II

Le lendemain, je me rendis au café, le cœur en fête. Pour la première

fois, j’avais la certitude charmante d’y être attendu, et hâte de jouir

d’une amitié nouvelle. Je me rappelle certains printemps africains au

cours desquels, après un orage, la terre se couvre de fleurs en une

nuit. Comme elle, je devais être, en ce temps-là, un sol altéré

d’affection: à la première ondée, je veux dire à la première rencontre,

mon âme devait fleurir, sans que j’eusse loisir de me reconnaître.

Désillusion cruelle: Théodat ne vint pas.

Cela seul aurait suffi pour juger du sentiment qui déjà nous liait, que

je n’hésitai pas à attribuer sa défection à un événement grave. La

pensée qu’il eût regretté son excès de confiance ou voulu fuir un

importun ne m’effleura pas. C’est pourquoi, aussitôt sorti de mon

bureau, je m’enquis du lieu où s’abritait la Direction des Contributions

indirectes et m’y rendis.

Les Contributions étaient quelque part, vers Caudéran. N’y eût-il pas eu

d’écriteau fiché contre la porte, l’odeur seule qui rodait dès l’entrée

m’aurait appris que je touchais au but. A l’odeur, un aveugle peut

toujours déterminer l’administration où on le mène. Cire et cachets chez

les P. T. T., morue et goudron chez les douaniers, encre de chine et

tabac dans les Ponts, ici enfin papier et moisissure.

Ironique sans le savoir, la grande source d’or de l’État sent le pauvre

férocement. Elle se moque aussi du public puisque je m’y heurtai à la

plus impitoyable des fermetures. Passés quatre heures, foin de qui

apporte son argent!

Rebuté assez durement, mais tenace, je parvins à découvrir un employé

lequel m’assura qu’en effet M. Théodat n’était pas venu au bureau et

même n’y viendrait plus de quelques jours. Une dépêche, le matin,

l’avait appelé auprès de son père très malade.

Ainsi mon cœur avait vu juste et tel était l’événement grave que je

pressentais.

--Combien de temps supposez-vous que durera son absence? demandai-je à

tout hasard.

--Cinq jours au plus. Toutefois, si le père meurt, on n’hésitera pas à

prolonger la permission jusqu’aux obsèques: le Directeur n’est pas

regardant avec lui.

Si aimable que se montrât l’employé qui me renseignait, il parut dans

cet «avec lui» un manque de sympathie flagrant. La rapide ascension

d’Anselme et ses perspectives de mariage devaient soulever des rancunes.

--J’espère bien qu’il s’agit d’une alerte sans conséquence,

répliquai-je: M. Théodat est un fils excellent comme il doit être un

chef parfait.

Mais mon éloge ne récolta aucun écho.

Satisfait de penser qu’il avait fallu une telle cause pour empêcher

notre revoir et déçu de le sentir remis à une date imprévue, je

repartis. Une fois sur le trottoir, je réfléchis encore:

--Ce qui arrive est regrettable: par bonheur, le père a si peu compté

dans la vie du fils que s’il meurt, la perte en sera légère.

Et j’attendis, cinq jours d’abord, puis une semaine, puis deux...

Attente qui, au début, me parut explicable, qui peu à peu se mua en

inquiétude, et tour à tour m’irrita, me déçut, fit enfin de moi une

sorte d’être inquiet, suspendu au désir de voir reparaître mon voisin de

café, dont au surplus le moins que je pusse penser était qu’il m’avait

oublié.

Du coup, je fus tenté de déserter, moi aussi, la Comédie, peuplée

désormais de souvenirs désagréables. Rien de plus bête en vérité que de

s’attacher ainsi à un décor! Heureux, on n’en profite pas: malheureux,

on n’y découvre que des rappels du bonheur qu’on n’a plus.

Par amour-propre mal placé, je mis d’abord mon point d’honneur à ne pas

retourner aux renseignements. Ensuite le même point d’honneur exigea que

je fisse connaître à Anselme Théodat mon opinion sur sa conduite, et la

quinzaine écoulée, je retournai rue Caudéran. Il devait être midi ou à

peu près.

