portant ne doivent oublier: c'est qu'il n'est pas bon de se mettre
à table immédiatement après un travail musculaire. C'est ce qu'a
parfaitement expliqué le Dr Lagrange, dans ses remarquables travaux sur
les exercices physiques; et je ne puis mieux faire que d'y renvoyer
mes lecteurs, s'ils désirent être renseignés en détail sur toutes les
questions de l'alimentation dans ses rapports avec l'exercice.
II
MOYENS ACCESSOIRES
Outre le régime, il est encore un grand nombre de petits moyens
thérapeutiques que la psychothérapie ne remplacera certainement pas. Il
est très simple, en vérité, de dire que, si l'électricité, le massage,
la douche tiède, paraissent faire du bien aux malades, c'est parce
que ces agents provoquent des suggestions favorables. Mais c'est une
conception par trop facile, et qui se trouve démentie par l'expérience.
Tous ces moyens accessoires ont leur action propre, indépendante de
toute suggestion, action quelquefois très puissante; aussi doivent-ils,
tout comme l'hygiène alimentaire, être soumis à un contrôle sérieux,
et ne pas être employés à tort et à travers: mais, quand ils sont bien
maniés, ils jouent un rôle incontestable dans la thérapeutique. Le
principe général, c'est qu'il faut en user avec une extrême prudence, et
que, dans le doute, il vaut mieux s'en abstenir.
_Hydrothérapie_.--L'hydrothérapie froide est rarement indiquée; on
commence à le savoir! Dans tous les cas graves, alors que le capital
nerveux est vraiment compromis, elle peut occasionner des désastres.
Les médecins aliénistes qui, autrefois, faisaient de la douche froide la
base du traitement de la folie, y on tous entièrement renoncé: la douche
froide ne convient que dans les cas exceptionnels, chez les malades
ayant encore un excellent capital, et auxquels on peut impunément
soutirer une dose considérable d'influx nerveux. Je comparerais la
douche froide à la saignée faite chez les malades qui n'ont plus de
pouls, qui sont moribonds, et auxquels une saignée peut parfois rendre
le pouls et la vie. C'est ce que nos pères appelaient «la saignée dans
les cas d'oppression des forces». Or, pour pratiquer à coup sûr la
saignée, dans ces cas, il fallait être un virtuose; et, de même, il
faut être doué d'un doigté exceptionnel pour appliquer convenablement
l'hydrothérapie froide, chez les malades graves.
Que dirai-je de la méthode Kneipp? Les affusions, les lotions, le
manteau espagnol, etc., ont une action moins brutale que la douche. Bien
appliquées, ces pratiques peuvent rendre de grands services. Elles le
peuvent surtout si le malade, plein d'une foi aveugle, et suggestionné
par avance, quitte son milieu pour aller les suivre, s'il va, comme les
fervents de Woerishoffen, dans un endroit tranquille, bien aéré, où son
cerveau reste en jachère par le fait de l'horrible tristesse du milieu,
et s'il s'y soumet à une alimentation plus raisonnable que celle qu'il
avait chez lui. Tous ces éléments entrent pour une part indéniable,
dans les remarquables succès qu'à obtenus Mgr Kneipp, et qu'obtiennent
encore, à un moindre degré, ses successeurs et ses élèves, à Altkirch,
en particulier.
Pour en revenir à l'eau froide, il ne faut pas, de parti pris, se priver
de ses services, mais se rappeler qu'elle ne doit être employée que chez
les malades qui ont encore beaucoup de ressort. Chez les malades de ce
genre, le maillot humide, notamment, constitué par un drap mouillé
et tordu étendu sur un lit et dans lequel le malade se jette, est un
procédé souvent très utile et à la portée de toutes les bourses. On
entoure, avec le drap, le malade comme une momie, en l'enveloppant
ensuite de trois couvertures préalablement étendues, sous le drap. Nous
avons vu des malades, qui ne parvenaient pas à dormir, trouver, vingt
minutes après qu'ils étaient dans ce maillot, un sommeil réparateur.
La durée des applications ne doit pas dépasser trois quarts d'heure; et
leur nombre peut sans inconvénients atteindre 80, employées
quotidiennement, même pendant les règles.
