon père

et ma grand’mère; je me représentais leur accueil courroucé et la

punition rigoureuse qu’ils ne manqueraient pas de m’infliger. Je me

voyais enfermé dans un cabinet noir, condamné au pain sec et à l’eau

pour des années, et l’idée d’un pareil châtiment ne m’inclinait guère à

retourner chez nous. D’ailleurs où était-ce _chez nous_? Nos marches et

nos contre-marches dans la forêt m’avaient complètement désorienté, et

avec cette propension des enfants à tout grossir, je me croyais déjà

bien loin, bien loin de Juvigny.

Le pays que nous avions devant les yeux m’était totalement inconnu. A

nos pieds, une friche semée de genévriers descendait jusque dans une

gorge profonde, dont le creux était sans doute arrosé par un ruisseau,

car il s’en dégageait un ruban de brouillard qui serpentait comme une

fumée au pied du coteau et nous voilait le fond du vallon. La colline

d’en face était couverte de vignes, et au-dessus de nos têtes, dans le

ciel d’un bleu fin, il y avait déjà une musique d’alouettes. Au fond de

la vallée brumeuse, une horloge d’église sonna cinq heures. Le soleil se

montra tout rouge au-dessus des vignes mouillées de rosée; puis ses

rayons glissèrent le long de la côte dans le brouillard, qui s’argenta

tout à coup, se déchira, s’enleva en minces flocons blancs et finalement

se dissipa pour nous laisser voir un ruisseau qui miroitait, des prés

tout jaunes et violets dans leur pleine maturité, enfin au loin, à

l’entrée de la gorge, un village dont les vitres roses étincelaient. En

même temps des coqs chantèrent, la corne d’un pâtre résonna dans les

rues du village et des mugissements de vaches lui répondirent du fond

des étables.

Ce gai soleil, ces prés en fleur, la musique des alouettes, tout ce

tapage du réveil me redonnèrent un peu de courage. Le brouillard que je

sentais au fond de moi se dissipa à son tour; il me semblait impossible

que cette belle matinée ne nous apportât pas enfin quelque agréable

compensation.

--Bigeard, dis-je timidement, tu fais la mine, est-ce que tu m’en veux?

Bigeard secoua les épaules avec un geste boudeur.

--Tu m’ennuies, grogna-t-il; oui, je t’en veux et je suis bien fâché de

t’avoir écouté... Toutes tes histoires de fées ne sont que des

menteries, et je suis une bête d’y avoir cru... En voilà un métier!

toujours courir dans les épines, ne pas manger son soûl ni dormir son

comptant, merci!... Je n’ai plus qu’une envie, c’est de m’en aller chez

nous.

Je remontrai à Bigeard que l’accueil que nous recevrions chez nous

n’avait rien de bien engageant, et je n’eus pas trop de peine à l’en

convaincre. Alors, le voyant rêveur, j’insinuai sournoisement que

peut-être ferions-nous mieux de poursuivre notre aventure et de nous

mettre sous la protection des fées de la forêt; mais cette réflexion

n’eut d’autre résultat que de rallumer sa colère.

--Les fées! s’écria-t-il, laisse-moi donc tranquille avec tes fées!...

Si elles avaient un peu de cœur, elles nous enverraient un bon

déjeuner... Mais elles se moquent de nous, et moi aussi je me fiche pas

mal d’elles ainsi que de ta princesse! Qu’est-ce que ça me fait, à moi,

qu’elle soit enchantée? Si quelqu’un la désenchante, ce ne sera pas

moi!... Ah! que je voudrais être chez nous, devant la table de notre

cuisine, avec mon bol de café au lait!... Tu n’as donc pas faim, toi?

--Si fait, répondis-je, nous pourrions descendre au village pour y

acheter du pain et des cerises... J’ai de l’argent.

Les yeux de Bigeard s’illuminèrent et sa figure se désembrunit:

--Combien as-tu?

--Cinq sous, répliquai-je fièrement en faisant tinter le billon dans ma

poche, et toi, qu’est-ce que tu as?

--Moi, murmura-t-il tout confus, pas grand’chose.

Il retourna ses poches et en tira son couteau, un bout de ficelle, trois

billes et un vieux clou.

--Ça ne fait rien, dis-je d’un ton magnanime; avec cinq sous, nous

pouvons très bien déjeuner... Arrive!

La perspective d’un déjeuner avait remis Bigeard en meilleure humeur.