--M. Théodat, demandai-je sans douceur au personnage hostile que je

parvins à joindre, après queue aux guichets.

--Sorti.

--Il est donc de retour?

--Voudriez-vous qu’il fût toujours en permission?

--Son père, paraît-il, était très malade?

--Faut croire, puisqu’il est mort. C’est tout?... Alors au suivant!

--Non, je désirerais l’adresse de M. Théodat.

Je ne sais pourquoi, je me sentais brusquement décidé à tenter une

visite de condoléances.

--L’adresse du Principal! Y songez-vous?

--Évidemment, puisque je la demande! D’ailleurs, rassurez-vous, je ne

suis ni un créancier, ni un contribuable, rien qu’un ami...

Le mot, en dépit de mes rancunes présentes, était revenu de lui-même.

--Impossible; je ne la connais pas. A qui le tour?

Il fallut se déclarer battu: je m’éloignai, mécontent d’avoir perdu mes

pas pour une démarche inutile et parfaitement désorienté par la conduite

de Théodat.

Ah! qu’il est difficile d’accorder la logique avec l’évolution d’un

sentiment! Il est clair que j’étais oublié. Une fois l’homme emboîté

dans le corset de la vie bureaucratique, nulle cause familiale ou

domestique ne saurait, au-delà d’un délai convenable, le détourner de

ses habitudes acquises. Donc, aujourd’hui comme auparavant, Anselme

Théodat irait certainement lire au café son _Journal des Débats_. Un

seul changement: le café choisi ne serait pas celui de la Comédie, ceci

pour ne pas me rencontrer. Ainsi j’aurais dû tenir pour définitivement

morte l’ébauche d’amitié qui avait éveillé en moi tant d’espoirs, et

cesser de m’en occuper. Au contraire, voici que j’attachais une

importance ridicule à tirer au clair la raison d’événements que je

m’obstinais à vouloir mystérieux. Bien mieux, pour un peu, je me serais

persuadé que Théodat n’était pas coupable, et même me regrettait!

Parlez-moi des ruptures: on n’a encore rien trouvé de mieux pour serrer

un nœud prêt à lâcher.

Ces pensées et beaucoup d’autres me poursuivirent pendant le repas.

Celui-ci expédié, incertain, sans idées, tristement je filai le long des

quais. Il me souvient que c’était une journée telle qu’on en voit trop

souvent à Bordeaux, où le ciel gonflé de pluies s’acharne à éteindre les

couleurs. Les enseignes criardes, les devantures tachées de boue, le

pavé suintant, tout alors s’unifie dans la même grisaille et pue le

terreau. La pierre des façades se plombe comme un visage de malade. La

Gironde roule de la boue et les bateaux immobiles ont l’air d’épaves qui

achèvent de pourrir à l’abandon.

Fendant le flot de débardeurs qui encombre la rive à cette heure

méridienne, j’avançais en proie à une désolation sans cause définie

quand la vue d’un promeneur en deuil et qui marchait devant moi, me fit

tressaillir.

--Serait-ce Théodat?

Je ne me trompais pas: c’était lui. Aussitôt, sans calculer mon acte, je

doublai le pas, le rejoignis:

--Quoi: m’écriai-je, faut-il venir ici pour vous rencontrer enfin?

Il se retourna, me reconnut. A juger du plaisir qui parut dans ses yeux,

il ne devait se sentir aucun tort à mon égard.

--En effet, dit-il, je me contente maintenant d’une courte promenade

après mon déjeuner...

--Par hygiène?

--Faute de mieux, ce qui revient au même. Mon seul regret venait de

manquer votre compagnie. Puisqu’aujourd’hui la chance veut bien me la

rendre...

Je l’interrompis:

--... Vous allez la remercier en m’accompagnant à la Comédie où vous

m’expliquerez à loisir votre disparition.

Il hésita un peu, si peu qu’il fallait être aux aguets pour s’en

apercevoir.

--Volontiers, puisque vous le désirez.

Puis sans transition:

--Vous me voyez en noir. Je viens de perdre mon père.