L'hydrothérapie tiède trouve plus souvent ses indications. Le _tub_
tiède, pratiqué dans la matinée, avec une infusion de tilleul et
l'enveloppement dans une couverture, est essentiellement sédatif, si le
malade prend soin de se recoucher sans s'essuyer.
Le bain répond aussi à de nombreuses indications; mais c'est un moyen
beaucoup plus actif qu'on ne se le figure dans le monde. Il est des
malades qui ne le supportent pas, que le bain, même de cinq minutes,
énerve, empêche de dormir; on doit tenir compte de cette susceptibilité,
et ne pas insister si le malade affirme que le bain lui est contraire.
Les médecins aliénistes se trouvent quelquefois amenés à donner des
bains de douze et de vingt-quatre heures: c'est là une médication très
active, et difficile à manier. Il arrive, en effet, que les malades ont
des syncopes dans le bain; c'est dire la surveillance qu'il faut exercer
autour d'eux. Les bains de six heures consécutives sont journellement
employés à Louéche, et avec grand profit, pour les malades atteints de
certaines formes d'eczéma. Les eaux de Louéche ont peut-être une qualité
particulière, qui rend tolérables ces bains prolongés; ce qu'il y a de
certain, c'est que les bains de la même durée avec de l'eau de Paris,
comme on les employait autrefois à l'hôpital Saint-Louis, ne sont, en
général, pas tolérés, et qu'on a dû réserver ce traitement pour les cas
exceptionnels.
C'est également une qualité particulière de l'eau qu'il faut invoquer
pour expliquer la tolérance de certaines eaux minérales. A Badenweiller,
en particulier, à Gastein, à Néris, les nerveux supportent des bains
très prolongés (pendant une et deux heures), alors que, chez eux, un
bain d'un quart d'heure les mettrait dans un état pitoyable.
Il est cependant des malades qui ne supportent pas le contact de l'eau,
même aux stations minérales que je viens d'indiquer; les médecins de ces
stations auraient tort d'insister si, après les deux ou trois premiers
bains, ils observaient une aggravation de l'état maladif.
Il faut bien savoir qu'il y a des malades dont on ne doit pas mouiller
la peau. L'application d'un cataplasme leur est odieuse, un bain de
pieds les révolutionne, ils éprouvent le besoin de se laver la figure
avec très peu d'eau tiède, ou même avec du cold-cream. Dira-t-on que ce
sont là des phobiques? Il n'en est rien. La vérité, c'est que nous ne
connaissons pas tous les degrés de susceptibilité du système nerveux,
réactif d'une sensibilité invraisemblable; et cette intolérance de la
peau pour l'eau est symptomatique. La preuve, c'est qu'elle disparaît en
même temps que les vertiges, gastralgie, constipation, maux de tête,
et autres misères dont l'ensemble constitue la «maladie». Mais, aussi
longtemps qu'existe cette intolérance, le médecin doit savoir la
respecter, et ne pas s'obstiner à faire faire au malade l'hydrothérapie
même la plus mitigée.
C'est dans ces cas que convient souvent l'application de la chaleur
sèche. Un sac en caoutchouc, à moitié rempli d'eau chaude, appliqué sur
l'estomac après les repas, et, le soir, au lit, pour chauffer les pieds,
est très apprécié de beaucoup de malades. Ce procédé, très simple,
facilite la digestion, surtout chez les malades spasmodiques. Cependant,
on ne doit pas le recommander dans les cas d'inertie. Dans ces cas,
c'est la compresse froide, étendue sur le ventre, recouverte de taffetas
chiffon, d'ouate, et d'une ceinture de flanelle, qui rend service au
patient.
Le sac d'eau chaude dont je viens de parler peut encore être remplacé
par un sac en caoutchouc contenant un produit solide, qui se dissout par
la chaleur et abandonne, en redevenant solide, sa chaleur de fusion.
Ces petits appareils, connus sous le nom de _dermothermes_ ou de
_dermophores_, ont l'avantage de garder pendant cinq ou six heures une
chaleur égale. Ils ont, par contre, l'inconvénient d'être un peu lourds;
aussi, quand l'installation le permet, leur préférons-nous un tissu
métallique très léger, recouvert d'une enveloppe de soie, et chauffé par
un courant électrique à 70 volts.
