XXVI

Pour le mariage, le papa Serpe se trouva immobilisé à Paris

par la goutte, et nous eûmes à Chinon la "vieille mère" comme

représentant de la famille. La sœur divorcée était malade, elle

aussi, ou du moins, prétendit l'être.

La "vieille mère" nous surprit beaucoup,--quoique grand'mère

affirmât s'être attendue à tout de la part d'une femme qui vivait

entourée de chiens...--Nous allâmes au-devant d'elle, avec la

voiture de l'_Hôtel de la Lamproie_; son fils était avec nous;

quand le train stoppa, il dit: "Voilà maman!" Je dis, moi: "Où

donc!... où çà?... où ça?..." Je cherchais une dame à cheveux

blancs. Je vis mon fiancé tendre la main à une espèce de jeune

femme blonde, fort élégamment mise, qui avait une taille, ma

foi, très passable, sous un cache-poussière ajusté, et dont

l'âge véritable n'apparut que lorsque nous fûmes nez à nez, et

avant même qu'elle ne soulevât sa voilette: son visage était

recouvert d'une couche de fard, ses lèvres rougies et ses sourcils

renforcés; la fatigue des yeux et l'affaissement des traits

étaient exaltés par ce masque, et, pour nos yeux de province

inaccoutumés à ce genre d'artifice, cette jeune vieille dame

produisait un effet déconcertant d'abord et presque d'épouvante.

Il fallut que mon fiancé dît: "Ma mère..." pour que nous nous

décidions à sourire, à prononcer je ne sais quels mots de bon

accueil. Grand'mère n'était pas là; je pensai: "Heureusement

qu'elle ne la verra, pour la première fois, qu'à la lumière!..."

Comme nous causions assez péniblement en attendant les bagages,

quelque chose remua sous le bras de Mme Serpe et nous reconnûmes

que c'était un chien que l'on eût pris pour une poignée d'échevaux

de soie. Il était couleur tabac clair; on ne lui voyait ni les

yeux ni le museau, sous ses longs poils tombants. Je le trouvai

drôle et gentil, moi; j'aimais beaucoup les bêtes:

--C'est donc un de vos charmants petits chiens, madame?...

La glace était rompue: j'avais trouvé un point de contact avec ma

future belle-mère. Je ne sais quoi, d'ailleurs, m'avertissait que

je n'en trouverais jamais d'autres...

Pourtant, cette femme n'était pas détestable; elle faisait

beaucoup de frais; elle parlait avec une grande facilité; elle

s'émerveillait de tout, et d'une façon presque comique, car elle

ne connaissait pas la province et elle la découvrait, mais comme

un pays de Lilliput où tout lui paraissait extraordinaire par la

petitesse. Nous autres, elle nous effrayait, comme si elle eût

été, par exemple, Chinoise, et si c'eût été dans son pays que l'on

allait m'emporter dans trois jours.

Elle nous parla surtout de sa fille, qu'elle adorait.

Elle la louait avec une exagération presque agressive: c'est

qu'elle pensait à notre préjugé contre le divorce. Mais, de ce

préjugé nous n'avions pas soufflé mot; nous ne pouvions pas non

plus, sans la connaître en aucune façon, féliciter une femme

d'être divorcée!... Pendant les quelques jours que la mère de mon

fiancé demeura à la maison, il y eut, entre elle et nous, comme

une guerre sourde, provoquée par la divorcée que nous n'avions

jamais vue et sur laquelle personne de nous n'avait formulé tout

haut une opinion.

Heureusement, je parvins à adoucir les chocs parce que j'étais,

moi, assez bien disposée envers la "vieille mère:" c'était elle

qui avait apporté de Paris le sac de voyage en peau de truie, et

elle l'avait bondé entièrement de dentelles anciennes superbes,

au milieu desquelles se dissimulait un petit paquet lourd et

soigneusement fait; c'était une bourse en or gonflée de pièces

d'or. Je comptai cinquante louis. Je n'avais jamais vu une

pareille somme.

