Nous étions en Suisse, débarqués du matin. J’avais la garde de Pierre,
récemment entré dans sa troisième année. Il trottait autour de moi,
regardant, touchant, questionnant. Subitement, sans que je sache
comment, l’enfant disparut.
Tout près de là se trouvaient des rochers, des précipices, des dangers
nombreux. Je cours, je cherche, j’interroge. Personne n’a rien vu. Une
terreur folle s’empare de moi.
Alors, longeant une muraille de jardin assez élevée, je perçois de
l’autre côté une voix d’enfant en conversation avec une grosse voix
d’homme.
C’était Pierre. On lui offrait des fraises; on lui demandait où étaient
ses parents. Lui, insouciant, mangeait des fruits et, encouragé par le
bon accueil, babillait comme chez soi.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Maintenant la muraille entre lui et nous est d’une autre hauteur. Mais
la scène d’enfance me revient où je le croyais perdu, tombé dans quelque
gouffre, alors qu’il était heureux, bien accueilli et gardé.
Et j’y découvre un symbole de ce qui se passe de l’autre côté de la
muraille.