ET JÉSUS REGARDA PIERRE

Ce regard! chargé d’ombre, au spectacle des douleurs, des souillures,

des méchancetés, de tous les fardeaux que porte la pauvre humanité, de

tous les liens écrasants ou honteux qu’elle traîne! Nos âmes enténébrées

lui apparaissaient comme les grands yeux vides et creux de l’aveugle,

ces pauvres cavernes pleines d’une obscurité morne, semblant porter le

deuil du jour perdu. Et les disciples, par moments, y voyaient se

dessiner quelque mystérieux Calvaire devant lequel leurs cœurs

s’emplissaient d’épouvante!

Mais il était aussi, ce regard, comme un jour ouvert sur le monde

supérieur dont le souvenir l’imprégnait. Il rayonnait de la certitude

paisible que procure au cœur la présence divine. Et son calme disait:

«Soyez tranquilles, j’ai vaincu le monde!»

Transparences du royaume de Justice, clartés d’aube éclairant un avenir

transformé, paix, tendresse, pitié, pardon, dans ce regard vivait tout

cela... Aucun chant inspiré, aucun verbe enflammé des prophètes, aucune

forme de beauté créée par les arts pour représenter la splendeur de

l’invisible, n’a jamais apporté aux hommes la clarté qui était dans ce

regard. Nous vivons de sa lumière. Et lorsque en nous son éclat faiblit,

l’ombre grandit, la joie disparaît, les crépuscules effrayants

envahissent nos sentiers, et le froid de la mort nous enveloppe, de

l’autre mort, de celle qui ne connaît pas d’espérance.

Que ce regard te trouve, qui que tu sois; tombé, te relève; blessé, te

guérisse; égaré, te ramène! Sens-le fixé sur toi, lorsque le tien se

fermera! Et mourir sera, pour toi, t’endormir sous le regard de Celui

qui a dit: «Je suis la résurrection et la vie.»

L'ami · 第 50 / 158 题