--Il y en a dont le Dieu est toujours du côté du plus fort. Quand les
affaires se gâtent dans un parti, il l’abandonne. Ce Dieu doit être
riche, car il se met contre le pauvre et, pour prouver sa grandeur,
broie les petits. Dans les conflits d’intérêt, il se trouve parmi les
plus habiles; dans les conflits d’opinion ou de croyance, il est avec
les autorités. Et lorsqu’un innocent succombe, il approuve, par amour de
l’ordre établi, la sentence qui l’accable.
C’est le Dieu des diplomates, des conquérants, des vainqueurs, des
hommes de proie, des hommes d’Église, le Dieu du fait accompli et du
_statu quo_. Il a de la surface, de l’influence, des places à donner. Il
soigne ses adorateurs, les aide à se pousser dans le monde et leur fait
en outre, à des conditions avantageuses, des promesses d’outre-tombe
fort brillantes.
L’AMI.--Méfie-toi de ce Dieu, quels que soient les quartiers de noblesse
exhibés par ses champions! Ne te laisse pas intimider par sa foudre!
Perce à jour son imposture! Brave sa colère et ris-toi de sa rancune!
Lorsqu’il t’appelle, fuis-le! Fuis-le, car il ment! Il prend ce qui ne
lui appartient pas, ses mains sont teintes de sang. Un mot le juge et le
précipite de son trône usurpé: _Ce Dieu n’est pas un honnête homme._