Nous descendîmes par un petit _grippelot_ qui zigzaguait entre les bois

et des champs de luzerne: puis, après avoir bu un bon coup d’eau fraîche

au ruisseau, nous entrâmes dans le village. Une fois dans la grand’rue,

nous remarquâmes une animation peu ordinaire. Sur le pas des portes, les

femmes étaient affairées à plumer des canards; dans l’intérieur des

maisons, d’autres ménagères, debout, les manches retroussées devant la

_maie_, pétrissaient de la pâte ou bien garnissaient de cerises de

larges tartes aux bords jaunis à l’œuf, tandis que par les vitres des

fournils on voyait le four béant flamboyer. Ce spectacle de volailles

plumées et de pâtisseries bien affruitées augmentait encore les

tiraillements de notre estomac délabré.

--Voilà un pays où on a l’air d’aimer les bonnes choses, dis-je à

Bigeard, dont les yeux ronds et gourmands semblaient sortir de l’orbite.

--Ça doit être la fête, remarqua mon compagnon en suivant du regard une

paysanne qui traversait la rue, portant sur une plaque de tôle deux

tartes qui laissaient derrière elle une appétissante odeur de cerises

cuites.

Ce fut bien pis quand nous arrivâmes devant l’auberge, située en face de

l’église et de la maison commune. Là, on avait fait main basse sur les

volatiles de la basse-cour. Une demi-douzaine de poulets égorgés

pendaient aux barreaux des fenêtres. Des canards se sauvaient vers le

ruisseau en emportant au bec des entrailles de volailles vidées, tandis

que sur les marches un gros matou jaune grondait sourdement en se gavant

de débris de gésiers. Par la porte large ouverte on apercevait, devant

une claire flambée, le tournebroche où rôtissaient des carrés de porc

frais, en compagnie de canetons bardés de lard.

--C’est bon tout ça, Jacques! dit Bigeard en reniflant; entrons voir!...

Surtout ne va pas parler de ta princesse à ces gens-là, ils nous

mettraient à la porte.

L’hôtesse,--une petite femme maigre, délurée, à la voix

glapissante,--trottait par la cuisine, secouant une casserole, donnant

un coup de pied à un chat et un coup de fourgon dans la braise. Sur le

seuil, deux garçonnets de notre âge lorgnaient une _coquelle_ fumante de

panade à la crème et apprêtaient leur cuiller et leur écuelle. Rien qu’à

voir la panade et les mines de ces gamins, l’eau nous venait à la

bouche.

--Qu’est-ce que vous voulez, mes _gachenets_? nous cria l’hôtesse.

Je demandai du pain et des cerises pour mes cinq sous, que je fis tinter

sur la table.

--Du pain tant que vous voudrez, répondit-elle, je vais vous en couper à

la miche. Pour ce qui est des cerises, je n’en ai pas seulement ce qui

ferait mal dans un œil.

Elle nous tailla deux morceaux de pain de ménage, prit nos sous sans

cérémonie, puis se retournant vers un homme déjà mûr, à l’air grave, qui

rôdait autour des fourneaux en flairant les casseroles:

--Croiriez-vous, monsieur le maître, qu’on a tant cuit de tartes pour la

Saint-Jean, qu’on ne trouve plus une cerise dans tout le finage?

--Je le croirais, répondit l’autre en ouvrant sa tabatière et en humant

une prise, et avec cela il y a les maraudeurs qui ne respectent rien...

Hier encore, le garde en a pincé un qui dévalisait les cerisiers de la

plaine de Véel, en compagnie de deux petits vagabonds... Les petits

drôles ont pu se sauver, mais Saudax a empoigné le voleur au moment où

il dégringolait du cerisier, et l’a conduit ici pour verbaliser devant

M. le maire... Il a passé la nuit dans le bûcher de la mairie, et on va

le reconduire ce matin à Juvigny, où on lui fera son affaire.

--Tant mieux! s’écria l’aubergiste, en vidant la panade dans les

écuelles de ses garçons, je voudrais que ces maraudeurs fussent tous aux

galères.

[Illustration: JE DEMANDAI DU PAIN ET DES CERISES POUR MES CINQ SOUS.]

Je n’avais plus une goutte de sang dans les veines.--Dans ce pays où

l’on fabrique beaucoup de kirsch, les gens sont très jaloux de leurs

cerises, et la maraude est punie sévèrement. D’après ce qu’avait dit le

maître d’école, il était évident qu’il s’agissait de Césarin, et si on

nous reconnaissait, les choses menaçaient de mal tourner pour nous. Je

tirai Bigeard par la blouse; il cligna de l’œil; nous avions eu tous les

deux la même pensée et nous cherchions à nous esquiver, quand sur le pas

de la porte apparut un nouvel arrivant dont l’aspect augmenta encore mes

transes.

