L’AMI.--Que fais-tu là dans la poussière?
--Je me voile la face et je pleure de honte. Comment est-il possible?
C’est moi qui ai fait cela. Le dégoût de moi-même s’empare de ma pensée.
Je ne voudrais plus me montrer. Disparaître dans le repentir; je serais
heureux d’en avoir la faculté.
L’AMI.--Tu as tort. Le regret passif est une faute de plus. Un mauvais
orgueil se cache dans cet étonnement d’avoir failli. Eh oui, c’est toi
qui as fait cela; tu feras bien de t’en souvenir, afin de ne pas
mépriser les autres. Mais à quoi peut servir le dégoût de toi-même?
C’est du soin, du courage, de la clairvoyance et non du dégoût qu’il
faut, pour guérir les malades.
Lève-toi, secoue-toi, essuie tes larmes pour y voir plus clair. Sois un
homme, porte ta misère! Dieu remet la faute; toi répare, profite de la
leçon, sème et laboure, veille et prie, marche et combats! Malheur à
ceux qui surissent dans les repentirs stériles et les molles tristesses!
Ils passent la moitié de leurs jours à se lamenter sur les fautes de
l’autre moitié, et leur vie tombe inutile au gouffre du passé.