J'avais passé une heure, seule, dans ma chambre de jeune fille,

le premier soir où je fus en possession de mon sac, à l'ouvrir,

à le fermer, à m'émerveiller du fonctionnement parfait de la

serrure et du petit bruit si ferme et si franc qu'elle produisait,

lorsqu'on pressait l'une contre l'autre les pièces de cuivre

terni appliquées sur sa belle mâchoire!... et à retirer la

garniture divisée en deux planches: l'une portant les brosses,

peignes, ciseaux, etc., l'autre les flacons de cristal taillé,

aux étincelantes facettes, rangés en si bel ordre et si gentiment

coiffés de leur petit turban argenté!... et à replonger les deux

parties de la garniture dans la grande gueule ouverte!... et

à me demander quels parfums, quelles poudres et quelles pâtes

empliraient ces récipients trop nombreux et dont l'ajustage,

le poli, la sobriété, "l'air anglais" me fournissaient, à moi,

l'image la plus frappante d'une civilisation raffinée. Oui, c'est

par ce sac de voyage, plus que par aucun autre objet et plus que

par aucune idée, que je me fis une représentation de Paris et que

je pus juger combien le mot présomptueux de "moderne" contient de

magie pour nos pauvres petites cervelles.

Sur la commode de ma chambre, à côté de la bourse d'or, il était

là, ouvrant sa belle gueule écarlate, mon sac de voyage en peau de

truie, frappé à froid de mes initiales nouvelles; et près de lui,

les deux parties de la trousse présentaient, inclinées légèrement,

comme l'étalage des magasins, leurs flacons à facettes, leurs

brosses à dos d'ivoire, leur ribambelle d'accessoires divers. Et

la vue de cela me promettait une facilité de vie à laquelle je

n'avais pas songé jusqu'alors... C'était encore une représentation

un peu confuse; mais j'en sentais la complète nouveauté pour

moi, en même temps qu'une sorte d'attrait, non de très bon aloi,

peut-être, passablement terre à terre, sans doute, mais qui

n'était pas moins un attrait. Oh! comme un élément qui peut nous

modifier de fond en comble, tranquillement, imperceptiblement,

s'insinue! C'était l'attrait de la vie matérielle aisée, attiédie

et flattée par les mille ingéniosités de notre temps, qui m'était

présentée et offerte sous les espèces de ce beau sac de voyage et

de la bourse d'or...

Mon fiancé promettait d'aller faire notre voyage de noces à Venise.

Ma tête tournait un peu, je l'avoue.

Alors, comment expliquer l'étrange chose qui se passa en moi, deux

jours avant la cérémonie?

* * * * *

Je savais que M. Topfer venait d'arriver d'Angers, plus tôt que

de coutume, et uniquement pour assister à mon mariage. Afin de

l'en remercier, je combinai,--je ne sais comment, car je n'avais

vraiment pas un quart d'heure à moi,--je combinai d'aller trouver

mon bon Topfer, le matin, chez les Vaufrenard, comme dans les

temps anciens, une dernière fois. Françoise me conduisit jusqu'à

la grille; j'entrai à pas de loup dans la maison; M. Topfer

répétait le _Panis Angelicus_ de Franck, qu'il avait promis

d'exécuter à l'église, pendant la messe; je m'arrêtai à la porte

du salon, le cœur battant, jusqu'à ce qu'il eût fini; puis

j'entrai et lui sautai au cou. Il était un peu ému: étaient-ce les

sons admirables qu'il venait de tirer de son violoncelle? Était-ce

l'idée du mariage de sa petite amie, de son élève un peu? Je

n'en sais rien. Toujours est-il qu'il ne me parla guère, et que,

pour se donner une contenance, je crois, il reprit son archet et

enfonça la pointe du violoncelle dans le parquet. Il était arrivé

de la veille au soir: il oubliait la consigne nouvelle de la

maison Vaufrenard, d'après laquelle on ne faisait plus de musique

en ma présence!

