L’AMI.--Le fer se couvre de rouille, et les meubles de poussière.
Quiconque a un outil, un instrument de précision, un objet d’art à
garder, doit craindre cette lente invasion des oxydes et des poussières.
L’esprit a les siennes, comme le corps. Tout homme est guetté par la
rouille.
Les membres ont l’ankylose; l’intelligence, la routine; la volonté,
l’imperceptible amollissement.
Personne n’est à l’abri, s’il ne veille. Sans cesse il faut s’exercer,
astiquer, se dégourdir. Jamais on ne peut se flatter d’être brossé pour
plus d’un jour. Le lendemain, c’est à recommencer.
Tant pis, si le laisser-aller a pour toi du charme! Il est le prodrome
de toutes les décadences. Je serais ton ennemi, si je ne sonnais le
clairon d’alarme à travers ton esprit assoupi.
Regarde les hommes qui se négligent, les peuples qui dorment sur leurs
lauriers, les Églises qui dorment sur leurs doctrines.
Leur sentence de mort est écrite, par le doigt du destin, sur la
poussière dont se couvre leur tête.
L’avenir est aux vaillants qui ne souffrent point de nuage au métal de
leurs armes.
Debout, mon fils, ne te relâche point. Toute main qui nous secoue est
une main amie. Guerre à l’indolence! guerre à la rouille!