Ce n’était ni plus ni moins que le grand diable vêtu de peau de bique,

dont j’avais surpris, la nuit dernière, la conversation avec le maître

charbonnier; il s’était débarrassé de sa canardière et il avait troqué

ses brodequins de fougère contre de gros souliers ferrés. Il portait au

bras un large panier recouvert d’un linge blanc.

--Bonjour donc, Pitoiset, cria l’hôtesse; qu’est-ce que vous m’apportez,

mon brave homme?

--J’apporte de la chair fraîche, répondit celui-ci d’un ton mystérieux

et avec une grimace qui me firent frémir.

En même temps il souleva le linge qui voilait le panier, et, à ma grande

surprise, j’y aperçus deux cuissots de chevreuil, que l’hôtesse se hâta

de recouvrir soigneusement.

--Il faut mettre ça à l’ombre, de peur des gendarmes, dit-elle en

baissant le ton; je vas vous conduire à la cave.

Mais, tandis qu’elle décrochait un trousseau de clefs, son attention fut

attirée par une bruyante dispute des deux gamins occupés à manger leur

panade. L’aîné ayant quitté de l’œil la _coquelle_ pour contempler

l’homme au panier, le plus jeune, qu’on nommait _le Frisé_, avait

profité de sa distraction pour s’adjuger le gratin de la panade, qu’il

râclait sournoisement avec sa cuiller. Quand l’aîné s’aperçut de cet

abus de confiance, il poussa des cris de perroquet:

--Maman! geignait-il, maman! _le Frisé_ mange tout le gratin.

--Tant pis pour toi! répliqua l’hôtesse affairée.

--Eh ben! eh ben! continuait de gémir l’aîné en sanglotant, qu’est-ce

que j’aurai, moi? qu’est-ce que j’aurai?

--Tiens, voilà ce que tu auras! glapit l’aubergiste impatientée, en lui

allongeant une maîtresse claque, au moins tu chigneras pour quelque

chose!...

Il y eut alors un affreux tapage: les enfants, les chiens, le maître

d’école, l’aubergiste s’agitaient à qui mieux mieux.

--Il ne fait pas bon ici, murmurai-je à Bigeard; sauvons-nous!

Et je l’entraînai dans la rue, tandis que M. le maître haranguait _le

Frisé_.

Mais je n’étais pas au bout de mes angoisses. Au moment où nous passions

devant la maison commune, voilà qu’une petite porte s’ouvre, et qui en

voyons-nous sortir, au milieu d’un groupe de curieux?--Le pauvre

Césarin, flanqué d’un côté par le garde champêtre, et de l’autre par

l’appariteur.

Le malheureux ne pensait plus à rire ni à jouer du flageolet. Il

regardait d’un air piteux le clair soleil, les tilleuls en fleurs, l’eau

courante du ruisseau, et il faisait une grimace mélancolique.

--Oïe! oïe! oïe! s’exclama Bigeard, en ouvrant ses yeux ronds.

Je lui administrai un coup de coude pour l’inviter à se taire.

--Le voilà, le _manre_ sujet! Ah! le propre à rien! s’écriaient les

femmes à la vue du maraudeur. On va le mener en prison, _ç’a ben fait_!

Moi, je me disais avec une sueur froide dans le dos:--Il va nous

reconnaître, et on nous emmènera avec lui.

Il nous reconnut en effet; ses gros yeux bleus se tournèrent un instant

vers nous... Mais le brave garçon avait bon cœur; il ne voulut pas nous

mettre dans la peine. Il se contenta de cligner de l’œil à la dérobée,

puis tout d’un coup s’adressant à son escorte, il leva un bras et cria

de sa voix de stentor:--Par le flanc gauche, en avant, marche!

--Ah! le _malabre_! ah! l’effronté! murmuraient les commères

scandalisées.

On l’emmena, et tandis qu’on le suivait, nous pûmes nous dérober par une

ruelle transversale et regagner le _grippelot_ qui conduisait au bois.

Le spectacle de l’arrestation de Césarin avait produit sur moi une

impression pénible. Son silence charitable m’avait touché, et je

marchais sans mot dire en mordant d’un air morne dans mon morceau de

pain. Derrière moi, Bigeard montait en rechignant et poussait du pied

chaque caillou qu’il rencontrait. Quand nous fûmes à l’orée du bois, il

croisa les bras, et s’arrêtant:

--Ah çà! fit-il, où vas-tu encore me conduire?... Tu sais que j’en ai

plein le dos de ta Princesse Verte!... Je veux rentrer en ville, moi!

--Bigeard, m’écriai-je, si nous rentrons, on est capable de nous prendre

comme Césarin et de nous faire coucher aux _pompes_!