_Massage_.--Ce que nous disons de l'hydrothérapie s'applique, de point
en point, au massage. Le massage est un moyen violent qui ne devrait
jamais être pratiqué en dehors du médecin. Employé même légèrement, il
fatigue beaucoup certains malades. Le massage abdominal, en particulier,
qui a été fort en honneur il y a quelques années, constitue un procédé
thérapeutique dangereux dans bien des cas; il faut qu'il soit toujours
pratiqué par une main expérimentée, c'est-à-dire avec la plus grande
douceur. Il peut rendre alors quelques services, lutter contre la
paresse de l'estomac et de l'intestin; mais il faut bien se rappeler
que, même alors, ce n'est jamais qu'un moyen tout à fait accessoire. Les
médecins qui auraient la prétention de guérir la constipation par le
massage abdominal exclusivement s'exposeraient à un échec certain, parce
que la constipation n'est pas causée seulement par une inertie des
muscles de l'intestin, mais n'est que le symptôme d'un état général,
ainsi que nous l'avons déjà expliqué.
Les frictions de la peau rendent, d'ordinaire, au moins autant de
services que le massage, et sont d'une application plus facile,
puisqu'elles peuvent être confiées à toutes les mains. Elles sont faites
avec un gant de molleton, jamais ou très rarement avec le gant de crin;
seules les personnes bien portantes, ou les malades ayant encore une
grande somme de résistance, supportent la friction violente au gant de
crin. Une bonne manière de faire la friction humide est la suivante:
Mettre le malade tout nu dans une couverture de flanelle; en extraire un
des bras, le frotter de bas en haut avec le gant imbibé d'une solution
alcoolique tiédie; ôter ce gant, le remplacer par un gant sec,
frictionner de bas en haut, remettre le bras du malade dans la
couverture; s'emparer ensuite de l'autre bras, et agir de même.
Frictionner successivement les deux jambes, toujours de bas en haut,
puis faire asseoir le malade sur son lit, lui frictionner le dos,
n'importe en quel sens, l'étendre de nouveau, travailler légèrement le
devant de la poitrine sans toucher à l'estomac ni au ventre. L'opération
doit durer dix minutes. Elle est à recommander chez presque tous les
malades, même chez ceux qui sont très gravement touchés. Bien faite, et
comme nous venons de le dire, elle n'est jamais dangereuse.
Les bains de vapeur sont en général bien supportés; mais les prendre
dans des établissements spéciaux expose à une grande perte de temps, et
à un refroidissement terminal. Mieux vaut les prendre à domicile, soit
dans des boîtes portatives, soit, mieux encore, au lit. On peut, dans
ce cas, utiliser la vapeur et l'air chaud émanant d'une forte lampe à
alcool, et conduites sous les couvertures du lit par un tuyau en tôle.
Mais un procédé qui nous semble meilleur encore est le suivant: dans
des boites disposées _ad hoc_, mettre deux briques bien
chauffées,--appliquer une de ces boîtes aux pieds du malade couché, une
autre boîte à chacun de ses côtés, et attendre que la transpiration
survienne. Elle arrive infailliblement, avec une douce lenteur, et ce
système permet: 1° de graduer la transpiration; 2° de ne pas mouiller
les draps et les couvertures, comme le fait l'air saturé de vapeur qui
sort d'une lampe à alcool. Nous préconisons ces bains d'air sec chez les
malades obèses, rhumatisants, atteints d'algies, de sciatique, etc.
En thérapeutique, il n'y a pas de menus détails: tout ce qui peut être
utile au malade doit être l'objet de nos recherches; et c'est le soin
des détails qui fait la force, et, disons-le franchement, le légitime
succès de quelques-uns de nos confrères étrangers.
_Électricité_.--L'électricité n'est pas, non plus, à négliger. Il est
certain que les courants de haute fréquence ont, sur la nutrition en
général, et sur le système nerveux en particulier, une action très
puissante, notamment chez les nerveux atteints de prurit anal (Dr
Leredde), et chez les malades envahis par une sensation permanente
de froid. Mais c'est là un procédé forcément limité, à cause des
difficultés d'installation et du prix de revient. Les applications
faradiques ou galvaniques sur l'abdomen peuvent également avoir
leur efficacité; mais c'est là un procédé très actif, et qui, fort
heureusement, n'est pas, non plus, d'un emploi facile.