J'en fus heureuse, oh! heureuse! J'ôtai vite mes gants et me

mis au piano. M. Topfer me regarda en souriant, de son œil

bleu d'enfant, et m'attendit: nous reprîmes ensemble le _Panis

Angelicus_. M. Vaufrenard entra. Je croyais qu'il allait faire

la grimace en me voyant au piano, et nous intimer l'ordre de nous

taire; mais le plaisir musical l'emporta sur sa volonté même, ou

bien lui fit oublier la consigne: il vint se placer derrière moi,

et chanta.

Qu'est-ce qui me prend alors, à moi, tout à coup? Voilà que mes

yeux se brouillent; je ne peux plus lire la musique; je sens une

larme qui me chatouille la joue, et j'éclate en sanglots. Je

quitte le piano, je me réfugie dans l'ombre, je m'assieds sur un

pouf, les coudes sur les genoux, me tamponnant les yeux avec mon

mouchoir, puis je saute sur mes gants et m'en vais. En donnant

une poignée de main à M. Topfer, je regarde une dernière fois mon

bon vieil ami et m'aperçois que ses petits yeux bleus sont tout

trempés.

Et me voilà courant à la maison, montant à ma chambre: une crise

de larmes, un désespoir complet. Quand maman pénètre dans ma

chambre pour me dire que mon fiancé est en bas, je lui crie entre

des hoquets une chose qui l'abasourdit; je lui crie:

--J'aurais dû épouser M. Topfer!... j'aurais très bien pu épouser

M. Topfer!

Maman me dit:

--Tu es complètement folle, ma pauvre enfant!... Es-tu malade?...

Surtout, ne va pas dire une chose pareille devant ta grand'mère!

Grand'mère qui a entendu crier, pleurer, arrive à son tour: et je

lui répète ce que j'avais crié à maman:

--Oui, j'aurais très bien pu épouser M. Topfer!

Grand'mère ne s'indigne pas; elle me dit qu'il faut me coucher,

et qu'il faut envoyer chercher le médecin. Je proteste: "Mais

non, je ne suis pas malade!" Grand'mère insiste; elle me tâte le

pouls qui, naturellement, doit être assez agité, et elle commence

à me déshabiller. Soudain je pense: "Si j'étais malade et si mon

mariage en pouvait être retardé!..." et je me laisse mettre au

lit. Grand'mère elle-même descend avertir mon fiancé que je suis

souffrante, et donner l'ordre qu'on envoie chercher le docteur.

Le docteur vient aussitôt, ayant même interrompu son

déjeuner,--une jeune fille qui se marie après-demain, pensez

donc!--Je me demande: "Va-t-il me trouver une maladie? car enfin,

qu'est-ce que j'ai? Ne suis-je pas folle, en effet?" Jamais

l'idée d'épouser ce pauvre M. Topfer ne m'était venue: un homme

de soixante ans passés!... Grand'mère avait raison; il fallait

que je fusse malade. Mais le docteur ne me trouve absolument rien

d'anormal; je n'ai pas la moindre fièvre: "Ce sont, dit-il, de

ces petits tours que nous jouent les nerfs des jeunes filles..."

Il sourit et ne veut pas que je reste couchée.

--Et déjeunez, je vous prie, mademoiselle! Ce n'est pas le moment

de nous mettre à la diète!

Alors une autre idée insensée me vient, moins grave, il est vrai,

celle-là, mais telle que la façon dont j'avais été élevée ne me

préparait guère à l'avoir: je veux bien déjeuner, mais là, dans ma

chambre, et en regardant mon sac de voyage!

Grand'mère lève les bras au ciel; mais le docteur prononce:

--C'est parfait! c'est parfait!... Allons, madame Coëffeteau, il

ne sera pas dit que vous n'aurez pas une fois passé un caprice à

votre petite-fille!

Et il lui souffle je ne sais quoi à l'oreille. La pauvre

grand'mère, aussi bouleversée que si elle eût renié son _Credo_,

commande qu'on me serve dans ma chambre. Mais alors, c'est moi

qui, par égard pour la douleur qu'une telle fantaisie cause à

grand'mère, déclare que je descendrai déjeuner à la salle à manger.

