A Saint-Jean-de-Luz, le 8 octobre 1659[526].
J'avais espéré que je me porterais assez bien pour aller donner la
dernière main, avec la signature, à tout ce que don Louis et moi avions
négocié et conclu depuis que nous sommes en ces quartiers, et que les
traités seraient dans la forme qu'ils devaient être pour les signer.
Mais je ne suis ni en état de marcher, ni les articles, à ce que M. de
Lionne m'a dit ce matin, ne peuvent être tous rédigés par écrit, de
la manière qu'il faut, que jeudi prochain. Ainsi je vois que mon mal
me donnera lieu d'agir dans ce temps-là, et j'espère que je n'aurai
pas sujet de retarder un seul instant mon départ après la signature;
cependant, quoique je n'aie rien de particulier à mander, j'ai prié le
sieur de Vaubrun de s'en aller vous porter de mes nouvelles, afin que
vous et _la Confidente_ ne soyez pas en inquiétude de ce qui se passe
ici. J'avais écrit que le Roi d'Angleterre était en Espagne, sur ce
qu'on m'avait assuré que, lui sixième, était passé par ce lieu la nuit
et que, de tous les endroits, on me mandait qu'il avait pris cette
route. Mais il n'a pas paru, et don Louis paraît être aussi embarrassé
que moi à deviner où il peut être; on saura bientôt ce secret.
Le maréchal de Grammont doit être après-demain à Madrid et nous avons
avis qu'on l'a fort régalé à Burgos où il s'est arrêté un jour. C'est
là où il pourra dire avoir vu pour la première fois les fêtes des
taureaux. C'est tout ce que je me puis donner l'honneur de vous dire à
présent, souhaitant fort de changer cet entretien par écrit en celui de
vive voix.