Le tabouret électrique est souvent recommandable, à condition qu'on ne
tire pas d'étincelles. Les machines statiques à domicile sont des jouets
qu'on peut concéder aux malades; qui sait cependant si le peu d'ozone
qu'elles dégagent n'a pas une influence utile?
Les bains électriques constituent aussi un moyen puissant, et,
par conséquent, difficile à manier. Ce que nous avons dit des
contre-indications du bain ne s'applique pas aux bains électriques; il
est des cas où le bain électrique, bien appliqué, rend d'excellents
services: tant vaut l'application, tant vaut le moyen. D'une façon
générale, on peut dire que le bain électrique occasionne une courbature
notable qui, à l'inverse de la courbature produite par l'excès
d'exercice musculaire, amène le sommeil. Ces bains ne devraient être
donnés que tous les deux ou trois jours, et sous surveillance médicale
très exacte pendant toute la durée du bain. Dire qu'un pareil moyen
agit par suggestion, c'est énoncer une affirmation qui n'a rien de
scientifique.
_Injections hypodermiques_.--Les injections hypodermiques constituent un
des agents les plus utiles de la thérapeutique. On peut rapporter aux
trois chefs suivants leur action bienfaisante: 1° toute injection, en
tant qu'injection, a une influence utile; 2° le médicament injecté a
son action propre; 3° une part de suggestion s'attache à l'emploi des
injections.
I. On sait, depuis les remarquables études du Dr Chéron, que toute
injection hypodermique, quelle qu'elle soit, pourvu que le liquide
injecté ne soit pas toxique, produit un relèvement momentané de la
tension vasculaire, se traduisant par une sensation de bien-être, de
vigueur; produit, en un mot, un effet dynamogénique plus ou moins
prolongé, Suivant la dose injectée, et suivant une foule d'autres
conditions.
Ainsi, qu'on injecte de l'eau salée, du liquide de Brown-Séquard,
de l'océanine, etc.; il y a toujours à compter avec cette action
particulière de l'injection en tant qu'injection sous-cutanée ou
intramusculaire, en tant qu'agent modificateur de la pression sanguine.
De là l'utilité des doses massives de liquide, comme aussi la vogue
qu'ont eue, pendant un certain temps, les injections de sérum
artificiel, dont la formule habituelle est à 7 grammes de sel marin pour
un litre d'eau stérilisée. Malheureusement on sait, depuis quelques
années, que le sel n'est pas un agent indifférent, et qu'il peut devenir
toxique chez les malades dont les reins ne fonctionnent pas très bien.
Il faut donc en user avec grande prudence.
Depuis un an, on fait beaucoup d'injections d'eau de mer stérilisée
(océanine). On donne de 300 à 500 grammes de liquide, et les promoteurs
de ce nouveau médicament en disent merveille: il est possible que l'eau
de mer soit un heureux mélange de substances utiles à l'organisme. Je
n'ai pas fait d'études sur ce sujet; je dirai seulement que j'ai essayé
l'océanine chez trois malades, vus en consultation avec le Dr Marie,
sans résultats appréciables. Il est vrai que nous ne leur donnions que
des doses de 30 grammes par jour. D'une communication sur ce sujet faite
à la Société de Thérapeutique, le 11 octobre 1905, par le Dr Marie, il
résulte que ces injections, pratiquées à des doses plus fortes, ont des
effets vraiment importants chez les nerveux, les aliénés, et qu'elles
n'ont pas les inconvénients graves des injections salées ordinaires, si
bien mis en lumière par M. le Dr Hallion à la même séance de la Société.
L'eau de mer n'a donc pas dit son dernier mot, et c'est probablement
un des précieux médicaments de l'avenir, comme le dit le Dr R. Simon;
d'autant que les injections massives qu'on en fait agissent également en
tant qu'injections de liquide non toxique.