Pendant qu'on me servait, toute seule, après la famille, mon

fiancé était revenu prendre des nouvelles; il se tenait dans

le salon avec mon frère arrivé du matin, et j'entendais qu'il

s'informait beaucoup de lui et le faisait causer. Lorsque je

les eus rejoints et que j'eus tranquillisé tout le monde sur ma

santé, ce fut Mme Serpe qui s'empara de mon frère. Elle le jugeait

charmant, intelligent, exquis, et, confiait-elle à maman, "si joli

garçon!" M. Serpe le jugeait aussi intelligent et d'esprit très

"moderne;" il était étonné, et indigné, que Paul gagnât si peu

d'argent; il répéta ce qu'il avait promis autrefois: "On pourrait

faire à ce garçon-là une très jolie situation."

C'est en entendant cela que je compris surtout combien j'avais été

folle, ce matin, et combien, en toutes choses, grand'mère avait

eu raison: est-ce que M. Topfer aurait procuré une très jolie

situation à mon frère? Et quel autre mari eût pu lui procurer

cela? J'étais folle!... Ah! la raison!... la raison!...

Je dis à mon fiancé:

--Ne vous inquiétez pas trop: je suis folle; mais je vous jure que

c'est la première fois que cela m'arrive; j'ai toujours été très

raisonnable.

Il sourit; mon état ne l'inquiétait pas du tout. Il dit:

--Oh! oh! si vous connaissiez les femmes qui ont été élevées

autrement que vous!...

Il avait coutume de désigner ainsi sa sœur et toutes les

femmes que fréquentait sa sœur. Il en avait vu, sans doute,

des caprices et des lubies, près desquels ma nervosité, à la

veille du mariage, était vraiment négligeable! Aussi ne cessait-il

de féliciter grand'mère de la façon dont elle m'avait élevée.

Grand'mère adorait son futur petit-gendre.

Tout allait donc bien; il n'y avait pas à se tourmenter. Lorsque,

pendant la messe de mariage, je me mis à pleurer comme une

fontaine, je ne m'alarmai pas outre mesure; je ne fis même pas

d'efforts extraordinaires pour étouffer mes sanglots que mon mari

entendait; je me disais: "Il comprend si bien tout cela! il a

connu des femmes pires que moi!..." et je pleurais tranquillement

sous mon voile. Je savais d'ailleurs que cela arrive quelquefois:

même, les deux petites de la Vauguyon, qui avaient eu l'une et

l'autre la chance d'épouser un jeune homme dont elles étaient

entichées, pleuraient pendant la messe. Oh! quand M. Topfer

joua!... quand la voix de M. Vaufrenard, plus belle que jamais,

emplit la nef de notre vieille église!... quel ébranlement dans

tout mon cœur!... L'idée ne me vint pas, alors, que j'aurais

pu épouser M. Topfer, donc cela avait bien été un instant

d'aberration tout à fait isolé; mais la musique et la présence de

Dieu, les deux grandes causes d'exaltation de ma jeunesse, le

souvenir de mes ivresses de couvent et de mon romanesque amour

pour mes chers "génies;" l'idéal de ma jeunesse auquel se mêlait

je ne sais quel espoir ou quel regret d'amour pour un homme

unique et bien à moi; le renoncement à tout cela; le sentiment

de mon entrée définitive en un monde où rien de mon passé ne

subsisterait; tout cela se mêlait pour moi en une sorte de douceur

mortelle; je me sentais me quitter moi-même, sans douleur vive,

mais avec une tristesse désolante qui s'épanchait par un flot

continu de larmes...

Une seule chose m'empêcha de m'abandonner à cette espèce de mort

et peut-être de m'affaisser sur mon prie-Dieu; ce fut une idée

bien pauvre en comparaison de ces grands mouvements de l'âme, mais

il faut la dire parce que ce sont souvent de telles réalités qui

nous sauvent: la peur de mouiller mon voile!

* * * * *

Il y eut, après la cérémonie, un déjeuner à la maison, non

pas très nombreux, mais auquel assistèrent les Vaufrenard, M.

