LA GRAPHOLOGIE AU JAPON.

L'étude du caractère par l'écriture tend de plus en plus à se

généraliser.

La graphologie, inventée et propagée par un Français, l'abbé Michon,

date chez nous d'une cinquantaine d'années à peine; mais, au Japon, on

retrouve la preuve certaine que la graphologie y a été connue de tous

temps. Au pays du Soleil Levant, nous écrit M. Albert de Rochetal,

directeur de la _Revue graphologique_, à qui nous devons le curieux

document ci-joint, elle est pratiquée depuis des siècles. Tous les gens

qui tirent la bonne aventure par la physionomie, les lignes de la main

et autres moyens plus ou moins mystérieux, ont l'habitude de faire

_tracer par leurs clients une ligne ou barre sur une feuille de papier_,

et voient ainsi l'ensemble de son tempérament. Vous comprenez bien: un

simple trait suffit aux sorciers japonais pour juger le caractère;

combien de nos graphologues européens pourraient en faire autant?

Voici les principales formes de barres qui leur servent de types:

Ces barres sont ici représentées en tenant compte des proportions, car

les Japonais écrivent avec un pinceau, ce qui fait que le trait est

beaucoup plus gros, surtout les formes 1, 2, 3, 4. De plus, elles sont

horizontales, bien que l'écriture japonaise, tirée de la chinoise, soit

tracée de haut en bas. Pour les barres verticales, les significations

sont les mêmes.

_Barre mince, rigide et courte_ (fig. 1), signifie esprit net, décidé.

_Barre mince et rapide, plus ou moins horizontale, comme un trait de

plume_ (fig. 2), signifie vivacité, gaieté, volonté faible.

_Barre fine et tracée lentement_ (fig. 3), signifie délicatesse de goûts

et de sentiments, caractère un peu maniéré.

_Barre rapide, en coup de plume, recourbée_ (fig. 4), signifie vivacité,

violence, despotisme.

Barre courte et appuyée (fig. 5), signifie volonté forte et nette,

franchise.

_Barre longue et appuyée_ (fig. 6), signifie volonté forte, initiative,

franchise.

_Barre lente et massive_ (fig. 7), signifie sensualisme, goûts un peu

vulgaires.

_Barre informe_ (fig. 8), signifie nonchalance et paresse, mensonge.

Cette barre affecte toutes les formes.

_Barre terminée par un crochet_ (fig. 9), signifie ténacité, caractère

crochu.

_Barre terminée en massue_ (fig. 10), signifie franchise, violence.

-Barre terminée en pointe (fig. 11), a deux significations, selon

qu'elle est mince où épaisse au début: _mince_, elle signifie colère,

méchanceté; _épaisse_, elle signifie esprit rusé.

_Borne en fuseau, ou à renflements multiples_ (fig. 12), signifie

sensualisme raffiné.

La direction du trait a aussi son importance. Avant tout, et quelle que

soit leur forme, lorsque les barres sont _ascendantes_, les sorciers

japonais voient l'activité, la gaieté; au contraire, lorsqu'elles sont

_descendantes_, c'est-à-dire _qu'elles tombent_, ils conjecturent la

maladie, le découragement ou la mollesse.

Ne trouvez-vous pas curieuse cette, façon d'interpréter l'écriture

réduite à sa plus simple expression: le trait. Mais il y a mieux: c'est

que toutes ces explications, si brèves et un peu vagues, correspondent à

nos propres principes graphologiques. En un mot, c'est la quintessence

de la graphologie devinée et appliquée de temps immémorial par l'esprit

subtil des Asiatiques.

M. Albert de Rochetal a donné ici les principales formes, car il y a

autant de façons de tracer une ligne qu'il y a d'individus.

Les Japonais attachent une importance énorme à la délicatesse des traits

ou plutôt à l'originalité artistique. Ils disent d'une belle écriture

qu'elle est _sainte, sacrée_. Il y a des Japonais qui passent toute leur

vie à perfectionner leur écriture, non pas d'après les règles

calligraphiques, mais d'après certaines formes qu'ils jugent belles.

Nous avons, en France, l'équivalent, lorsque nous disons de certaines

écritures d'artistes _qu' elles ont du cachet_.

[Illustration: Les différentes formes de traits qui servent à déterminer

le caractère humain d'après la graphologie japonaise.]

Les Japonais savent distinguer les moindres nuances, d'autant mieux que

le consultant manie _le pinceau_ sous leurs yeux et qu'il se trahit

ainsi par ses gestes plus ou moins vifs, hardis, calmes ou hésitants.

Peu de nos graphologues européens, avec leurs méthodes détaillées,

seraient capables de pareils tours de force...

L'Illustration, No. 3258, 5 Août 1905 · 第 20 / 29 题