--Je sais déjà.

--Ah! vous avez appris?...

--Oui.

--Ce sont de cruelles émotions... Une attaque d’apoplexie... On m’a

prévenu trop tard. Quand je suis arrivé là-bas, tout était fini.

Je lui exprimai mes condoléances. Il m’écoutait avec tant de gravité que

je me demandai soudain si je n’avais pas eu tort en supposant qu’il

aimait peu son père. Peut-être aussi le fait de ne l’avoir plus retrouvé

vivant, lui était-il surtout pénible. J’achevai en conséquence:

--Il y a des consolations que nous regrettons à tort: si on les avait

eues, sans doute n’auraient-elles pas consolé.

A ma grande surprise, il haussa les épaules:

--J’en suis très convaincu. Ce n’est pas cela d’ailleurs qui me

tourmente. La mort a ceci de pénible qu’elle atteint presque toujours

les survivants par ricochet. Celle de mon père a changé bien des choses.

Mais il dut se repentir aussitôt d’une expansion inconsidérée, et

changeant de ton:

--Alors, vous êtes toujours fidèle à la Comédie?... Depuis ces

événements, j’ai eu souvent le désir d’y aller. Je n’ai pu m’y décider.

Vous comprenez? quand on a perdu... il est convenable... enfin, on reste

chez soi, c’est plus décent.

Devenu subitement loquace, il parla ensuite de la pluie probable, des

nouvelles du jour, des passants qui nous croisaient, et parvenu aux

allées de Tourny s’intéressa aux magasins.

Ma surprise croissait devant ce Théodat qui avait l’air à la fois de

redouter mes questions et de les attendre, dont je me demandais: «Si ma

compagnie l’importune, pourquoi l’avoir acceptée? et si elle lui agrée,

pourquoi ces niaiseries?»

A la Comédie, autre déconvenue. Nous arrivions en retard, on avait pris

nos places. Il fallut se réfugier dans leur voisinage--le garçon n’étant

pas le même--commander les consommations. Ce sont là détails absurdes,

j’en conviens, mais ils suffisent pour troubler le plaisir. Nous nous

serions installés n’importe où, dans un des bars du quai ou à la

terrasse de l’Intendance, que nous n’aurions pas été plus loin du passé

que je tentais de renouer.

Une fois attablés, servis--ceci en gardant le silence, comme pour

respecter une parenthèse--Théodat prétendit s’égailler de nouveau mais,

conscient de l’heure qui nous pressait, je l’arrêtai net:

--Assez de digressions: expliquez-moi maintenant comment vous n’avez pas

essayé de me rejoindre, depuis votre malheur? Ne vous revoyant plus,

j’ai pu tout craindre, y compris un abandon volontaire. Sans les

renseignements sommaires obtenus ce matin même à votre bureau, j’aurais

même ignoré...

Une exclamation coupa ma phrase:

--Vous avez été...!

On aurait dit qu’il avait peine à admettre que je me fusse intéressé à

lui. Il prit ensuite ma main:

--Ah! murmura-t-il, je ne m’attendais pas... enfin cela me touche...

plus que je ne puis le dire...

En même temps, je vis l’animation factice de son visage se décrocher

d’un coup, à la manière d’un masque dont on casse la ficelle: et tout à

coup j’eus devant moi un homme accablé, triste infiniment.

--Remerciez-moi par une entière confiance, répondis-je, et dites-moi la

vérité.

Il secoua la tête:

--A quoi bon: ma vie a changé: que pouvez-vous y faire?

--Changé... de quelle manière?

--De toutes les manières.

--Mais encore?

--Mon père nous a laissés ruinés.

--Cependant, la ferme...

--Hypothéquée. J’ai dû la vendre, heureux de trouver ainsi de quoi payer

nos dettes et les droits de succession.

--La maison qu’il habitait?

--Oh! celle-là, nous l’avons toujours, bien entendu, et ma sœur

continuera d’y vivre.

--De ce côté, du moins, vous êtes donc tranquille.

--Un toit, hélas! ne suffit pas.

