La «presse jaune» des États-Unis a mené grand bruit, ces temps derniers,
à propos d'une conférence qui a été faite par un médecin anglais, M.
Osier, et au cours de laquelle ce dernier aurait déclaré tout simplement
qu'après soixante ans le cerveau humain est sans valeur et que tout
sexagénaire devrait être doucement éliminé au moyen du chloroforme. M.
Osier n'a rien dit de pareil. Ce qu'il a dit, c'est que le meilleur de
l'oeuvre intellectuelle des hommes qui travaillent du cerveau se fait
avant quarante ans, et qu'après soixante ans, leur production devient
très inférieure. Goethe avait déjà dit qu'on n'acquiert plus d'idées
nouvelles après quarante ans. Mais Macaulay a fait observer que, si de
belles oeuvres ont été faites avant quarante ans, les plus grandes et
les plus belles sont dues à des cerveaux de plus de quarante ans.
L'affirmation de M. Osier est très discutable. Peut-être est-elle exacte
pour certains genres de travaux intellectuels, et très inexacte pour
d'autres.
Aussi Macaulay était-il d'avis que les 19 vingtièmes des meilleurs
livres sont l'oeuvre d'hommes ayant plus de quarante ans. Et
certainement, si l'on y réfléchit, on pensera, comme lui, que le cerveau
n'est pas du tout condamné à donner, après quarante ans, des oeuvres
inférieures à celles qu'il produisait avant cet âge.