II. Il faut tenir compte de la nature du produit injecté. Il existe,
certainement, des médicaments doués d'une action reconstituante sur
le système nerveux: les glycérophosphates, le cacodylate de soude et
surtout de magnésie, le sérum de Brown-Séquard, peut-être la lécithine,
les phosphates, etc. Loin de nous l'idée d'étudier l'action de tous ces
médicaments: disons seulement un mot des principaux.
Le cacodylate de soude est incontestablement un reconstituant de premier
ordre; on peut l'employer sans danger à des doses beaucoup plus élevées
qu'on ne l'indique généralement, et j'ai publié, à la Société de
Dermatologie, des observations prouvant la non-toxicité du produit,
ainsi que l'utilité des hautes doses longtemps continuées, dans certains
cas exceptionnels[14]. Le plus souvent, la dose indiquée par le
professeur Gautier, de 10 centigrammes par injection, est suffisante, et
il n'est pas nécessaire de renouveler plus d'une fois par semaine cette
injection, à la condition de continuer le traitement pendant deux ou
trois mois dans les cas moyens.
J'ai, d'ailleurs, fait une étude clinique détaillée de l'action des
cacodylates de soude et de magnésie, à la Société de Thérapeutique, en
1902, en indiquant les très rares contre-indications, et en précisant,
dans la mesure du possible, les indications[15]. Le cacodylate de fer en
injections rend aussi des services, dans les cas exceptionnels où le fer
est indiqué (chez certaines jeunes filles anémiques, chloro-anémiques):
mais quatre ou cinq injections de 5 centigrammes, faites à raison de
deux par semaine, nous ont toujours semblé suffisantes.
[Note 14: Considérations sur la médication cacodylique, _in Ann. de
dermatologie et Syphiliographie_, 6 mars 1902.]
[Note 15: _Bull de la Soc. de Thérapeutique_, 27 mars 1901.]
Les injections orchitiques de Brown-Séquard, après avoir eu un moment la
faveur que l'on sait, sont tombées dans un injuste oubli. Ayant eu la
bonne fortune d'être en relations personnelles et suivies avec le vénéré
maître, de recueillir de sa bouche des aperçus thérapeutiques de grande
envergure, que la mort ne lui a pas laissé le temps de vérifier et
d'enseigner, je reste convaincu qu'il faudra reprendre l'étude de
l'action dynamogénique du liquide de Brown-Séquard, préciser les doses,
le nombre des injections, etc. Ce travail n'a été qu'ébauché par le
grand initiateur.
D'ailleurs l'opothérapie, en général, nous semble une méthode pleine de
promesses; j'ai cité notamment, à la Société de Thérapeutique, en 1904,
le cas d'une malade à foie défectueux arrivée au dernier degré du
marasme, avec muguet dans la bouche, qui a été comme ressuscitée par
l'emploi de trois lavements quotidiens préparés avec une macération de
200 grammes de foie de porc, fraîchement tué, dans 300 grammes d'eau
bouillie. Cette dame, une grande malade avec phénomènes nerveux et
dyspeptiques anciens, avait eu, à un moment donné, une insuffisance
hépatique; son foie ne fonctionnait pour ainsi dire plus (fièvre
intermittente hépatique, urobiline dans l'urine, etc.); au deuxième mois
de cette complication, elle était arrivée à l'état lamentable que j'ai
indiqué, quand nous eûmes l'idée de lui rendre ce qui manquait à son
foie. Le résultat a dépassé toute espérance; trois heures après le
premier lavement, la malade avait des urines claires et abondantes; huit
jours après, elle avait retrouvé le sommeil et l'appétit, les selles
régulières, etc. Une fois l'orage passé, le danger immédiat conjuré, il
m'a encore fallu continuer à soigner l'estomac, le cerveau, l'intestin,
la peau de ma malade: mais, trois mois après, elle put aller achever sa
convalescence dans le Midi, et, depuis deux ans, elle va presque bien.
La complication hépatique n'avait été qu'un épisode dans le cours de la
«maladie», qui évoluait depuis vingt années.
D'une façon générale, les préparations opothérapiques, auxquelles un
immense avenir semble réservé, ne rendront tous les services qu'elles
peuvent rendre que quand on trouvera le moyen de les donner par
voie sous-cutanée, comme le faisait Brown-Séquard avec son liquide
orchitique.