--Votre sœur n’aurait-elle pas d’autres ressources?

Il laissa retomber sa tasse sur la soucoupe.

--Non, dit-il, absolument aucune.

--Alors?

--Alors, nous allons nous arranger à deux. Voilà.

«Il y a ainsi des choses inévitables auxquelles on ne pensait pas»,

semblait dire ce voilà; «il suffit qu’elles soient, pour que s’imposent

des solutions auxquelles on ne pensait pas non plus.»

A l’évidence, il n’avait pas discuté un instant sur le parti à prendre:

l’idée d’agir d’une autre manière ne s’était pas présentée à lui.

--S’arranger à deux... répliquai-je: n’est-ce pas plutôt à trois,

puisque vous allez vous marier?

Ses traits s’altérèrent, mais le ton demeura égal.

--Non, fit-il. Vous aviez bien compris.

--Vous renonceriez donc...

Il soupira, comme au terme d’une course:

--C’est fait. Dès mon retour, j’ai prévenu le Directeur.

Puis, lisant probablement un blâme dans mes yeux:

--Bah! la vie est telle. Je croyais que la mienne allait s’arranger: je

m’étais trompé. Rien ne s’arrange... du moins au gré de nos désirs.

Ayant achevé, il absorba méthodiquement les dernières gouttes de café

qui refroidissaient et nous restâmes un long moment silencieux.

Je ressentais un trouble singulier. Il m’était impossible de ne pas

admirer la simplicité avec laquelle cet homme acceptait de s’engager

dans une existence sacrifiée; je ne pouvais en même temps me persuader

que pareille nécessité fût commandée par les circonstances. Il est des

cas où le droit de l’individu prime le reste. Théodat ici avait à

choisir entre une femme qui était presque sa fiancée, qui l’aimait

peut-être, et une sœur, à peu près inconnue, et qui peut-être ne

l’aimait pas. Au nom de quelle morale immoler l’une à l’autre? Pourquoi

sauver celle-ci et point celle-là? J’entends que la première était

encore une étrangère et que la seconde représentait la famille: mots

vides et qui dupaient. Qu’avait fait la famille pour Théodat? Celle

qu’on aime peut-elle être jamais une étrangère?

Ainsi, plus je réfléchissais, plus les décisions de mon ami me

semblaient injustes. Je dis bien «mon ami», car il est clair, n’est-ce

pas, qu’oubliant mes griefs j’avais retrouvé entière la sympathie qui

m’attachait à lui. L’oubli de soi est contagieux. Je ne songeai plus à

sauvegarder nos rencontres quotidiennes, mais, au contraire, je résolus

de sauver à leurs dépens un bonheur qui seul paraissait conforme au

devoir véritable, et comme si notre silence n’avait été que le

prolongement mystérieux de la discussion, je demandai:

--Qu’en pense votre sœur?

Il tressaillit et répéta, déconcerté:

--Ma sœur?

--Oui, car si vous vous sacrifiez pour elle, encore doit-elle le savoir

et l’accepter.

--Mais, murmura-t-il, elle ignore, cela va de soi, et les projets que

j’abandonne, et les conditions matérielles auxquelles est réduit un

employé de mon espèce...

Je le regardai, stupéfait:

--Vous ne l’avez pas mise au courant?

--A Dieu ne plaise!

--Qu’elle ne se doute pas de votre prochain mariage, soit, mais pour le

reste...

--Le reste non plus: elle ne le soupçonne pas...

--Impossible!

Le besoin de défendre celle que j’attaquais l’emporta sur la pudeur

familiale. Un flot de paroles suivit:

--Je comprends... vous ne saisissez pas... Il est d’ailleurs difficile

de se rendre compte quand on n’a pas vu... Ma sœur est malade. Elle n’a

jamais quitté notre village. S’imagine-t-elle seulement ce qu’est une

ville, un café, un théâtre? Elle a entendu citer au prône ces lieux de

perdition, et sans doute symbolisent-ils pour elle toute la différence

entre Bordeaux et Saint-Christol--c’est là que nous habitons. Quant à ma

carrière, autant l’entretenir d’une Chine imaginaire! J’étais commis,

c’est bien: je suis principal, tant mieux. Dès lors que je sers l’État,

celui-ci qui est équitable par définition me paye convenablement et il

est normal que ma bonne conduite me vaille d’être promu. L’argent enfin

n’est pas à ses yeux ce que vous croyez. Évidemment, elle sait qu’on

doit le dépenser avec économie, c’est-à-dire acheter au meilleur compte

et quand c’est nécessaire: cette réserve faite, elle ignore d’où il

vient ou plutôt suppose qu’il sort de la famille, comme d’une source à

laquelle un certain nombre d’êtres portant le même nom ont droit de

s’abreuver. Auparavant, mon père en était le gardien; lui disparu, c’est

à moi de verser l’eau. Rien de plus naturel; le contraire seul

surprendrait... Et justement parce que ma sœur est ainsi, on ne peut

toucher à son rêve, la réalité la briserait!... Avec cela, une âme

tendre... Elle ne me connaît plus guère. Depuis tant d’années j’ai

quitté la maison! Pour elle cependant, je n’ai pas cessé de résumer

l’univers. Elle m’aime... comme elle peut, avec un dévouement

impuissant, des illusions, et une ferveur candide: mais elle m’aime!...

et plutôt que de déchirer pareille confiance ingénue, je préférerais...

Il s’interrompit, chercha un mot qui ne vint pas:

--... Je préférerais faire ce que je fais...

--C’est-à-dire en sacrifier une autre!

--Non, dit-il, car j’ignore après tout, si cette autre tenait beaucoup à

moi, tandis que ma sœur...

--Vous oubliez que vous aimez, vous!

Son visage devint plus pâle. Il parut recueillir ses forces, puis

tristement:

--Hé bien! je m’efforcerai de continuer à ne pas m’en souvenir. Quand je

prendrai ma retraite à Saint-Christol, cela me paraîtra si loin!...

Il frissonna:

--... aussi loin que Saint-Christol lui-même!...

Et de nouveau le silence recommença. Nous semblions butés l’un et

l’autre, devant un obstacle, sans pouvoir le franchir. Nous imaginions

aussi que c’était le même--on croit toujours s’être compris--quelle

erreur!

Je me demandais en effet: «Le portrait qu’il a tracé de sa sœur est-il

un plaidoyer? Une pareille ignorance de la vie est-elle croyable? Si

souvent la candeur affichée sert de paravent à un monstrueux égoïsme!»

Et lui, de son côté, ramené à Saint-Christol... Mais à quoi bon dévoiler

ici la pensée profonde devant laquelle il tremblait, puisqu’il ne me l’a

révélée que plus tard, beaucoup plus tard, à Saint-Christol même.

Soudain, je le vis tirer sa montre--les gestes coutumiers demeurent,

quels que soient nos soucis--et faire signe au garçon.

--Ah! non, m’écriai-je, c’est à moi de régler!

Il écarta ma main:

--Pour une fois que je suis revenu...

Maintenant qu’il avait avoué les charges nouvelles qui gouvernaient sa

vie, il devait attacher de l’importance à affirmer sa générosité.

--Soit, repris-je sans insister, à condition que vous reviendrez ce

soir. Vous ayant retrouvé, je prétends ne plus vous perdre et m’efforcer

de remplacer par mon amitié un peu de ce qui nous manque...

Il eut un sourire désabusé:

--Je manque de foi dans l’avenir...

Au fait, cela aussi était vraisemblable qu’en sacrifiant son amour, le

malheureux eût de plus sacrifié la suite de sa carrière.

--Ah! répondis-je, savez-vous que si jamais je rencontrais votre sœur,

je n’aurais pas vos scrupules et la mettrais au courant du mal qu’elle

vous inflige!

--Non, fit-il, de vous-même vous vous tairiez.

--Je ne le crois pas.

--J’en suis sûr.

Il partit ensuite. Peut-être parce qu’il avait vidé son cœur, il avait

l’air moins désolé.

L'infirme aux mains de lumière · 第 3 / 8 题