Ce regard! chargé d’ombre, au spectacle des douleurs, des souillures,
des méchancetés, de tous les fardeaux que porte la pauvre humanité, de
tous les liens écrasants ou honteux qu’elle traîne! Nos âmes enténébrées
lui apparaissaient comme les grands yeux vides et creux de l’aveugle,
ces pauvres cavernes pleines d’une obscurité morne, semblant porter le
deuil du jour perdu. Et les disciples, par moments, y voyaient se
dessiner quelque mystérieux Calvaire devant lequel leurs cœurs
s’emplissaient d’épouvante!
Mais il était aussi, ce regard, comme un jour ouvert sur le monde
supérieur dont le souvenir l’imprégnait. Il rayonnait de la certitude
paisible que procure au cœur la présence divine. Et son calme disait:
«Soyez tranquilles, j’ai vaincu le monde!»
Transparences du royaume de Justice, clartés d’aube éclairant un avenir
transformé, paix, tendresse, pitié, pardon, dans ce regard vivait tout
cela... Aucun chant inspiré, aucun verbe enflammé des prophètes, aucune
forme de beauté créée par les arts pour représenter la splendeur de
l’invisible, n’a jamais apporté aux hommes la clarté qui était dans ce
regard. Nous vivons de sa lumière. Et lorsque en nous son éclat faiblit,
l’ombre grandit, la joie disparaît, les crépuscules effrayants
envahissent nos sentiers, et le froid de la mort nous enveloppe, de
l’autre mort, de celle qui ne connaît pas d’espérance.
Que ce regard te trouve, qui que tu sois; tombé, te relève; blessé, te
guérisse; égaré, te ramène! Sens-le fixé sur toi, lorsque le tien se
fermera! Et mourir sera, pour toi, t’endormir sous le regard de Celui
qui a dit: «Je suis la résurrection et la vie.»