Topfer, Mme Serpe, ma belle-mère maintenant, qui était aux cent

coups parce que son petit chien était malade, et les témoins de

mon mari. L'un de ces messieurs, un vieil ami, s'était chargé

de réaccompagner la maman Serpe à Paris par un train du soir;

nous autres, les mariés, devions "filer" tous les deux, seuls,

subrepticement, dès 4 heures et demie.

Ces derniers moments à la maison, que j'aurais voulu prolonger

encore et encore, si pénibles qu'ils fussent, me parurent pourtant

effroyablement longs. Il faisait très chaud, je me souviens; le

grand-père s'était retiré dans sa chambre pour faire la sieste;

ma belle-mère, qui commençait à exaspérer toute ma famille, était

à la cuisine où elle employait tous les domestiques aux soins

de son chien malade; les Vaufrenard et M. Topfer m'avaient fait

leurs adieux; maman, cependant bien fascinée par son gendre et si

patiente d'ordinaire, grommelait déjà contre lui parce qu'elle

jugeait "inhumain" qu'on fît monter une pauvre jeune femme en

chemin de fer par un temps pareil; quant à grand'mère, dont cette

journée était le triomphe, c'était elle qui, avec moi, avait

le plus pleuré, et l'idée de mon départ la mettait sens dessus

dessous; elle errait dans toute la maison, comme une âme en peine,

cachant de son mieux ses yeux rouges, qu'un arrière-fonds de

sensibilité, toujours contenu par des principes, avait submergés

aujourd'hui. Maman et moi étions restées longtemps, avec mon

mari et ses témoins, dans le salon, parce qu'elle n'osait

sortir sans me faire signe de l'accompagner pour me donner les

conseils d'usage, et elle reculait, pâle, tremblante, jusqu'à la

dernière limite, ce douloureux moment. La voiture de l'_Hôtel de

la Lamproie_ devait venir nous prendre à quatre heures; quand

maman entendit le petit "toc" qui précède de quelques secondes la

sonnerie de la pendule, elle se leva et me fit le signe.

Nous passâmes dans le corridor, puis dans la salle à manger,

quoiqu'il y eût une porte communiquant directement d'une pièce

à l'autre; mais je crois bien que maman ne savait pas trop où

elle me menait; dans la salle à manger nous trouvâmes la pauvre

grand'mère qui rangeait la verrerie sur le dressoir tout en

s'épongeant d'une main les yeux; elle disait:

--Les domestiques, ce n'est pas la peine de compter sur eux: ce

n'est pas trop d'eux tous pour un sale avorton de chien!

Maman sourit et dit à sa mère qu'elle avait été obligée de laisser

un instant seuls ces messieurs parce qu'elle avait un mot à me

dire. Grand'mère comprit, et par un sentiment délicat, à l'idée

des choses que maman allait devoir me confier à voix basse, elle

se dirigea, en retenant le bruit de ses pas, vers la porte du

salon d'où nous venait la voix de ces messieurs. Avant de poser la

main sur le bouton, elle voulut pourtant me faire, elle aussi,

une dernière recommandation; tout bas, elle me dit:

--N'oublie jamais, mon enfant, que ton mari t'a choisie parce que

tu étais une jeune fille bien élevée!

Elle poussa doucement la porte du salon, et une brutale parole lui

apporta la confirmation de ce qu'elle venait d'exprimer. Mon mari,

répondant, sans doute, aux compliments que lui adressaient de moi

ses témoins, disait:

--Moi, ce que j'ai cherché surtout dans un mariage de ce genre,

c'est la garantie de n'être pas...

La porte aussitôt refermée nous épargna le mot, hélas! facile

à suppléer, et que les circonstances rendaient tragique à nos

oreilles. Grand'mère n'entra pas au salon; glacée et blanche

comme un marbre, elle repassa par la salle à manger sans souffler

mot, et laissa à maman le temps de m'apprendre que j'appartenais

désormais à mon mari, corps et âme.

La jeune fille bien élevée · 第 32 / 34 题