Chez certains malades, les préparations de strychnine par injections
hypodermiques ont un effet très utile: mais il ne faut pas dépasser en
général la dose d'un milligramme de sulfate, ou mieux encore d'arséniate
de strychnine, ni faire plus de huit ou dix injections, réparties sur
trente jours.
Nous avons dit combien la grippe est dangereuse pour les malades, quels
qu'ils soient. C'est l'ennemie personnelle des neurasthéniques. De là,
la préoccupation constante que nous avons de faire la guerre à cette
affection accidentelle, de la couper dès ses débuts. Or, il m'a bien
semblé trouver, dans le _cacodylate de gaïacol_, un agent antigrippal
spécifique, sur lequel j'ai cru devoir appeler l'attention de mes
confrères, à la Société de Thérapeutique, en janvier 1906.
Il est certain qu'une injection de cinq centigrammes de cacodylate de
gaïacol, dans un gramme d'eau stérilisée, et préalablement saturée de
gaïacol, fait merveille chez les grippés au début: elle les guérit
en quelques heures. Deux ou trois injections consécutives suffisent
toujours pour couper la grippe, même quand elle n'est pas prise au
début, à moins qu'il n'y ait de graves complications pulmonaires, et,
même alors, le cacodylate de gaïacol me semble très recommandable.
Il l'est aussi dans ces convalescences interminables de grippe qui
résistent à tous les traitements.
Dans les cas de grippe avec fièvre, voire même avec pneumonie, nous nous
sommes très bien trouvés de donner, pendant trois ou quatre jours de
suite, des injections de quinine. Une seringue de Pravaz de la solution
suivante, introduite profondement dans le muscle, est très bien tolérée
et n'occasionne jamais d'abcès:
Chlorhydrate neutre de quinine 3 grammes.
Antipyrine 2 --
Eau distillée 6 --
Ces injections de quinine ont aussi un effet merveilleux dans les
névralgies postgrippales, qui sont quelquefois si tenaces, et qui
résistent même aux opiacés (névralgies sous-orbitaires, sciatiques,
névralgies intercostales).
Je n'ai pas essayé la quinine en dehors de ces suites éloignées de la
grippe, cas de grippe aiguë et de névralgies postgrippales,--on ne peut
pas tout faire,--mais je crois bien que la quinine à petites doses,
donnée en injections à tous les malades à dépréciation nerveuse
momentanée, aurait un effet dynamogénique précieux.
Dans certains cas de douleurs névralgiques trop pénibles, les injections
d'héroïne sont indiquées; mais il faut savoir que l'héroïne doit se
manier à doses trois fois moindres que la morphine; en d'autres termes,
on ne doit jamais dépasser un milligramme d'héroïne, surtout chez les
malades dont on ne connaît pas la tolérance. L'action antinévralgique de
l'héroïne nous a semblé supérieure à celle de la morphine; mais il faut
bien se rappeler que l'héroïne est un médicament aussi dangereux que la
morphine, auquel les malades s'habituent, et réserver son emploi pour
les cas exceptionnels. J'ai souvenir d'un malade chez lequel je me
disposais, à contre-coeur, à employer l'héroïne, lorsque, me ravisant,
je me demandai si la névralgie crurale qui le torturait ne serait pas,
par hasard, d'origine syphilitique. Or, en reconstituant son histoire,
j'acquis la conviction que la syphilis était vraiment en cause; et une
seule piqûre de calomel eut raison à tout jamais de cette névralgie
si pénible; tant il est vrai que le médecin doit toujours penser à la
syphilis, quel que soit le malade qu'il a devant lui.
Chez les adultes, le traitement de choix de la syphilis tertiaire,
quelle que soit la manifestation syphilitique (aortite, gommes), nous
semble être les injections mercurielles; celles au benzoate sont
douloureuses, et donnent des nodosités désagréables; celles de biiodure
en solution aqueuse sont très douloureuses. Nous préférons l'huile grise
pour les cas moyens, le calomel pour les grandes circonstances, et
l'huile au sublimé,--dont nous avons donné la formule en 1881 à la
Société de Dermatologie,--chez les syphilitiques épuisés, auxquels
l'huile sert d'aliment.