--Ça m’est égal, j’aime mieux encore ça que de coucher sous un arbre...

Si tu recommences le métier d’hier, je te plante là et je m’en retourne

tout seul.

--Tu n’aurais pas le cœur de me laisser, moi qui t’ai donné mes

tartines?

--Tu me devais bien ça, après avoir cassé mes deux œufs!

--Je t’ai aussi donné mes sous pour le déjeuner!

--Il était joli, le déjeuner, du pain sec!

--Si nous rentrons, repris-je en tentant un suprême effort, je connais

ton père... Tu auras la _schlague_, et moi aussi, sans compter qu’on

nous fourrera en prison après... Tandis que, si nous retournions au

bois... dame! nous aurions peut-être chance de trouver...

--Trouver quoi?

Je n’osais plus parler de la princesse, mais la forêt pleine de soleil,

de fleurs et de papillons me paraissait encore une perspective plus

agréable que notre rentrée au logis paternel.

--Nous pourrions trouver quelqu’un qui nous inviterait à dîner dans son

château, continuai-je... Tiens, si tu veux rester avec moi, je te

donnerai quelque chose.

--Quoi?

Je fouillai dans ma poche; j’en tirai une mignonne toupie en buis,--ma

préférée,--ainsi que la fine et solide ficelle câblée qui servait à la

faire virer, et je montrai le tout à Bigeard.

--Voilà, dis-je, ce que tu auras si tu veux m’accompagner.

Ses yeux brillèrent:

--L’_étrebi_ (la toupie)! s’écria-t-il... Et la ficelle avec?...

--Et la ficelle avec.

--Donne-la tout de suite, dit le méfiant Bigeard en tendant la main.

J’y consentis; il empocha ma toupie,--avec la ficelle câblée,--puis d’un

ton très décidé:

--Soit! murmura-t-il, j’irai encore avec toi; mais si d’ici à une petite

heure nous ne trouvons rien, tu me promets que nous retournerons chez

nous?

Je répondis par un geste résigné et affirmatif.

--Ta parole la plus sacrée?

--Ma parole!

Et je fis le serment sacramentel des enfants, qui consiste dans le

simulacre de se couper la poitrine en croix.

Nous rentrâmes dans la forêt par une belle allée bien verte, semée de

plantains en fleurs et surtout de fraisiers sauvages, parmi lesquels

Bigeard et moi nous glanâmes quelques fraises mûres. Tant que durèrent

les fraisiers, la gourmandise de mon compagnon étant en jeu, il ne

trouva pas le temps long; mais l’allée devint plus ombreuse et presque

humide, les fraisiers disparurent, nous ne vîmes plus que des plantains,

et le camarade recommença de geindre.

[Illustration: J’OCCUPAI MES LOISIRS A EXAMINER LE MANÈGE DES FOURMIS.]

--Nous n’arriverons donc jamais?... Tu vois bien qu’il n’y a pas plus de

château que sur ma main.

--Poussons encore un peu plus loin, insinuai-je, tiens, seulement

jusqu’à ce gros arbre qui est là-bas!

Quand nous fûmes au gros arbre, il se trouva que le chemin se bifurquait

en deux sentiers, dont l’un redescendait dans la direction du village et

dont l’autre s’enfonçait dans l’épaisseur du bois. Nous discutâmes un

moment sur le choix à faire. Bigeard soutenait qu’il fallait prendre le

premier; j’avais beau lui démontrer que nous retournerions sur nos pas,

il s’entêtait dans son idée.

--Eh bien, fit-il brusquement, attends-moi ici, au pied de l’arbre... Je

vais suivre le sentier jusqu’au premier tournant pour voir s’il va au

village, et je viendrai te le dire.

J’avais chaud, la mousse était douillette au pied du hêtre, et je

n’étais pas fâché de me reposer. Je m’assis donc, plein de confiance, et

j’occupai mes loisirs à examiner le manège des fourmis parmi les débris

de faînes qui jonchaient le sol autour de l’arbre.

J’attendis un quart d’heure, une demi-heure... Point de Bigeard. C’était

étrange.--Se serait-il perdu? me dis-je en me levant, et je me mis à

hucher:--Bigeard!

Silence profond. Alors j’enfilai à mon tour le sentier tournant.--Nulle

trace de mon camarade!--Je m’égosillais à appeler... Les loriots seuls

me répondaient par des sifflets ironiques... Le sentier tombait sur une

route forestière,--et cette route était déserte.

Il n’y avait plus de doute: le traître Bigeard m’avait abandonné.

Les enchantements de la forêt · 第 7 / 32 题